ONZIÈME LECON
Fréquence excessive des troubles intellectuels dans la syphilis cérébrale. — Raison probable de cette fréquence.
La forme mentale n'est le plus souvent qu’une forme associée, — Elle peut cependant se montrer isolée, indépendante pour un certain temps d’autres troubles cérébraux.
I. Deux groupes naturellement distincts de troubles psychiques 10 troubles d'évolution lente et de forme dépressive ; — 20 troubles relativement aigus d’excitation cérébrale (délire, aliénation, manie ic).
IT. Premier groupe. — Deux variétés : 19 dépression intellectuelle simple ; — 20 hébétude incohérente.
DÉPRESSION INTELLECTUELLE SIMPLE. — Ses Caractères. — Série de phénomènes attestant un affaissement des facultés, mais sans incohérence, sans délire. — Exemples cliniques. — Troubles connexes de l’éfat moral, — Modifications de caractère, d’habitudes et d'humeur, — Degrés multiples de ces divers symptômes.
Amnésie. — Fréquence des troubles de mémoire dans la syphilis cérébrale. — Trois modes de production : amnésie lente, progressive ; — amnésie par saccades; — ictus amnésique. — Degrés variables. —
Possibilité d'une extinction complète de la mémoire. — Particularité relative à la conservation des vieux souvenirs.
IIT. HÉBÉTUDE INCOHÉRENTE. — Forme exceptionnellement primitive, en général successive. — Symptômes de déraison, d’égarement, de vésanie, associés à la débilité mentale. — Caractère général de ce délire, sans idée fixe, sans prépondérance d’une vésanie particulière, partielle.
Formes morbides auxquelles succède usuellement cet état d’hébétude incohérente.
Exemple clinique.
IV. Variétés rares, exceptionnelles, où l'incohérence revêt l'allure d’un délire partiel, systématisé, monomaniaque. — Forme lypémaniaque, mélancolique, hypochondriaque.— Délires à idée fixe; délire de persécution, de suicide, etc.
Messieurs,
Le premier fait à inscrire en relief, au début des considérations relatives à la forme que nous allons étudier, est la fréquence excessive des troubles intellectuels dans la syphilis cérébrale. Cette fréquence est indéniable et mérite d'être signalée tout d’abord.
Dans la plupart, dans la très-grande majorité des cas où la syphilis porte son action sur le cerveau, elle affecte l'intelligence à des degrés variables et sous des formes diverses. Souvent mème elle l’affecte d'emblée, dès le début des accidents, ou à une époque encore peu distante de l'invasion première. Que si elle la respecte pour un certain temps, elle ne tarde guère à l’intéresser plus tard, dans une étape ultérieure, alors que la maladie est abandonnée à elle-même, ou bien alors qu'en dépit du traitement elle continue son évolution progressive.
Déjà nous avons vules troubles intellectuels figurer, à tre de phénomènes contemporains ou consécutifs, dans les qüatre formes initiales qui nous ont occupés jusqu'ici (forme céphalalgique, forme congestive, forme épileptique, forme aphasique). De même nous les rencontrerons comme symptômes fréquemment associés à la plupart des formes paralytiques qui nousrestent à étudier prochainement.
Donc, presque invariablement, à une époque quelconque du processus morbide, l'intelligence est atteinte
par la syphilis cérébrale. C’est là un fait majeur, essentel à établir catégoriquement, comme préambule à Ce Qui va suivre.
Au reste, Messieurs, ce fait n’a rien qui doive nous surprendre. Il aurait pu être prévu, annoncé à priori. La fréquence des troubles intellectuels dans la syphilis cérébrale n’est que la conséquence logique d'une particularité déjà signalée bien des fois dans ce qui précède, à savoir la prédilection de la diathèse pour les lobes antérieurs du cerveau et pour la substance grise. C’est, en effet, dans les lobes antérieurs, c'est dans la substance grise corticale, que résident, vous le savez, les foyers des manifestations intellectuelles.
Pour la plupart des cas, les troubles intellectuels dont nous allons parler prennent place dans la syphilis cérébrale à côté d’autres symptômes, d’autresphénomènes de divers ordres, phénomènes congestifs, épileptiques, paralytiques, etc. Done, à vrai dire, la forme mentale n'est le plus souvent qu'une forme associée. Il est cependant un certain nombre de malades chez lesquels—pour un temps, tout au moins— cette forme se montre #solée, indépendante. Ainsi 1l n’est pas très-rare que, de la sorte, des manifestations d'ordre purement psychique inaugurent le début de l'affection sans autres troubles d'ordre différent, au moins sans autres troubles majeurs. De plus, bien que combinée à d’autres symptômes, la forme mentale prend en maintes occasions le premier plan de Ia scène morbide par la prédominance et l'importance de ses manifestations propres. A divers titres, done, elle mérite, je pense, d'être décrite séparément,