‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 31 sur 84 · LÉSIONS DE LA PEAU · texte numérisé non relu

LÉSIONS DE LA PEAU

muqueux diminuent très notablement. Elles sont aplaties, étouffées par les papilles hypertrophiées; et au centre de la cupule, elles sont réduites à des lamelles tellement minces, que l'on croirait à leur disparition complète; on ne peut plus y distinguer les éléments cellulaires.

La lésion du derme est incontestablement la mieux caractérisée, la plus importante et la plus ancienne. Elle affecte surtout le corps papillaire, mais elle n’y est pas limitée, puisque l’on en trouve des traces autour des glandes sudoripares, et même plus profondément. Apparente déjà à la périphérie de la bulle, par un accroissement rapide elle acquiert toute son intensité au centre de celle-ci. Les vaisseaux papillaires et les troncs qui leur donnent naissance sont manifestement injectés et entourés de corpuscules embryonnaires très nombreux, surtout vers le centre, où les papilles notablement hypertrophiées ne ressemblent plus à des cônes, mais à des cylindres remplis de corpuscules lymphoïdes. Elles ne sont plus séparées les unes des autres par d’épaisses couches de cellules épidermiques comme à l’état normal. Ces dernières, je vous l’ai dit, sont réduites à de très petites proportions; et çà et là même, on pourrait croire quelles ont disparu. Dans l’atmosphère des glandes sudoripares, les éléments nouveaux forment des amas opaques et fortement colorés par le pierocarmin. Les glandes elles-mêmes sont peu modifiées, mais le calibre de quelques canaux excréteurs s’est sensiblement accru. Au centre même de la cupule bullaire, l’hyperplasie du tissu conjonctif a dépassé la région des glandes et s’est étendue jusqu’aux loges adipeuses.

Cette analyse anatomique serait sans profit, et ne mériterait pas le temps que je lui ai donné, si je ne m’en servais pour reconstruire la bulle synthétiquement, et pour vous montrer dans son ensemble ce processus, un des plus compliqués de la syphilis héréditaire. L’ayant bien compris, vous trouverez plus simple la genèse des autres altérations. Voici donc comment on peut concevoir l’évolution d’une bulle. En se localisant dans un point de la peau, l’irritation spécifique frappe d’emblée le tissu conjonctif, qui devient le siège d’une prolifération rapide, d’abord autour des vaisseaux papillaires, puis dans toute l’épaisseur du derme, jusqu’audessous des glandes sudorales. Le sang est appelé vers ces parties et sa marche y est gênée par la compression que les éléments embryonnaires exercent sur les canaux qui le contiennent. 11 en résulte un trouble nutritif du corps muqueux et l’épanchement d’une certaine quantité de sérosité au sein des tissus malades. Alors les cellules épidermiques prolifèrent sur un petit nombre de points, deviennent sur d’autres granulograisseuses ou hydropiques; et toutes, elles sont soumises à l’action de l’exsudât dermique qui, poussé vers la périphérie, les désagrège, les altère, et finalement vient s’accumuler sous la couche cornée qui, étant imper- Parrot. — Syphilis héréditaire. 5

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

méable, se laisse détacher des parties sous-jacentes. Formée de la sorte, cette cavité bullairc est agrandie peu à peu et remplie par de la sérosité, par les leucocytes qui ont traversé les vaisseaux avec elle, et par les cellules du corps muqueux altérées à des degrés divers et que la poussée séreuse a disloquées d’abord, puis détachées isolément ou en groupes. Ainsi, vous le voyez, c’est dans le derme qu’est le foyer du mal et c’est le tissu conjonctif qui est le premier atteint; son altération est primordiale, les autres sont secondaires et sous sa dépendance.

Tel est suivant toute apparence le mode évolutif de la syphilide bulleuse. Ce n’est là, je vous le répète, qu'une hypothèse; mais tout nous autorise à la considérer sinon comme l’expression même de la réalité, du moins comme un schéma qui s’en rapproche beaucoup.

Je devrais maintenant suivre la bulle dans son évolution ultérieure et rechercher ce que deviennent les tissus malades dans les cas où il se produit une ulcération. Mais, comme je vous l’ai déjà dit, toutes les ulcérations de la syphilis héréditaire se ressemblent, quelle que soit la lésion primitive; ce n’est donc qu’après avoir passé en revue les diverses syphilides que je m’occuperai du travail ulcératif (1).

De la lésion cutanée la plus complexe je passe à la plus simple, y étant obligé par l’ordre clinique que j’ai suivi.

Dans la syphilide maculeuse le microscope révèle, au niveau de la tache, une légère tuméfaction due à un épaississement du chorion et de l’épiderme.

Les colonnes du corps muqueux de Malpighi sont plus volumineuses, surtout plus hautes, ce qui tient à une dilatation de leurs cellules. Mais le principal et le véritable siège de la lésion est dans le derme. Les papilles plus saillantes semblent pénétrer dans le corps muqueux. Cette hypertrophie est due à une infiltration de leur tissu par des corpuscules de nouvelle formation, véritables cellules embryonnaires, principalement groupées autour des vaisseaux papillaires, mais visibles aussi et parfois en groupes compacts autour des troncs vasculaires qui rampent dans la région la plus élevée du chorion.

Cette description se rapproche beaucoup de celle qui a été donnée de la roséole syphilitique de l’adulte par MM. Biesiadecki et Kaposi. Ces auteurs ont vu que la tunique adventice des vaisseaux qui pénètrent dans la papille est remplie de cellules rondes et fusiformes. Mais en outre ils ont constaté autour des capillaires des amas de cellules, qui par leur volume et leur constitution rappellent les globules blancs. Ils parlent aussi de corps migrateurs. Ces deux dernières particularités ne m’ont pas frappé,

(1) Voyez la leçon sur les Cicatrices.

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