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SURVEILLANCE DE LA PROSTITUTION

Le plus grand nombre d^entre elles sont dans l’ignorance des dangers qu’elles courent et de ceux qu’elles font courir juscu’au jour où elles sont mises par quelque accident grave et Luloureux dans l’impossibilité de continuer leur métier ou accusées par un de leurs clients de lui avoir transmis une maladie.

Les médecins des hôpitaux spéciaux savent que le chancre infectant est une rareté chez la femme ; à l’hôpital Broca, où la clientèle est constituée par des femmes libres, comme à 1 hôpital St-Louis, on ne voit pas une femme syphilitique sur 20, venir consulter pour un chancre, presque toutes ne songent à voir un médecin que lorsqu’elles ont des plaques muqueuses, et souvent quelle abondance de plaques muqueuses ! On est effraye en apprenant que la veille encore elles ont eu des relations sexuelles, du nombre des contaminations que depuis 6 semaines et plus elles ont dû disséminer.

Malgré la diffusion de l’instruction des masses en matière (le maladies vénériennes, malgré la multiplication des lieux de traitement, le spectacle (le nos consultations n’a pas change.

Les efforts faits par les autorités sanitaires pour répandre ces notions et pour faire connaître l’existence et les conditions de fonctionnement des établissements affectés au traitement des maladies vénériennes, quelque louables et intenses qu ils soient, se heurtent à des impossibilités et n’atteignent guère que queluues ouvrières des villes travaillant dans des ateliers.

On ne peut donc compter absolument sur la bonne volonté des femmes malades à se faire soigner. Pour réaliser vraiment la prophylaxie de la syphilis par le traitement des femmes syphiliti- • ques, la persuasion, aboutissant à l’entrée spontanée a l hopitat est insuffisante. Il faut quelque chose de plus.

Depuis que les autorités se sont préoccupées de la propagation des maladies vénériennes, elles ont cherché, par des mesures de police, à retirer de la circulation les femmes qui en sont atteintes ; de là est née la surveillance de la prostitution, aboutissant à l’arrestation des femmes qui se livrent à la prostitution, à leur visite par un médecin, à la mise en cartes de celles qui sont reconnues se livrer à la prostitution ou qui, pour profitei de certaines immunités résultant de la mise en cartes, demandent a être inscrites sur les registres de la prostitution offlcielle, enfin aux visites périodiques des femmes en cartes pour s’assurer qu elles

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ne sont pas atteintes de maladies contagieuses, auquel cas elles sont internées. Il faut y ajouter l’ouverture, sous la surveillance de la police, des maisons de tolérance dans lesquelles les pensionnaires sont soumises à des visites médicales répétées.

Ces diverses mesures ont provoqué, au nom de la morale, au nom de la liberté individuelle, souvent en raison d’une sensiblerie exagérée, des protestations nombreuses et diverses.

Qu’il y ait eu des abus dans la répression de la prostitution, qu'il y ait eu souvent des erreurs de la part des fonctionnaires chargés de l’assurer, que des arrestations injustifiées aient parfois mérité des sanctions, cela est indiscutable ; mais cela ne doit pas suffire pour empêcher la société de se protéger contre une maladie qm a sur la santé publique et sur ^la race une influence néfaste, qui devient un danger social, et qui actuellement constitue, je l’ai montré après bien d’autres, un péril national.

Il ne s’agit plus d’enfermer dans des manières de léproseries les femmes de mauvaise vie pour les punir de leurs mœurs, mais de soigner bon gré mal gré les femmes qui, étant malades^ se livrent à la prostitution et par là risquent chaque jour de contaminer les hommes auxquels elles se donnent. Il est nécessaire que ,les femmes qui se livrent à la prostitution soient soumises à une visite médicale, et que toutes les femmes reconnues malades soient traitées au moins tant que durent les accidents contagieux et que, après la guérison de ces accidents, en même temps qu’elles sont mises en mesure de se soigner régulièrement, elles soient soumises à des examens répétés et traitées à nouveau si elles sont reconnues malades.

Tel est, au point de vue médical, le postulatum de la prophylaxie de la syphilis.

