LA SYPHILIS DANS LA POPULATION CIVILE
De ces femmes les unes ont pris la [syphilis d’un civil quelconaue ou réformé, ou trop âgé pour être appelé au service militaire, d’un réfugié rencontré par hasard à 1 atelier ou dans la rue • il n’y a là rien qui diffère de ce qui voit en temps de paix. D’autres l’ont contractée avec des hommes des depôts, ou Lee des ouvriers mobilisés dans les usines, avec des soldats permissionnaires ou en traitement dans des hôpitaux.
Ces deux catégories comprennent des femmes de “oralite très variable, dont quelques-unes ont seulement cherche dans des relations extra-conjugales un moyen d’accroître leurs ressources réduites par le départ de leur mari.
A côté d’elles se trouvent des femmes contaminées par leur msri, venu en permission, ou rentré dans ses foyers après réforme pour blessures. Celles-là sont bien des syphilitiques de laguerreL elles sont nombreuses : il ne se passe pas de joui oullne s’en présente deux ou trois, et quelquefois plus àlacon- Station de l’hôpital Saint-Louis. Elles sont de tout âge, souvent ,£unes , bon nombre d’entre elles ne soupçonnent pas ce qu est la maladie dentelles sont atteintes n’avaient fcun®jiobon de ce que peuvent être et signifier l’ang.ne, a roseole, 1 alopécie poui lesquelles elles viennent consulter; elles syphilis, de sa contagion, et le plus souvent n auraient jamais sLgé à incriminer leur mari ; c’est seulement en les interrogeant nue le médecin, reconstituant l’histoire de leur maladie, veiifiant les dates, recherchant à quelle époque le mari est venu en permission, remonte à l’origine, origine que vient plus confirmer l’aveu ou l’examen du mari. Ces faits, je le répété, sont légion, i’en ai sûrement vu, pour ma seule part, plus de cent.
Il faut, ici encore, faire une place aux ouvriers mobilises dans les usines de guerre : ces ouvriers, je l’ai déjà dit et je \e repeterai encore, sont syphilitiques dans des proportions énormes, et malgré toutes les exhortations possibles beaucoup d entre eux ne se soignent pour ainsi dire pas. Le résultat en est la contamination fréquente de leurs femmes, que celles-ci demeurent au loin ou qu’elles soient restées auprès de leurs maris. J ai eu 1 occasion de voir déjà un nombre important de femmes mariées auxquelles la syphilis avait été transmise par leurs maris mobilisés dans les usines. , . -n
Toutes ces femmes, honnêtes meres de famille, parto .
enceintes ou récemment accouchées, ignorant tout de la syphilis, ignorent aussi quelles peuvent contaminer leurs enfants. A plusieurs reprises, j’en ai vu — fait exceptionnel en temps de paix où la plupart des femmes syphilitiques soignées dans les hôpitaux savent à quoi s’en tenir sur leur maladie — m’amener deux et trois enfants porteurs de chancres dont elles avaient été elles-mêmes les agents de transmission.
Ln autre fait a frappé également tous les médecins, c’est la fréquence des ycMues ^ens atteints de syphilis depuis le début de la guerre. Il n’est pas de jour où, dans les consultations, ne s en présentent plusieurs : à l’hôpital Saint-Louis, je n’en vois pour ma part pas moins de deux ou trois par consultation, âgés de 16 à 18 ans. Le plus souvent, ils ont pris la syphilis d’une femme lenéontrée dans la rue, dans les faubourgs ou sur les boulevards extérieurs. Qu’ils aient accueilli volontiers ses propositions cela ne fait pas de doute ; ne vont-ils pas bientôt être soldats? et ne doivent-ils pas dès maintenant prouver leur vigueur? La preuve en est que beaucoup déclarent avec une pointe d’orgueil qu’ils ne sauraient dire quel jour ils ont pris la syphilis, les occasions en ayant été nombreuses. Mais aussi, le nombre des femmes qui stationnent sur le trottoir et dont beaucoup sont « inoccupées » en raison de la réduction de la population masculine des faubourgs, leur hardiesse sont pour beaucoup dans les contaminations juvéniles.
