DEUX CAS DE SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
la tuméfaction des extrémités et la courbure des diaphvses, tandis qu’elles sont appréciables pendant la vie, chez nos petits syphilitiques, elles sont dues à des excroissances osseuses, et l’autopsie seule peut les révéler ; à moins toutefois qu’il ne se soit développé, comme nous l’avons vu dans quelques cas, des abcès au voisinage des articulations, abcès cliniquement appréciables ; mais alors on ne les confondra pas avec les tumeurs qui résultent du gonflement rachitique des épiphyses.
Dans le rachitis, le tissu préformé se décalcifie et se médullise, et celui qui se développe chaque jour d’une manière exubérante en certains points ne s’incruste pas de sels calcaires. La syphilis héréditaire détermine bien ces diverses modalités du trouble nutritif, mais dans des proportions bien différentes. Ainsi la médullisation et la décalcification sont très peu actives et très circonscrites ; de plus, dans tous les points où l’os s’accroît, les parties nouvellement formées sont bien du tissu osseux dans l’acception propre du mot.
Quoi qu’il en soit, et sans insister sur ce parallèle qu’il eût été possible de pousser plus loin, mais, nous le croyons, sans grand profit, on doit se demander d’où viennent les analogies et les différences précédemment signalées. Il est tout naturel d’attribuer ces dernières à la nature si différente de ces deux maladies. Et les points de contact doivent sans aucun doute être rapportés non aux causes qui provoquent les lésions, mais si l’on peut ainsi dire, au terrain sur lequel elles exercent leur puissance. Car les sujets frappés dans l’un et l’autre cas sont des enfants très jeunes, et comme chez eux le système osseux est le siège de modifications très actives, il est tout naturel que les affections qui l’attaquent, quelles qu’elles soient, y produisent des lésions dérivant d’un trouble dans ce travail formateur, et partant soient du même ordre et ne diffèrent que par le degré.
Observation de rachitis d’origine syphilitique.
Communication faite à la Société de Biologie. — Séance du 1er juin 1872.
En ^terminant une communication que j’ai eu l’honneur de faire à la ■Société, touchant les lésions osseuses que l’on observe chez les jeunes enfants atteints de syphilis héréditaire, je signalais, entre elles et celles qui constituent le rachitis, certaines analogies et des différences non douteuses.
Aujourd’hui, grâce à de nouveaux faits, je puis insister sur le premier rapport, et même affirmer que dans quelques cas il y a identité entre les deux espèces d’altérations.
Le 15 mai, entrait dans mon service un garçon de dix mois et demi, venant de Lourcine, où l’on avait constaté, sur la mère, durant la grossesse, un chancre induré, et sur l’enfant, au moment de la naissance, du pemphigus et des érosions syphilitiques.
Aujourd’hui, la mère est en traitement pour des accidents secondaires; «t quand j’ai vu le petit malade pour la première fois, il portait les marques les plus irrécusables de la syphilis constitutionnelle, à savoir : sur toute la surface cutanée, une éruption de taches noires ou légèrement brunes; en quelques points des plaques papuleuses, et sur les lèvres des ulcérations à fond jaunâtre.
La forme du crâne était des plus remarquables; les deux portions du frontal et les pariétaux formaient quatre mamelons très saillants, séparés par des dépressions sur le trajet des sutures coronale, sagittale et de celle qui, chez le nouveau-né, sépare les deux pièces du frontal; et, bien que le cuir chevelu fût mince, quand avec le doigt on comprimait le crâne au niveau de l’une des bosses, on avait la sensation que procure une partie œdémateuse quand on la soumet à la pression digitale. Mais ce n’est pas tout : à droite, l’humérus était tuméfié à sa partie moyenne sur une hauteur de 15 millimètres environ; l’extrémité supérieure du radius l’était aussi et courbée en avant. Son extrémité carpienne et celle