CHANCRE SYPHILITIQUE
Développé au niveau même du point d’inoculation du virus syphilitique, le chancre infectant occupe presque toujours chez SdaUes organes génitaux ou leur voisinage immédiat. Plus
rarement,etgénéralementalorsenraisond’unecontamination^
dentelle et non vénérienne, il siège sur la "’J
les amygdales. Il est tout à fait exceptionnel qu il s observe sur
AprSÏvd’r décrit les symptômes et exposé le diagnostic du chancre syphilitique des organes génitaux, je donnerai une description des localisations extra génitales les plus frequentes du chancre.
Période dincubation du chancre. Sa durée. — Le chancre syphilitique — c’est là un caractère de toute première importance au point de vue de son diagnostic avec le chancre simple — n’apparaît pas immédiatement après le contact infectant, mais en est séparé par une période d’incubation très nettement appréciable. La durée de cette période est de 25 à 30 jours, ainsi que l’établissent à la fois l’observation clinique, la confrontation des syphilitiques et des sujets qui les ont infectés et les inoculations expérimentales qui ont été faites à l’homme ; elle descend rarement au-dessous de 14 à 17 jours; elle peut se prolonger jusqu’à 40 jours, très exceptionnellement au delà.
En raison des conditions du service militaire, surtout à l’avant, il est très souvent possible à l’homme, lorsqu’il n’y met pas de mauvaise volonté, de préciser la date du ou des coïts présumés infectants. On peut donc, par un interrogatoire précis, et en tenant compte de l’intelligence de l’homme et des conditions qui peuvent influer sur la véracité de ses déclarations, baser sur la durée de 1 incubation une présomption sérieuse du diagnostic. D autre part, la comparaison du début du chancre avec les absences régulières d’un homme peut parfois mettre sur la voie de l’inexactitude de ses déclarations.
Il y adonc lieu, lorsqu’on a à utiliser pour le diagnostic les renseignements fournis par le militaire porteur d’une ulcération, de peser très exactement la valeur de ses dires et de les contrôler par tous les moyens possibles.
Causes des localisations du chancre. — L’inoculation de la syphilis se fait au niveau et au moyen d’une solution de continuité du tégument, excoriation traumatique au moment même du coït infectant, lésion de grattage provoquée par la présence de poux du pubis ou d’acares, etc. Au moment où le chaiîcre apparaît, cette lésion a presque toujours disparu, il n’en reste aucune trace, le plus souvent même aucun souvenir. Seules les lésions concomitantes de gale, ou la présence de morpions, peuvent encore exister et expliquer certaines particularités de l’infection syphilitique : c’est ainsi que les chancres consécutifs à ta gale sont le plus souvent multiples, quelquefois même très nombreux, tes portes d’entrée ouvertes par l’acare étant elles-mêmes multiples ; c’est ainsi encore que les chancres survenus chez les sujets porteurs de poux du pubis, également multiples, occupent fré-
le chancre syphilitique ^9
ouemment. aux hasards des excoriations de grattage, la région pubienne, la face interne des cuisses et le scrotum, régions sur Lquelles le chancre syphilitique se localise plus rarement que
U chancre. — Le chancre se développe donc en peau saine • il débute par une papule arrondie, légèrement saillant^de consistance ferme, présentant une légère érosion à son centre, mais à cette phase le chancre n’a aucun caractère nique. Il faut ajouter d’ailleurs que cette phase du chancre est très rarement observée par le médecin et ne P®'^‘ ®
server que chez des sujets particulièrement ^
se présentant à l'examen du médecin des qu ils constatent 8ui
leurs organes génitaux quelque chose d’anormal.
Les jours suivants, lalésion progresse, de\ueiit plus large, plus nette, l’induration s’accentue, l’ulcération s’étend.
Période diétat. - A la période d’état, le «‘^“cre syphitoque se présente avec des caractères qui permettent de le définir en une ulcération reposant sur une base dure.
