I. — D'abord, malformation des maxillaires
La mâchoire supérieure est projetée en avant, à la façon d'une carène, dans sa partie médiane. De sorte que les incisives supérieures se trouvent situées sur un plan très antérieur à celui des incisives inférieures, qu'elles débordent d'un centimètre environ.
La mâchoire inférieure, au contraire, est élargie transversalement. De sorte que ses molaires débordent latéralement le plan des molaires supérieures.
II. — En second lieu, irrégularité d'implantation des canines supérieures, qui sont tout à fait hors de rang. Ces deux dents sortent du maxillaire à un centimètre environ au-dessus des dents voisines, si bien que leur extrémité inférieure répond presque au niveau du collet des incisives et des petites molaires. — En outre, elles sont déviées de direction et comme tordues sur leur axe. — Du reste elles sont bien constituées et exemptes d'érosions.
in. — Anomalies multiples et diverses du système dentaire, à savoir :
1° Grandes incisives présentant au niveau de leur extrémité libre un sillon
transverse bien accentué et plusieurs érosions cupuliformes. Cette extrémité est
amincie, atrophiée, brunâtre.
2» Incisives supérieures latérales absolument amorphes comme configuration
et comme aspect. Elles sont triangulaires, pointues, aplaties, et de plus d'un gris
brunâtre, comme enfumées. On dirait des dents calcinées.
ÉROSIONS DENTAIRES. 63b
De ces divers faits et de quelques autres semblables devonsnous conclure que la sypbilis acquise en bas âge est apte à réaliser toutes les malformations dentaires qui dérivent si fréquemment de riiérédo-syphilis et à les réaliser sous les mêmes types , notamment au môme siège, c'est-à-dire au même niveau de la couronne? Nullement. Et cela pour deux raisons : parce que, d'abord, une conclusion aussi générale et aussi radicale dépasserait de beaucoup les résultats à déduire des quelques faits dont nous disposons pour l'instant ; — ■ et, en second lieu, parce qu'elle constituerait certainement, à divers égards, une hérésie clinique ou, pour mieux dire, anatomique. Ainsi, il est évident que certaines érosions dentaires ne peuvent être produites que par l'hérédo-syphilis (réserve faite pour l'éventualité possible d'une anomalie d'évolution du système dentaire). Exemple : les premières grosses molaires commencent à se coiffer de leur chapeau de dentine vers le sixième mois de la vie fœtale (1), si bien que déjà, au moment même de la naissance, elles offrent un sommet dentifié d'une hauteur de 2 millimètres. Donc, toute altération qui affecte le plateau supérieur, c'est-à-dire la surface triturante de ces dents, implique l'existence d'une cause morbide ayant exercé son action au cours même de la vie intra-utérine. Donc, ce n'est pas la syphilis acquise qui pourra jamais réaliser une lésion de ce genre, puisqu'elle est postérieure à la naissance. Si bien qu'une
3" Grosses molaires supérieures piquetées çà el là d'érosions cupuliformes, et commençant à se carier.
40 Incisives inférieures. — La médiane gauche offre, dans les deux tiers supérieurs de sa couronne, un type de l'érosion dite en nappe. — La médiane droite présente son sommet atrophié et mordillé, suivant l'expression technique. - L'incisive latérale droite se termine par un bord sinueux et atrophié. — Celle de gauche est à peu près normale.
.5° Canines normales.
60 Les deux grosses molaires inférieures sont en partie détruites par la carie.
'i" Prémolaires supérieures et inférieures absolument normales.
Malformation de la voûte palatine. Celte voûte est remarquablement étroite et décrit une ogive profonde qui semble refouler supérieurement les tosses nasales.
(0 V. le Tableau d'évolution des dents pp.rmancnles, par le D>- Magitot, p. 99.
Inutile de faire remarquer que, dans toute la discussion qui précède, il n a été question que d'anomalies ou de malformations dentaires intéressant la srrmnh dentiiiou.
lésion de ce genre, à la supposer d'origine syphilitique, n'est jamais imputable qu'à une syphilis d'ordre héréditaire.
Mais, sous le bénéfice de ces réserves, il reste acquis (et c'est là seulement ce que j'ai en vue d'établir pour l'instant) que la syphilis contractée en bas âge est susceptible de déterminer certaines anomalies, certaines malformations du système dentaire plus ou moins analogues, voire identiques parfois à celles que réalise l'hérédo-syphilis. De là une conclusion plus que facile à déduire, relativement au diagnostic différentiel dont nous poursuivons l'étude.
m. — Il n'est pas jusqu'à la physionomie générale de la syphilis héréditaire que ne puisse affecter la syphilis acquise.
Vous savez, par exemple , qu'un des caractères les plus curieux de l'influence hérédo-syphilitique consiste dans ces singuliers retards ou arrêts du développement physique que je vous ai longuement décrits dans l'une de mes conférences précédentes. Les sujets hérédo-syphilitiques, vous ai-je maintes fois répété, sont parfois remarquables par ce fait que tous les actes d'évolution organique et de croissance semblent chez eux ne s'accomplir que lentement et difficilement, en restant même souvent incomplets. Ainsi, ils ne font leurs dents, ils ne commencent à marcher et à parler qu'à échéance plus ou moins tardive. Ils grandissent lentement et ne se développent que d'une façon insuffisante, plus ou moins inférieure à la moyenne normale. La virilité, chez eux, est lente à s'accentuer; leurs testicules restent longtemps petits ; la barbe se fait longtemps attendre ; les règles n'apparaissent qu'à dix-sept, dix-huit ou vingt ans, etc., etc. De sorte que, par l'exiguïté de leur taille, parle retard général intervenu dans leur développement, quelquefois aussi par le rabougrissement de tout leur être, les sujets en question « trompent sur leur âge », comme on dit vulgairement. On les prend pour des enfants à l'âge où ce sont déjà des adolescents, voire des jeunes gens, etc., etc. (1).
Eh bien, ces divers caractères, que nous avons condensés
(1) Voy. p. Q.') et suiv.