‹ La syphilis héréditaire tardiveChapitre 13 sur 103 · DIFFORMITÉS OSSEUSES · texte numérisé non relu

DIFFORMITÉS OSSEUSES

que réalise si IVéquemmenL la syphilis liérodilairo, cl dont l'étudo nous arrêtera longuement dans un chapitre ultérieur. Aussi comportent-elles, au point de vue du diagnostic rétrospectif qui nous occupe actuellement, une signification de la plus haute valeur.

II. — Indépendamment de ces lésions partielles, limitées ù un segment d'os, le squelette des sujets affectés de syphilis héréditaire peut présenter des lésions d'ensemble portant sur tout un os, voire sur une famille d'os similaires (côtes ou vertèbres, par exemple).

C'est ainsi qu'on rencontre assez fréquemment chez les malades en question telle ou telle des lésions suivantes :

1° Incitrvation des os des membres, et plus spécialement des membres pelviens : cuisses convexes en avant, tibias arqués, etc. ;

2' Déformation du thorax, qui se présente d'une part déprimé sur les parties latérales, et d'autre part saillant « en carène », saillant en « poitrine de pigeon », au niveau de la région sternale ;

3" Déviations rachidiennes pouvant aller jusqu'à la gibbosité. — Cette dernière malformation est beaucoup plus rare que la précédente, mais incontestable néanmoins. J'ai dans mes notes plusieurs cas relatifs à des enfants hérédo-syphilitiques qui ont été affectés de déviations diverses de la colonne vertébrale, et dont quelques-uns même sont devenus bossus. Exemple :

Je connais de vieille date une famille dont voici l'histoire en deux mots. Le mari a contracté la syphilis et l'a communiquée à sa femme. Une première grossesse, survenue peu de temps après l'mfection de la mère, s'est terminée, comme je m'y attendais, par une fausse couche. Une seconde a amené un enfant syphilitique, qui n'a jamais été que très irrégulièrement traité, quoi que j'aie pu dire ou faire. Or, cet enfanta commencé, vers l'âge de cinq ans et demi, à être affecté d'une déviation de la taille qui n'a fait que s'accentuer davantage depuis lors ; aujourd'hui, c'est un bossu.

FouHNiEn.

QUESTION DU HACHITISME DANS SES HAPPOUTS AVEC LA SYPHILIS HÉRÉDITAIRE. — DOCÏRINE DE M. PAUUOT.

Une question intéressante et majeure se pose incidemment.

Il est bien manifeste que plusieurs des difformités osseuses dont je viens de vous entretenir reproduisent exactement, trait pour trait, les altérations usuellement rattachées au rachitisme.

Est-ce donc que le rachitisme aurait quelque connexion, quelque parenté avec la syphilis ?

La question, certes, n'est pas neuve. De vieille date, nombre d'auteurs ont soupçonné ou affirmé une relation de causalité, voire de nature, entre le rachitisme et la syphilis. A n'en citer qu'un seul, Astruc, au siècle dernier, écrivait ceci : «... S'ils vivent, les enfants issus de parents syphilitiques sont écrouelleux, petits, rachiticiues , bossus; ils ont de grosses articulations, de grosses têtes, des nez écrasés, des yamées crocA«e5, tournées en dehors ou en dedans ; ils sont estropiés, tortus, contrefaits en différentesmamèrcs,etc... (1) »

Mais il faut reconnaître que jamais la question n'a été ni aussi scientifiquement posée ni aussi formellement résolue qu'elle vient de l'être de nos jours. Vous avez tous compris que je fais allusion en ce moment aux beaux travaux de mon collègue le professeur Parrot.

Elle n'a jamais été, disais-je, aussi scientifiquement posée; car c'est sur des milliers d'observations et des centaines d'autopsies que M. Parrot a établi ses conclusions (2).

Elle n'a jamais été aussi formellement résolue, j'entends d'une façon aussi catégorique et absolue; car personne jusqu'alors n'avait osé renier le rachitisme en tant qu'espèce morbide, pour le transformer en une simple variété de manifestation syphili-

(i) Trad. franc, 1743, t. IV, p. 122. CarPite ,2 V. Bullelm^de la Société de chirurgie, séance du 21 fév. 1.83., f- '^^'''^^^

médic. 1874, n- U.- Progrès médical, 1881. - Congrès internalional des Sciences

médicales, tenu à Londres, 1881, etc., elc.

