INFIRMITÉS SENSORIELLES. — SURDITÉ
méralion (au moins quant aux types principaux) qu'à vous signaler les 2nfirmités sensorielles que la maladie peut laisser à sa suite.
Celles-ci intéressent surtout deux sens, et malheureusement deux des sens les plus essentiels, Les plus précieux, ceux dont la perte offense le plus cruellement l'être humain, à savoir l’ouïe et la vue.
Il n'est pas rare — disons mieux, ilest assez fréquent — que la syphilis cérébrale constitue des troubles persistants de l’audition, à des degrés variables, ou même soit suivie d’une surdité complète, laquelle, par bonheur, n’affecte presque jamais qu’une seule oreille. J'ai dans mes notes plusieurs cas de ce genre. L'un entre autres est relatif à un jeune homme de mes amis qui, affecté d’une hémiplégie syphilitique avec surdité unilatérale, a guéri presque absolument de sa paralysie motrice grâce à un traitement énergique longtemps poursuivi, mais est resté sourd, complétement sourd d'une oreille. Je ne saurais vous dire combien de médications diverses, rationnelles ou empiriques, ont été mises en œuvre sur ce jeune homme pour le débarrasser de son infirmité ; aucune n’a produit le moindre résultat favorable.
Non moins fréquente est la perte de la vue. Et ce qu'il y a de pis, ce qu'il y a de bien plus déplorable en l'espèce, c’est que l’amaurose qui se produit en pareil cas, l’amaurose consécutive à cette atrophie papillaire dont je vous ai longuement parlé, au lieu de rester unilatérale comme la surdité, affecte les deux yeux le plus habituellement, de beaucoup le plus habituellement. De sorte que le malade devient et reste défini-
CÉCITÉ . 567 tivement aveugle, aveugle d’une facon absolue et irrémédiable.
Les aveugles de cet ordre, par lésions syphilitiques de l’encéphale et des nerfs optiques, sont infiniment plus nombreux qu'on ne l'avait cru jusqu'à cejouretqu’on ne le croit encore généralement, Ils se sont multipliés singulièrement depuis que l’on a appris à connaître — etil n'y a pas longtemps de cela — la névrite optique et l’'atrophie papillaire d’origine spécifique. J’en ai vu bon nombre pour ma seule part depuis quelques années; et deux ophthalmologistes distingués, MM. Galezowski et Abadie, me disaient récemment en rencontrer à leurs cliniques d’une façon presque courante.
Que de lamentables exemples, à ce propos, ne pour rais-je pas emprunter à mes notes! J'en prends un au hasard pour fixer vos convictions.
Un tout jeune homme, encore au collége, contracte la syphilis un jour de sortie. Il se traite comme on peut se traiter dans un lycée et à cet âge, en cachant sa mésaventure à sa famille et à ses maîtres. Quelques années plus tard, il est affecté d'accidents de syphilis cérébrale, qui restent méconnus comme nature tout d’abord : céphalée, troubles d'intelligence rapidement progressifs, phénomènes d’excitation, délire, hallucinations ; — puis, troubles oculaires; — puis, hémiplégie droite ; et, coincidemment, double sarcocèle spécifique. Alors seulement on commence à soupçonner le caractère syphilitique de ces manifestations diverses, et un traitement approprié est mis en œuvre. Bien que prescrit d’une facon aussi tardive, ce traitement, néanmoins, vient à bout de tous les symptômes, de tous sauf un seul, la névrite optique. Le sarcocèle disparait comme par en-