Gomme le dit Balzer (1), h surveillance de la prostitution est la seule mesure qui puisse donner les résultats immédiats qu’il est nécessaire d’obtenir en matière de prophylaxie vénérienne dans les armées.

La surveillance doit porter non seulement sur les femmes connues de la police pour s’adonner à la prostitution, sur les

(1) Balzkr. Prophylaxie et traitement des maladies vénériennes en temps de guerre, Presse médicale., 14 octobre I9tü p. 401.

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femmes en cartes, mais encore sur celles qui se livrent au raccolage sur la voie publique et dans les lieux publics, sur celles qui, de notoriété publique, font commerce de leur corps, sur celles que les déclarations des militaires reconnus malades désignent comme l’origine de contaminations indubitables.

C’est avec juste raison que l’Académie de médecine dans sa séance du 13 juin 1916 a demandé que la police exerce une surveillance, non seulement sur la prostitution dans la rue, mais aussi, sur les lieux publics.

Depuis longtemps, les règlements obligent tout militaire atteint d’une affection vénérienne à faire connaître la femme qui l’a contaminé. On a souvent critiqué cette mesure et fait remarquer que les déclarations des hommes sont souvent erronées volontairement ou involontairement, que parfois ils dénoncent sciemment, pour égarer les recherches, des femmes qui ne sont pour rien dans leur maladie. Malgré ces erreurs, moins fréquen-. tes qu’il n'a été dit, les déclarations des hommes sont souvent des plus utiles pour faire connaître à la police les femmes qui disséminent la syphilis. Faites sous le contrôle du médecin du corps, qui doil interroger lui-même les militaires et spécifier la maladie dont ils sont atteints, ainsi que le prescrit à nouveau la circulaire du 23 septembre 1916, ces déclarations doivent être transmises à la police locale qui devra surveiller et, toutes les fois où cela sera possible, faire examiner les femmes incrinnnées.

Dans la zone des armées, les contaminations syphilitiques se font ainsi que je l’ai montré par presque toutes les catégories de femmes qui s’y trouvent, surtout par celles qui vivent d’un commerce quelconque avec les soldats.

La surveillance doit donc, pour être efficace, porter sur toutes les femmes qu’on peut soupçonner de se livrer aux hommes. Gela est d’autant plus facile que les femmes résidant dans cette zone sont peu nombreuses et que toutes sont connues des autorités militaires. C’est à l’autorité militaire, qui a la Ipolice de la zone, à prendre les mesures nécessaires et à en assurer l’exécution, pour ce qui concerne la partie médicale, par les médecins militaires.

Dans la zone des étapes, les contaminations ont pour origine des femmes résidant habituellement dans le pays, et nombre d’autres que la présence des troupes y a amenées. L action pro-

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pbylactique doit porter sur les unes comme sur les autres Elle appartient à la fois aux autorités militaires et aux autorités civiles et ne peut être efficace qu’à la condition d’une étroite collaboration entre les deux ordres d’autorités. Ici encore, c’est aux médecins militaires que devra être, le plus souvent, dévolu le soin d’assurer la partie médicale du service.

A l’arrière, la grande majorité des contaminations est due aux femmes de fa rue et aux servantes de café et de brasserie. C’est donc sur la rue, surtout sur les abords des gares, sur le voisinage des ateliers au moment de la sortie des ouvriers, mais ce n’est plus seulement sur les grands boulevards comme en temps de paix, ce n’est plus seulement à la tombée de la nuit, c’est à toute heure et dans un grand nombre de rues que doit porter la sfirveillance. Et cette surveillance ne doit pas s’exercer uniquement sur les femmes connues de la policé.

Borne (I) dit à propos de la surveillance de la police à Paris depuis la guerre : « Les pouvoirs publics se sont émus et la préfecture de police a donné des ordres pour arrêter autour des gares filles et souteneurs ; mais, comme il fallait surtout des chiffres pour satisfaire l’opinion, et pour être certaines de ne pas se tromper, tes brigades spéciales ont ramassé les filles soumises bien connues d’elles ; celles-ci, d’après une autorité de la préfecture de police que nous avons consultée, sont contagieuses dans la proportion de 10 0/0 seulement, car le service des visites et de la prophylaxie des femmes en carte continue pendant la guerre à être rigoureusement et régulièrement exécuté, ce sont donc 90 0/0 de femmes saines qui sont soustraites à chaque râfle ».

