SILLONS BLANCS
peut dire que c'en est 11,110 simple variété. — Très vraiscmblablemeiit aussi, il dérive d'un processus identique à celui de l'érosion, avec de simples différences secondaires de constitution anatomique.
En tout cas, on ne saurait conserver de doutes sur sa relation pathogénique avec la syphilis héréditaire. Je ne prétends pas — ce serait excéder mon expérience sur ce point — que la syphilis soit la seule cause qui le produise (1); mais j'affirme qu'en nombre de cas elle lui sert d'origine, et cela d'une façon bien manifeste. Depuis que mon attention a été appelée sur ces sillons laiteux, je les ai rencontrés sur plusieurs sujets dûment affectés de syphilis héréditaire, et dans des conditions où il était impossible de les rapporter à n'importe quelle autre cause. Il m'est arrivé même de reconnaître, de dépister — pardonnez-moi le mot — une syphilis héréditaire rien que par la constatation de tels sillons. A preuve le cas suivant, dont vous avez été témoins et que je vous rappellerai brièvement.
Il y a quelques semaines, une jeune fille de dix-neuf ans entrait dans nos salles pour une simple phthiriase, remarquablement étendue et profuse. En examinant cette malade, j'aperçus par hasard (car son affection n'était certes pas de nature à diriger mes recherches de ce côté) deux superbes sillons laiteux sur les incisives médianes supérieures. L'un et l'autre occupaient, d'une façon absolument symétrique, la couronne dentaire, parallèlement à son bord libre et sur une hauteur d'un millimètre environ. Tous deux figuraient une rayure blanche horizontale. Celui de droite était d'un blanc crayeux ; celui de gauche, un peu plus atténué de ton, avait une teinte simplement opaline. Or, curieux de remonter, s'il était possible, il l'origine de cette anomalie, j'ouvris une enquête à ce sujet, et vous savez quel en fut le résultat.
Tout d'abord, un premier interrogatoire me révéla chez
(1) Il va sans dire qu'il est question ici exclusivement du véritable sîZ/o» blanc, tel que je viens de le décrire, et non de ces simples taches Ijlanchcs qui sont si communes sur les dents à l'état de petites mouchetures rondes ou ovalaires, circonscrites, disséminées au hasard, etc. Ces dernières ne comportent aucune signification diagnostique et sont absolument hors de cause dans lo sujet actuel.
notre malade les antécédents les plus suspects, h savoir : éruptions nombreuses et prolongées au cours de la première enfance ; — maux d'yeux très tenaces, voire assez graves, h en juger par leur seule durée ; — maux d'oreilles ; surdité presque complète, ayant duré plus d'un an, etc. Puis, je mandai à l'hôpital la mère de la malade, et j'appris de cette femme : 1° que son mari avait eu la syphilis, et qu'il s'était marié deux fois; — 2" qu'il avait très vraisemblablement contagionné sa première femme, laquelle, devenue grosse trois fois, avait fait trois fausses couches; — 3° que, pour son compte, elle avait reçu de lui la maladie dès le début de son mariage; — 4° qu'en 1867, par exemple, elle avait été traitée ici même par M. Bazin pour « des plaques muqueuses et une éruption cuivrée » (voyez si les détails sont circonstanciés et précis); — 5° que, trois ans plus tard, elle avait été affectée de nouveaux accidents syphilitiques dans la bouche, etc.; — qu'enfin, de six enfants qu'elle avait eus de son mari, quatre étaient morts, dont trois à une époque voisine de leur naissance, etc., etc. — En un mot, d'une part, syphilis des plus authentiques sur le père et la mère de notre malade, syphilis attestée parles témoignages les plus catégoriques; et, d'autre part, hérédité spécifique démontrée chez notre malade par l'ordre d'antécédents qu'il est Je plus commun de rencontrer en pareil cas.
Or, cette hérédité syphilitique, que nulle manifestation morbide n'accusait pour l'instant, quel signe me l'avait dénoncée, quel indice en l'espèce me conduisit à la suspecter, à la rechercher et à la découvrir? Les sillons laiteux des incisives supérieures. Rien autre, je le répète encore et à dessein, n'avait signalé la syphilis à mon attention.
Est-ce assez dire quels services diagnostiques peut rendre, à l'occasion, ce petit signe des sillons dentaires blancs?
IL — Autre point d'ordre absolument différent.
Il est assez commun d'observer chez les hérédo-syphilitiques des irrégularités d'implantation ou de disposition réciproque des diverses dents.
Les irrégularités d'implantation consistent en ce fait que