I. — Un mot d'abord sur leurs localisations habituelles
Elles peuvent affecter, avons-nous dit, l'une et l'autre dentition. Mais elles s'observent bien plus fréquemment sur les dents permanentes que sur les dents de lait.
A ne parler que de la seconde dentition (celle que nous avons à consulter surtout pour le diagnostic spécial dont nous recherchons les éléments), les érosions dentaires se rencontrent par ordre de fréquence :
1° Sur les premières grosses molaires;
2° Sur les incisives;
3° Sur les canines.
Sans contradiction possible, ce sont les premières grosses molaires (celles surtout de la mâchoire inférieure) qu'on trouve le plus souvent affectées par l'érosion. D'abord, on peut poser en principe que, si un ordre quelconque de dents est touché par l'érosion, il est presque exceptionnel que les premières molaires restent intactes. Et, d'autre part, il n'est pas très rare qu'elles soient seules atteintes, à l'exclusion des autres dents.
Inversement, il est des groupes dentaires qui, presque invariablement, sont respectés par l'érosion. Ces dents épargnées sont :
1° Le groupe des petites molaires ;
2° Les deuxièmes et Iroisièmes grosses molaire-.
Pourquoi certaines dénis sont-elles ainsi affectées et certaines autres respectées par l'érosion?
Il est à cela, je puis le dire à l'avance, une raison des plus simples, une raison brutale et anatomo-physiologique, que voici :
Les dents affectées par l'érosion (comme, du reste, par n'importe quel autre type des malformations diverses que nous aurons bientôt à étudier) sont celles qui se trouvent en voie de dentification à l'époque où sévit la syphilis héréditaire.
Inversement, les dents respectées sont celles qui, à cette même époque, n'ont pas encore commencé à se calcifier.
Cette époque, quelle est-elle donc ? De l'aveu g-énéral, elle correspond aux trois ou quatre premiers mois de la vie. C'est, comme chacun le sait, dans les trois ou quatre premiers mois que la syphilis héréditaire fait invasion le plus habituellement. En outre, c'est à ce moment qu'elle affecte son maximum d'intensité, qu'elle bat son plein (passez-moi l'expression), qu'elle est à la fois le plus intense comme manifestations extérieures et le plus nocive comme retentissement sur l'état général, sur la santé ; c'est à ce terme qu'elle tue le plus d'enfants.
Or, quelles dents trouve-t-elle en évolution à cette période, pour inscrire sur leur couronne le trouble profond qu'elle exerce sur la nutrition ? Réponse précise : trois ordres de dents, à savoir :
1° Les premièrec ^sses molaires, qui ont commencé à se coiffer de leur chapeau de dentine vers le sixième mois de la vie fœtale ;
2° Les incisives, dont le début de dentification se fait dans le premier mois de la vie extra-utérine ;
3° Les canines, qui commencent à se calcifier du troisième au quatrième mois (1).
C'est donc sur ces trois ordres de dents que doit s'imprimer
(I) Consulter à ce propos (page 99) le Tableau de l'évolution des dents permanentes, d'après M. le Dr Magitot.
ÉROSION DENTAIRE
et que s'imprime en effet l'influence perturbatrice qu'exerce sur la nutrition en général et sur la nutrition du système dentaire en particulier la contamination hérédo-syphilitique.
Et pourquoi, d'autre part, les autres ordres de dents sontils respectés par cotte môme intluenec ? Pour une raison aussi simple que catégorique, qui est la suivante : parce qu'à celte époque ces autres dents n'ont pas encore ébauché leur calcification. Ainsi, les prémolaires ne commencent guère à se revêtir de leur chapeau de dentine que du cinquième au sixième mois ; — et bien plus tardif encore est le travail de dentification pour les deuxièmes et surtout les troisièmes grosses molaires, puisqu'il ne se produit, pour les unes, que vers la troisième année, et, pour les autres, vers la douzième.
