‹ La syphilis héréditaire tardiveChapitre 24 sur 103 · I. — Commençons par les molaires · texte numérisé non relu

I. — Commençons par les molaires

Un point essentiel doit être spécifié tout d'abord. Dans l'ordre des molaires, il n'est qu'une seule dent sur laquelle se traduise l'influence liérédo-syphili tique : c'est \Q.j)remière grosse molaire. — Bornons-nous pour l'instant à énoncer ce fait, dont l'interprétation nous occupera plus tard.

La malformation consiste ici en une véritable atropbie du sommet de la dent [atroiMe cuspidienne de Parrot).

Le corps de la dent, dans les deux tiers ou les trois quarts de sa hauteur, se présente normalement constitué. Mais son

y 7 bis

Fig. 7 et 7 bis. — Atrophie cuspidienne.

segment supérieur, au contraire, est amoindri dans tous ses diamètres, comme atrophié, comme rongé. De plus, séparé du segment inférieur par une rigole circulaire, il paraît comme enchâssé dans celui-ci. Si bien qu'à première vue on dirait une dent plus petite sortant d'une dent plus grande, ou bien encore « un moignon d'ivoire émergeant d'une couronne normale » (Magitot).

ATROPHIE CUSPIDIENNE.

Si l'on examine les choses de plus près, on remarque que la surface triturante tic la dent est complètementmodifiéc d'aspect. Au lieu d'être lisse, unie, gracieusement divisée en une série de mamelons ou cuspidcs que séparent des sillons ondulés, elle se présente absolument irrégulière, hérissée d'éminences rugueuses, coniques, acuminées ou grenues (Voy. fig\ 7), creusée d'anfractuosités plus ou moins profondes dont quelques-unes pénètrent jusqu'à l'ivoire, voire « bouleversée d'aspect », comme l'a dit un auteur anglais. En outre, cette surface, au lieu de la coloration nacrée, d'un blanc laiteux, qui est propre à la dent normale, offre une teinte jaunâtre ou brune, sale, sordide.

¥ig. 8. — Variété d'atrophie cuspidienne à uiamelons coniques, acumiués.

Cet aspect est celui de la lésion jeune, telle qu'on l'observe dans l'enfance ou l'adolescence. Mais bientôt il se modifie et, avec les années, se transforme même du tout au tout. Sous l'influence des frottements et de la trituration alimentaire, le moignon supérieur de la dent, d'ailleurs vicieusement constitué et partiellement dépourvu d'émail, ne tarde pas à s'user, à s'égrener, à s'émietter, à se détruire par parcelles. Finalement il disparaît. Reste alors une dent doublement remarquable : 1° en ce qu'elle est notablement raccourcie, raccourcie de ce qu'elle a perdu ; — 2° en ce qu'elle se termine par une surface absolument plane, par un plateau véritable, à centre jaunâtre et à bourrelet périphérique d'émail blanc.

Notez bien. Messieurs, ce dernier aspect. Car la dent courte et en plateau lisse dont je viens de vous parler ne laisse pas, en ce qui nous concerne, d'avoir une signification diagnostique de haute valeur.

II. — Sur les canines, l'érosion de l'extrémité libre se traduit par telle ou telle des deux variétés suivantes :

r Ou bien une simple brèche du sommet, en forme de V, comparable à l'entaillure que font sur un morceau de bois deux coups de canif convergents ;

86 SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDlVIil.

2" Ou bien une vcrilablc atropliic de l'cxlrémité libre, qui subit une forte échancrurc circulaire et se réduit à un tronçon

9 9 bis

Fig. 9 Qt 9 bis. — Atrophie du sommet de la canine.

exigu, conique, ou à un petit chapiteau grenu, lequel semble enchâssé dans le corps de la dent et « comme emmanché dans une virole cylindrique » (Parrot).

Cette seconde variété est de beaucoup la plus commune.

m. — Sur les incisives, les variétés sont plus nombreuses. Il faut pour le moins en distinguer cinq. C'est beaucoup, à coup sùr; mais rassurez-vous, Messieurs, car ces variétés sont des plus simples, et, pour la plupart, quelques mots suffiront à les caractériser.

r Une première est constituée par une brèche angulaire, identique à celle que je vous décrivais il n'y a qu'un instant à propos des canines. C'est une entaille plus ou moins irrégulière, entamant le bord libre de la dent.

2° Une seconde consiste dans la dentelure du bord libre, qui se trouve formée d'une série de petites saillies acuminées, séparées les unes des autres par un nombre correspondant de sillons. C'est là ce qu'on appelle la dent en scie.

