MALFORMATIONS DENTAIRES
L'examen du système dentaire constitue donc un élément du diagnostic rétrospectif de la syphilis héréditaire.
Je dirai mémo, et sans crainte d'exagération, qu'il en constitue un élément important au premier chef. Nombreux, très nombreux déjà sont les cas où la syphilis héréditaire a été suspectée, recherchée, puis reconnue de parune indicalionpremière fournie par l'état do la dentition. De cela, en vérité, les exemples ne sont pas à citer, tant ils abondent dans la science. Et il est même des cas où la syphilis héréditaire a pu, pour le plus grand bien des malades, être diagnostiquée, traitée et guérie de par le seul, l'unique indice de ces malformations dentaires. Telle est entre autres une curieuse observation de Paget que je vous résumerai en deux mots :
Une jeune fille était affectée d'une lésion grave du nez que l'on avait tout d'abord considérée comme un lupus et traitée comme telle. Paget examine la malade et est frappé de trouver sur elle des malformations dentaires de l'ordre de celles qui se rattachent usuellement k la syphilis héréditaire. Rien autre cependant — notez bien ceci, messieurs, — rien autre ne permettait de soupçonner la syphilis sur cotte jeune fille. N'importe. Sur la seule donnée des malformations dentaires on se décide à tenter un traitement antisyphilitique. Qu'arrive-t-il? C'est que le prétendu lupus guérit alors en six semaines (1) !
Au surplus, je n'ai rien à vous apprendre sur l'intérêt qui se rattache à cette (( question des dents syphilitiques », comme on l'appelle actuellement. Vous êtes pleinement renseignés à cet égard par l'agitation scientifique qui s'est faite autour d'elle dans ces derniers temps, par le retentissement qu'elle a eu dans la presse, par les polémiques auxquelles elle a donné lieu. Donc, sans autre préambule, j'entrerai au cœur môme du sujet.
d établir une statistique de ce genre ; mais j'ai dû, après expérience, y renoncer au moins provisoirement, et voici pourquoi. Dans un grand nombre d'observations de syphi 18 héréditaire tardive, il n'est pas fait mention de l'état des dents ur, l absence de renseignements sur ce point slgnifle-t-elle que les dents ne présentaient rien d anormal, ou bien que l'observateur n'a pas porté sou attention sur cette panicularité? Question insoluble. (1) V. The médical Times and Gazette, 18GÎ, t. I, p. 309.
Comment se Lracluit l'influence héréditaire de la syphilis sur
le système dentaire?
De deux façons ; — de deux façons, à la vérité, très inégales de l'une c\ l'autre comme importance diagnostique, à savoir ;
r Par un retard d'évolution;
T Par des arrêts de développement et des modificatiom de structure, origine de malformations consécutives.
Quelques mots suffiront sur le premier mode. Le second au contraire nous arrêtera longuement.
L'influence héréditaire de la syphilis apporte parfois un retard plus ou moins notable dans l'évolution dentaire.
C'est là, du reste, une particularité connue do vieille date. Déjà, au siècle dernier, Sanchez signalait la dentition tardive des enfants nés avec la vérole. Le même fait a été remarqué depuis lors par nombre d'auteurs, notamment, de nos jours, par un spécialiste des plus compétents, M. le D' Magitot.
Pour ma part, j'ai dans mes notes plusieurs cas relatifs à des enfants syphilitiques qui n'ont commencé à « percer leurs premières dents », suivant l'expression consacrée, que vers dix, douze, quatorze et quinze mois.
Ce retard d'évolution est le plus souvent général, c'est-à-dire intéresse également tout le système dentaire. On l'a vu cependant se localiser sur un seul groupe de dents, les incisives par
exemple. ■ .
On le trouve signalé surtout, dans les observations que 3 ai pu consulter à ce sujet, relativement à la première dentition. Quelques cas néanmoins démontrent qu'un retard semblable peut affecter l'issue des dents permanentes.
Jusqu'ici rien de bien extraordinaire. Mais ce retard d'évolution peut dépasser les limites précédentes et s'exagérer dans des proportions vraiment considérables, qui deviennent alors extraordinaires. C'est ainsi que Dcmarquay a relaté l'observation d'un enfant syphilitique qui, à l'âge de quatre ans, n'avait