DE CONTRACTER LA SYPHILIS
Ces mesures ont trait à l’instruction des hommes sur le dar. gei venenen aux précautions individuelles à prescrire aux hom"
L’instruction des hommes sur le danger vénérien
Conférences sur les maladies vénériennes. — « Ah! si j avais su que je pouvais prendre la syphilis et ce qu^elle est, je ne me serais pas exposé à la contracter ». Voilà ce que tout médecin a plus d’une fois entendu dire par un malade auquel il annonçait qu’il avait la syphilis, ou qui présentait un beau jour^ quelque grave accident syphilitique, que ce soit un homme mûr infecte dans un rapport extra-conjugal ou un adolescent atteint au preiuier contact d’une femme.
De cette ignorance d’un certain nombre d hommes en matière de syphilis et en matière des sources de l’infection syphilitique, découle une mesure de prophylaxie antivénérienne à laquelle, depuis quelques années, on a attaché une importance de plus en plus grande. Dès avant la guerre, les médecins militaires avaient été astreints par des circulaires ministérielles à faire périodiquement aux hommes des conférences sur les maladies vénénennes et leurs dangers, les moyens de les éviter; on a même pensé à faire entrer ces conférences dans les programmes scolaires des lycees.
Je doute quelque peu pour ma part de la très grande efficacité de ces conférences : j’ai vu trop d’hommes ayant eu dans leui entourage des exemples bien connus d’eux de syphilis graves s exposer à l’infection et en être atteints, j’ai vu trop de jeunes gens, dont l’éducation sur les maladies vénériennes avait été faite delà façon la plus judicieuse, contracter la syphilis ou la blennorrhagie, j'ai vu enfin trop d’étudiants en médecine et de médecins devenir syphilitiques au cours de leurs études ou de leur pratique, pour ne pas avoir quelque scepticisme sur les résultats de l’éducation de la jeunesse en matière de prophylaxie antivénériennne.
Cet enseigaement est particulièrement délicat à faire ; dans un auditoire de jeunes gens, même appartenant à un groupe socialement homogène, tous n’ont pas des notions identiques sur les questions sexuelles et, pour être tout à la fois compris et utile, renseignement devrait être adapté aux connaissances anterieures sur le sujet comme aux tendances morales de chacun des auditeurs. 11 suffit, dans un auditoire, de quelques fortes têtes qui
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tournent en dérision, pendant ou après la conférence, telle on telle expression du conférencier, pour en détruire les effets.
L’enseignement sexuel individuel, fait par un homme de haute conscience, d’instruction médicale suffisante, capable de s’adapter aux conditions particulières de chaque adolescent, tel qu’il est réalisé dans quelques établissements d’instruction secondaire, tel qu’il peut être fait dans la classe bourgeoise par le père de famille ou par le médecin du foyer, a une réelle valeurpour prévenir la jeunesse contre les maladies vénériennes, mais il n’est réalisable que pour une élite restreinte et môme, avec quelque tact qu’il soit fait, il n’atteint pas toujours son but.
A l’armée, il est, de toute évidence, impossible de réaliser cet enseignement individuel : il supposerait, de la part du médecin, des loisirs considérables ; cependant le médecin de régiment ne doit pas s’en désintéresser ; je tiens de plusieurs jeunes médecins qu’ils ont eu l’occasion de s’entretenir avec leurs hommes des maladies vénériennes et, les ayant mis eu confiance, ont pu leur inculquer des notions dont ils ont tiré profil. Parmi les services que peut rendre à l’année le médecin de bataillon qui comprend bien son rôle et sait se mêler assez h la vie des hommes pour leur inspirer confiance, tout en conservant la prestige de son autorité et de sa science, la prévention des maladies vénériennes n’est pas un des moindres. Par des conversations particulières, le médecin augmentera l’efficacité des conférences faites dans les unités suivant les prescriptions réglementaires. Souvent aussi, dans des conversations avec les officiers subalternes, à la popote, il lui sera facile de faire leur éducation sur les maladies vénériennes, de leur en montrer les dangers, les moyens de les prévenir, et aussi les moyens de les soigner,'et toujours grâce à la confiance qu’il leur aura inspirée, d’obtenir d’eux les confidences nécessaires pour qu’ils se fassent soigner au moment opportun s’ils viennent à être atteints de syphilis. 11 leur montrera, en outre, quel intérêt majeur [il y a à prendre les mesures destinées à préserver les hommes des contaminations.
