PSEUD0-PARAI.YS1E SYPHILITIQUE INFANTILE
disjoindre les cartilages épiphysaires de la diaphyse, et le décollement se serait certainement produit au niveau de plusieurs articulations, si l’enfant avait vécu quelquesjours de plus. D’ailleurs, la faiblesse des membres inférieurs qui s’était manifestée la veille de la mort, et sur laquelle M. Parrot appela mon attention, doit sans aucun doute être attribuée à ces lésions osseuses et aurait probablement été suivie d’une impotence complète. L’atrophie gélatiniforme se montre également en quelques points du frontal et des pariétaux. — On constate en outre à la surface de différents os, en particulier sur la face interne du tibia et sur la moitié inférieure des fémurs, une couche ostéophytique de peu d’épaisseur, lésion qui, pour M. Parrot, caractérise le premier degré des altérations osseuses produites par la syphilis héréditaire.
Il existait enfin des lésions viscérales qui sont regardées comme des lésions caractéristiques de la syphilis héréditaire : le foie présentait à sa surface l’altération décrite parGublersousle nom de grains de semoule ; il pesait 315 grammes. La rate, augmentée de volume (poids, 25 gr.), était recouverte d’un mince exsudât pseudo-membraneux. L’un des poumons présentait l'hépatisalion blanche de Virchow.
J’ajoute que l’examen de l’encéphale et de la moelle épinière n’a fait découvrir aucune altération de ces organes.
11 ne s'agissait donc pas dans ce cas d’une paralysie véritable, mais d’une inertie, d’une impotence du bras par suite du décollement du cartilage épipbysaire de l’extrémité supérieure de l’humérus. M. Parrot a justement comparé cet état à l’immobilité d'un membre atteint de fracture ; et en réalité c’est bien à une solution de continuité de l’os que cette pseudo-paralysie est due.
Je ne crois pas devoir, à propos de ce fait, aborder dans son ensemble la question de la syphilis osseuse héréditaire. Je me bornerai à dire que les altérations que je viens de vous montrer sur ces os ne se rencontrent que chez les enfants nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire et qu’il est impossible de les rattacher à quelque autre affection : il ne s’agit pas ici d’ostéite épiphysaire, car ces lésions n’ont aucun caractère inflammatoire, et à l’âge de ces enfants, il n’est pas encore question du rachitisme, tel que l’entendent les auteurs. Ce sont des lésions produites par la syphilis héréditaire, comme les lésions des viscères et comme les différentes affections de la peau et des muqueuses ; toutes ces manifestations morbides subissent une évolution parallèle, et si leur structure histologique varie avec l’organe atteint, elles ont cependant la même origine. Dans ces limites et réservées aux cas de ce genre, les propositions de M. Parrot me paraissent incontestables ; j'espère que les pièces anatomiques que je viens de vous présenter vous paraîtront convaincantes.
Même sujet, par M. Damasciiino.
M. Troisier nous a communiqué dans la dernière séance un cas très intéressant de pseudo-paralysie syphilitique chez un enfant nouveau-né ; c’est un exemple remarquable au double point de vue anatomique et clinique de l’affection si bien décrite par M. le professeur Parrot. Je l’ai pour ma part observée un certain nombre de fois, et je suis persuadé qu’elle n’est pas excessivement rare. J'ai particulièrement gardé le souvenir de l’un de ces faits, parce qu’il permit de rectifier une erreur de diagnostic commise par les élèves de mon service. 11 s’agissait d’un enfant de quelques mois qui me fut présenté comme étant atteint de paralysie atrophique ; le bras était en effet immobile, mais lorsqu’on lui imprimait le plus léger mouvement, l’enfant poussait un
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cri; on déterminait également de la douleur en saisissant entre les doigts l’extrémité supérieure de l’humérus. En outre, l’enfant, à l'inverse des jeunes paralytiques par atrophie spinale infantile dont l’état général est des plus satisfaisants, offrait tous les caractères d’une cachexie déjà très avancée. Je n’hésitai pas un seul instant à affirmer qu’il s’agissait d’une pseudo-paralysie syphilitique et non d’une monoplégie brachiale, comme on me l’avait annoncé. Le lendemain, le membre supérieur du côté opposé et l’un des membres inférieurs furent atteints de la même façon. L’enfant mourut, et à l’autopsie j’ai constaté les lésions qui ont été décrites par M. Parrol et semblables à celles que M. Troisier nous a fait voir. Il y avait en outre des altérations viscérales qui ne laissaient aucun doute sur l’existence de la syphilis héréditaire chez cet enfant.
