LÉSIONS DES LÈVRES ET DE LA BOUCHE
Je n’ai pas à m’étendre longuement sur les affections des lèvres que l’on pourrait confondre avec celles que je viens de vous décrire. Chez les nouveau-nés les lèvres ne sont fissurées, excoriées ou croùteuses que du fait de la syphilis. Chez les enfants plus âgés, elles peuvent être envahies par l’impétigo et surtout par l’herpès, notamment sous l’influence de la rougeole; les ulcérations qui se produisent alors diffèrent de celles de la syphilis par la rapidité de leur apparition et de leur extension à de larges surfaces, par la douleur très vive qu’elles causent, par leur tendance hémorrhagique, enfin par l’épaisseur et la coloration noirâtre des croûtes dont elles se couvrent.
Des lèvres je passe à la cavité buccale. Les lésions peuvent y occuper des sièges très divers. Ce sont des ulcérations et des plaques en relief.
Les premières, de beaucoup les plus fréquentes, très rares sur la voûte palatine, sont au contraire communes sur la langue, les lèvres, les gencives et sur le bord libre du voile du palais. Leur aspect varie suivant la région qu’elles occupent. Celles de la langue, quelquefois très superficielles, sont d’un rouge vif, lisses, luisantes et circonscrites par un bourrelet de saillie variable. A leur surface les papilles semblent détruites. Dans d’autres cas elles sont beaucoup plus profondes, et leur fond est jaunâtre ou brunâtre. Bien qu’elles soient d’ordinaire très limitées, j’ai vu sur un petit malade la face dorsale de la langue ulcérée sur le tiers de son étendue. La partie affectée était circonscrite par un bord irrégulier. Les autres ulcérations de la muqueuse buccale ne présentent rien qui soit digne d’être noté. Celles de la voûte et des gencives sont pâles. — Le voile du palais présente assez souvent des érosions; elles y sont en général très irrégulières et occupent la région postérieure entre la luette et les piliers, d’où elles s’avancent vers la voûte palatine, qu’elles atteignent rarement.
Les plaques muqueuses affectent à peu près exclusivement la langue, et pour mon compte je n’en ai jamais rencontré ailleurs. Trousseau en aurait vu sur les piliers du voile du palais. Il y en a une ou deux, rarement davantage. Leur diamètre varie de 2 ou 3 millimètres à un centimètre. A leur niveau, la muqueuse plus rouge, ou au contraire plus pâle que sur le reste de sa surface, fait une saillie lenticulaire. On ne peut méconnaître l’analogie de cette éruption avec les plaques cutanées, notamment celles des membres inférieurs.
Toutes ces altérations de la muqueuse bucco-pharyngienne, quelles qu’elles soient, ne présentent aucune régularité dans leur disposition ; rarement elles se développent sur la ligne médiane, et n’affectent, par rapport à elle, aucune disposition symétrique. Elles sont d’autant plus fréquentes que les enfants sont plus jeunes. Ce sont les nouveau-nés proprement dits
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qui en sont habituellement atteints; plus tard elles sont très rares.
Leur diagnostic, contrairement à celui des lésions labiales, présente souvent les plus grandes difficultés, et en songeant que leur existence détermine parfois les résolutions pratiques les plus graves, je ne crains pas d’affirmer que par elles la sagacité et la responsabilité du médecin sont fortement engagées. C’est vous dire quel intérêt vous devez prendre à toutes les circonstances qui vous permettront de les reconnaître.
Laissant de côté un certain nombre d’affections buccales de l’enfance, telles, par exemple, que la stomatite ulcéro-membraneuse, très rare chez les sujets de cet âge, je ne m’occuperai que des ulcérations qui peuvent se montrer chez les enfants à l’époque où se développent celles de la syphilis héréditaire.
Les aphthes, d’ailleurs peu communs chez les nouveau-nés et presque toujours assez nombreux, consistent en des ulcérations parfaitement circulaires. Quand la pellicule blanchâtre, très éphémère, qui les couvre au début n’existe plus, on distingue très nettement une cupule circonscrite par unezone d’un rouge vif. Douloureux, ils rendent la succion très pénible quand ils sont groupés sur la région antérieure de la muqueuse buccale.
Les plaques diphthériques avec leur saillie, leur ténacité, leur aspect luisant, ne me semblent pas devoir être fine cause d’erreur.
]\Iais il est une maladie, l’athrepsie, qui engendre tout un groupe d’ulcérations, confondues chaque jour avec celles de la syphilis.
Presque toujours elles sont placées sur la ligne médiane ou sur des points symétriques de la muqueuse buccale. C’est là leur caractère essentiel, et vous n’aurez pas de guide plus sur, dans ce diagnostic difficile.
Leurs sièges de prédilection sont : le frein de la lèvre inférieure, celui de la langue et deux régions de la voûte palatine, à savoir : sa partie médiane et moyenne, là où se développent le plus habituellement les kystes épidermiques décrits par MM. Guyon et Thierry, et ses deux angles postérieurs. Il est beaucoup plus rare d’en trouver sur le bord alvéolaire des maxillaires et sur la face dorsale de la langue. Ce n’est pas seulement par leur siège si caractéristique que ces lésions atbrepsiques diffèrent de celles que la syphilis héréditaire fait naître sur la même muqueuse; elles s’en distinguent encore par leur développement rapide, par leur teinte gris-jaunâtre, la rareté à leur surface de tout suintement sanguin, la tendance qu’elles ont à se sphacéler ; enfin par ce fait que quelques-unes d’entre elles se développent à peu près exclusivement chez les enfants qui prennent le sein. Cela est surtout vrai pour les ulcérations staphylo-palatines que je qualifie de plaques ptérygoïdiennes. Les nouveau-nés très nombreux sur lesquels on les constate tettent actuellement ou ont récem-