En somme, moins par l’autorité militaire que lui donne son grade que par l’autorité morale qu’il tient de son caractère et de ses connaissances scientifiques, le médecin doit jouei’ un rôle capital dans l’instruction individuelle des hommes et des cadres
sur les maladies vénériennes. C’est là, si je puis dire, son rôle privé.
Reste son rôle public d’enseigneur. Bien que, comme je l’ai dit, les conférences publiques sur les maladies vénériennes ne me paraisse'nt pas aussi efficaces qu’on le pense généralement, ces conférences doivent être faites parce qu’elles sont réglementaires et aussi parce qu'elles peuvent avoir une certaine influence modératrice sur la propagation de ces maladies et que toutes les mesures utiles, si restreinte qu’en soit l’influence, doivent être prises contre le fléau de l’infection syphilitique.
Le but de ces conférences, ainsi qu’il est déterminé par les instructions ministérielles, est de montrer aux hommes les dangers des maladies vénériennes, les moyens de les éviter et la nécessité, s’ils en sont atteints, de les soigner et de les guérir.
Le conférencier exposera, sommairement et de façon suffisamment claire pour que tous les comprennent, les symptômes des maladies vénériennes, leur mode de début, les signes qui per; mettent de les reconnaître ou tout au moins d’en soupçonner l’existence, et aussi leurs suites éloignées, leurs conséquences tardives ; il leur montrera que la syphilis aboutit à des maladies redoutables, le tabes, la paralysie générale, l’artériosclérose, qu’elle retentit sur la descendance, tue les enfants avant leur naissance et provoque chez eux des dégénérescences graves.
Ces maladies se transmettant habituellement par contact direct sont presque toujours d’origine vénérienne, cependant elles peuvent dériver d’un contact accidentel. Il en résulte qu’elles seraient à peu près sûrement évitées si l’homme s’abstenait de rapports sexuels ; ici, le conférencier aura à montrer, surtout lorsqu’il s’adressera à des recrues, que la continence n’est jamais, contrairement à l’opinion répandue dans la jeunesse, la cause d’aucune maladie, d’aucun désordre, que l’homme peut, sans aucun danger, s’abstenir de rapports sexuels.
Il montrera combien les femmes qui se livrent à la prostitution clandestine, non surveillée, les filles de café, etc. sont dangereuses, sans cependant promettre que les prostituées surveillées, même les femmes de maisons, soient d’une absolue sécurité.
Aussi recommandera-t-il, quelle que soit la femme avec
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laquelle ont lieu les rapports, de se servir d’un protecteur en caoutchouc, (capote) ou. de faire des applications d un corps gras, et.des lavages (voir p- 180).
Si, à défaut de cec'précautions ou même malgré elles, les symptômes d’une maladie vénérienne se développent, le soldat doit sans tarder consulter le médecin du bataillon. Ce faisant, il sera sûr de n’être pas puni tandis qu’il s’y exposerait s’il attendait que la maladie soit découverte; il sera sûr aussi d’être soigné sans avoir rien à débourser, et d’être bien soigné, tandis que s’il suit les conseils d’un camarade il risque d’être mal soigné et d’avoir toutes les conséquences de sa maladie et s’il s’adresse à un charlatan, à. un médecin de pissotière ou à un prétendu institut antivénérien, il est sûr à la fois d être mal soigné et de dépenser beaucoup d’argent.
Il convient d’ajouter encore que le traitement de la syphilis doit être prolongé pour en éviter les conséquences graves pour le malade lui-même et sa descendance.
Bien entendu, on terminera par un couplet patriotique sur les dangers de la syphilis pour la race, et on rappellera au troupier que, s’il veut après la guerre, ne pas rendre malade sa femme ou la fiancée qui l'attend, s’il veut avoir une belle famille dont sa bravoure aura assuré l’avenir, il doit éviter les maladies vénériennes. . .
Tels sont les différents chapitres de cette conférence. Suivant les milieux militaires auxquels elle s’adressera, recrues, unités constituées depuis longtemps, armée territoriale, ouvriers des usines, etc., certains de ces paragraphes doivent subir des retouches, des amplifications ou des coupures.
