ACCIDENTS DE LOCALISATION
pour ce qu'ils sont bien certainement, à savoir pour des troubles fonctionnels se rattachant à la lésion de centres encéphaliques spéciaux, en un mot, pour des accidents de localisation.
Quels sont donc les symptômes auxquels je fais allusion ici? Je ne saurais à coup sûr vous les énumérer tous ; Laissez-moi du moins vous signaler les principaux.
IL. — Sur quelques malades, ona vu s'associer à la symptomatologie usuelle de la syphilis cérébrale, ou mème figurer isolément dans la scène morbide, certains phénomènes curieux d’rcoordination motrice, à savoir : marche incertaine, indécise, saccadée, vaacillante, ébrieuse, « en zigzags » ; — difficulté à suivre la ligne droite, écarts latéraux; affaissements subits; — plus rarement, impulsions irrésistibles, entrainement à droite ou à gauche, voire mouvements de recul.
D'autre part, 1l est à remarquer que les phénomènes de cet ordre coexistent le plus habituellement avec un autre groupe de symptômes constitué par une céphalée intense; — des vertiges fréquents; — des vomissements répélés, remarquablement opiniâtres, et se produisant sans efforts ; — des troubles de la vision, des spasmes oculaires, etc.
Un tel ensemble morbide se rattache-t-1l, comme l'ont avancé quelques auteurs, à des lésions cérébelleuses ? C’est là ce qui reste encore très-incertain. En ce qui nous concerne du moins, nous manquons de preuves anatomiques suffisantes pour accepter cette hypothèse de localisation autrement que sous bénéfice d’inventaire.
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IL. — En d'autres cas, non moins rares, des mouvements choréiformes (hémichorée, athétose) prennent place dans la symptomatologie de la syphilis cérébrale. |
Ce sort toujours des phénomènes unilatéraux (au moins d’après les observations dont je dispose). Ils se produisent dans deux ordres de conditions différentes : soit isolément, c’est-à-dire sans autres troubles musculaires contemporains ; — soit en compagnie ou surtout à la suite de symptômes hémiplégiques.
Comme exemple du premier genre, je vous citerai le cas suivant. Un de mesmalades, syphilitique depuis trois ans, commence, il y a deux mois, par être pris d'attaques d’épilepsie partielle qui se localisent invariablement dans le membre inférieur droit. I néglige ces accidents, et devient sujet, cinq semaines plus tard, à des accès d'un tout autre genre, accès véritablement choréiformes, qui se répètent chaque jour à maintes et maintes reprises, parfois même d’une façon subintrante. Pour avoir été témoin plusieurs fois de ces accès singuliers, je puis vous les décrire exactement. Ils affectent la face, la langue, et plus spécialement encore la main gauche. Soudainement, cette main, à propos d’un mouvement, d’un effort musculaire quelconque, est agitée, secouée par un tremblement intense, qui se propage bientôt à l’avantbras. Puis les doigts se crispent, s'étendent et se fléchissent alternativement, se tordent, se convulsent en tous sens, en même temps que le membre continue à être ébranlé par des saccades désordonnées, arhythmiques, tumultueuses. Ce trouble singulier augmente encore et s’exaspère d'une façon très-notable, lorsque le malade fait effort pour le dominer. Si bien qu’au total, pendant
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toute la durée du spasme, la main reste incapable du plus simple mouvement volontaire, de celui, par exemple, qui consiste à boutonner une bretelle ou à porter un aliment à la bouche.— Finalement, après quelques minutes en moyenne, la crise convulsive s’apaise par degrés, et tout rentre dans l’ordre.
Assez habituellement, mais non d'une facon constante, des phénomènes de même ordre se produisent dans le même temps vers la face et la langue. La face alors se met àgrimacer étrangement; lapaupière sautille, la commissure gauche est déviée.— La parole devient entrecoupée, heurtée, scandée, comme trémulente, si je puis ainsi dire; bientôt elle ne consiste plus qu’en des sons
inintelligibles, inarticulés. — La langue s’agite convulsivement dans la bouche. — Enfin la physionomie vultueuse, effarée, traduit l'angoisse éprouvée par le malade en ce moment. — Comme pour la main, ces
spasmes se calment après une courte durée (1).
Les cas de cet ordre sont à coup sûr très-exceptionnels: Et la règle, je vous le répète, c’est que les accidents d'hémichorée soient contemporains de symptômes hémiplégiques ou, bien plus souvent encore, consécutifs à des hémiplégies.
