‹ La syphilis héréditaire et le rachitisChapitre 62 sur 84 · RACHITIS D’ORIGINE SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

RACHITIS D’ORIGINE SYPHILITIQUE

traits se sont atténués, d’autres ont pris un développement considérable; mais en somme, leur étude ne révèle aucune particularité nouvelle, et l’on y arrive graduellement en partant de celles qui ont pour caractéristique cette zone plâtreuse qui sépare le cartilage du tissu spongieux. Peu à peu, le mal a gagné les corps diaphysaires, des extrémités où il était primitivement circonscrit. Les productions sous-périostiques se sont étendues en perdant leur consistance calcaire; la décalcification et la médullisation, d’abord très limitées, ont envahi insensiblement le tissu spongieux et même les couches compactes. Et nous ne trouvons d'autre cause à cette expression ascendante, si l’on peut ainsi dire, de la diathèse syphilitique, que l’âge plus avancé des sujets; car, il ne faut pas l’oublier, les lésions que nous avons décrites les premières avaient été observées sur des nouveau-nés proprement dits, tandis que celles dont nous présentons aujourd’hui le type appartiennent d’ordinaire à des enfants âgés de plusieurs mois.

Sur la nature syphilitique des lésions, pas de doute. Or elles se confondent avec celles qui caractérisent le rachitis ; et comme cette affection consiste dans une certaine altération du tissu osseux, quelles que soient sa cause et son essence, d’ailleurs tout à fait inconnues, on peut dire que notre petit malade était atteint de rachitis, mais de rachitis syphilitique. Et ce n’est pas là un fait isolé, exceptionnel; nous sommes convaincu qu’il suffira de l’avoir signalé pour qu’on en trouve de semblables. Nous en pouvons donner une preuve personnelle. Au mois de février dernier, un enfant de sept mois nous fut présenté dans un état de cachexie profonde, avec du coryza, des érosions labiales et des ulcérations au pourtour de l’anus. Nous n’hésitâmes pas à le considérer comme atteint de syphilis constitutionnelle, et nous le mîmes à l’usage du proto-iodure de mercure. Bientôt des ulcérations apparaissent sur le cuir chevelu; quelques ganglions du cou se tuméfient, puis s’abcèdent, et leur ouverture donne issue à beaucoup de pus; enfin le poumon s’enflamme et l’enfant succombe le 22 mars.

Les os étaient tous altérés à un haut degré, mais non comme nous comptions les trouver, leurs lésions ne rappelant que faiblement celles que nous avions toujours considérées comme caractéristiques de la syphilis. Elles étaient identiques à celles dont nous venons de vous entretenir. Aussi nous n’hésitâmes pas à dire qu’il s’agissait, non d’os syphilitiques, mais d’os rachitiques. Aujourd’hui nous persistons à dire que ce malade était bien un rachitique, mais qu’il l’était de par la syphilis.

Donc la syphilis héréditaire doit être considérée comme une cause de rachitis. Cette idée n’est pas neuve. Glisson, Portai, Lefèvre de Villebrune qui a traduit et commenté Rosen et Lndervood, l’ont admise d’une manière plus ou moins explicite, mais sans preuves sérieuses. Ces auteurs,

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pour expliquer le développement du rachitis, accusaient la syphilis au même titre que la dartre, la scrofule ou le scorbut.

Quoi qu’il en soit, cette hypothèse, combattue ou dédaignée, était tombée dans 1 oubli. Nous espérons que désormais elle sera considérée comme une vérité solidement établie.

Syphilis osseuse des nouveau-nés.

Communication faite à la Société anatomique, 1873.

L’année dernière, à propos d'une observation recueillie dans mon service à l’hospice des Enfants-Assistés, j’ai dit, à la Société de biologie (séance du 1er juin), que la syphilis héréditaire se modifiait suivant son âge et celui des sujets sur lesquels on l’observait. J’ai dit aussi qu’entre la syphilis osseuse des enfants du premier âge et le rachitisme il y avait des analogies et des affinités qui rendaient parfois le diagnostic difficile. Les pièces que j’apporte à la Société viennent à l’appui de cette manière de voir et démontrent, en outre, que les deux affections peuvent exister sur le même sujet et s’y confondre pour ainsi dire. Voici maintenant le résumé de l’histoire du malade sur lequel elles ont été recueillies.