3° Une troisième est caractérisée par Y amincissement atrophique du bord libre, avec aplatissement antéro-postérieur.

Supposez qu'une dent en cire soit comprimée et aplatie à son extrémité libre par les mors d'une pince, et vous aurez la représentation exacte de ce qu'est la variété en question. Le sommet de la dent affectée de la sorte se présente diminué d'épaisseur, aminci, aplati d'avant en arrière, quelquefois même réduit à une simple lamelle. Il est de plus inégal, irrcgulier, rugueux, semé de rainures transverses ou verticales. Enfin, il est modifié

DENT D'IIUÏCUINSON. 87

de leinte, jaunâtre ou gris, voire presque noirâtre sur quelques points.

En certains cas, l'amincissement du sommet devient excessif. Dans une observation de M. Lailler, le bord libre d'une incisive supérieur était réduit, sur une hauteur do deux millimètres, ii l'état d'une simple lamelle d'une minceur extraordinaire et

10 bis

Fig. 10 et 10 bis. — Atrophie du bord libre sur les incisives.

« comparable à une feuille de gros papier ». — Il va sans dire que toute dent affectée de la sorte est peu résistante, friable, s'use et se casse facilement.

D'autres fois, l'aspect de la lésion se modifie quelque peu. Le sommet de la dent n'est plus seulement aminci ; il est en outre irrégulier, comme plissé, et parcouru par des sillons verticaux. Sur une malade que j'observais récemment, les deux incisives médianes supérieures étaient comme froncées à leur sommet, amincies, sinueuses sur leur bord tranchant, et divisées dans la moitié de leur hauteur par un sillon vertical assez profond.

Fig. 10 1er. — Variété d'atrophie du bord libre sur les iucisives.

4° Une quatrième forme reproduit cette atrophie générale du sommet que je vous ai déjà sig-nalée à propos des molaires et des canines.

La dent se présente alors normale de base, puis brusquement étranglée, à quelques millimètres de son sommet, par un sillon circulaire, d'où émerge un petit tronçon rugueux, informe, à surface tourmentée, de couleur sale, grise ou jaunâtre.

o" Enfin, nous arrivons à une forme toute particulière, dont il a été bien des fois question depuis ces dernières années. Je veux parler de Vérosion en échancriwe setni-hmaire, dite encore échancrure en croisscmt, cchancrure en coup d- ongle, etc. C'est

88 SYPHILIS IlÉllÉDITAmR TARDIVE.

là ce que, plus couramment, on appelle la dent d Ilutchinson . dénomination à coup sur bien légitime, puisque c'est à Hutchinson que revient le mérite d'avoir signalé cette malformation dentaire et d'en avoir saisi la signification pathologique.

Ici une longue description va être nécessaire, vu l'importance du sujet.

La lésion dentaire actuellement désignée sous le nom de « dent d'IIutcliinson » est constituée par un caractère majeur, auquel s'ajoutent ou non divers attributs secondaires.

Le caractère majeur réside dans une échancrure s emi- lunaire occupant le bord libre de la dent.

Cette écbancrurc est généralement très accentuée, au moins dans la forme typique de la lésion. Elle entame le bord libre de la dent suivant une ligne courbe, régulièrement et presque gracieusement arciformc, dont la convexité regarde le collet de la dent. De sorte que ce bord libre figure un croissant et présente une perte de substance proportionnelle à ce qu'on appelle la flèche de l'arc.

Voici un bel exemple de cette échancrure semi-lunaire sur les incisives médianes supérieures, lesquelles, ie dois le dire dès à

V\s. II. -Dcnld'Hul- ^ . n •^ i

chinsou. présent, constituent pour elle un siège de

prédilection par excellence (1).

Rien que par sa configuration et son siège, cette échancrure semi -lunaire s'impose au titre d'une lésion spéciale, ayant son individualité propre. Il n'est aucune lésion dentaire qui puisse lui être assimilée.