C'est ainsi, par exemple, que, dans une observation due à M. le D'Costilhes,nous voyons une jeune femme,
(1) Les crises dont il vient d'être question offrent un lien de parenté évident (qu'on me passe le terme) avec les crises de l'épilepsie partielle. Mais elles endiffèrent essentiellement par le caractère choréique, véritablement choréique, de l'agitation musculaire.
Qu'on les assimile à l’épilepsie, je n’y ferai pas d'objection, pour mon compte. Toujours est-il que, dans cette façon d'envisager les choses, ce serait là une épilepsie d'une modalité tout à fait particulière, une épilepsie choréiforme, très-différente de ses types habituels et classiques,
ATHÉTOSE 491 consécutivement à divers symptômes de syphilis cérébrale (céphalée, vertiges, insomnie, vomissements), être prise à la fois et d’une parésie droite et de mouvements choréiques dans les membres du même côté (1).
De même, un malade de M. Lancereaux « était presque complétement guérid’une hémiplégie syphilitique, lorsque se manifestèrent des mouvements choréiques très-violents dans le côté qui avait été le siége de la paralysie ») (2).
De même encore, le D' Alison a relaté Le cas très-intéressant d’une hémichorée qui succéda, dans un laps de neuf mois, à une parésie hémiplégique et qui fut particulièrement remarquable à divers titres : d’une part, en raison de l'intensité insolite des spasmes convulsifs, et, d'autre part, eu égard à la concomitance de divers phénomènes, tels que : excitation cérébrale, fou rire, difliculté de parole, troubles intellectuels, etc. Le traitement spécifique fit justice de tous ces accidents avec une rapidité significative (3).
Enfin, en d’autres circonstances, on a vu des troubles musculaires post-hémiplégiques prendre la forme de l’'athétose proprement dite.
Ce qu’on observe alors consiste en des mouvements singuliers, affectant l'extrémité seule des membres paralysés (doigts et main, pied et orteils), et très-différents comme caractères des brusques saccades de l’hémichorée ; — mouvements involontaires, bien en-
(1) Gazette médicale, 1852.
(2) Des affections nerveuses syphilitiques, par Gros et Lancereaux, Paris, 1861, p. 270. |
(3) Some Cases of syphilitic chorea, par le Dr Robert H. Alison. (The American Journal of the medical sciences, Philadelphie, juillet 1877.)
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tendu, et ne faisant même que s’exagérer sous l'influence de la volonté qui s’y oppose ou de l'attention qu'y prête le malade ; — mouvements continus, lents, exagérés d’attitude, se succédant sans la moindre régularité, et rappelant, comme on l’a dit « le va-et-vient perpétuel des tentacules du poulpe marin. »
Aujourd'hui même, précisément, j'ai pu vous montrer dans le service un exemple de ces troubles bizarres sur le malade couché au n° 45 de la salle Saint-Louis. Cet homme, comme je vous le disais à l'instant, a été affecté, il y a quelques mois, d’une hémiplégie dont la spécificité syphilitique ne saurait rester douteuse. Grâce au traitement, les symptômes paralytiques allaient se modifiant d’une façon avantageuse, quand sont apparus tout récemment des phénomènes d’Aémuathétose affectant les extrémités des membres paralysés. Vous venez de voir la main et le pied de ce malade agités de mouvements incessants, qui n'ont fait que s’accroitre au moment de notre examen. Vous avez dù remarquer surtout l'agitation lente et continue des doigts, se crispant en tous sens indépendamment les uns des autres, et exagérant jusqu'à imminence de dislocation articulaire l'étendue des mouvements qui leur sont dévolus. Vous n'avez pas été moins frappés des spasmes convulsifs qui imprimaient à la main, par rapport à l'avant-bras, les attitudes forcées les plus étranges. Eh bien ! c’est là, par excellence, un type d'athétose, et, en l'espèce, d’athétose consécutive à une hémiplégie syphilitique (1).
(1) Depuis que ces lecons ont été professées, j'ai eu connaissance d’autres faits d’athétose observéssur des sujets syphilitiques, ettoujours consécutivement à l’hémiplégie. — On trouvera deux cas de ce genre
dans le remarquable travail que M. le Dr Paul Oulmont à consacré à d'étude générale de l’athétose (Étude clinique sur l'athélose, Paris, 1878).