Les autres faits que j’ai observés sont aussi démonstratifs que le précédent, et il me parait impossible de nier la relation qui existe entre la syphilis héréditaire et ces lésions osseuses.
Note sur un cas de pseudo-paralysie syphilitique terminé par guérison chez une petite fille de deux mois et demi (1).
Communication faite à la Société médicale des hôpitaux (1883)
Par M. Millaud, médecin de l’hôpital Beaujon.
Les cas de pseudo-paralysie syphilitique bien observés, comme celui dontM. Troisier nous a montré les pièces anatomo-pathologiques, sont rares ; on ne les rencontre guère que dans les services spéciaux, dans les crèches ou à l’hospice des Enfants- Assistés. Dans la clientèle civile, ils sont tout à fait exceptionnels et j’ai la conviction qu’ils sont très souvent méconnus.
D’autre part, leur terminaison fatale semble être la règle et on comprend aisément qu’il en doive être ainsi. Il s’agit le plus souvent d’enfants très jeunes (six semaines à trois mois), chétifs, mal nourris, nés de parents qui vivent dans la débauche ou la misère, et chez qui le poison syphilitique exerce rapidement de terribles et irrémédiables ravages.
S’ils sont atteints déjà de signes non douteux de syphilis sur la peau et sur les membranes muqueuses quand survient la pseudo-paralysie, celle-ci est assez facilement reconnue ; elle risque au contraire de passer inaperçue si les manifestations syphilitiques extérieures font défaut et si les antécédents héréditaires sont ignorés ou négligés. Dans tous les cas, que le traitement spécifique intervienne ou non, les enfants, comme les petits malades décrits par MM. Parrol et Troisier, succombent en un temps très court, faute de bonnes conditions hygiéniques ou d’une résistance vitale suffisante.
Je n’ai sans doute pas fait de recherches suffisantes ; mais jusqu’ici je ne crois pas qu’on ait publié un seul cas de pseudo-paralysie, guérie par la médication antisyphilitique.
M. Parrot, que j’ai interrogé sur ce point, n’en a jamais observé qu’à la clinique des Enfanls- Assistés « détestable milieu »,eln’a eu que des insuccès. — Depuis qu’il a organisé la nourricerie, il n’en a pas observé. Deux enfants de sa consultalion gratuite ne se sont pas représentés, mais cela même donne à penser qu’ils ont succombé comme les autres.
(I) M. Parrot a fait allusion à ce cas dans la huitième leçon (page 57).
PSEUDO PARALYSIE SYPHILITIQUE INFANTILE
S’il en est ainsi, le cas de guérison que je désire communiquer à la Société serait unique. 11 esl inédit ou presque inédit, car il est déjà imprimé et doit figurer sous forme d’observation résumée dans le tome II des Recherches cliniques sur les maladies de l'enfance que M. le docteur Roger va publier très prochainement. Mais il mérite, je crois, d’être exposé et analysé dans tous ses détails. Il s’agit d’une petite fille de deux mois, atteinte depuis quelques jours d’une pseudo-paralysie de l’épaule gauche, que nous primes tout d’abord, M. Roger et moi, pour une paralysie spinale infantile (nous n’avions observé l’enfant qu’un seul jour), mais dont la véritable nature fut reconnue dix jours plus tard par l’extension de la pseudo-paralysie au membre supérieur du côté opposé, et qui fut très rapidement améliorée et complètement guérie par l’administration prolongée du sirop de Gibert.
Le 17 mars 1875, j’étais consulté pour une petite fille de deux mois et demi qu’on amenait de province à cause d’une paralysie du bras gauche survenue depuis peu de jours, et sans cause appréciable. L’enfant était sans fièvre, avait assez bonne mine, n’avait pas eu de convulsions et ne présentait sur le corps aucune éruption. Elle était allaitée par sa mère et s’était bien développée jusqu’alors. Le bras gauche pendait inerte le long du corps, et on ne voyait au niveau de l’articulation scapulo-liumérale aucune trace de traumatisme ni d’inflammation. Toutefois, un fait gênait l’examen et l’interprétation des accidents; c’est que l’enfant jetait des cris dés qu’on voulait explorer le membre et la jointure, et il était difficile de démêler si elle était seulement timorée, ou si elle souffrait réellement.
