FOLIE SYPHILITIQUE
mes différentes, d’autres spécimens non moins accentués,
Revenons à notre point de départ.
Je vous disais en commençant que les troubles intellectuels de la syphilis cérébrale se manifestent quelquefois sous des formes plus aiguës que celles dont il a été question jusqu'ici, et surtout sous des formes différentes, différentes en ce qu'au lieu de consister en des phénomènes essentiellement dépressifs, elles sont constituées par des états d'excitation, d'exaltation, de délire, etc. C’est là ce qu'il nous faut actuellement démontrer.
Or les phénomènes de ce genre sont à coup sùr susceptibles d'expressions cliniques très-diverses. Ils le sont à ce point qu'on à pu en dire — non sans exagération, je l'avoue — qu'ils allaient jusqu'à reproduire « toutes les formes d’aliénation vulgaire, depuis la manie la plus violente jusqu à lidiotisme le plus complet ». Il serait donc opportun de les diviser en plusieurs groupes et d’en constituer des espèces, des variétés distinctes, avec des qualificatifs, des vocables appropriés. Un travail de ce genre, malheureusement, n’est pas encore possible dans l’état actuel de nos connaissances; et, si nous sommes déjà assez avancés pour être en droit d'affirmer la folie syphilitique, nous ne le sommes pas suffisamment pour nous croire autorisés à la décrire d’une facon dogmatique et à réglementer dans une nomenclature précise les diverses formes qu’elle peut affecter. Restons donc plus modestes, et bornons-nous à donner une analyse des faits acquis, sans aspirer à un travail de synthèse que l'avenir seul nous permettra d'instituer. É
En certains cas, ce que produit la syphilis cérébrale comme troubles psychiques se borne à une sorte de délire simple, plus ou moins analogue à un délire fébrile, à un délire de méningite ou d'encéphalite à processus subaigu.
La scène alors, au point de vue des troubles intellectuels, consiste simplement en un délire plus ou moins accentué, plus ou moins intense, avec agitation, impatiences, loquacité, insomnie, état général d’excitation permanente, alternant parfois avec des stades de somnolence passagère. On dirait, je le répète, un délire de fièvre, ou bien encore, ceci est plus exact, un délire de méningite, d’encéphalite commencçante. Aussi, dans la plupart des cas, est-ce précisément en ce sens qu'une erveur diagnostique se trouve commise. Ne soupconnant pas que la syphilis puisse être en cause, le médecin, après des hésitations, des tergiversations bien naturelles, aboutit à croire qu'il a affaire à un état congestif de l’encéphale, soit à une méningite lente, soit à une encéphalite locale, soit encore à toute autre affection susceptible d’éveiller vers le cerveau un certain degré de réaction. l
Les faits de cet ordre ne sont pas très-rares. J'emprunterai le suivant à mon ancien collègue et ami le D' Luton. Vous y verrez figurer, traduites par l’auteur, les difficultés et les incertitudes auxquelles de pareils cas laissent le médecin exposé.
Un homme de 30 ans, jardinier, syphilitique depuis