Ces jeunes syphilitiques sont des soldats de demain : les médecins militaires ont constaté avec effroi la proportion des syphilitiques récents, parmi les jeunes soldats incorporés dans ces derniers mois.
Les conséquences sociales de la syphilis des soldats
Revenons maintenant à la syphilis des soldats.
La syphilis des soldats et des ouvriers des usines'de guerre, par sa fréquence, devient un danger :
1° Parce qu’elle oblige les malades à subir un traitement qui.
pendant les périodes contagieuses, ne peut être réalisé sur le front ou en continuant le travail dans les usines de guerre, parce qu’en un mot elle diminue les effectifs ;
2“ Parce qu’elle diminue la valeur de l’homme;
3“ Parce que, transmissible à la descendance des malades, elle compromet la race à une époque où plus que jamais celle-ci a besoin d’être nombreuse et robuste.
Diminution des effectifs. — Pour réduire la propagation de la syphilis soit par la voie génitale soit par les voies extra-génitales, il est nécessaire d’éloigner le syphilitique de son milieu habituel, de son corps ou de son service, tant qu’il est porteur d’accidents contagieux : cela est l’évidence même et n’est discuté par personne. Cette mesure est d’autant plus nécessaire que le traitement véritablement actif de la syphilis n’est pas compatible avec les exigences du service militaire du temps de guerre.
Or, quelles que soient l’intensité et l’activité du traitement, il exige, pour stériliser les accidents contagieux, chancre ou plaques muqueuses, un minimum de temps, variable suivant les méthodes employées et que le médecin conscient des nécessités de la défense nationale s’efforce de réduii'e, mais qui, multiplié par le nombre des syphilitiques, représente une quantité très appréciable et par conséquent un déchet, une cause de fonte des effectifs.
En outre, la syphilis, même en période précoce, peut provoquer, surtout lorsqu’on ses débuts elle n’a pas été traitée avec une énergie suffisante, des accidents qui, pour n’être pas contagieux, n’en nécessitent pas moins un traitement et une hospitalisation plus ou moins prolongée : ictère, albuminurie, céphalée, lésions cutanées ulcéreuses, etc., qui rentrent pour une part dans le pourcentage de la morbidité de l’armée.
Il faut encore noter que la syphilis peut jouer un rôle dans l’évolution des blessures de guerre, retarder leur cicatrisation et les consolidations osseuses, peut-être faciliter les infections : ce rôle me paraît, d’après ce que je sais des résultats opératoires chez les sujets syphilitiques en général, et ce que j’ai vu depuis le début des hostilités, fort restreint ; cependant quelques chirurgiens lui accordent une réelle importance ; il peut donc entrer aussi en ligne de compte dans l’influence de la syphilis sur la diminution des effectifs.
Diminution de la valeur des hommes et de la durée de la vie humaine. ~ La syphilis, en ses diverses périodes et pendant un temps fort long, détermine une série de lésions et de troubles qui diminuent la valeur physique et intellectuelle des hommes ; ce n’est pas le lieu de décrire ici, ni même d’énumérer les localisations cérébro-spinales, cardio-vasculaires, hépatiques, rénales, osseuses, etc., qui, pour être souvent rapportées à des causes autres (1), n’en sont pas moins fonction de l’infection syphilitique et chargent gravement les statistiques de morbidité et de mortalité.
Il n’existe pas de statistiques permettant de chiffrer la réduction de valeur humaine qu’entraînent la morbidité et la mortalité par syphilis ; il faudrait tenir compte de la perte de temps et d’argent occasionnée par le traitement, de l’incapacité de travail provoquée par la maladie elle-même, de l’influence qu’elle peut exercer sur les diverses affections, particulièrement les infections et les intoxications intercurrentes.