Il ne saurait être question de donner ici aux médecins chargés de ces conférences autre chose que des indications générales. Suivant les milieux, suivant l’intelligence moyenne des auditoires, suivant la connaissance qu'il a de tel ou tel danger local decontamination,le médecin saura varier ses effets. Ce qu’il devra surtout ne jamais oublier, c’est que son auditoire est un public très mêlé, complètement ignorant des termes médicaux, qu’il doit se servir de termes susceptibles d’être compris par tous, même s’ils sont défectueux au point de vue médical, et, si possible, faisant image; sans tomber dans la trivialité, il n’oubliera pas qu’il doit parler un peu le langage des hommes qui l’écou-
tent ; il appellera volontiers la blennorrhagie chaude-pisse ou coulante, et non gonorrhée, la syphilis « vérole » ou « posse yérole » — ne pas manquer de dire quelque part qu’elle n’a rien de commun avec la petite vérole — et non mal napolitain, le chancre simple « chancre mou » ou « chancre volant » et non « chancrelle >> ou « ulcère vénérien ».
Si le conférencier peut disposer de quelques dessins, gravures, photographies, moulages représentant les principales formes de maladies vénériennes, il ne manquera pas de les présenter à ses auditeurs. Toutes les fois où cela sera possible, il le fera sous forme de projections sur écran, qui frappent spécialement les masses. Tous ces documents doivent être très simples, très nets, se rapporter aux formes connues des maladies vénériennes.
L’éducation sexuelle et antivénérienne des hommes ne se fait pas seulement par la parole. Pour rester dans la mémoire, l’enseignement oral doit être corroboré par quelque imprimé.
A la suite des conférences, il sera nécessaire, si cette distribution n’a pas déjà été faite, de remettre à chaque auditeur une notice sommaire sur les maladies vénériennes et leur prophylaxie. Cette notice sera autant que possible le résumé de la conférence, plus ou moins étendu, sous forme de schéma ou d’instruction plus détaillée, polycopiée au bureau du bataillon.
A défaut de ce résumé fait par le médecin conférencier, qui a l’avantage d'être mieux adapté aux besoins connus de l’unité qui a assisté à la conférence, il pourra être distribué quelqu’une des notices rédigées sur ce sujet.
Distribution aux troupes de notices sur les maladies vénériennes. — Depuis le début de la guerre, des notices sur les maladies contagieuses ont été rédigées à l’usage des militaires (1).
Ces notices, que les hommes peuvent lire à tête reposée et méditer, à propos desquelles ils peuvent demander à leurs chefs et à leurs médecins des explications et des éclaircissements sont des plus utiles et la Direction du service de santé, en publiant un fascicule de ces notices, a rendu un grand service.
(1) Dans le même ordre d’idées, on doit recommander la propagande antivénérienne par l’image, dont les essais trop timides en France méritent d’être encouragés.
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En ce qui concerne les maladies vénériennes, une notice a été rédigée par l'Académie de médecine, une autre a été insérée par le Sei'vice de santé dans un petit fascicule distribué aux troupes au commencement de 1916, ces instructions forment une des armes les plus sérieuses et leur diffusion doit être assurée par tous les moyens. J’estime qu’elles forment le complément indispensable des conférences, qu’elles peuvent porter mieux que celles-ci cljez tous les hommes réfléchis, susceptibles de raisonner, de chercher l’explication des mesures prophylactiques, servir aux médecins des corps de prétexte et de thèmes aux conversations individuelles avec les hommes.
En Italie, où la lutte antivénérienne a été préparée plusieurs mois avant la déclaration de guerre et organisée avec un soin extrême, la distribution de semblables notices se fait sur une très large échelle (1). Le Comité de propagande médicale de Milan en a fait distribuer dans les établissements publics, dans les buffets militaires des gares de chemin de fer sous une enveloppe portant cette mention ; « Soldats italiens, si votre santé vous est chère, si vous voulez du bien à votre famille, à votre pays, lisez, faites lire et observez les instructions contenues dans cette enveloppe ».
Précautions personnelles
Un grand nombre de contaminations syphilitiques seraient évitées si les hommes prenaient au moment des rapports sexuels quelques précautions bien simples et connues dès longtemps.
La première de ces précautions consiste à s’assurer par l’examen soigneux des organes génitaux que ceux-ci ne sont le siège d’aucune excoriation, d’aucune plaie par laquelle puisse se faire la contamination.
L’usage du protecteur en caoutchouc, de bonne qualité, non perforé et n’ayant pas déjà servi, est une garantie sinon absolue du moins très sérieuse contre l’infection syphilitique, mais
(I) Pasini. Cio che si fa nella sede del lit. Corpo d’armata per la profllassi delle malattie veneree. Giomafe italiano dette malattie veneree e délia pelle, 1915, fasc. V.