Deux mots seulement sur la question des maisons de tolérance.

Bien que la sécurité qu’ils donnent à leurs clients ne soit que relative et que les syphilis contaminatives n’y soient pas rares, ces établissements, lorsqu’ils sont bien surveillés, ont un rôle important dans la prophylaxie des maladies vénériennes.

Il est nécessaire que les visites y soient faites, fréquemment

(1) Borne. Hygiène du soldat permissionnaire à Paris. Prophylaxie des maladies contagieuses. Paris médical, 42 août 4946, p. 433.

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et inopinément. Avec l’afflux de clientèle que la guerre leur donne, aussi bien dans la zone des armées qu’à 1 arrière elles devraient être répétées tous les jours comme l’a demandé l’A.cadémie de médecine. Il est indispensable que les médecins qui en sont chargés aient à leur disposition un local suffisamment éclairé et les instruments nécessaires.' Le concours des médecins militaires est assuré dans toutes les localités où 1 absence de médecins civils compétents le rend utile.

Dans la guerre de Mandchourie, les Japonais avaient installe ■ des maisons de tolérance gratuites, soumises à des visites médicales régulières et ont attribué à cette institution la morbidité vénérienne très faible dans leur armée alors que chez les Russes le nombre des malades vénériens fut très élevé.

Dans l’armée italienne qui avait été pourvue de maisons de tolérance pendant la guerre de Syrie, le commandement a orpnisé des maisons de tolérance jusque dans des localités voisines du front austro-italien.

Revenons à la proslitution libre.

Lorsqu'une femine est reconnue se livrer habituellement a la prostitution, quelle a été plusieurs fois arrêtée et qu’elle est atteinte de lésions contagieuses, lorsque surtout ces lésions sont en état de récidive après un premier traitement ou qu’elle ne s’est pas fait soigner après un avertissement, elle devrait être non plus engagée, mais obligée à se soigner. Dans ces conditions, elle doit ainsi que cela se pratique à Paris être inscrite sur la liste des prostituées et soumise à toutes les obligations que comporte la mise en carte.

Les femmes mises en carte sur leur demande ou par mesure administrative doivent être soumises à une surveillance médicale, régulière et fréquente. A Paris, elles sont tenues de se présenter a la visite médicale de la préfecture de police deux fois par mois, à des dates de leur choix. Cette périodicité est tout à fait insuffisante ; la sécurité que donnent aux hommes les relations avec les femmes de cette catégorie n’est et ne sera jamais que relative ; elle est presque nulle avec des visites bi-mensuelles ; c est au moins deux fois par semaine que celles-ci doivent avoir lieu si on veut obtenir des effets prophylactiques réels. Toute femme reconnue malade à la visite doit être dirigée immédiatement sur le lieu de traitement des prostituées, lequel doit être, je 1 ai

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dil, indépendant des services annexes des hôpitaux et soumis à une discipline suffisante. Là elle sera traitée activement et retenue jusqu’à disparition des accidents contagieux.

Les femmes en carte reconnues syphilitiques sont à Paris munies d’une carte de couleur spéciale et obligées de se soumettre, pendant 2 ans, à une visite non plus bi-mensuelle, mais hebdomadaire. Toutes facilités doivent leur être données pour se faire soigner dans les consultations des services annexes.

Pour l’exécution de pareilles mesures, la collaboration de l’autorité civile et de l’autorité militaire est nécessaire. Dans toutes les localités où la pénurie des médecins civils ne permet pas d’assurer la régularité de l’examen des prostituées, l’instruction du 25 septembre 1916 prescrit aux médecins des dépôts des corps de troupe de participer à ce service. Dans la zone des armées, il a été prescrit que le commandant d’armes peut désigner un médecin militaire pour assister à la visite des filles soumises lorsque cette visite est faite par un médecin civil.

Dans la zone des armées, la plupart de ces mesures relatives à la surveillance de la prostitution sont réalisées, en vertu des pouvoirs dévolus au commandement.