A titre d’indication, je rappellerai que, en matière d’accidents du travail, les tribunaux, lorsqu’ils ont à apprécier la réduction de capacité professionnelle déterminée par la syphilis, fixent cette réduction entre 15 et 25 0/0.
Pour donner une idée de la fréquence relative des manifestations tardives de la syphilis, Fournier (2) avait consigné dans un tableau les résultats de l’examen de 4.000 malades qui l’avaient consulté pour des accidents tertiaires. Voici un résumé de ce tableau.
Syphilides et gommes ..1.655
Lésions des organes génitaux. 271
— de la langue et des lèvres. 304
— du pharynx et de la voûte palatine ... 566
— osseuses et du nez. 541
Gommes tendineuses et musculaires .... 19
(1) Letülle et Bergeron. La réaction de Wassermann dans les maladies chroniques. Bulletin de l'Académie de Medecme, séance du 22 février 1916, p. 204.
(2) Alf. Fournier. Le danger social de la syphilis. Rapport à la première Conférence internationale pour la prophylaxie des maladies vénériennes. Bruxelles, 1899.
Lésions du tube digestif.
— des voies respiratoires . . . ■
— du cœur, de l’aorte et des artères .
— du foie.
— du rein.
— du testicule.
— de l’œil.
— de l’oreille.
Syphilis du cerveau..
Accidents cérébro-spinaux.
Syphilis de la moelle.
Tabes.
Névrites et atrophies musculaires . . -
Paralysie générale.
Paralysies oculaires.
Hémiplégie faciale.
Affections nerveuses diverses . . . • Localisations diverses.
Total.
Au sujet de la mortalité par syphilis, Blaschko(l), se basant sur les statistiques des compagnies d’assurances, arrive à cette conclusion que les décès causés par la syphilis représentent 6 0/0 de la mortalité totale, que 30 0/0 au moins des sujets qui ont eu la syphilis meurent de cette maladie, et que la syphilis réduit de 4 ans la durée de la vie.
Audry (2), après avoir constaté que les éléments fournis pâlies statistiques des compagnies d’assurances, les diverses statistiques de mortalité publiées, les statistiques du tertiarisme, ne donnent, au point de vue de la mortalité par syphilis que des résultats incomplets, contradictoires et discutables, que les enquêtes sur les syphilitiques traités dans les cliniques et les impressions des syphiligraphes ne fournissent que des données
(1) Blaschko. Der Einfluss der Syphilis auf die Lebensdaner. 7 F. Internationaler Kongress fur Yersicherungs Medisin. Berlin,
(2) Ch. Audry. Essai sur la mortalité de la syphilis acquise. Semaine médicale, 1906.
incomplètes, reconnaît cependant que leur comparaison donne des résultats intéressants. L’impression qui en résulte est que la mortalité globale par syphilis, mortalité spécifique et deutérouathique, avoisine 14 à 15 0/0. Il croit qu’en France, la mortalité des sujets syphilitiques régulièrement traités, jeunes et sobres, nedoitpasdépasser4 à5 0/0, tandis qu’on peut sans hésiter décupler cette proportion chez des vieillards, les buveurs et certains surmenés.
Ces causes de maladie et de mort n’entreront qu’exceptionnellement en jeu pendant la guerre actuelle, mais leur poids se fera sentir, sur les syphilitiques, pendant les années qui suivront, d’autant plus lourd, sans doute, que les fatigues, les émotions de la guerre, les préoccupations de tous ordres qui suivront la paix en faciliteront le développement, localisant la maladie sur un organisme qui, sain et indemne de syphilis, leur aurait résisté.
De là un déchet, dont il est impossible de calculer l’importance, déchet que, espérons-le, la cure énergique de la syphilis à son début réduira dans de grandes proportions, mais qui ne doit pas être méconnu. Or, ce déchet, fonction directe de la syphilis de la güerre, se produira dans les années où la nation aura le plus besoin de l’énergie, de la vigueur physique et intellectuelle de ses enfants, pour réparer les désastres causés par la guerre et reconstituer les cadres de l’industrie, de l’enseignement, du personnel scientifique.