PRÉCAUTIONS CONTRE LA CONTAMINATION i8i
encore faut-il en avoir à sa disposition et ne faut-il présenter sur les régions voisines des organes génitaux, non recouvertes par le protecteur (pubis, face interne des cuisses) ni plaie, ni excoriation de grattage, ni parasite tel que le morpion.
A défaut de protecteur en caoutchouc, il sera presque toujours facile de faire une onction de toute la surface des organes génitaux avec un corps gras, de préférence de la vaseline, onction qui, en empêchant le contact direct des sécrétions virulentes, s’oppose jusqu’à un certain point à la contagion.
Après le coït, le lavage à l’eau et au savon est encore un moyen prophylactique utile. Le lavage doit être pratiqué le plus rapidement possible et en usant largement de savon, être particulièrement soigné au niveau du gland et du frein. Le savon a une action antiseptique bien connue sur les parasites les plus divers : le tréponème de la syphilis, si facilement vulnérable, ne paraît pas lui résister plus que le bacille de Ducrey (1).
L’alcool plus ou moins concentré pourrait servir aussi à stériliser les produits syphilitiques virulents ; c’est, on le sait, le moyen le plus pratique et le plus sûr pour stériliser les mains du médecin après l’examen des syphilitiques.
Adéfaut de savon et d’alcool, un lavage prolongé avec de l’eau pure ou additionnée de sublimé pourrait toujours être fait.
A la suite d’expériences sur les singes, dans lesquelles des inoculations de produits syphilitiques suivies de frictions énergiques avec une pommade au calomel, sont restées négatives, Metchnikoff, a préconisé comme moyen préventif de la syphilis les frictions avec une pommade renfermant 30 0/0 de calomel.
Un certain nombre de malades ayant vu apparaître des chancres syphilitiques après avoir fait usage de cette pommade, la méthode
(1) Les expériences de Giovannini (Tentativi di disinfezione di ferite infette con pus di ulceri veneree per mezzo del sapone comune, Gazsetta medica di Torino, 1898, nos 45 et 46) ont montré que les lavages au savon agissent d’une façon très énergique sur le bacille du chancre simple : sur 21 expériences, 10 fois seulement il s’est développé un chancre. Les conditions les plus favorables à la réussite du lavage sont le caractère superficiel de la plaie (plaie par abrasion), le peu de quantité de virus déposé à sa surface, le peu de temps écoulé entre l’infection et le savonnage, la pi'olongation du savonnage.
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préventive de Metchnikoff a été décriée par la plupart des médecins. Elle ne mérite peut-être ni la réprobation dont elle a été l’objet, ni la valeur que lui attribuait Metchnikoff; son emploi doit être précédé d’un lavage au savon, dont elle vient renforcer l’action et surtout doit suivre de près le coït suspect (1).
Des circulaires ministérielles en date des 23 septembre 1907 et 16 novembre 1907 prescrivent la délivrance aux infirmeries régimentaires de la pommade au calomel.
Création de centres de traitement de la syphilis pour la population civile
Depuis une quinzaine d’années, les médecins des hôpitaux spéciaux se sont efforcés de faciliter aux malades atteîhts de syphilis le traitement de leur maladie sans les hospitaliser.
En ce qui concerne Paris, les distributions de médicaments pour le traitement de la syphilis se font sur une large échelle dans les hôpitaux spéciaux (Saint-Louis, Broca, Cochin).
La généralisation de l’emploi des injections mercurielles a singulièrement facilité le traitement ambulatoire de la syphilis. Dès 1902, mon collègue Brocq et moi avons, à l’hôpital Broca, donné au traitement externe des femmes syphilitiques une grande extension ; depuis lors, presque tous les services spéciaux ont annexé à leurs salles des policliniques pour le traitement des syphilitiques par les injections mercurielles.
Plus récemment, l’emploi des composés arsenicaux a permis à ces policliniques de rendre des services encore plus considérables, de réaliser sans hospitalisation, et, par suite de façon très économique, le traitement énergique de la syphilis, surtout à ses premières périodes ; les dispensaires (2) annexés à certains ser-
(1) La syphilis n’est pas la seule maladie vénérienne contre laquelle il y a lieu de prendre des précautions à la suite du coït. Je n’entrerai pas dans le détail de la prophylaxie de la hlennorrhagie, ne m’occupant ici que de la syphilis.