Le père m’avouait confidentiellement qu’il avait contracté la syphilis en novembre 1871 : il avait suivi un traitement très sérieux pendant dix-huit mois, sous la direction du docteur Ricord et de notre regretté collègue le professeur Lasègue. Il se croyait complètement guéri. Tel était également l’avis des deux médecins éminents que je viens de citer, ainsi que de son médecin de la campagne. Ce n’est que sur leurs conseils, avec leur autorisation, qu’il s’était décidé à se marier en avril 1874, deux ans et demi après le début des premiers accidents.
Sa fille était née neuf mois après le mariage, jour pour jour, en janvier 1875, et il élait très tourmenté de la pensée qu’il avait pu lui transmettre un germe funeste dont cette paralysie serait l’expression.
Je crus pouvoir le rassurer en me fondant sur l’absence totale des signes extérieurs et habituels de la syphilis infantile. Je ne croyais pas alors à la possibilité de lésions osseuses comme seules manifestations de la vérole héréditaire. Dans les quatre cas rapportés par M. Parrot dans son célèbre mémoire de 1871, il avait toujours noté la coïncidence de syphilides cutanées ou muqueuses, et c’est seulement plus tard qu’il devait apporter de nouveaux faits démontrant que cette coïncidence n’est pas nécessaire.
Dans ces conditions, en l’absence de tout traumatisme et de toute trace apparente de diathèse, incertain que j'étais si l’enfant souffrait réellement, et malgré la rareté de celte affection dans un âge aussi tendre, je conclus non sans hésitation à une paralysie spinale infantile et crus devoir faire appel à la haute expérience de mon savant maître, M. le docteur Roger. Il partagea mon embarras, examina l’enfant avec un soin des plus minutieux, et malgré les antécédents du père, sur lesquels j'appelais toute son attention, il admit avec moi une paralysie spinale infantile. Toutefois, ce diagnostic ne nous satisfaisait qu’imparfaitemenl. Nous prescrivîmes des vésicatoires promenés autour de l’épaule et l'application ultérieure de l’électricité. Je me reproche aujourd’hui de n’avoir pas employé d’emblée ce dernier moyen (l’application des courants induits) au moins comme élément de diagnostic. On sait en effet que, dans la paralysie spinale infantile vraie, la contractilité électro-faradique est entièrement abolie pour tous les muscles paralysés, tandis qu’elle est conservée dans la pseudo-paralysie spécifique. Cette exploration aurait donc pu déjà suffire à nous mettre en garde contre l’erreur que nous étions en train de commettre. Heureusement, celle-ci ne fut pas de longue durée.
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L’enfant repartit en province avec une consultation détaillée dans laquelle je signalais les points qui nous avaient embarrassés.
Dix jours après, le 27 mars, le médecin de la famille, observateur sensé et sagace, comme on va le voir, m’écrivait :
« Deux petits vésicatoires ont déjà été posés et n’ont produit encore aucune amélio- « talion; cela n’a rien qui doive surprendre. L’unique objet de ma lettre est de vous « parler de certains faits qui peut-être vous éclaireront sur la nature de la maladie. « L’épaule droite , depuis quatre jours, se paralyse comme l’autre. Je suis certain que l’en- « faut souffre quand on louche l’épaule gauche, et surtout quand on imprime au bras « des mouvements d’élévation. Il semble aussi que les muscles cervicaux perdent leur éner- « gie. La petite fille rejette souvent vivement sa tête en arrière, comme s’il fallait des « efforts pour la soutenir... Poinlde tuméfaction des jointures, point d’atrophie desmem- « bres atteints. Lesjnembres inférieurs sont intacts et l’état général bon. Pas de fièvre... »
11 ajoutait les renseignements importants qui suivent :
« Le père vous a dit qu'il avait eu une affection spécifique et que sa femme, à la suite « de signes non équivoques, avait suivi un traitement ad hoc jusque dans les derniers « mois de sa grossesse. Aujourd’hui je constate chez elle une angine qui parait caracté- « ristique et un développement des ganglions cervicaux qui font que je prescris aussitôt u l’iodure de potassium... Supposez-vous qu’il puisse y avoir des rapports entre la para- « lysie de l’enfant et la maladie des parents? »
A coup sûr il y en avait, et il n’était plus permis de les méconnaître. Celte lettre fut pour moi un trait de lumière. Elle me remit en mémoire, pour ainsi dire instantanément, non seulement les belles découvertes de M. Parrot sur les lésions osseuses de la syphilis héréditaire chez les enfants, mais aussi des pièces anatomo-pathologiques absolument démonstratives qui m’avaient été apportées récemment par M. Cuffer, alors mon interne, et qui provenaient d’un enfant envoyé à l’hospice des Enfants-Assistés sans signe apparent de syphilis, après avoir passé par notre service à Lariboisière. (Ces pièces avaient fait l’objet d’une communication de M. Parrot à la Société anatomique, le 26 février 1873.) [Bulletin de la Société anatomique, 1 875, p. 156.) Comment n’avais-je pas établi plus tôt le rapprochement entre tous ces faits et celui de notre petite malade de province? J’étais désolé et n’avais plus qu’une idée, regagner si possible le temps perdu. Aussi, j’envoyai sur-le champ à mon confrère un télégramme pour conseiller l'administration sans retard du sirop de Gibert (une cuillerée à café par jour en deux fois) et des bains de sublimé (50 centigr.).