Influence néfaste sur la natalité et la descendance. — il est banal de dire et cependant on ne saurait trop répéter que les brançais, après la guerre, devront faire beaucoup d’enfants : la natalité devra non seulement combler les vides que la guerre aura faits dans la nation, mais encore ceux qu’a causés depuis trop d années la restriction volontaire des naissances. Les enseignements de cette guerre auront été assez cruels pour qu’une mentalité nouvelle et toute opposée à l’ancienne préside à la procréation des enfants.
Il est de toute nécessité que les classes 1935, 1936 et suivantes dépassent en nombre les classes 1915, 1916 et, si elles ne peuvent prétendre à les dépasser en héroïsme, qu’elles les dépassent encore en vigueur physique, qu’elles aient au maximum les qualités de résistance, de développement physique et
CONSÉQUENCES DE LA SYPHILIS DES SOLDATS 29 intellectuel qui se traduisent par la proportion élevée des sujets aptes au service armé.
Or, c’est précisément au résultat inverse que tendrait la piopagation de la syphilis. ,
Que vaut en effet un syphilitique comme procréateur Rien pendant plusieurs années. Pas grand chose pendant les années suivantes, à telle enseigne que presque tous les syphiligraphes (1) sont d’accord pour lui interdire le mariage, quelles au’aient été l’intensité et l’activité de son traitement (2), quelle que soit la réaction de son sérum sanguin, pendant quatre ans
nour le moins. . j-a
Alfred Fournier (3), qui a pendant de longues années étudié l’influence de la syphilis sur la descendance, déduit de oOO observations dans lesquelles il a pu distinguer 1 hérédité paternelle, l’hérédité maternelle, l’hérédité mixte (père et mère) que ces trois modes d’hérédité ont, sur la nocivité pour 1 enfant (accidents syphilitiques de gravité variée, mort de l’enfant, avortements, etc.) et sur sa mortalité, lïnfluence suivante :
IndicBS de Indices de nocivité mortalité
Cette statistique montre que l’hérédité maternelle a une influence nocive bien plus considérable que l’héredite paternelle : or, la contamination de la femme par son mari syphilitique peut se produire plusieurs années après l’mfection du mari, reculant le terme de la période pendant laquelle le ménagé ne peut avoir d’enfants bien portants. ,
L’influence nocive de la syphilis s’atténue a la vente avec les
(1) CivATTE. A quelle condition peut-on autoriser le mariage des syphilitiques? Revue générale. Annales de Dermatologie.
^^(2) Brocq. La question du mariage des syphilitiques. Bulletin médical, 21 et 24 février 1914, p. 183 et 195.
(3) A. Fournier. L’hérédité syphilitique. Pans. 1891, p.sa.
Hérédité paternelle exclusive .
— maternelle exclusive.
— mixte.
années : non seulement le nombre des avortements diminue maisla mortalité des enfants venus à terme se réduit rapidement.
239 grossesses en ménages syphilitiques, a releve la mort de 176 enfants et noté la date i ces grossesses par rapport à l’infection maternelle :
Première année.
Deuxième année.
Troisième année.
Quatrième année.
Cinquième année Sixième année .
Septième année.
Huitième année .
Neuvième année.
Dixième année .
Onzième année .
Douzième année.
Dix-huitième année Vingtième année Total.
Sur 103 grossesses, issues d’un père syphilitique et d’une mere saine et dans lesquelles l’influence paternelle a été nocive le même auteur ( 2 ) a noté de quelle façon elle a été nocive.
Enfants nés vivants, puis affectés de syphilis héréditaire immédiate OU précoce ....
Enfants nés vivants, puis ayant présenté des symptômes de syphilis héréditaire tardive . 2
Avortements ou accouchements prématurés
d’enfants morts.
