‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 30 sur 84 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

Anatomie pathologique. — Lésions de la peau.

L’anatomie pathologique est indispensable à la clinique; car seule elle peut nous montrer la justesse ou l’imperfection des hypothèses formulées durant la vie sur le siège et la nature du mal. Nulle étude ne le montre avec plus d’évidence que celle de la syphilis héréditaire. J’ajoute que, dans l’espèce, l’anatomie pathologique a considérablement étendu les limites du diagnostic, tout en lui donnant une certitude exceptionnelle.

Fidèle à l’ordre que j’ai précédemment suivi, je m’occuperai d'abord des altérations de la peau.

Tandis que sur certains cadavres très émaciés l’épaisseur du tissu cellulo-adipeux sous-cutané est à peine de 2 à 3 millimètres, sur d’autres elle est considérablement augmentée. Le pannicule graisseux d’une petite fille de quatre mois avait, à la région moyenne de la cuisse, 14 millimètres; pourtant dans les cinq derniers jours, elle avait perdu 715 grammes. Sur un garçon de six mois, à la même région, l’épaisseur du tégument était de 19 millimètres. Ne faut-il pas voir dans cette adiposité précoce une manifestation diathésique comparable à l’obésité excessive de certains scrofuleux?

Les syphilides cutanées ont été suffisamment décrites au point de vue morphologique ; je n’y reviendrai pas ; j’ajouterai seulement que les modifications dont elles sont le siège, dans les derniers instants de la vie, s’exagèrentbeaucoup aussitôt après la mort et les rendent méconnaissables.

Actuellement je dois vous faire connaître les lésions intimes des tissus affectés.

La syphilide bulleuse se présente la première à notre étude. Lorsque la bulle est dans sa période d’état et bien caractérisée, il faut y considérer deux choses : une capsule ou cavité close et une matière fluide qui s’y trouve contenue. Cette dernière est constituée par un liquide où l’on voit

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

des flocons blancs et opaques déchiquetés sur leurs bords, et où l’on trouve, suivant l’observation de MM. Ollivier et Ranvier, des globules de pus, quelques granulations fibrineuses et des cellules du corps muqueux qui, pour la plupart, sont altérées à des degrés divers. Dans la partie liquide, il y a les mêmes éléments, mais en quantité beaucoup moins considérable et isolés les uns des autres.

La capsule bullaire est formée par deux parties bien distinctes : l’une saillante ou opercule; l’autre légèrement déprimée, qui est en quelque sorte la base de la bulle. Les rapports ainsi que la structure de ces deux parties sont très apparents sur des tranches minces, détachées au niveau de la lésion perpendiculairement à la surface de la peau, après que celle-ci a été soumise à l’action des réactifs capables de fixer ses éléments histologiques et de la durcir.

L’opercule dans presque toute son étendue est uniquement constitué par la lame cornée, c’est-à-dire par ce qu’il y a de plus résistant dans l’épiderme. On y distingue encore des ondulations très nettes.

Les altérations de la cupule bullaire sont bien autrement importantes que celles de l’opercule. 11 faut lés étudier successivement dans l’épiderme et dans le derme; le premier formant à la surface du second une couche pultacée, dont la constitution, comme vous allez le voir, est à peu près la même que celle des flocons déchiquetés.

En dehors de la bulle, un peu avant que la lame cornée se détache, le corps muqueux tout entier est augmenté de volume et ses cellules les plus superficielles se multiplient par la segmentation de leur noyau et, çà et là, deviennent granulo-graisseux.

Au niveau de la bulle, où ce travail devient très évident, le corps muqueux se divise assez nettement en deux couches, dont l’épaisseur varie suivant les points où on le considère. L’une, superficielle, qui à l’état frais est en contact avec le liquide de la bulle, est beaucoup plus épaisse à la périphérie qu’au centre. Sa surface est très irrégulière, déchiquetée; on y voit des cellules isolées ou en amas, qui semblent sur le point de s’en détacher. Toute stratification y a disparu et les éléments constituants y sont complètement dissociés. Quelques-uns sont devenus hydropiques et ont pris un tel accroissement de volume et une telle transparence qu’ils simulent des espaces vides. — La seconde couche est, comme la précédente, plus épaisse à la périphérie de la bulle qu’à son centre. Son accroissement, qui commence un peu avant la ligne de séparation de l’opercule, atteint son maximum au niveau de cette ligne, pour décroître ensuite d’une manière assez rapide. Peu à peu, la portion superficielle qui se trouve en rapport immédiat avec la couche précédente et qui sur plusieurs points se confond avec elle, perd son épaisseur. En même temps, les colonnes du corps

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