Je devrais plutôt dire exulcération pour attirer 1 attention sui ce fait que la perte de substance est très souvent superficielle, sans profondeur. . i„a
Lisse, de surface régulière, n’offrant ni ,
saillies qu’on observe sur le fond vermoulu du ‘chancre sii^le l’exulcération ou, si on aime mieux, l’ulcération est ordmairemm de niveau avec les parties avoisinantes, parfois sur elles ; plus rarement elle est déprimée en godet P^^' ment encore elle est creusée ou excavee, parfois elle estlegeie ment saillante et s’élève au-dessus des parties adjacentes^
La surface de cette ulcération est habituellement bnllante, de coloration rouge, d’un rouge spécial qui a été les classiques à celui de la chair muscu aire; si attentivement à la loupe, on constate qu elle n est P^s undoime, qu’elle est très finement granitée, parsemee de Petites d’un rouge plus foncé qui ne sont autres que de «“^s ddatations vasculaires. Certains chancrés ont une coloration sont recouverts d’un enduit grisâtre, presque mantune couche peu épaisse, mais très adhérente ; fi eq cette coloration n’occupe pas toute la surface du ehanci , forme un cercle concentrique à la bordure du chancre,
4o SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC DE LA SYPHILIS
particulier qui vaut au chancre la dénomination de chancre en cocarde.
Le chancre syphilitique des organes génitaux ne suppure nas • en cela il dilTère complètement du chancre simple : ilîSsse Lulement suinter une très faible quantité de liquide séreux qui entretient une legere humidité à sa surface et contribue à lui donner son aspect vernissé et brillant. J. Nicolas (1) a attiré l’attention sur ta facilite avec laquelle on peut provoquer et exaeérer ce suintement; il suffit d’exercer à la surface d’un chancre syphilitique à sa période d’état une série de légères frictions avec un corps dur, tel qu’une spatule de platine ou une plume a vacciner, pour voir sa surface se recouvrir d’une sérosité claire, transparente, constituant une véritable rosée séreuse ■ ce suintement s exagere si on continue les frictions, et devient asse^e^bondant pour pouvoir être recueilli avec la spatule ou la
^ importance au point de vue du dia¬
gnostic du chancre, parce que c’est dans cette rosée séreuse pioduit d un véritable drainage séreux des couches superficielles
diète facilement la présence du spiro-
diète - je reviendrai plus loin sur ce point à propos du diagnostic bactériologique du chancre. °
Sur la peau, ou plus exactement dans les diverses régions où la disposition du tégument n’entretient pas un certaTn S d humidité constante, la sécrétion du chancre se concrète ^en croûtes plus ou moins épaisses (chancre crotUeux) ; mais ces. Cloutes restent toujours sèches et on ne trouve pas au-dessous
Le chancre syphilitique a presque toujours une forme réguhere, extrêmement régulière, géométrique, arrondie ou ovalaire.
En certaines régions, comme l’anus, il peut revêtir la forme fissuraire, pu se disposer en /euiHels de Lre
sont variables. Il peut, pendanttoute son évoluüoi, rester très petit, demeurer à l’état de chancre nain, ressembler par suite à une érosion herpétique ; on peut lui attribut
Syphilis et spirochaete pallida de Schaudinn et Hoffmann. Lyon medical, l” octobre 1903, p. 497 .
LE CHANCRE SYPHILITIQUE 4i
comme dimensions moyennes et les plus habituelles celles d une nièce de 50 centimes. Il est tout à fait exceptionnel, surtout aiix OTsanes génitaux, qu’il atteigne la dimension d une piece de 1 fraie et surtout qu’il la dépasse : ce n’est guere que sur le tronc qu’on l’a vu atteindre des dimensions plus considérables et mériter le nom de chancre géant.
L’ulcération du chancre syphilitique repose sur une hase indurée : c’est là un caractère majeur, d’une importance capitale au point de vue du diagnostic, et qui lui a valu le nom de chancre induré. De fait, il est tout à fait exceptionnel que 1 induration fasse défaut, surtout chez l’homme ; mais elle est d intensité va-
Pour l’apprécier nettement, il est nécessaire de procéder à sa recherche avec méthode : le pouce et l’index, recouverts d'un doigtier de caoutchouc ou protégés par un linge fin (1), et opposes
(1) On ne saurait trop recommander aux médecins de prendre des précautions lorsqu’ils ont à examiner des sujets atteints de lésions ulcéreuses des organes génitaux ou d’autres régions. 1 s doivent d’abord s’assurer qu’ils ne portent ni plaie ni écorchure en aucun des points qui peuvent venir au contact de lésions suintantes de leurs malades et, s’ils en portent quelqu’une, ils doivent l’oblitérer au moyen d’un emplâtre. .