Enfants morts à diverses échéances (mais très généralement à brève échéance) sans manifestations spécifiques évidentes. ... 4,3
Total.103
L’Jiérëdite sijphilitique. Paris, 1891, p.l04. (2) A. Fournier,/ rfm, p. 7S. ’ > u
Rar a bien voulu me communiquer les observations des fem- „,es JyphSqu" accoucbées à la clinique Tarnier du janvmr
^^SoXcmrsidérées comme syphilitiques les femmes présentant des accidents syphilitiques en activité, des antécédents syphilitiîres alTs oulntle^ang (sang veineux de la mère ou sang rcordon) donne une réaction de Wassermann positive.
Résultats des grossesses à la clinique Tarnier
de 53 femmes syphilitiques accouchées du 1« janvier 1915 au 31 août 191b
Dernière Grossesses grossesse antérieures
1» Grossesses antérieures à Uinfection syphilitique :
Avortements .
Enfants macérés ou mort-nés ....
Exencéphale . . . '
Enfants morts avant la sortie de la mere.
Enfants morts dans le cours de la
année.
Enfants vivants.;
2» Grossesses paraissant postérieures a rinfection syphilitique:
Enfants vivants (contamination de la mère certainement ou très probablement pendant la grossesse) . . . . . •
Entants morts (contamination de la mere pendant la grossesse) ......
Enfants vivants, nés avant une serie
d’avortements ou de mort-nés . . .
Enfants mort-nés (mère albuminurique, avant une série d’avortements ou de
mort-nés.
Sort de l’enfant inconnu.
Totaux.
Cette statistique est intéressante, en ce qu’elle permet de se rendre compte des méfaits de la syphilis sur la progéniture de
femmes soumises pour la plupart aux méthodes actuelles de traitement de la syphilis. .
Sur un total de H8 grossesses, le nombre des enfants vivants au moment ou la femme est sortie de la clinique après son dernier accouchement est de 40, soit 34 0/0.
Mais il s’agit là d’un chiffre global, qui doit, pour indiquer 1 influence vraie de la syphilis, subir une correction importante cai de ces possesses un certain nombre étaient antérieures à là contamination de la femme.
Si on compte comme telles toutes les grossesses où cette anténonte est probable, on arrive à trouver pour 90 grossesses sûremMt postérieures a la syphilis, 20 enfants vivants, soit 22 0/0. os ft/n moyenne, on arrive à cette conclusion quà u/O au plus des grossesses de femmes syphilitiques donnent un enfant susceptible de vivre. ^
Encore faut-il observer que, pour 13 enfants issus de la derniere grossesse, l’observation s’arrête 8 ou 10 jours après leur naissance. Combien vivent encore à l’âge de 20 ans?
Le traitement anti-syphilitique atténue, comme le temps, l’action nocive de 1 hérédité. Donc, pendant un temps fort long plus long encore si le traitement a été insuffisant ou si les accidLts syphi lüques ont tendance à reparaître, le syphilitique qui procrée un enlant, procréé un enfant non viable, qui ne parviendra pas à
le”nrS’/'* quelques jours. Et, non seulement
le produit de conception ne vivra pas, mais encore, d’après une doctnne qui est discutable peut-être, mais qui a cours, il sera
«vnh-rr ^ P"’’'-®’ l’infectera, la rendra
syphilitique, sera cause que pendant plusieurs années elle n’enfnÏT- «if s .produits syphilitiques, prolongeant ainsi la
uuïee d infécondité du ménagé.