En d'autres termes et plus simplement, la syphilis héréditaire qui sévit sur l'enfant dans les trois ou quatre premiers mois de la vie s'inscrit sur les dents qui ont déjà une couronne ou plutôt un rudiment de couronne à cette époque ; — et tout au contraire, elle ne s'inscrit pas sur les dents qui n'ont pas encore de couronne à cette même échéance, qui n'existent pas encore à l'état de dents.
II. — Si j'avais à traiter de l'érosion au point de vue odontologique, nombre de questions importantes devraient encore trouver place ici. Mais à dessein j'élaguerai de cet exposé tout ce qui n'a pas rigoureusement trait à notre sujet spécial. Je pourrai donc de la sorte me borner aux quelques propositions suivantes :
1 0 Presque invariablement les érosions dentaires sont multiples.
Au minimum, elles affectent deux dents; — bien plus souvent, quatre, six, huit, dix; — quelquefois douze et seize.
C'est une exception absolument extraordinaire de ne trouver qu'une seule dent érodée. J'ai cependant observé un cas de ce genre dans ma clientèle. Un jeune homme, fils de parents syphilitiques et syphilitique lui-même de naissance, présente une première grosse molaire inférieur,, affectée d'une atrophie cuspidiennc absolument caractéristique, tandis que toutes ses autres dents sont indemnes de la plus légère altération.
FOUMMEH.
2° Presque invariablement les érosions dentaires sont symétriques, c'est-à-dire frappent d'une façon similaire les dents homologues.
Que si, par exemple, la canine droite inférieure porte une érosion à son sommet, il y a toutes chances pour que la même lésion se retrouve sur la canine inférieure gauche.
Cette loi de symétrie ne souffre que de rares exceptions.
3° Les érosions des dents homologues occupent rigoureusement le même niveau sur la couronne.
C'est-à-dire : si une érosion est située à telle hauteur sur la couronne d'une dent gauche, la dent homologue droite présentera une érosion qui sera située exactement à la même hauteur sur sa couronne.
Exemples :
Soit une incisive médiane inférieure du côté gauche offrant un sillon transverse à l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs de sa couronne ; presque infailliblement vous trouverez sur la dent homologue droite un même sillon situé rigoureusement à la même hauteur, c'est-à-dire à l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs de la couronne.
De même, soit une échancrure angulaire occupant le sommet d'une canine inférieure ; presque fatalement le sommet de l'autre canine inférieure sera le siège d'une échancrure semblable ou de toute autre variété d'érosion.
4° Les érosions sont situées à des hauteurs différentes sur les dents d'ordre différent; — et ces différences de niveau sont en relation anatomiquement précise avec les différences chronologiques d'évolution de ces diverses dents.
Ceci est plus délicat et demande quelques explications.
Premier point : si l'on compare, sur deux dents érodées d'espèce différente, le niveau de la couronne où s'est faite l'érosion sur chacune d'elles, toujours on constate qu'elle siège de part et d'autre à des hauteurs différentes.
Prenons pour exemple une canine et une incisive de la mâchoire inférieure. Sur la canine, l'érosion occuperai© sommet de la dent ; sur l'incisive, elle siégera à I ou 2 millimètres environ du bord libre.
ÉROSION DENTAIIIK.
Et toujours les choses se présenteront de la sorte ; toujours il y aura inégalité de niveau pour l'érosion entre deux dents d'espèce différente. C'est là un fait constant.
Second point : le fait qui précède est en relation avec le • Icveloppement physiologique des divers ordres de dents. Pour vous en convaincre, interrogez les lois d'évolution du syslèmo dentaire (1), et vous constaterez que les différences qui interviennent dans le développement relatif des divers ordres de dents correspondent exactement aux différences de niveau qu'affecte l'érosion sur ces mêmes dents.
Je reprends l'exemple dont je me servais à l'instant.
Nous avons vu qu'entre une incisive et une canine il y avait une différence, comme niveau d'érosion sur la couronne, d'un à deux millimètres environ. Eh bien, que savons-nous, d'autre part, sur l'évolution réciproque de ces deux dents? Ceci, que la
[l) J'emprunterai à M. Magitot les quelques indications suivantes, relativement à l'évolution des dents permanentes :