RETARD DE L'ÉVOLUTION DENTAIRE
pas encore une seule dent, et qui de plus (particulariLé connexe des plus curieuses et des plus significatives au point de vue de la patliog énie) ne marchait pas encore (1).
M. Lancereaux a signalé de même un « véritable arrêt de développement de la dentition » sur un enfant syphilitique à la fois microcéphale, idiot et épilcptique. A l'Age de douze ans, « les incisives latérales et les canines étaient à peine sorties de leurs alvéoles (2). »
Ce retard de l'évolution dentaire n'est qu'une expression localisée d'un fait plus général sur lequel j'ai déjà appelé votre attention dans ce qui précède, à savoir : le retard du développement phi/sique chez les sujets affectés de syphilis héréditaire. Fort souvent, vous ai-je dit, l'évolution de l'individu, ce qu'on appelle vulgairement la croissance^ ne se fait qu'avec lenteur, comme aussi d'une façon incomplète, chez les enfants syphilitiques. Donc, rien d'étonnant à ce que le système dentaire participe à cette disposition totale de tout l'être.
Certes, cette particularité d'évolution du système dentaire est curieuse en soi, et peut même avoir quelque intérêt à titre de renseignement rétrospectif. Mais vous concevez sans peine qu'elle ne saurait apporter qu'un faible appoint au diagnostic. Bornons-nous donc à la signaler sans y insister davantage.
Il n'en est pas de même d'autres arrêts de développement qui se traduisent sur les dents d'une façon bien plus significative et qui vont nous offrir des éléments précieux de diagnostic.
En second lieu, l'hérédité syphilitique importe des troubles nombreux dans la constitution du système dentaire. Ces troubles sont de divers genres.
Pour la commodité de l'étude et la facilité du souvenir, ils
(1) Bulletins de la Soc. de chirurgie, 1871.
(2) Traité de la syphilis, 2' éd., p. Wî.
peuvent être distribués eu quatre groupes principaux, de la façon suivante :
I. Érosions dentaires. (Nous verrons dans un instant ce qu'il convient d'entendre par ce mot.)
II. — Microdonlisme, constitué par la petitesse, la réduction au-dessous de la moyenne physiologique du volume, delà tailli' (passez-moi l'expression) de certaines dents.
m. — Amorpidsme dentaire, caractérisé par ce fait que telles ou telles dents perdent plus ou moins les attributs de leur espèce propre, du type auquel elles appartiennent.
lY. — Vulnérabilité du sijstème dentaire, devenu plus accessible aux causes d'attrition, de désorganisation, de destruction, qui s'exercent sur lui ; c'est-à-dire, en d'autres termes, usure rapide, altération facile et caducité précoce de certaines dents.
Ajoutez cà ces quatre chefs principaux quelques particularités d'ordre plus rare (telles que, par exemple, irrégularités d'implantation, anomalies de disposition réciproque, etc.), et vous aurez le programme à peu près complet qui va s'imposer à notre étude.
C'est aux dents affectées suivant tel ou tel des modes qui précèdent qu'on donne actuellement le nom de dents syphilitiques.
Dents syphilitiques, soit! Acceptons, tout incorrecte qu'elle puisse être, cette dénomination, puisque déjà l'usage l'a consacrée. Mais ne l'acceptons qu'en l'expliquant, qu'en spécifiant bien ce que pour nous désignera ce terme.
On pourrait croire qu'à l'instar de ce qu'on appelle le testicule syphilitique, le foie ou le rein syphilitique, la « dent syphilitique » doive être une dent qui, normalement constituée à l'origine et issue des gencives à l'état sain, vient à être affectée, lésée plus tard par la syphilis d'une certaine façon. Il n'en est rien.
Ce que désigne, au contraire, ce terme de dent syphilitique, c'est une malformation dentaire congéniale, dérivant d'une influence syphilitique.