INTRODUCTION
Il a paru aux éditeui-s de cette collection comme à moi-même qu’une place devait y être faite à la syphilis considérée dans ses rapports avec l’armée et la guerre actuelle.
La fréquence de cette infection dans l’armée, chez les ouvriers des usines de guerre, dans la population civile à laquelle sont mêlés les soldats et les ouvriers mobilisés, en fait actuellement une véritable maladie épidémique et l’une des plus répandues parmi les maladies épidémiques.
Contrairement à la plupart des maladies contractées aux armées, la syphilis est une maladie de longue durée, ses effets se font sentir sur le malade pendant de nombreuses années, sur sa descendance pendant de plus nombreuses encore. Elle a sur la natalité et sur la léthalité infantile, sur les qualités de la race une influence profonde et néfaste et occupe un des premiers rangs parmi les facteurs de la dépopulation.
A toute époque, elle est une maladie sociale, et devrait préoccuper plus qu’elle ne l’a jamais fait les pou voirs publics. Aujourd’hui ou la France doit plus que jamais enrayer par tous les moyens le fléau de la dépopulation, où elle doit non .seulement réparer les pertes effroyables en hommes résultant de la guerre, mais encore faire un repeuplement intensif et avoir des contingents militaires sains et vigoureux pour pouvoir prévenir toute agressioii nouvelle et maintenir sa place parmi les grandes nations, il n est pas de petite économie en hommes, il n’est pas Tte mesure mesquine pour assurer le nombre et la qualité de ses enfants.
Plus que jamais donc, c’est un devoir social pour tous, pour
les pouvoirs publics comme pour les médecins, de lutter par tous les moyens possibles contre cette grande destructrice d’enfants, contre cette cause d’abâtardissement de la race.
Pour cela, deux ordres de moyens doivent être combinés : les uns exclusivement du ressort des médecins, concernant le traitement et j’ajouterai le traitement énergique de la syphilis, à son début surtout ; les autres, à la fois d’ordre médical, d’ordre hygiénique et d’ordre administratif, destinés à prévenir la propagation de la maladie.
Assurément il est nécessaire de guérir les syphilitiques, mais il est mieux encore d’empêcher le développement de la maladie : Mieux vaut prévenir que guérir, a dit la sagesse des nations.
Dans cette lutte contre la propagation delà syphilis, une grande pai't «revient au médecin : par lui-même, il peut beaucoup ; le médecin militaire, surtout le médecin de régiment, par son influence personnelle sur les hommes, à la fois médicale et morale, les empêchera souvent de prendre la syphilis. Il appartient surtout aux pouvoirs publics, civils et militaires, d’empêcher de la donner. Mais, pour que cette lutte administrative et policière soit engagée dans des conditions rationnelles et utiles, les autorités ont besoin du concours et des lumières du médecin. Lui seul peut les éclairer sur les dangers de la syphilis, sur ses modes de transmission, montrer aux chefs des grands services publics les mesures générales à prendre, aux autorités de moindre envergure, aux municipalités et aux polices locales, comme aux chefs des diverses unités militaires, comment il convient d’appliquer dans les diverses localités et dans les petites collectivités les mesures générales, de les adapter aux nécessités du jour et du lieu.
Je me suis proposé de contribuer à cette œuvre, de prendre ma part de ce devoir social, en exposant les modes de propagation de la syphilis, son danger, de façon à fournir aux médecins qui ont à conseiller les autorités des documents précis et des arguments suffisants pour les éclairer.
D’autre part, le traitement de la syphilis a, dans ces six dernières années, subi des transformations considérables ; les méthodes nouvelles ne sont pas encore bien connues de tous les médecins ; certains détails ont pu leur échapper, ou n’être plus présents à leur esprit. Il était donc opportun de passer en revue les différents modes de traitement de la syphilis, de préciser