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LA SYPHILIS PANS LA POPULATION CIVILE

niée ne limite pas ses effets aux soldats eux-mêmes, elle a une répercussion immédiate et considérable sur la population civile. Les conditions de transmission de la syphilis expliquent, sans qu’il soit besoin d’insister, cet échange, qui est beaucoup trop un libre-échange. Voyons donc comment se traduit cette influence du milieu militaire sur le milieu civil.

Ici encore les statistiques utilisables font défaut : la morbidité syphilitique des différents milieux sociaux est en temps de paix sujette à des variations difficiles à dégager d’une brutale accumulation de chiffres, et ces milieux sociaux ont été bouleversés par la guerre : l’afflux des réfugiés a modifié le chiflre de la population, modifié surtout le chiffre de la population qui consulte dans les hôpitaux, l’utilisation de la main-d’œuvre féminine a modifié la composition des ateliers, y faisant affluer nombre de femmes de condition moyenne que la guerre oblige à trouver un gagnepain, que sais-je encore? Dans les services de dermato-syphiligraphie des hôpitaux, la proportion des syphilitiques récents par rapport au nombre total des hospitalisations semblerait permettre de se rendre compte de la progression de la syphilis ; mais les conditions de l’hospitalisation des affections cutanées sont toutes différentes de celles du temps de paix, des réfugiés se font hospitaliser pour des maladies bénignes que les autochtones soignent à domicile, des malades atteints d’affections chroniques ont quitté l’hôpital pour travailler, etc. ; il en résulte, sans compter que la réduction du nombre des élèves dans nos services ne permet pas de recueillir toutes les données des statistiques hospitalières, que ces statistiques n’apportent pas d’éléments certains à l’étude de la progression de la syphilis.

Force est donc de s’en tenir aux impressions des médecins. Or, tous déclarent que la syphilis a augmenté, tout aussi bien les médecins des services spéciaux que ceux qui pratiquent la médecine générale.

Brocq (1) écrivait en janvier 1916 ; « Je n’insisterai pas, dans cette note, sur la fréquence navrante des affections vénériennes et sur l’effroyable extension de la syphilis depuis l’ouverture des hostilités ; je ne m’occuperai en effet, aujourd’hui, que des affections cutanées proprement dites, et cependant je ne saurais pro-

(1) Brocq. L’influence de la perre actuelle sur les affections cutanées. Bulletin Médical. 22 janvier 1916. p. 111.

damer trop haut que la véritable physionomie de nos services depuis la durée de la guerre est surtout donnée par la déplorable prédominance de la vérole ».

Un très distingué médecin de compagnie d’asssurances sur les accidents du travail, le Df Borne, me rapportait tout récemment la remarque suivante : alors que, parmi les accidentés qu’il visite, il en voyait avant la guerre à peine un par mois chez lequel il pouvait constater quelque trace de maladie vénérienne, éruption syphilitique, plaques muqueuses, arthrite blennorrhagique, etc., il en rencontre actuellement 3 à 4 par semaine.

Il est incontestable que, d’une façon générale, le nombre des syphilitiques récents a augmenté dans la population civile depuis la gperre et est en voie d’accroissement continu : cela, je le répète, résulte de l’expérience de tous et les conversations que j’ai eues avec un grand nombre de médecins l’ont toujours confirmé.

Ceci encore n’est pas spécial à Paris, il a été noté par tous les médecins des grands centres et des petites localités que j’ai pu interroger.

L’augmentation de la syphilis ne s’observe, en effet, pas seulement à Paris et dans les grandes'villes ; elle est notée dans toutes les petites villes, dans les petites localités, pour peu qu’il s’y soit produit un afflux de militaires (voisinage du front, camps d’instruction, surtout cantonnements de l’arrière, zone des étapes, dépôts de corps de troupes, dépôts d’automobiles, centres d’aviation, centres hospitaliers, etc.) ou d’ouvriers (usines de munitions, arsenaux, etc.). Elle est même peut-être plus importante relativement dans les petites localités que dans les grandes villes où la syphilis sévit en tous temps.

Il est spécialement deux catégories de civils, dans lesquelles cette augmentation est frappante : ce sont les femmes mariées et les jeunes gens.

Tous les médecins des hôpitaux spéciaux ont remarqué que le nombre des femmes mariées qui viennent consulter pour des accidents syphilitiques est tout à fait anormal et hors de proportion avec ce qu’il était en temps de paix.

Je tiens de Louis Spillmann que le nombre des femmes mariées hospitalisées dans le service des vénériennes libres de Nancy qui était en 1914 de 3 dont 1 syphilitique, s’est élevé en 1916 à 43, dont 23 syphilitiques.

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