AFFECTIONS DES YEUX ET DES OREILLES
ment tetté. Leur fréquence m’engage à vous faire connaître leur physionomie si caractéristique : je vous affirme que, les ayant observées une fois, vous les reconnaîtrez toujours aisément. Même lorsqu’il se développe dans leur voisinage des altérations syphilitiques qui les entament et les déforment, elles conservent un aspect si spécial qu’on ne saurait méconnaître leur existence, et, dans la lésion complexe qui résulte de ce mélange, on peut faire la part de l’athrepsie et celle qui revient à la syphilis. Les plaques ptérygoïdiennes sont deux ulcérations situées immédiatement en arrière et en dedans de l’arcade alvéolaire supérieure, au niveau de la saillie formée par les apophyses ptérygoïdes ; elles ont la forme d’un cercle très nettement limité, d’un centimètre environ de diamètre, gris ou jaunâtre, circonscrit par une zone rouge de 2 ou 3 millimètres de large.
Le muguet détermine une desquamation de l’épithélium buccal et s’accompagne d’une rougeur intense toujours facile à reconnaître, que l’on ne mettra jamais sur le compte de la syphilis.
Dans tout ce que je viens de vous dire, j’ai admis implicitement le cas le plus simple, celui où les deux espèces de lésions existent sur des sujets différents ; mais il peut se faire qu’elles se rencontrentsur le même malade, car la syphilis et l’athrepsie sont loin de s’exclure. Alors il pourra être très malaisé de discerner dans ces désordres de la muqueuse le mal fait par l’une de celui fait par l’autre ; mais cela importe peu; ce qui est essentiel, c’est de reconnaître la présence de la syphilis, car de cette notion dépendra votre conduite non seulement dans le traitement de l’enfant, mais, ce qui est beaucoup plus grave, vis-à-vis de la nourrice. Toute erreur de diagnostic entraîne ici les conséquences les plus fâcheuses. Si vous croyez à de la syphilis quand il ne s’agit que d’un produit atlirepsique, vous arracherez l’enfant au sein, son meilleur et quelquefois son unique moyen de salut, dans les conditions où il se trouve ; si au contraire vous méconnaissez la nature syphilitique d’une lésion, ce n’est plus seulement la santé de l’enfant que vous allez compromettre, c’est encore celle de la nourrice, qui, sur la foi de votre dire, n’hésite pas à lui livrer son sein (1).
Les yeux sont-ils atteints par la syphilis héréditaire ? Colombier, Doublet, Faguer, Bertin, décrivaient une ophthalmie syphilitique contractée, suivant eux, au passage, et qu’ils considéraient comme un accident très fréquent et très grave. « Quand un enfant, dit Bertin, né de parents infectés, est attaqué d’ophthalinie peu de jours après sa naissance, il faut craindre
(1) Comme complément de cette étude, voyez la leçon sur la syphimde desquamative de la langue, que l’on trouvera dans la partie de ce cours consacrée aux stigmates de la syphilis héréditaire.
Pakrot. — Syphilis héréditaire.
ÉTUDE CLINIQUE
d’autres accidents qui éclatent tôt ou tard. » MM. Vogel et Bouchut partagent cette manière de voir, sinon sur la fréquence, du moins sur la gravité de l’ophthalmie purulente d’origine syphilitique. Suivant le clinicien allemand, elle entraînerait parfois la fonte de l’œil. M. Zeissl se rend compte de son développement par la propagation aux voies lacrymales de l’inflammation qui atteint si fréquemment la muqueuse nasale.
J’ai observé , sur un certain nombre de syphilitiques , l’ophthalmie purulente avec ses conséquences les plus graves, et j’ai actuellement dans mon service un de ces petits malades, dont les deux yeux sont détruits et même résorbés ; mais tous ces désordres doivent-ils être mis sur le compte de la syphilis? Rien ne nous autorise à le faire. L’ophthalmie purulente est très commune chez les nouveau-nés, quels qu’ils soient; il n’est donc pas surprenant qu’elle atteigne ceux qui sont déjà en proie à la syphilis, et je ne sache pas que dans ce cas le mal se présente avec des caractères distiuctifs. Qu’elle soit plus rapide et plus grave, cela est possible et n’a rien de surprenant ; mais qu’elle soit appelée, déterminée par la syphilis, c’est ce qu’il m’est impossible d’affirmer, n’ayant pu recueillir aucune observation à l’appui.
llutchinson , qui s’est occupé avec une incontestable prédilection des accidents que la syphilis héréditaire détermine du côté des yeux, affirme leur fréquence et leur gravité. 11 y a peut-être là une certaine exagération ; c’est une étude à poursuivre.
Au nombre des accidents les plus précoces il place de l’iritis. Je l’ai cherchée bien souvent, et je puis affirmer qu’elle est excessivement rare et qu’elle n’entraîne pas les désastreuses conséquences que lui a attribuées le médecin anglais. Quant à la kératite diffuse et à la choroïdite constatées surtout chez des sujets âgés de plus de huit ans, je n’ai jamais eu l’occasion de les observer, et la lecture des observations d’Hutchinson ne m’a pas absolument convaincu.
L’otorrhée n’existe que dans un petit nombre de cas ; elle coïncide d’ordinaire avec une éruption très abondante sur la face. On peut donner de son développement deux explications. Suivant l’une, elle serait due à une éruption du conduit auditif externe; d’après l’autre, l’inflammation des fosses nasales se serait propagée par la trompe d’Eustache à l'oreille moyenne, et le tympan serait perforé. Dans cette genèse de l’otite chez les syphilitiques, il faut nécessairement faire une part à l’athrepsie qui, on le sait, détermine d’une manière à peu près constante une inflammation de la caisse; la syphilis n’interviendrait, en quelque sorte, que comme une circonstance aggravante.