Il en est de même dans un certain nombre de villes de l’intérieur, où la collaboration d’un chef de centre vénéréologique actif et compétent, d’un directeur du service de santé énergique, d’un préfet comprenant sa mission hygiénique et d’une municipalité dépourvue de préjugés a permis de prendre toutes les mesures désirables et le résultat dans toutes ces villes a toujours été une réduction des contaminations vénériennes.

Dans de trop nombreuses localités de la zone des étapes et de l’intérieur, il reste encore beaucoup à faire et il est nécessaire que des mesures soient prises.

Elles ne peuvent être prises actuellement que grâce à la bonne volonté des municipalités qui détiennent les pouvoirs nécessaires à la prescription et à l’exécution des règlements sanitaires.

Or, pour des raisons locales, un certain nombre de municipalités, ayant une compréhension insuffisante des nécessités actuelles et de l’intérêt de la nation entière, hésitent ou se refusent à réglementer la surveillance de la prostitution.

Quelques-unes ont des scrupules juridiques et ne se croient

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pas autorisées à prendre les arrêtés nécessaires. La question de lésalité paraît tranchée par la jurisprudence.

Le Ministre de l’Intérieur faisait, en effet, connaître, des février 1915, aux préfets et aux maires que la Cour de Cassation reconnaît à l’autorité municipale le droit d’inscrire d’office les prostituées clandestines sur le registre de la police et de les soumettre aux prescriptions sanitaires, y compris 1 interdiction du racolage ou même de la circulation autour de certains établissements publics. . , ^ ^

Les maires peuvent donc prendre les plus importantes des mesures nécessaires ; à défaut de leur initiative ou en présence de leur inertie, les pouvoirs publics ne peuvent se désintéresser de la question et il serait urgent que, partout où cela est necessaire, les préfets pussent prendre en mains ce grand problème et, avec l’autorité qui leur appartient, imposer partout une réglementation indispensable. ... J ,

En Italie (1), où pendant des années la liberté relative de la prostitution édictée par les « règlements Grispi » a favorisé une extension considérable de la syphilis, et où des mesures très rationnelles ont été prises à l’entrée des troupes en cainpape, le Ministre de l’Intérieur, s’appuyant sur un décret du Lieutenant général du Royaume, n'a pas hésité à écrire le H septembre 1915 : « Les préfets pourront désormais adopter les mesures les plus restrictives et les plus rigoureuses, soit môme en faisant dans l’intérêt public, au principe absolu de la liberté individuelle, le sacrifice extraordinaire que poun-aient exiger les circonstances ». , rr

Si l’autorité administrative ne se croit pas ou n est pas suttisamment armée pour lutter contre la propagation de la syphilis en réprimant la prostitution, il est nécessaire qu’elle soit renforcée.

' L’intérêt supérieur de la santé publique a amene déjà le legis-

(1) Balzer. La prophylaxie antivénérienne par les administrations civiles et militaires. Presse médicale, 13 janvier 1916, P 10. — Clément Simon. Rapport présenté à M. le Ministre de l’Intérieur et à M. le Sous-Secrétaire d’Etat du service de santé sur l’organisation prophylactique antivénérienne en Italie. Annales des maladies vénériennes, octobre 1916, p. 577.

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lateur à intervenir pour prescrire la vaccination antivariolique et, peu de temps avant la guerre, la vaccination antityphoidique, mesures dont l’efficacité a été si heureusement démontrée par la disparition de la variole et par la diminution considérable du nombre des cas de fièvre typhoïde. Get intérêt n’est pas moins compromis par la propagation de la syphilis qui, je l’ai montré au début de ce livre, menace le pays dans le présent et dans l’avenir. Il est temps que des mesures soient prises pour enrayer cette propagation. Il appartient aux pouvoirs publics, au législateur s’il est nécessaire, de prendre toutes les mesures nécessaires, alors même que celles-ci exigeraient, au profit de la collectivité, la réduction d’une partie de la liberté individuelle ; la surveillance régulière de la prostitution et sa répression s’imposent comme une nécessité du temps présent, comme une nécessité non moindre pour l’après-guerre : chacun doit prendre, dans cette question, ses responsabilités sans se laisser arrêter par des considérations secondaires, politiques ou autres.

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