Dans une consultation à laquelle se présentent un certain nombre de vénériens, il est bon d’avoir à sa disposition des doigtiers de caoutchouc dont on garnit les doigts avant de palper les chancres.
A défaut de doigtiers, on peut se servir d’une compresse ou même d’un mince flocon d’ouate.
Après tout attouchement d’une ulcération, le médecin doit ou se laver les mains à l’eau et au savon, soit plus simplement tremper dans de l’alcool les doigts qui ont pu être souilles par les secre-
De plus, ie ne saurais trop recommander de ne jamais examiner les organes génitaux d’un malade sans avoir fait découvrir largement la région, et sans obliger le malade à en écarter les mains . celles-ci, qui ont souvent touché au pansement ou aux ulcérations, peuvent être souillées de pus contagieux, et le médecin risque d’être contaminé par un coup d’ongle à l’occasion d’un mouvement brusque du malade. ,
Enfin, le médecin doit toujours veiller à ce que les pansements qui ont été en contact avec les ulcérations ne soient sous aucun
l’iin à l’autre sont placés chacun à une des extrémités d’un des diamètres de l’ulcération, et à un centimètre ou un demi centimètre en dehors de celle-ci ; en les rapprochant l’im de l’autre, on soulève légèrement la base du chancre en exerçant une pression modérée : il est alors facile de sentir entre les deux doigts l’existence d'une plaque ferme, de consistance régulière, mais variable d’un cas à l’autre : c’est tantôt la sensation que donnerait une feuille de papier épais ou de parchemin (induration papyracée), une carte à jouer, tantôt celte d’un cartilage, voire même d’un morceau de bois (induration ligneuse). Toujours cette induration offre une certaine élasticité. A moins qu’elle ne soit très considérable, elle se laisse déformer légèrement par la pression et la surface du chancre, de plane, devient légèrement convexe, comme te ferait une feuille de carton flexible.
L’intensité de l’induration est souvent, mais non toujours en rapport avec les dimensions du chancre; des chancres nains peuvent avoir une base très indurée, des chancres volumineux reposer sur une induration papyracée.
L’induration dépasse toujours les limites de l’ulcération, Lorsqu’elle atteint un certain degré, elle forme comme une pastille dont le centre serait ulcéré.
Il est des chancres dont l’induration saute aux yeux pour ainsi dire : siégeant sur des parties convexes ou cylindriques, ils n’en épousent pas le contour, mais leurs deux extrémités s’écartent des tissus adjacents prouvant ainsi que leur base est dure et indéformable. L’induration donne lieu à un phénomène particulièrement curieux dans les chancres occupant la face interne du prépuce au voisinage de son insertion : vient-on à relever le prépuce, celui-ci, au moment où son déplissementva atteindre le bord inférieur du chancre, se soulève en masse et bascule brusquement sur la couronne du gland, exécutant exactement le même mouvement que le cartilage tarse pendant l’éversion de la paupière. Il est, en ces cas, à peu près inutile de rechercher l’induration avec les doigts : elle se révèle d’elle même à la vue et ne peut êti’e simulée par rien d’autre.
prétexte posés sur un siège ou sur le sol, mais soient déposés par le malade lui-mâme dans un récipient ou sur un papier pour être brûlés après la visite.