QUESTION DU RACHITISME. gi

lique. Et telle est la doctrine récemmenl formulée par M. Parrot. Pour cet éminoiit médecin, en elï'et, le racliitismc ne serait qu'un dérivé de la syphilis : un mode d'expression de la syphilis héréditaire vers la deuxième année de V existence.

A la vérité, cette doctrine, bien que présentée et soutenue avec un rare talent ; bien qu'étayée de pièces anatomiques extrêmement nombreuses, n'a reçu jusqu'ici qu'un froid accueil. Pour quelques adhésions qu'elle a pu rallier, elle a soulevé des oppositions bien autrement multiples. Elle a même été vivement attaquée, combattue, voire sévèrement jugée par quelques-uns de nos confrères, compatriotes ou étrangers.

Qu'on ne l'accepte que sous bénéfice d'inventaire ; qu'on se tienne même en défiance contre elle, cela, je le conçois et l'admets. Rien de plus légitime, car le doute, la critique et le contrôle sont les éléments de toute conviction scientifique et de tout progrès. Mais que dès aujourd'hui on puisse se croire autorisé à renier cette doctrine, à la jeter par-dessus bord, à la condamner d'une façon absolue et définitive, ainsi que l'ont fait certains médecins, cela je ne puis ni l'accepter ni le comprendre. A un savant tel que M. Parrot, venant produire le résultat de longues études cliniques et d'innombrables nécropsies, il ne convient de répondre, à mon sens, que par des arguments de même ordre. Or, des arguments de cet ordre ne s'improvisent pas dans une discussion; ils réclament de longues séances dans les salles d'hôpital et devant la table d'amphithéâtre. Personne de nous, que je sache au moins, ne serait en mesure aujourd'hui d'opposer à M. Parrot un contingent de faits cliniques ou anatomiques égal à celui qu'il a produit. Donc, un jugement définitif sur la théorie de notre collègue ne saurait être actuellement prononcé, ni dans un sens ni dansiFautrc. Ce jugement, il faut le différer. Il sera l'œuvre du temps et d'études ultérieures.

Cela dit, n'allez pas croire cependant. Messieurs, que toutreste à l'état d'incertitude ou d'hypothèse dans la question des rapports du rachitisme et de la syphilis héréditaire. Ce serait là une erreur.

Il est, en effet, dans cette question deux points absolument

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distincts, qu'on a grand toit de confondre et déjuger solidaires, à savoir : un point de fait et un point de doctrine.

Le point de fait, le voici : Oui ou non, observe-t-on le raclatimie avec un incontestable de^/ré de fréquence chez les sujets atteints

de syphilis héréditaire ?

Le point de doctrine, tout au contraire, estcelui-ci : Le rachitisme est-il une lésion syphilitique, ou bien n'est-il qu'une conséquence indirecte, banale, de Vhérédité syphilitique?

Au simple énoncé de ces deux propositions, déjà vous les avez jugées absolument différentes.

Or, des deux points qui composent ainsi la question, il en est un sur lequel dès aujourd'hui nous sommes absolument fixés, sur lequel, je puis le dire, la science est faite. C'est le premier.

Oui, incontestablement oui, au-dessus de toute discussion possible, le rachitisme se rencontre avec une fréquence considérable sur les sujets affectés de syphilis héréditaire. Et même cette fréquence est telle qu'elle devient significative par elle seule, et qu'elle atteste d'une façon évidente une relation de cause à effet entre la syphilis et le rachitisme.

Cela ressort de l'observation de nos devanciers et de la nôtre. Quantité d'auteurs, anciens, modernes ou contemporains, ont signalé le rachitisme en relation avec la syphilis héréditaire. M Parrot n'a fait qu'achever — il le dit lui-même — la démonstration sur ce point. Et pour ma part, avant de connaître les résultats de mon collègue, j'avais déjà constaté tant et tant de fois le rachitisme en coïncidence avec la syphilis héréditaire, que je n'hésitais pas, de vieille date déjà (dans mes leçons de Lourcine, par exemple), à affirmer une connexion étroite entre ces deux maladies.

De cela, d'ailleurs, vous avez vu dans nos salles de très nombreux exemples. Rappelez-vous, entre autres cas de ce genre, le dernier qui s'est présenté à notre observation. Il y a quelques jours,unefemmesyphilitique nous ameiiaitici sesdeux enfants : l'aîné, âgé de quatre ans, offrait un type accomphdc rachitisme; le plus jeune, âgé de quelques mois, était couvert de syphilides. Autre cas identique, celui-ci emprunté à ma pratique de

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