Do même, au point de vue purement clinique, elle a une physionomie propre qui exclut tout risque de confusion. Elle s'atteste au premier coup d'œil, on peut le dire. Impossible de la méconnaître. Impossible de la mettre sérieusement en parallèle avec telle ou telle autre affection du système dentaire. Ce qui, objectivement, s'en rapprocherait le plus, c'est l'usure dentaire qui est déterminée parle tuyau de pipe et qui, elle aussi, affecte

(I) Pièce n" .'il (musée de Saint-Louis, collection particulière ilc l'nuteur'

DENT D'IltlTCllINSON.

une forme semi-lunaire. Mais que de signes tliiïércnliols entre ces ceux lésions! A ne parler que du siège, l'aLLriLion dentaire résultant de la pipe ne se produit guère que dans l'interstice de deux dents, et non sur une seule dent; — elle ne s'observe jamais sur les incisives médianes, pour la bonne raison que la pipe se tient latéralemeni, et non de face; — elle n'est jamais aussi régulière que l'échancrure d'IIutcbinson, qui a son centre de courbure correspondant d'une façon mathématique à l'axe de la dent, etc., etc. — De même la brisure accidentelle d'une dent ne saurait donner le change pour une lésion d'Hutchinson, car une brisure ne se produit que d'une façon irrégulière et n'affecte jamais la forme parfaite d'une demi-lune.

L'échancrure en croissant, vous ai-jc dit, est l'attribut essentiel, constitutif, de la dent d'IIutcbinson ; mais ce n'en est pas l'attribut exclusif. Alors du moins qu'elle affecte les incisives médianes supérieures (seul siège où je continuerai à l'envisager pour l'instant), il s'y adjoint fréquemment telles ou telles des particularités suivantes qui, toutes, mais à des degrés divers, sont dignes d'attention.

1° U échancrure dentaire est presque toujours taillée en biseau aux dépens de son bord antérieur.

En d'autres termes, le bord antérieur de l'arcade semi-lunaire est entaillé obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, comme si un copeau avait été détaché de ce bord par un instrument tranchant.

Petit détail en apparence, mais détail important en réalité, dont nous verrons plus tard l'intérêt spécial.

2° La dent d' Hutcliinson est le plus souvent remarquable par ses angles arrondis.

A l'état normal, les bords latéraux d'une incisive moyenne supérieure forment avec son bord inférieur un angle bien net, à sommet aigu très accentué.

Ici, au contraire, pas d'angle, pas de sommet aigu; les bords latéraux se raccordent avec le bord inférieur par une ligne courbe, arrondie.

3" Souvent encore la dent d'IIutcbinson présente un diamètre

90 SYPHILIS [lÉRÉDlTAlRE TARDIVE.

vertical notablement réduit. Ce caractère de dent courte est très frappant chez certains sujets.

4° Parfois aussi c'est une dent étroite, à diamètre transverse amoindri, inférieur à la normale.

Vous savez qu'à l'état physiologique les incisives médianes supérieures se distinguent des latérales par un excès notable de leur diamètre transverse. Eh bien, dans le type d'IIutchinson, il arrive quelquefois qu'elles ne sont pas plus larges que ces dernières, c'est-à-dire qu'elles subissent un rétrécissement latéral. De là un aspect non pas positivement disgracieux, mais insolite et étrange.

5" Il n'est pas rare, et c'est là un point sur lequel les auteurs anglais ont fréquemment insisté, que la dent d'Hutchinson affecte la configuration dite en tournevis, c'està-dire se présente avec les deux particularités que voici : T renflée et large au niveau de son collet; 2° rétrécie au niveau de son bord libre. Cette configuration (qui est précisément l'in- Fig. 12. — Dent verse de la disposition physiologique) rappelle av^ecifvàS assez exactement la forme d'un instrument de té de conii- serrurerie bien connu, le tournevis. "^"^fournZ. 6" Enfin, les incisives médianes supérieures afl'ectées de l'échaucrure d'Hutchinson sont fréquemment déviées comme direction, par suite d'une implantation vicieuse. Au lieu d'avoir leurs axes verticaux parallèles, elles sont légèrement inclinées en dedans, de façon à converger l'une vers l'autre. On les dit alors, en langage technique, obliques-convergentes .

Ce que je viens de vous décrire constitue le type complet, le type parfait, dirai-je, de la dent d'Hutchinson. C'est là ce qu'on observe dans une certaine période de la vie, dans une période propice à la constatation des diverses particularités qui précèdent; et cette période, c'est l'adolescence.

Mais ce type est loin d'être unique et immuable. Il comporte d'abord des difl'érences de degré, c'est-à-dire qu'il est plus ou moins accentué suivant les cas. — De plus, il oflre des variétés

DENT D'JlUTCllINSON.

on relation avec les divers âges, et ceci est d'importance majcui-e, comme vous allez le voir.