(2) Jeanselme et Hüdelo. Du rôle des dispensaires de l’hôpital Broca dans la lutte contre la syphilis. Bulletin de l'Académie de Médecine, 28 mars 1916, p. 364.
traitement des civils syphilitiques i83
wes ne sont autres que les anciennes policliniques agi'andies, nerfectionnées. munies d’un personnel plus complet. . .
^ Des consultations du dimanche, des consultations du sou^ont mis tous les malades, les ouvriers principalement, à même de
se faire traiter d’une façon efficace. , .
Alfred Fournier avait particulièrement préconise a généralisation de ces organismes de traitement, avait montre leur rô^ dans la prophylaxie de la syphilis et Çons^^cré plusieuK publications à ce qu'il a appelé la prophylaxie par le
Ce qui a été réalisé à Paris l’a été aussi dans la plupaitdes
lîïuertain que plus les syphilitiques ont à leur disposition d’établissements où ils peuvent être soignes gi atuitement, plus il Y a de chances pour qu’ils se soignent; que mieux ces, etablissements sont outillés pour le traitement, plus la guérison des accidents syphilitiques contagieux sera rapide, et, par su te, moins seront nombreux les malades susceptibles de transmeUre la maladie, moindres seront les chances de contamination.
Les policliniques et les dispensaires pour les malades qui ne peuvent ou ne veulent être hospitalisés, les services hospjtaliers largement ouverts aux syphilitiques et surtout aux syphilitiques contagieux qui ne peuvent se soigner chez eux, ou dont les accidents réclament une surveillance spéciale, voilà deux organismes qui se complètent l’un par l’autre : le premier se l'ecornmande par le peu de frais qu’il entraîne tant pour les finances publiques que pour les malades qui peuvent continuer à travailler tout en se traitant ; le deuxième a le grand avantage, tout en permettent un traitement plus énergique encore que le premier, de retirer de la circulation les malades — hommes ou femmes — pendant qu’ils sont contagieux. , , •
Ces deux organismes peuvent être créés par les administrations hospitalières, sans difficultés, sans grands frais sans intervention du législateur. Soumis au régime de liberté que comportent les hôpitaux, ils reçoivent les malades venus spontanément, sans aucune coercition policière. „ ,
Leur fonctionnement demande, surtout en temps de guerre,
des conditions souvent plus difficiles à réaliser. ,
L’autorité militaire et l’autorité civile ont comptes quel intérêt il y avait à accroître les ressources hospitalières pour le traite-
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menl des vénériens ; leur union a été véritablement féconde et 1 initiative combinée de l’une et de l’autre a donné et donnera encore plus dans l’avenir la facilité de se soigner à tous les syphilitiques hommes et femmes — qui le désireront.
Sous l’inspiration de deux hygiénistes éminents, M. le Médecin Inspecteur Général Vaillard, et M. Brisac, Directeur de l’Assistance et de l’Hygiène publiques au Ministère de l’Intérieur, M. Malvy, Ministre de l’Intérieur, et M. Justin Godart, soussecrétaire d’Etat du Service de Santé militaire ont pris en accord parfait au mois de mars 1916 les mesures nécessaires pour la création, 1 extension et le fonctionnement des services spéciaux et des consultations de dermato-vénéréologie Le Ministfe de l’Intérieur décida la ci’éation, dans toutes les localités où le nombre des maladies vénériennes la rendait nécessaire et où elle était possible, de services spéciaux avec dispensaires, appelés services annexes des hôpitaux, olfrant aux personnes atteintes de ces maladies toutes facilités pour se faire traiter dans des conditions de gratuité et de discrétion absolues.
Ces services annexes, installés en principe dans des locaux dépendant des établissements hospitaliers eux-mêmes, sont créés dans toutes les localités où l’autorité militaire régionale, de concert avec 1 autorité civile locale, en indique la nécessité.
En raison de la pénurie de médecins civils dans un grand nombre de localités, le service'médical en est lorsqu’il est necessaire, assuré par des médecins militaires.
^ Un certain nombre de services annexes furent bientôt organisés et permirent à la fois de constater l’importance de leur rôle et les conditions de leur organisation et de leur fonctionnement.
Par une circulaire en date du 31 mai 1916, le Ministre de l’Intérieur prescrivait aux préfets de généraliser la création de ces services et, d accord avec la Direction régionale du service de santé, d user de leur autorité auprès des commissions administratives des hôpitaux et hospices pour qu’elles les installent dans toutes les localités où la nécessité en était démontrée ; et comme il s’agit d’un service d’intérêt général, il annonçait que l’Etat prendrait sa part des dépenses occasionnées par leur organisation et leur fonctionnement.