J’étais sur à l’avance de l’approbation de M. lloger, et, en effet, quand je lui communiquai les nouveaux et précieux renseignements que j’avais reçus, il n’hésita pas à réformer ainsi que moi notre premier diagnostic, et à adopter celui de pseudo-paralysie syphilitique à marche progressive. Il voulut bien aussi approuver le traitement tel que je l’avais indiqué. Commencé dès le 29 mars, ce traitement donna presque immédiatement des résultats décisifs. Au bout de neuf jours, le 7 avril, mon confrère m’écrivait :
« Il y a certainement de l’amélioration. L’état général, jadis à peu près bon, est plus « satisfaisant; la mère et la nourrice le constatent comme moi. L’enfant est plus forte, « plus gaie, elle rit même, ce qu’elle ne faisait pas il y a huit ou dix jours. Elle se tient « mieux ; ses bras, qui étaient pâles et mous, sont beaucoup plus fermes, plus colorés; (( on y voit plus de circulation, plus de vie. Le bras gauche, le premier paralysé, est « toujours inerte, mais on saisit dans l’épaule droite de petits mouvements de latéralité; « pourtant l’élévation n’est pas possible encore. Ajoutez à cela que les mouvements en « tout sens que j’imprime à l’épaule et la pression sur la tète humérale ne provoquent « plus aucune douleur, et vous jugerez probablement qu’il y a une notable amélioration « et que le traitement confirme votre diagnostic. D’ailleurs il est survenu un symptôme « qui me paraît bien significatif, c’est un paquet de ganglions engorgés à la région « cervicale supérieure de chaque côté. Quand on remue la petite fille, elle crie comme « si elle éprouvait une douleur dans la région dorsale ou plutôt lombaire, mais je ne
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« puis préciser le lieu. La pression sur les apophyses épineuses, sur les hanches, les « mouvements des membres inférieurs ne provoquent pas de douleurs.
« La mère nourrit toujours son enfant. Outre l’iodure de potassium, j’ai prescrit
« les pilules de protoiodure (5 centigrammes par jour). Mais le lait diminue; il est « insuffisant et je crains de voir les seins se tarir tout à fait. Dans ce cas l’enfant serait « soumise à l’allaitement artificiel... »
Deux semaines plus tard, le 21 avril, vingt-quatre jours seulement après le début du traitement, le résultat est magnifique, ainsi qu’en témoigne notre confrère dans lalettre suivante :
« Il est impossible aujourd’hui de méconnaître la nature de la maladie de notre petite « malade. Le traitement spécifique a été rigoureusement suivi et le succès est complet. « Le bras droit, le dernier pris, gesticule en tout sens comme un télégraphe. Le bras « gauche, le premier et le plus fortement atteint, exécutait la semaine dernière des « mouvements de plus en plus accentués dans le sens latéral. Maintenant les mouve- « menls d’élévation sont très prononcés, et le progrès est tous lesjours considérable. La « tête se soutient très bien et tourne de tous côtés : aucune douleur. L’enfant est gaie « et son état général bon. On a déjà donné douze bains de sublimé en vingt-quatre « jours; j’ai l’intention d’en donner encoredix. Mais je vous adresse la grande question : « Quand faudra-t-il cesser le traitement? »
Je conseillai de le continuer très longtemps , d’abord sans interruption jusqu’à la fin de mai, puis après deux mois de repos, de le reprendre pendant un mois, et ensuite d'y revenir deux fois par an au moins, au printemps et à l’automne, chaque fois pendant six semaines. Ces conseils furent scrupuleusement suivis jusqu’à l’àge de six ans.
