PREMIÈRE PARTIE
1° Constitution, habitus, faciès, etc.
Je serai bref sur ce premier paragraphe, parce qu'il ne contient que des caractères assez vagues, médiocrement significatifs, et ne comportant au total, si intéressants qu'ils puissent être, qu'une valeur pratique assez restreinte.
Il est positif que, dans un certain nombre de cas, voire le plus habituellement, les sujets qui sont sous le coup de l'hérédité syphilitique et que vous me permettrez une fois pour toutes de qualifier abréviativement dunom d'hérédo-syphilitiques, se présentent sous l'aspect de gens délicats^ de constitution peu vigoureuse, débile, chétive même.
Ils sont maigres, en général du moins.
Ils n'ont qu'un système musculaire faiblement développé.
Caractère plus spécial et meilleur : leur teint est pâle, et plutôt encore grisâtre que pâle. Leur peau est d'une couleur sombre, grise (je répète le mot à dessein), et d'un gris sale, presque terreux.
A part ce dernier trait, que je recommande à votre attention parce qu'il est remarquable et frappant en certains cas (1), l'en-
(I) Ce caractère est parfois assez frappant pour qu'il me soit arrivé de sus-
semble qui précède ne contient rien que d'assez vague, que de banal, et ce n'est pas sur des signes de cet ordre qu'un diagnostic sérieux pourrait jamais être établi. Carie faciès, l'habitus, le teint, la constitution que nous venons de décrire, etc., tout cela se rencontre chez les sujets accidentellement affaiblis par une raison quelconque et n'offre rien de spécial à la syphilis.
Ce n'est donc pas dans l'énoncé de ces quelques caractères que réside l'intérêt de ce premier paragraphe. Il consiste bien plutôt, à vrai dire, dans une particularité négative que voici :
Les syphilitiques héréditaires ne présentent jamais (jamais, sauf coïncidences éventuelles, bien entendu) /<?/(îi!czV5 et lliabitiis des scrofiileiix, auxquels néanmoins ils sont si souvent assimilés, avec lesquels ils sont à tort si fréquemment confondus.
Ainsi : ils ne présentent jamais la peau fine, blanchâtre et transparente des sujets scrofuleux; — ils ne présentent jamais cette fraîcheur, cet éclat rosé du teint qui constitue un des éléments de ce qu'on appelle la « beauté scrofuleuse » [formositas scrofidosa) ; — ils ne présentent jamais cette hypertrophie massive de la lèvre supérieure, non plus que ces lividités cyaniques des extrémités, non plus que cette peau « chair de poule » de la face externe des membres, non plus que ces acnés chroniques de la face, non plus que ces « mains bleues, ces mains à engelures », etc., etc., qu'il est si commun d'observer chez les strumeux.
L'absence de ces signes, comme de tant d'autres que, pour abréger, je passe sous silence, constitue donc entre nos malades et les scrofuleux une différence essentielle qu'il importe de relever, parce que le diagnostic peut en tirer un utile parti. Ne perdez pas de vue, en effet, que l'erreur habituelle à éviter en
pecter à première vue une syphilis héréditaire rien que par l'aspect de cette peau grisâtre, sombre, terreuse.
Du reste, il est positivement noté, non pas seulement dans mes observations personnelles, mais dans plusieurs cas appartenant à divers auteurs.
Hntchinson insiste beaucoup sur la pâleur terreuse des sujets atfeclés de syphilis héréditaire. « C'est là, dit-il, un des caractères les plus constants de l'hérédité sj'philitique; c'est celui qui fait le plus rarement défaut. Il est excessivement rare de rencontrer un sujet affecté de syphilis héréditaire avec le teint d'un homme en bonne santé » [Clinical lectures and reports bi/ ihe med. and surg. staff' ofthe London hosp., 1865, vol. Il, p. 151).