Les services annexes ont été créés dans un grand nombre de localités, en dehors des grandes villes où il a suffi d’étendre les
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services de vénéréologie ou de dermatologie du temps de paix. Leur étendue et leurs ressources vaiient suivant l’importance de la population civile et de la population militaire.
Leur fonctionnement est assuré presque partout pas des médecins militaires, spécialement par les médecins chefs de centres et de sous-centres dermato-syphiligraphiques, ou par les médecins, non mobilisés, du service des prostituées.
Dans quelques localités, les autorités locales ont opposé à la création de ces services des résistances ; mais en général elles ont prêté au service de santé militaire un concours actif.
Les résultats semblent avoir été remarquables, le nombre des consultants a augmenté i-apidement: grâce à l’activité des médecins, et malgré la défectuosité de certains locaux, le traitement de la syphilis a pu être institué dans de bonnes conditions. Il est juste de signaler ici que le zèle de quelques médecins chefs de centre, parmi lesquels je me plais à citer le D*’ Pautrier, chef du centre derraato-syphiligraphique de Bourges, a contribué à donner rapidement le ton et l'exemple à ces services annexes.
De l’expérience acquise, il résulte qu’il y a tout avantage, pour faciliter l’accès des malades à ces services annexes et aux consultations, à ne pas les consacrer exclusivement aux maladies vénériennes, mais à en faire des services et des consultations raixles, à la fois dermatologiques et vénéréologiques.
Pour des motifs faciles à comprendre, les services annexes doivent être séparés des locaux où sont détenues les prostituées malades. Ils sont par contre tout indiqués pour recevoir les femmes, se livrant à la prostitution clandestine, qui, arrêtées et reconnues malades ne peuvent, aux termes de la législation actuelle, être maintenues en arrestation parce qu’elles ne vivent pas uniquement de la prostitution et auxquelles la police est réduite â donner le conseil de se faire soigner.
En dehors de ce recrutement par voie administrative, les syphilitiques ne peuvent être amenés aux services annexes et aux consultations que par persuasion, ou attirés par la réputation de ces services : les médecins peuvent faire une utile propagande, en engageant leurs malades peu fortunés à s’y rendre ; mais surtout il importe que les autorités civiles fassent connaître, par une publicité discrète, l’existence des consultations et que les chefs d’ateliers et d’industrie engagent leurs ouvriers à
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s’y rendre lorsqu’ils sont atteints de maladies vénériennes.
C’est en fonctionnant que les services annexes assurent leur recrutement ; les malades guéris les font peu à peu connaître à leurs camarades atteints d’alfeclions cutanées ou vénériennes.
Il est à espérer que, après la guerre, les services annexes créés sous l’influence de la nécessité continueront à assurer dans un certain nombre de villes le traitement des vénériens trop habituellement négligé en dehors des grands centres et à faire disparaître certains préjugés sur ces maladies.
La surveillance de la prostitution
Par essence même, les services annexes et les consultations gratuites ne reçoivent que des malades venus volontairement et presque toujours spontanément : iis s’adressent uniquement aux syphilitiques qui se savent malades et veulent guérir; ils ne protègent la société ni contre les syphilitiques qui ignorent leur maladie, ni contre ceux et surtout celles qui, se sachant malades, n’hésitent pas à transmettre leur maladie plutôt que de se traiter et de renoncer à toute relation sexuelle.
L’expression de prophylaxie par le traitement, dont la haute autorité de Fournier a fait la fortune, est plutôt malheureuse parce qu’elle a paru à quelques-uns constituer la seule formule de la prophylaxie de la syphilis. En réalité la prophylajcie par le traitement, que Fournier a tant vantée, est une prophylaxie très incomplète, réalisée uniquement par des malades de bonne volonté ; elle n’atteint pas les syphilitiques de mauvaise volonté OH de volonté faible.
Pour qu’une femme atteinte de syphilis contagieuse vienne demander le secours du médecin, il faut : 1° qu’elle sache qu’elle a besoin de se traiter et qu’elle peut être traitée à l’hôpital ou au dispensaire ; 2“ qu’elle veuille être traitée.
Les notions sur les maladies vénériennes sont des plus vagues chez beaucoup des femmes qui s’adonnent actuellement à la prostitution ; beaucoup de celles qui depuis le début des hostilités descendent sur le trottoir ou se livrent à des hommes dans une arrière-boutique n’ont que des notions fort imprécises sur ce qui peut leur advenir.