‹ La syphilis héréditaire tardiveChapitre 17 sur 103 · LÉSIONS OCULAIRES · texte numérisé non relu

LÉSIONS OCULAIRES

Voilà ce qu'on appelle la triade d'Hittchinson. Venons maintenant aux détails, en étudiant les trois termes qui la composent.

0" Lésions oculaires.

L'examen des yeux fournit assez souvent de précieux témoignages au diagnostic de la syphilis héréditaire, en révélant des stigmates évidents d'ophthalmies antérieures de sièg-es variés.

C'est donc un précepte formel, absolu, que d'interroger avec un soin minutieux l'état des fonctions oculaires dans tous les cas 011 le soupçon d'une hérédité spécifique se présente à vérifier.

Voici, en elFet, ce que vous pourrez rencontrer : L — Tout d'abord, comme renseig-nements d'anamnèse, des antécédents de jMegmasies ocidaires; — et de phlegmasies oculaires le plus souvent (je ne dis pas toujours) importantes, intenses, sévères; — de phlegmasies oculaires ayant le plus habituellement affecté les deux yeux, non pas d'emblée, mais d'une façon successive; — ayant duré long-temps; — ayant souvent déterminé une cécité complète (remarquez bien ceci) pour un espace de quelques mois ; — enfin n'ayant jamais guéri que d'une façon lente.

il. — Puis, comme stigmates posthumes de ces lésions : Soit, du côté de la cornée, des modifications survenues dans la transparence de cette membrane et s'attcstant sous forme de néphélions, à'albugos ou de leucomes;

Soit, vers l'iris, des vestiges de phlegmasies se traduisant par telle ou telle des particularités suivantes : synécliies; — déformations variables de la pupille ; — immobilisation, à des degrés divers, du cercle pupillaire, qui ne se dilate plus qu'irrégulièrement et incomplètement sous l'influence de l'atropine ; — dépôts pseudo-membraneux, opalins, blanchâtres, dans le champ pupillaire, etc. ;

FOUIlNIEfl. ;J

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Soil, enfin (mais au litre de lésions infmimenl plus rares), des taches' d'atrophie choroïdienno ; — des atrophies papillaires; — voire, très exceptionnellement, une variété de cataracte décrite sous le nom de cataiacte zonulaire.

Toutes ces lésions, que je me horne à énoncer pour l'instant, mais que plus tard nous étudierons en détail, sont des vestiges, des reliquats de plilegmasies oculaires d'une époque antérieure. Ce qui en fait l'intérêt et la valeur au point de vue du diagnostic rétrospectif, c'est qu'elles attestent dans le passé des états morbides qui sont précisément ceux par lesquels se traduit le plus volontiers l'influence héréditaire de la syphilis. Et, en cflet, j'aurai bientôt à vous dire, d'une part, que les phlegmasies oculaires constituent un ordre de manifestations des plus communes chez les malades en question, et, d'autre part, que, parmi ces phlegmasies oculaires, il en est deux qui sont d'observation particulièrement fréquente, à savoir :

En première ligne, une variété de kératite dite kératite interstitielle diffuse ; — et, en seconde ligne, mais àlongue distance numérique, Yiritis.

Il est donc, je le répète, essentiel, indispensable, de rechercher dans tous les cas ces stigmates d'afl'ections oculaires.

Et j'ajouterai : il ne faut pas se contenter, pour cette recherche, de la simple inspection de la cornée et de l'iris ; il faut examiner ces membranes à la loujje et avec le secours de l'éclmrage oblique; car il est des lésions cornéennes ou iriennes que révèle seul dernier mode d'exploration.

Inutile d'ajouter que l'examen ophthalmoscopique est également de toute rigueur, bien que les lésions des membranes oculaires profondes soient relativement assez rares.

7° Lésions et troubles de l'ougane auditif.