Un enfant d’un an est amené à l’infirmerie de l’hospice des Enfants- Assistés avec des indices non douteux de syphilis : taches cutanées siégeant principalement sur le ventre et les membres inférieurs, ressemblant à de l’érythème des nouveau-nés, mais plus saillantes, d’un jaune bistre ou cuivrées. Au niveau de ces taches, l’épiderme était aminci et luisant. De plus, sur diverses régions, on voyait des plaques rouges se rapprochant du psoriasis syphilitique, et, autour de l’anus, des tubercules plats, larges et très caractérisés. Les os offraient des saillies, notamment les humérus, les cubitus et les fémurs. Ces saillies, occupant de préférence l’extrémité inférieure des os, leur donnaient une certaine ressemblance avec les os des rachitiques. Toutefois la symétrie faisait défaut. Je portai le diagnostic suivant : siyphilis héréditaire combinée avec le rachitisme.

L’enfant fut réexaminé le lendemain. Ce jour-là, nous trouvâmes la température à 41°, tandis que la veille elle était normale. 11 était survenu de la diarrhée. La mort eut lieu le soir.

L’autopsie fut pratiquée quelques heures après la mort. Le foie était gras et parsemé de granulations grisâtres et d’un très petit volume. Il y en avait de semblables et d’autres plus grosses et jaunes en un point de la

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plèvre du poumon gauche, ce qui avait déterminé là une pleurésie agglutinative. Un gros noyau jaune, ramolli à son centre, existait au voisinage dans le poumon. Quelques-uns des ganglions trachéo-bronchiques étaient tuberculeux. — La rate pesait 80 grammes, chiffre énorme par rapport à l’age de l’enfant et qui est une des manifestations les plus habituelles de la syphilis viscérale chez les enfants du premier âge. — Les ganglions axillaires, cervicaux, périmaxillaires, inguinaux, étaient développés, lésion rare chez les enfants atteints de syphilis congénitale. Ils avaient quelque similitude avec les glandes sous-maxillaires : fond violet avec points grisâtres. — Quelques articulations, surtout celles du coude, présentaient les altérations suivantes : état sirupeux de la synoviale dont la quantité était augmentée, coloration jaunâtre et friabilité des cartilages, dans leur couche la plus superficielle qui, là, était érodée; enfin fongosités de la synoviale qui avaient envahi sur certains points une assez grande étendue des surfaces articulaires.

J’arrive aux lésions les plus importantes, les lésions osseuses.

Extérieurement, le crâne est lésé sur presque toute son étendué. La bosse occipitale et quelques autres points sur les frontaux et les pariétaux sont à peu près sains. Les altérations sont de deux sortes : la première, de beaucoup la plus étendue et la plus importante, est principalement caractérisée par une coloration rouge, au niveau de laquelle on voit une couche de tissu spongoïde, très imbibé, élastique et dépressible. Cette lésion, dont le maximum répond aux pariétaux, a une distribution variable; quant à son épaisseur, qui, d’ordinaire, ne dépasse pas 2 millimètres, elle est caractéristique du rachitis.

La lésion de la seconde espèce, moins facilement appréciable, consiste en des taches rosées répondant à une érosion de l’os; celle-ci ne s’observe jamais dans le rachitis, et je la considère comme caractéristique de la syphilis héréditaire, l’ayant rencontrée déjà un certain nombre de fois et d’une manière exclusive chez les enfants atteints de celte maladie. Elle est surtout facile à constater dans les points non envahis par la couche spongoïde; mais on peut aussi l’apercevoir dans les régions où ce tissu ne forme encore, à la table externe, qu’un revêtement très mince.

A l’intérieur, on aperçoit les mêmes lésions, mais beaucoup moins accentuées et offrant une distribution différente. Les couches de tissu spongieux, en général très peu épaisses, correspondent aux surfaces qui, à l’extérieur, sont saines, ou du moins très peu affectées, si bien que le frontal, peu altéré en dehors, est le plus malade en dedans.

Voyons maintenant les os longs. Le périoste est un peu plus épais et adhérent que sur les os sains. L’humérus, qui est un des plus malades, va nous servir de type. Il est notablement déformé, étant tuméfié en avant et

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