En premier lieu, la dont d'IIutcliinson ne sort pas de la gencive avec l'échancrure évitUe que je vous ai décrite précédemment. A l'orig-ine, cette échancrure se présente, sinon comblée, du moins en partie occupée par de petites végétations atropliiques de tissu dentaire. La courbure de l'arcade est semée, hérissée de ces productions, sous forme de bourgeons acuminés, de pointes, de « spinules », qui figurent là une sorte de fine dentelure. Quelquefois encore un lobule plus considérable, en forme de cône tronqué, s'observe au sommet de la courbe.

Ces productions ne sont que des reliquats, des vestiges du processus atrophique qu'a subi la dent à l'époque de sa formation. Dépourvues d'émail, non résistantes, friables, elles ne tardent pas à s'émousser, à s'user, à s'émietter; au total, elles se détruisent très rapidement. Si bien qu'après quelques années elles disparaissent complètement, en laissant à leur place l'échancrure émdée, semi-lunaire, que vous connaissez déjà.

Fig. la. — Deul d'Hutchioson , à une époque voisine de sa sortie des gencives.

Second point, et celui-ci offrant un réel intérêt pratique : la dent d'Hutchinson se modifie comme forme au delà de l'adolescence et finit par perdre absolument son échancrure caractéristique.

Sous l'influence de l'usure fonctionnelle, l'arcade du bord libre diminue progressivement de hauteur, et sa flèche mathématique se raccourcit. On dirait une voûte qui s'affaisse. Vient un moment où la courbe de cette voûte est à peine sensible. L'arc semble s'être infléchi. Finalement, toute trace d'échancrure disparaît, et le bord libre se transforme en une ligne presque droite, horizontale.

Précisons. Dès l'âge de vingt à vingt-deux ans, l'arcade s'est notablement affaissée. A vingt-cinq ans, elle devient presque plane, rectiligne.

Fig. li. — Deul d'Hutchinson usée par l'âge (Spécimen recueilli sur une femme de 25 ans).

Mais, à colle époque, il subsisle encore, au moins pour quelque lemps, un signe parliculicr qui permet do reconnaître la lésion, ç; biseau du bord antérieur de l'échancrure. Veuillez vous rappeler que l'écliancrure d'IIutcliinson est entaillée de haut en bas et d'avant en arrière aux dépens de son bord antérieur. Or, ce biseau, qui couronne et domine l'échancrure, n'est affecté tout naturellement qu'en dernier lieu par l'usure générale de la dent. De sorte qu'il persiste, encore parfaitement reconnaissable, à l'époque où l'échancrure a disparu. Il constitue donc un dernier vestige de la lésion.

Un heureux hasard me permet de vous montrer aujourd'hui même un beau spécimen du genre. La malade couchée au lit n° 18 de la salle Henri IV est née de parents syphilitiques et a été affectée de divers accidents de syphilis héréditaire. Elle avait très certainement (son témoignage est formel à cet égard) ses deux incisives moyennes supérieures fortement échancrées. Mais « cela a disparu avec l'âge », affirme-t-elle, et, aujourd'hui qu'elle a atteint sa vingt-cinquième année, elle ne présente plus qu'un léger vestige de cette disposition ancienne, sous forme d'un biseau arqué occupant le bord libre de la dent et entaillé aux dépens de son arête antérieure (Voy. fig. 13). Telle est la dent d'Hutchinson à vingt-cinq ans. Au delà de cet âge, le biseau s'efface à son tour. Alors rienne subsiste plus de la malformation primitive, si ce n'est une dent raccourcie, qui n'a plus de signification particulière. Si bien, comme on l'a justement dit, qu'au dehà d'une trentaine d'années « il n'y a plus de dent d'Hutchinson ».

La malformation dentaire dont je viens de vous entretenir n'est pas seulement spéciale par sa configuration ; ellel'estencore, et à un degré équivalent, par sa locaHsalion habituelle. Ainsi :

1° D'une façon qu'on peut presque qualifier de constante, elle a pour siège les incisives médianes supérieures de la seconde dentition.

2° Il est non moins habituel qu'elle affecte ces deux dents d'une façon exactement similaire, symétrique.

3° Il est fréquent qu'elle les affecte d'une façon exclusive.

DENT D'UUTGllINSON. 93

C'cst-à-diro que, comme règle, l'érosion en échancnire se rencontre sur les deux grandes incisives; — qu'elle est sur l'une ce qu'elle est sur l'autre; — et que les autres dents ne participent pas à cet ordre de malformation, tout en pouvant présenter coïncidemment telle ou telle malformation d'autre genre. A cet égard, il est curieux, par exemple, de rencontrer usuellement, à côté des incisives médianes écliancrées, les incisives latérales exemptes de toute écliancrure.