Mais cela n’est pas tout ; le syphilitique qui, pendant des
anîSs’Jî.rn^™"*^® P^dmts non viables, est pendantdes
années encore incapable de procréer des enfants bien portants et bien conformes ; ses premiers enfants étaient « pourris » suivant expression vulgaire, les suivants sont au moins « gâtés » Ils ilTàini ' f sont souvent nés avant terme, ils sont petits, ont le teint blafai-d ; au bout de quelques jours ou de quelques semaines, leur peau se revêt de syphilides, leurs narines et leurs lèvres se recouvrent de croûtes et se fissurent, des plaques ulcéreuses
se développent sur leurs lèvres et sur leur langue ; s’ils sont au sein les liquides qui s’écoulent de ces lésions provoquent souvent sur le mamelon de la nourrice le développement d’un chancre syphilitique, d’où des difficultés de tous genres pour les
^^Plus^tard, les enfants peuvent venir à terme, n’avoir ni à la naissance ni dans les semaines qui suivent d’accidents appai-ents, se développer de façon presque normale pendant quelques mois et n’avoir que les accidents de syphilis héréditaire tardive si bien décrits par Alf. Fournier. Ils peuvent, à l’exception d’un accident qui révèle leur maladie (gomme, exostose, lésion du palais, atrophie testiculaire, etc.) sembler sains; mais le plus souvent ce sont des malingres, des êtres mal bâtis, aux os faibles, suiets à des ulcérations scrofuloïdes interminables, leurs organes génitaux sont à peine développés, leurs fonctions cerebrales sont compromises à des degrés variables allant de la débilité intellectuelle ou du simple retard intellectuel a 1 imbécillité complète avec ou sans hydrocéphalie.
Si poussé au noir qu’il paraisse, ce tableau de la descendance des syphilitiques n’est malheureusement que trop vrai et trop fréquemment réalisé. . ,,
•La syphilis est, pour la race, pour sa conservation et la conservation de ses qualités physiques et intellectuelles, un des agents les plus dangereux ; avec l’alcoolisme et beaucoup plus que la tuberculose, elle l’abâtardit, lorsqu’elle n’en entrave pas radicalement la reproduction.
L’influence néfaste de la syphilis delà guerre aura sa repercussion dans tout le pays, non seulement dans les villes ou la syphilis entre depuis longtemps pour une part dans les causes de déchéance de la population, mais encore dans les campagnes où elle était jusqu’ici peu répandue. Or, dans les campagnes, le danger est plus grand encore peut-être que dans les villes . d’une part, les contagions familiales, en raison de 1 ignorance des malades et de leurs habitudes hygiéniques, y sont — l’expérience me l’a depuis longtemps démontré, — plus fréquentes et plus nombreuses qu’à la ville, et les soins médicaux sont moins régulièrement suivis ; d’autre part, ce sont les campagnes qui sont, peut-on dire, les conservatoires de la vigueur de la race, c’est d’elles que viennent les meilleurs contingents militaires au
point de vue de la force physique, et, après la forte saignée qu’y aura faite la guerre, leur population, déjà à peine suffisante aux besoins de la culture, doit être protégée avec un soin particulier.
Assurément, tous les syphilitiques ne sont pas destinés à mourir sans postérité, ou à avoir des rejetons sans valeur pour la défense et la richesse du pays : le traitement anti-syphüitique énergique et suffisamment prolongé, uni à l’action atténuante du temps, leur permet de procréer des enfants viables^ bien développés physiquement et intellectuellement : tous les médecins ont connu des syphilitiques qui, traités par les métliodes anciennes, ont, au bout d’un temps raisonnable, été autorisés à se maiier et dont les enfants, nés dans de bonnes conditions, sont actuellement sous les drapeaux. Tous aussi ont vu, et j’en pourrais citer plusieurs, des enfants de syphilitiques, atteints dans leur premier âge de manifestations héréditaires incontestables, qui, activement surveillés, bien soignés, ont atteint un développement physique et intellectuel suffisant pour être reconnus aptes au service militaire. Et il y a lieu de croire que les traitements intensifs aujourd’hui en usage donneront des résultats plus satisfaisants encore.
Mais, on ne saurait trop le répéter, c’est là le lot des malades bien conseillés, correctement soignés et qui ont suivi régulièrement les conseils de leurs médecins.
