SEPTIÈME LEÇON
Alopécie. — Faciès. — Adénopathie. — Hypertrophie de la rate. — Troubles digestifs. — Anémie.
Parmi les maaifestalions de la syphilis héréditaire, il faut placer Valopêcie, due tantôt à ce que les cheveux sont tombés, tantôt et le plus souvent, à ce qu'ils n'ont pas poussé. Rarement totale, elle est presque toujours limitée aux régions postérieure et latérales du cuir chevelu; se présentant, dans ce dernier cas, sous forme de bandes chauves.
Les cheveux sont décolorés, courts et lanugineux; çà et là on en voit qui sont plus longs et qui ont toutes les apparences de l'état normal. Cher quelques malades le crâne est couvert d'un duvet soyeux, très inégalement distribué à sa surface.
M. Th. Barlow dit qu'il faut différencier cette alopécie de celle qui existe à la région sous-occipitale, chez les sujets débiles qui ont des sueurs profuses. Il ajoute que, chez tous ces enfants, les sourcils sont clairsemés et même qu'ils manquent parfois complètement. Je n'ai jamais constaté ce dernier fait.
On a beaucoup parlé du faciès des syphilitiques et d'un cachet toujours reconnaissalile que la maladie mettrait sur ceux qu'elle possède. Cela est vrai, mais non en dehors des affections cutanées que je vous ai fait connaître.
Ce qui donne l'habitude, la physionomie syphilitique, c'est : la calvitie, les lèvres fissurées et froncées, le masque de plaques, d'ulcères suintants, de croûtes, qui fait disparaître les traits de ceux dont il couvre la face.
Quanta la sénilité précoce des nouveau-nés, que la plupart des auteurs, se répétant, donnent pour caractéristique de la syphilis, je vous affirme qu'elle n'est pas propre à cette maladie. Tous les enfants atteints de cachexie nt de maigreur, quelle qu'en soit la cause, ont l'apparence de petits vieillards. Ceux en proie à la syphilis peuvent naître ou devenir
ÉTUDE CLINIQUE
faibles, maigres, ridés, plissés; mais combien d'autres enfants non syphilitiques le deviennent aussi, sans que rien les distingue des premiers!
La cachexie syphilitique ne présente donc rien de spécial. C'est que la syphilis n'agit pas autrement que toutes les autres causes débilitantes, c'est-à-dire en affaiblissant l'activité nutritive. D'ailleurs elle ne se produit et surtout ne s'accentue que chez les enfants très jeunes; quand la maladie s'est manifestée tardivement, quand les sujets ont dépassé six mois, leur nutrition est moins impressionnée par l'influence diathésique (1).
Si beaucoup d'enfants sont atteints dans leur nutrition par la syphilis, il en est un certain nombre qui lui résistent et qui ne cessent de présenter tous les attributs de la santé la plus parfaite.
Contrairement à ce que l'on observe chez l'adulte, \ adénopathie syphilitique est rare chez les enfants du premier âge. Ce fait a frappé tous les observateurs, ceux qui avaient précédé Berlin et ceux qui l'ont suivi (2).
Les ganglions atteints sont, par ordre de fréquence : les inguinaux, les axîUaires et les cervico-maxillaires ; contrairement à l'opinion de Bertin, l'on peut dire que l'adéuopathie inguinale est de beaucoup la plus fréquente, ce qui n'a rien de surprenant, puisque les lésions cutanées ont une prédilectioQ incontestable pour les membres inférieurs.
Ils se présentent généralement en pléiade. Leur volume varie depuis celui d'un gros pois jusqu'à celui d'une noisette. Le plus souvent on ne les découvre que par le toucher; d'autres fois ils font une saillie assez notable pour être vus. Ils sont durs, mais élastiques, mobiles et glissent
(1) M. Parrot est revenu longuemect sur \e, faciès k propos du diagnostic de la syphilis héréditaire.
(2) Voici ce qne l'on trouve sur ce sujet dans un mémoire de M. Parrot sur V Adénopathie lopoqraphique de la région céphalo-cervicale chez les enfants (in Revue de médecine, 1883, p. 241) . n Chez les jeunes enfants, après l'impétigo, les éruptions qui sont le plus communes et qui provoquent le plus sîremeut l'irritation des ganglions lymphatiques sont sous la dépendance de la syphilis, héréditaire ou acquise.
« Aucun point de la face n'est à l'abri des manifestations cutanées de la syphilis héréditaire: mais c'est particulièrement au pourtour des orifices qu'elles apparaissent... Eh bien! fait très inattendu, dans ces cas, même lorsque le mal est très accentué, on n'observe qu'un léger degré d'adénopathie. J'insiste sur cette particularité parce que les choses se passent tout autrement dans la syphilis acquise; et, comme dans le jeune âge, il est souvent fort difficile, sinon impossible, d'après les lésions de la peau ou des muqueuses, de déitîrminer si le mal est héréditaire ou bien s il est contracté après la naissance, la réaction des ganglions lymphatiques, très fiitTérents dans les deux cas, doit toujours intervenir comme un signe dillérenliel d'une grande valeur....
« D'après ce que je viens de dire, l'on comprend que je ne puisse admettre ce que dit M. 'Warringlon Ilaward [Arch. gén. de méd-, 1878, t. I, p. 220) de l'hypertrophie dos ganglions lymphatiques dans la syphilis héréditaire. Cet auteur pense que les cervic lux postérieurs et ceux de l'aine sont communément atteints... J'afûrme que la lésion des premiers est tout à fait exceptionnelle, môme lorsque le tégument céphalique présente de graves lésions, »