‹ La syphilis du cerveauChapitre 63 sur 151 · DOUZIÈME LECON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LECON

(SUITE

Un second ordre de troubles intellectuels est constitué par des phénomènes plus aigus d’excitation cérébrale, de délire, d'incohérence maniaque, de manie. — Authenticité indéniable, bien que non encore accréditée, de véritables états d’aliénation mentale d’origine syphilitique.

Formes diverses. — Impossibilité actuelle de les catégoriser dans une nomenclature précise, — Quelques formes principales, à savoir :

I. Forme de délire simple. — Ses caractères. — Erreurs auxquelles

elle expose. — Exemple clinique. À

Forme d’excitation cérébrale, d'exaltation, sans délire. — Caractéris-

tique. — Limite difficile à établir entre cet état et la vésanie

l'incohérence véritable. — Exemple. — Gravité de cet état mental sa tendance à dégénérer.

IT, Incohérence maniaque, manie. — Perversion intellectuelle acquise conceptions délirantes, extravagances de paroles et d'actions loquacité; agitation physique; colères, violences, ete,

Identité de phénomènes avec l'accès de manie vulgaire, — Cependant, en général, forme plus calme, moins agitée, de cette manie syphilitique, par rapport à la forme suragitée de la manie commune.

Confusion facile et fréquemment commise avec la manie, la folie commune. — Exemple, — Importance capitale en l'espèce de la notion de cause et de la spécificité d'origine.

IV. Formes plus rares de délire hallucinatoire, de lypémanie, de délire monomanñiaque, de délire impulsif, ete.

V. Deux modes d’invasion de ces troubles de l’état mental : 40 invasioft sous forme associée, c’est-à-dire à la suite ou au cours d’autres

accidents cérébraux. — Importance, au point de vue diagnostique, de cette connexion de phénomènes. — 20 Invasion plus rare sous forme isolée. — Des phénomènes d’excitation cérébrale, de délire, de manie, peuvent ouvrir la scène morbide et l'occuper seule pour un temps. — Cas de Rayer ; exemples divers.

Difficultés inégales du diagnostic dans ces deux ordres de cas. — Difficultés considérables relativement aux cas du second ordre. —

Absence de tout signe pathognomonique de spécificité. — Règle de conduite à tenir en semblable occurrence. — Indication formeile de

tenter le traitement antisyphilitique, méme en l'absence d'une certitude diagnostique absolue. — Objections. — Conclusion. VI. Évolution ultérieure. — Acheminement progressif à la démence. — Lenteur habituelle d'évolution.

Quelques cas rares de terminaison mortelle à brève échéance, consécutivement aux troubles psychiques de la syphilis cérébrale.

Messieurs,

Nous avons assisté dans notre dernière conférence à la forme lente et dépressive des troubles intellectuels de la syphilis cérébrale. Il nous reste aujourd'hui à aborder l'étude d’autres troubles de forme différente.

Ceux-e1 se distinguent des précédents à deux titres : 1° en ce qu'ils sont généralement plus rapides dais leur invasion; — 2° et surtout en ce qu'au lieu de consister en des phénomènes d'ordre dépressif ils sont constitués par des phénomènes d’exaltation, d’excitation intellectuelle, de délire, de manie.

C'est aux troubles de ce genre qu'on réserve plus particulièrement le nom de folie syphilitique (1), bien que

(1) Cette dénomination de folie syphilitique a été très-vivement attaquée. Les reproches qu'on lui adresse me touchent peu, je l'avoue, et me paraissent plus que largement compensés en l'espèce par un avantage qu'on s’efforcerait vainement de méconnaître. L'essentiel ici, ce qui domine toute autre considération, c'est le point de vue pratique, uti-

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parmi ceux dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent il en soit bon nombre, comme vous lavez vu, qui méritent à coup sür de tomber sous cette appellation, d'être compris sous ce vocable générique d’aliénation.

Pour être moins fréquents — et de beaucoup — que ceux de notre premier groupe, les désordres intellectuels que nous allons avoir à caractériser ne sont pas moins dignes d'une étude très-attentive. [ls doivent même, dirai-je, nous arrêter d'autant plus qu'ils sont moins connus, moins acceptés que les précédents, et que, par une conséquence toute naturelle, ils exposent à des méprises, à des erreurs diagnostiques des plus regrettables. Bien des gens ont été considérés comme des fous vulgaires, alors qu'ils n'étaient que des syphilitiques en état d’excitation cérébrale. C'est là ce dont on commence seulement à s’apercevoir parmi nous aujourd'hui, et ce n'est pas trop tôt, en vérité |

Veuillez, en effet, Messieurs, ne pas vous méprendre sur l'état de la science actuelle relativement au sujet qui va nous occuper. Il est absolument positif, comme je vous l'ai déjà dit, que la folie syphilitique n’a pas en-

litaire, Or, au point de vue pratique, la dénomination qu'on repousse est précisément celle qui peut rendre le plus de services. D'une part, elle affirme et vulgarise l'existence de certains troubles vésaniques se reliant à la syphilis comme origine; et, d’autre part, elle indique implicitement la médication spéciale qui leur est applicable. Qu'elle soit susceptible de critiques à d’autres égards, peu m'importe en vérité. Excellente au point de vue qui nous intéresse le plus, nous praticiens, je la conserve, et je crois éminemment utile qu’elle prenne place dans la langue médicale pour le plus grand bien des malades. V. Batty Tuke, Journal of mental science, 1875, t. XX, p. 359.

core droit de cité dans la pathologie officielle, si je puis m'exprimer ainsi. Elle n’est tout au plus que tolérée à titre conjectural, hypothétique; elle est fortement tenue en suspicion, si cen'estreniée, par la plupart de nos classiques, Pour vous en convaincre, parcourez les pathologies modernes, parcourez mème les travaux plus récents sur les maladies mentales; c’est à peine si vous ytrouverez, dans les chapitres d’étiologie, quelques lignes accordées comme par grâce à la syphilis, et accordées avecune sorte d'incrédule charité. Mais ce que vous n'y trouverez pas, soyez en convaincus, c’est une étude, une analyse diseutée de l’aliénation syphilitique, c’est un exposé de faits, tels qu'en ont pubhé ailleurs soit divers syphiliographes, soit mème quelques aliénistes étrangers.

Et, d'autre part, interrogez l'opinion publique, consultez le courant d'idées en faveur relativement à la folie syphilitique ; vous ne rencontrerez guère que des tendances peu favorables (pour ne rien dire de plus) à l'admission de cette folie spéciale. Ma conviction à cet égard a droit d'être faite par expérience personnelle, Plusieurs fois 1l m'est arrivé en pratique d’avoir à émettre le diagnostic de folie syphihtique devant des aliénistestrès-compétents,très-justementcélèbres ; etpresque invariablement mon opinion n'a été admise qu'au titre d'une hypothèse possible, rationnelle, tolérable à la rigueur, mais singulièrement aventureuse et « fortement entachée d’hérésie ».

Et cependant, Messieurs, rien n’est aujourd'hui mieux établi que l'existence de véritables aliénations de provenancesyphilitique. Des états de ce genre se rencontrent de temps à autre chez nos malades. Maintes et

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