Et, parmi les légions de syphilitiques infectés depuis la guerre, ne doit-on pas penser que, après les hostilités, beaucoup, soustraits à la direction du médecin qui a suivi tes premières phases de leur syphilis, ne voyant plus — surtout à la suite d'un traitement arsenical intensif — apparaître de manifestations syphilitiques, se croiront guéris pour toujours, jugeront inutile de faire aucune cure et sont fatalement voués à ne pas procréer d’enfants valides? Il suffit de constater, à une consultation d’hôpital, l’incurie des anciens syphilitiques, le nombrp de ceux qui, traités une première fois et blanchis par un traitement approprié, ne reviennent plus consulter, ne suivent aucun traitement jusqu’à l’apparition d’un accident grave, pour être certain que ces craintes ne sont pas exagérées. Dans la population ouvrière, plus encore dans la population rurale, les syphilis régulièrement soignées sont l’exception, les avortements par suite de syphilis mal soignées sont la règle. La propagande médicale et administra-
tive pour la cure régulière et prolongée aura encore beaucoup à faire pour enrayer cette coupable négligence.
Précisément, les syphilitiques à l’armée se recrutent pour une grande part parmi les hommes en âge de se marier ou mariés depuis peu, dont les facultés procréatrices sont en plein développement et qui sont destinés à repeupler le pays. Au point de vue de l’avenir de la nation, il importe peu qu’un homme de 50 ans ou au-dessus prenne la syphilis : son rôle de reproducteur est terminé. Mais l’homme de 25 à 35 ans qui devient syphilitique est, pendant plusieurs années, déchu de son pouvoir reproducteur ; celui qui prend la syphilis entre 35 et 45 ans est, la plupart du temps, perdu pour la reproduction ; la période pendant laquelle il devra s’interdire la procréation d’enfants te menant à un âge où il n’en aura plus le désir ou auquel, l’influence de la syphilis venant s’ajouter à celle de Tâge même, sa postérité sera véritablement indésirable.
En tenant compte d’une part de la prolificité à laquelle il serait nécessaire d’atteindre pour reconstituera son taux indispensable la population de la France, et d’autre part de l’âge varié des hommes qui contractent la syphilis à l’armée et dans les usines de guerre, il n’est pas excessif de penser que chaque infection syphilitique d’un homme mobilisé privera en moyenne la France d'au moins un soldat et une mère de famille pendant la période décennale 1936-1945.
Pautrier exprime la même idée dans le rapport que j’ai déjà eu l’occasion de citer sur l’organisation des hôpitaux militaires de vénériens, lorsqu'il dit après avoir essayé de préciser le nombre des cas de syphilis dans l’ai’mée :
« Si l’on admet le chiffre moyen, évidemment hypothétique, mais fort vraisemblable, de 200.000 cas et si Ion attribue à chacun de ces cas la production de deux fausses-couches seulement, on voit que l’infection tréponémique nous coûtera 400.000 naissances, soit l’équivalent de deux classes.
« Le mot de péril national n'est donc pas trop fort. »
Cette considération n’est-elle pas de nature à justifier les mesures les plus énergiques, voire les plus sévères pour empêcher la propagation de la syphilis ?
Et alors que, de tous côtés, des voix s’élèvent pour dénoncer le péril de la dépopulation, pour réclamer la repopulation de la
France, que des ligues et des associations se proposent pour but de favoriser les familles nombreuses, de conserver la santé et la vie des enfants, n’y a-t-il pas urgence à tarir sans hésitation la source d’un tel déchet dans la race ?
Tout ce qui sera fait pour protéger l’armée contre la syphilis aura nécessairement un contre-coup favorable pour la population civile.
Je montrerai par la suite que, du côté militaire, les mesures les plus rationnelles ont été prises sous l’inspiration de M. le Médecin Inspecteur Général Vaillard. M. Justin Godart, sous-secrétaire d’Etat du service de santé au Ministère de la Guerre, en prescrivant ces mesures, en s’attaquant à ce que lui aussi’ dans sa circulaire du 5 janvier i 916 a appelé un péril national, a engagé la lutte la plus active qu’un ministre ait jamais menée contre 1^ syphilis et, par des instructions en date du 25 septembre 1916, répondu aux vœux émis par l’Académie de médecine dans sa séance du 13 juin 1916.