Ils étaient bien nécessaires, car ils n’ont pas empêché l’enfant de présenter très souvent, pendant les deux premières années, des accidents secondaires (plaques muqueuses) à la bouche, surtout à la langue et aux lèvres. Chaque fois le sirop de Gibert en avait promptement raison. Jusqu’à l’àge de deux ans, la dose par jour fut de une cuillerée à café; de deux ans à quatre ans elle fut doublée, et enfin triplée de quatre ans à six ans. Celte dose de trois cuillerées à café par jour ne fut jamais dépassée.
J’ajoute que l’enfant n’a jamais suivi d’autre traitement spécifique. Elle n’a plus repris de bains de sublimé ; mais dans les deux dernières années qui ont précédé sa complète guérison, on lui a fait prendre un nombre assez considérable de bains sulfureux qui ont paru lui faire le plus grand bien. Elle a aujourd’hui huit ans et demi; elle se porte parfaitement, elle est fraîche, vigoureuse et très intelligente.
Voici deux ans et demi qu’elle n’a plus eu le moindre accident et qu’elle ne prend plus aucun remède. A l’exception de la rougeole, elle n’a jamais eu d’autre maladie.
Celte observation ne serait pas complète si je n’ajoutais quelques mots relatifs aux parents. Tous deux, bien entendu, ont été soumis, en même temps que leur petite fille, à un traitement spécifique et il est à noter que le père affirme n’avoir jamais remarqué sur lui depuis son mariage la moindre trace de syphilis, malgré les accidents incontestables signalés chez la mère.
Deux autres enfants sont nés depuis cette époque ; l’un âgé aujourd’hui de cinq ans. l’autre de douze mois seulement.
Ils sont l’un et l’autre très bien portants, très forts et n’ont jamais eu le moindre accident. La mère jouit actuellement, comme son mari, d’une santé admirable.
Ce fait intéressant, et dont vous me pardonnerez, j’espère, l’exposition un peu longue, prêterait assurément à beaucoup de considérations au sujet de la syphilis en général. Je me bornerai à indiquer les points suivants :
1° La transmission de la syphilis à la mère et à l’enfant dès la première fécondation, malgré le traitement très long et très complet suivi par le père et bien que ce dernier n’ait jamais plus présenté depuis le mariage aucune trace de la maladie;
2° L’insidiosité et l’apparition rapide de la pseudo-paralysie chez l’enfant qui avait les ParhOt. — Syphilis héréditaire. 20
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apparences de la santé et n’offrait également aucun des signes extérieurs de la syphilis héréditaire ;
3° L’erreur de diagnostic qui en est résultée et qui certainement aurait pu être évitée;
4° La nécessitéd’un traitement très long, de plusieurs années, pour les parents, comme pour les enfants contaminés ;
5° L’efficacité du sirop de Gibert que j’avais choisi parce qu'il réunit les heureux effets des mercuriaux et del’iodure de potassium;
6° Enfin, la tolérance parfaite avec laquelle il fut constamment supporté par la petite malade, à doses assez élevées, pendant six ans.
La guérison doit être attribuée aussi en grande partie à la vigueur de l’enfant, aux soins éclairés et persévérants qu’elle a reçus presque immédiatement et à l’ensemble des conditions excellentes dans lesquelles elle se trouvait placée dans une confortable habitation en pleine campagne.
L’honneur de cette belle cure, qui a non seulement sauvé la vie de la petite malade, mais assuré la santé de toute une famille, revient tout entier à mon éminent ami le professeur Parrot. C’est grâce à ses travaux que le diagnostic a pu être redressé à temps. Ce fait est donc des plus instructifs et des plus encourageants et il me paraît apporter, au point de vue clinique et thérapeutique, une confirmation éclatante des remarquables découvertes par lesquelles le savant médecin des Enfants-Assistés a enrichi et éclairé l’histoire de la syphilis osseuse héréditaire (1).
(1) A la séance suivante, M. Roques communiqua à la Société médicale des hôpitaux un second cas de guérison de pseudo-paralysie syphilitique infantile, et récemment M. Dreyfous a publié sur cette affection, qu’il désigne sous le nom de maladie de Parrot, un mémoire intéressant qui contient la relation de plusieurs cas de guérison, dont l'un a été observé par luimême. ( Revue de médecine , 1885, p. 562) (T.).