le chancre syphilitique 43
Outre l’induration, la base du chancre syphilitique peut être le siège d’une infiltration plus ou moins prononcée et d une tuméfaction qui entraîne une déformation considérable. Certains 5cS du prépuce produisent ainsi un phimosis très accuse avec augmentotion énorme du volume du prepuce, et donnent lieu à la déformation dite « verge en battant de cloche » qui est presque pathognomonique du chancre syphilitique ; à travers^ le prépuce œdématié et tuméfié, il est possible de sentii une ou plusieurs plaques indurées, indice du ou des chancres du prépuce que l’intensité du phimosis ne permet pas de raettie
* ConfrlS-ement au chancre simple, le chancre syphilitique est indolore, spontanément ou sous l’influence delà pression ou des contacts extérieurs. Cependant les chancres sur 1 orifice
préputial ou sur le méat urinaire sont douloureux pendant a miction. Les irritations extérieures peuvent d ailleurs exceptionnellement, en provoquant une inflammation à leur niveau, rendie
douloureux les chancres de tout siè^. n m
Unicitéhabituelledu chancre syphilitique; sa multiplicité frequente.-h^ chancre syphilitique, généralement unique, ne 1 est ■ pas aussi constamment que pourrait le fmre croire 1 0?™»“ rante créée par le schéma de Ricord. Dans un cas sui quatre environ, il est multiple; mais il est rare den observer chez un même sujet plus de trois ou quatre. Les chancres multiples peuvent siéger sur la même région ou sur des régions corps : c’est ainsi qu’on peut voir simultanément se développer, 3,.t les haMrd. des inoculaüons. an chanc,;. des organes génitaux et un chancre de l’anus ou de l’extremite céphalique.
Résultats de l’inoculation du chancre syphilitique au porteur de ce chancre. - On a longtemps considère comme un caractèie important du chancre sYPhilitiflue l impossibilité de l’inoculer à son porteur : les recherches de Queyrat ««t “ jntre récemment que, sous cette forme, la proposition n etm tpas exacte et qu’il était possible, au moins pendant semaines de l’évolution du chancre, d obtenir, ^
lation, une lésion de nature chancreuse : cette lésion est J p us en plus atténuée au fur et à mesure que le chancre est plus âgé, mais elle se caractérise toujours par une induration plus ou moins accusée, avec ou sans ulcération.
ancienne ne peut donc plus être considérée comme
stiiclement exacte. Il n’en est pas moins vrai que te chancre syphilitique différé, au point de vue du résultat de l’inoculation du chancre simple : tandis que celui-ci, jusqu’à une période avancée de son évolution, reproduit par inoculation une^lésion caractérisée au bout de 48 heures environ par une pustule et aboutissant au jour au développement d’une ulcération profonde à sécrétions ou du tissu même du chancre syphilitique n a encore rien produit au bout de ce temps lésion caractérisée pmune papule infiltiee, laquelle peut ultérieurement s’ulcérer mais ne devient jamais une ulcération à bords décollés. En somme, on peut toujours dire que l’inoculation du chancre infectant ne ^ qu’ont fait connaître
Himtei et Ricord ; la loi de Bassereau reste toujours vraie évolution du chancre syphilitique. — Le chancre syphilitique, abandonne a lui-même, dure environ quatre semaines ■ les chancres parcheminés évoluent plus rapidement, les chancres étendus à grosse induration durent plus longtemps. Le traitement et surtout le traitement par l’arsénobenzol hâte la cicatrisation du chancre.
La guérison s’annonce par la diminution de l’induration : l’enduit diphtheroide, s’il en existait, tombe ; la surface devient d un rouge moins vif, bourgeonne et se répare ; les dimensions de I ulcération se rétrécissent peu à peu.
Après la guérison, il reste une cicatrice plane, lisse, qui demeure
^ longtemps pigmentéeetconservesouventpendantplusieurssemai-
nes, surtout si le chancre n’a pas été traité par l’arsénobenzol, un certain degre d’infiltration et d’induration appréciable à une palpation attentive.
Retentissement du chancre sur les vaisseaux et les qanqlions lymphatiques (Lymphite et adénopathie). — Plus que toute autre lésion cutanée ou muqueuse, te chancre syphilitique retentit rapidement sur les vaisseaux et les ganglions lymphatiques.
quelques heures après son apparition, il s’accompagne déjà frequemment dune lymphite-, surtout appréciable, avec l4 chancres du prépuce et du gland, au niveau de la face dorsale de la verge, sous la forme d’un ou deux cordons indurés, lé'>'èrement moniliformes ou lisses qui ont été souvent pris pour une