De même certaines lésions et, bien plus souvent encore, tains troubles de l'ouïe peuvent concourir utilement au diag:

SURDITÉ IIÉRÉDO-SYPHILITIQUE. 67

tic rétrospectif que nous étudions. Et cela, toujours pour la, même raison : parce que ces lésions ou ces troubles sont des accidents communs de la syphilis héréditaire.

Ce que vous aurez à rechercher en l'espèce est ceci :

1° Comme antécédents :

Ou bien écoulements purulents do l'oreille, avec accidents divers d'otite moyenne suppurative ;

Ou bien accidents de surdité survenus sans écoulement de l'oreille.

2° Comme signes actuels :

Ou bien altérations diverses du tympan, telles que perforation ; — cicatrices consécutives à des perforations; — altérations variées de cette membrane, destructions partielles, voire destruction absolue ;

Ou bien état de surdité incomplète ou complète, alTectant une oreille ou les deux oreilles, et non explicable par aucune lésion apparente.

Quelques détails à propos de ce dernier symptôme, d'importance évidemment majeure.

La surdité hérédo-syphilitique, dont j'aurai plus tard à vous parler longuement, n'offre, à coup sur, rien de spécial en tant que symptômes; car il n'est pas plusieurs façons d'être sourd, pas plus qu'il n'existe plusieurs façons d'être paralysé ou aveugle. Mais, quand on l'analyse en détail, on y reconnaît plusieurs particularités des plus frappantes qui lui impriment un cachet spécial, presque pathognomonique. Vous allez en juger.

r C'est, d'abord, une surdité qui se produit sans le cortège des accidents locaux ou généraux qui accompagnent usuellement les otites vulgaires ;

2" C'est une surdité brusque d'invasion, hâtivement progressive, s'établissant et se confirmant avec une rapidité vraiment extraordinaire;

3° C'est une surdité qui atteint à bref délai une intensité considérable, qu'elle conserve définitivement ;

4° Enfin, c'est une surdité sans lésions appréciables.

Les sujets qui sont frappés de la sorte par la syphilis hérédiT

taire deviennont sourds d'une façon qu'à nouveau je qualiflcrai à' extraordinaire. Ainsi :

Ils deviennent sourds sans soutîrance, sans écoulement de l'oreille, sans inflammation locale, sans réaction, à froid, si je puis ainsi parler ; — ils deviennent sourds sans raison, j'entends sans altérations anatomiques perceptibles cà l'otoscope ; — ils deviennent sourds à un degré excessif, au point de n'entendre presque plus rien ou même de ne plus rien entendre du tout, et cela d'une façon destinée à rester permanente, et cela dans un espace de temps incroyablement court, c'est-à-dire en quelques mois, en un mois, en trois semaines!

C'est vraiment inimaginable. On n'y croirait pas. Il faut en avoir été témoin par soi-même pour y croire.

Pour vous, messieurs, votre conviction doit être faite en l'espèce par le triste exemple qui s'est produit récemment dans nos salles. Un jeune enfant, fils de parents syphilitiques et syphilitique lui-même , ayant déjà perdu une oreille l'année dernière, est devenu, sous nos yeux, sourd, absolument sourd de son autre oreille en l'espace de quelques semaines. Il est tellement sourd aujourd'hui que nous ne parvenons plus à communiquer avec lui que par le secours de l'écriture. Or, il n'a jamais souffert des oreilles; il n'a jamais présenté le moindre écoulement par les conduits auditifs ; et l'examen otoscopique ne révèle sur lui aucune lésion.

8° Malformations dentaires.

Il est fréquent, mais non pas constant, que l'influence héréditaire de la syphilis s'exerce sur le système dentaire et s'y traduise par des lésions diverses. En d'autres termes, il s'en faut que tous les sujets affectés de syphilis héréditaire présentent les malformations dentaires que nous allons décrire, mais il en est bon nombre sur lesquels on les rencontre (1).

(1) 11 serait encore impossiLle, je crois, de déterminer par une statistique rigoureuse le degré de fréquence de ces lésions dans la syphilis héréditaire. J ai essaye

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