Toutefois, après avoir déterminé ce qu'on peut appeler la règle, il faut tenir compte des exceptions. Or, chacune des trois propositions que je viens de formuler a ses cas exceptionnels, et force nous est de dire comme contre-partie à ce qui précède :

r Quel'écliancrure d'IIutchinson ne s'observe pas seulement sur les incisives médianes supérieures de la seconde dentition ; — qu'on l'a rencontrée sur les mêmes dents de la première (à preuve cette belle pièce de M. Parrot, que je vous ai déjà montrée); — qu'elle s'observe parfois aussi, dans la seconde dentition, sur d'autres dents que les grandes incisives, à savoir : les incisives supérieures latérales, les incisives inférieures, voire (mais très exceptionnellement) les canines.

2" Qu'elle peut aftecter à des degrés inégaux les deux incisives médianes supérieures ; — qu'elle peut même n'en affecter qu'une seule, l'autre restant indemne. Les cas de ce genre sont très rares à coup sûr, mais bien authentiques. Legros Clark (1), Hutchinson (2), Moon (3) en ont cité des exemples. J'ai dans mes notes une observation semblable, où l'une des grandes incisives était absolument normale, tandis que l'autre offrait un type accompli de l'échancrure semi-lunaire (4).

(1) The médical Times, t. I, p. 597, 1839.

(2) The médical Times, t. I, p. 359, 1865. — Cliîiical lectures and reports Ij;/ the med. and surçj. staff of the London Hospilal, vol. II, p. 172, 18G5.

(3) The MonthUj review of dental surcjcrxj ; traduct. dans le Progrès dentaire,

(-4) Je viens tout récemment d'observer un second cas de cette curieuse anomalie. Une jeune iille hérédo-syphililique, âgée de dix-huit ans, présente, d'une part, une incisive médiane supérieure qui oll're un type absolu de l'échancrure semi-lunaire d'IIutchinson, taudis que son autre incisive médiane supérieure est indemne de toute altération et absolument normale.

3° Que plusieurs ordres de dents peuvent, en même temps que les grandes incisives, présenter le type de l'échancrurc semilunaire. De cela je puis vous donner immédiatement la preuve.

Un malade actuel de nos salles, fils d'une mère syphilitique et affecté d'accidents spécifiques d'origine congénitale, offre diverses malformations du système dentaire, entr'autres des écliancrui"es bien accentuées sur les grandes incisives supérieures, sur les deux incisives moyennes inférieures et sur une canine.

De môme, sur une petite malade de douze ans, que nous montrait dernièrement mon collègue et ami le D'' Besnier, vous avez pu constater six dénis affectées de superbes écliancrures d'IIutcliinson, à savoir : les deux grandes incisives supérieures, comme d'usage, et les quatre incisives inférieures.

Telles sont les formes multiples de ce qu'on appelle l'érosion dentaire.

Après vous les avoir décrites individuellement, il me reste à ajouter qu'elles sont loin de se présenter toujours d'une façon isolée. Loin de là. Fréquemment, très fréquemment, elles se rencontrent en coïncidence.

Ainsi, rien de plus commun que de constater sur un même sujet des érosions dentaires de divers types à savoir : ici des sillons, là des cupules ou des facettes, ailleurs des encoches angulaires ou des atrophies cuspidiennes.

Il est même assez fréquent de trouver réunies sur une même dent deux ou trois variétés d'érosions. En voici quelques exemples sur ces diverses pièces, où vous verrez telles ou telles dents présenter à la fois des cupules, des sillons, des atrophies du bord libre. Toutes les variétés d'érosions se prêtent à ces combinaisons multiples. Il n'est guère que l'échancrure d'Hutchinson qui, à cet égard, fasse exception à la règle commune, en constituant presque invariablement une lésion exclusive.

Rien d'étonnant, du reste, à la coexistence habituelle de ces

liHOSION DENTAIRE. 9b

diverses formes de l'érosion deiUaire. Ce ne sont là, en edet, (juo des variétés d'une seule et môme lésion. Elles peuvent bien revêtir des aspects objectifs différents ; en réalité, elles dérivent toujours d'un seul et même processus morbide. Ainsi que l'a fort bien dit et démontré M. Magitot, « l'érosion estime », et les diversités d'allure, de pliysionomie, qu'elle présente ne sont que des apparences variées d'un môme état pathologique.

Les érosions dentaires nous sont maintenant connues en tant que lésions. Mais plusieurs particularités essentielles de leur histoire clinique et anatomique nous restent à spécifier.

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