‹ La syphilis héréditaire tardive [electronic resource]Chapitre 78 sur 113 · AFFECTIONS CÉRÉBRALES. — ÉVOLUTION, DURÉE · texte numérisé non relu

AFFECTIONS CÉRÉBRALES. — ÉVOLUTION, DURÉE

à savoir : oblusion de La sensibilité générale; (roubles de l'ouïe (bourdonnements, surdité); amblyopie, cécité terminale, etc. ;

3° Quelques incidents passagers, d'observation assez fréquente, tels qu'accès congestifs, aphasie, spasmes musculaires, convulsions partielles, contractures, coma ultime;

Ajoutez, dis-je, ces divers phénomènes à l'ensemble précité, et vous aurez le tableau à peu près complet des symptômes qui constituent les périodes adultes et avancées de la maladie.

Reste le dénouement. Or, lorsque l'affection en est arrivée au point où nous venons delà conduire, lorsqu'elle a déterminé des symptômes d'une aussi haute gravité, se reliant de toute évidence à des désorganisations cérébrales accomplies, elle n'a forcément qu'un mode possible de terminaison: c'est la mort, la mort à échéance variable, mais assez rapide le plus souvent.

Quelle durée moyenne affecte l'évolution morbide à laquelle nous venons d'assister ?

Cela, je ne saurais encore le préciser, faute d'un nombre d'observations suffisant pour instituer une statistique de quelque valeur. Toutefois, dès à présent, deux points ressortent des faits que nous possédons, à savoir :

1° Que la durée des accidents morbides est éminemment sujette à variétés, et cela d'après des conditions multiples ressortissant au siège et à l'étendue des lésions, à la qualité de ces lésions, à l'âge et à la résistance des malades, etc., sans parler même des influences thérapeutiques ;

2" Que la maladie est susceptible de deux types précisément opposés, un type rapide et un type lent.

D'une part,' en effet, il est un certain nombre de cas où les symptômes se succèdent et s'accumulent à brève échéance, où L'on voit, exactement comme dans 1rs méningites, les accidents initiaux être rapidement suivis d'un ensemble de phénomènes

graves (convulsions partielles, accès d'épilcpsic, troubles intellectuels, délire, agitation, inégalité des pupilles, vomissements, soubresauts et contractures musculaires, affaissement, assoupissement, parésies ou paralysies partielles, etc.). On croirait à l'invasion d'une méningite. Ce sont là de véritables formes rapides, précipitées, relativement aiguës, pour lesquelles la dénomination de formes méningitiques n'aurait, ce me semble, rien d'excessif ou d'illégitime.

Et, d'autre part, il est des cas où l'évolution affecte une teneur très différente, où les choses, passez-moi le mot, traînent en longueur. Un ou quelques symptômes signalent l'invasion morbide; puis rien autre ne se produit pour un temps plus ou moins long. Plusieurs mois au delà, seulement, survient un autre symptôme qui donne à l'aifeclion une note plus grave, et celui-ci est encore séparé d'autres phénomènes subséquents par une notable intermission. On dirait la marche lente, contenue, torpide, d'une tumeur cérébrale à progrès insensibles. Exemple, un cas que j'ai sous la main, où l'évolution morbide n'a pas duré moins de dix-huit mois, répartis de la façon suivante : trois ou qualre mois exclusivement marqués par des troubles intellectuels, affectifs et moraux ; — invasion, à ce moment, de crises épileptiques, d'abord largement espacées; — ■ puis, trois mois plus tard, entrée en scène de nombreux accidents cérébraux qui se déroulent avec une succession lente, pour n'aboutir qu'en l'espace d'un an à une terminaison fatale.

Par opposition aux formes rapides, qui rappellent l'allure aiguë ou subaiguë des méningites, ces formes lentes et torpides se rapprochent au contraire de l'évolution habituellement chronique des ///meurs cérébrales.

Enfin l'évolution peut être beaucoup plus lente et affecter une marche tout à fait chronique. Elle dure alors plusieurs aimées, au cours desquelles Le petit malade traîne une misérable existence qui est celle des infirmes pur le cerveau.

Tel est, comme exemple, un cas cité par le Dr Bury, cas relatif à une syphilis cérébrale d'origine héréditaire qui ne dura pas

AFFECTIONS CÉRÉBRALES1. - EVOLUTION, DURÉE. 80b moins de huit ans et demi, en présentant la série des symptômes suivants : « A l'âge de trois ans, début de convulsions épileptiques avec parésie droite ; - - vers quatre ans et demi, 1 entant devient incapable de marcher ; - à neuf ans, elle perd progressivement l'usage de la parole et devient absolument aphasique • - peu après, elle tombe dans un état complet d idiotie ; 1 finalement elle succombe a onze ans et demi, à la suite d une série de crises épileptiques. • - L'autopsie est pratiquée et tait constater, sans parler de diverses altérations viscérales les curieuses lésions que voici: épaississement des os du crâne exostose temporale, réduisant considérablement la fosse cérébrale moyenne gauche; méningite diffuse pseudo-membraneuse; atrophie du lobe temporo-sphénoïdal gauche ; sclérose

artérielle », etc. (i). .

De même le Dr Mendel a relaté une observation des plus intéressantes, où l'évolution d'accidents cérébraux d'origine hérédo-syphilitique débuta vers l'âge de trois ans pour ne se terminer par la mort qu'à l'âge de dix-huit ans ; c est-a-dire que, dans ce cas, la maladie ne dura pas moins de années. Voici le sommaire de ce fait curieux et typique en 1 espèce :

« A..., née d'une mère syphilitique. - Accidents d'hérédo- syphilis vers l'à-e de deux mois (syphilides, ulcérations anales, alopécie, etc.). - A trois its déhut subit d'un £*~ avec myariase. - De sept à mies et adénopalhies cervicales. - A neuf ans, trouble intellectuels. On est "o cé de suspendre l'éducation de .'enfant. Ces ^*™*£«t£ plus, le caractère se modifie. - Accès choré que, peu durable - A quinze ans plusieurs accès de manie, avec délire et hallucinations.- Puis ver table ZSS** avathnu, Marche devenue incertaine et — nte tremblement de la langue; tremblement des mains et ^^^^^ lue. Quand on interroge la malade, ou bien elle ne répond pas, ou bie. elle iuc. vjuo.hu o nnç=p ses tournées assise ouue-

profère quelques sons inintelligibles, Llle passe ses 0UI bout sans rien faire. Elle laisse échapper sous elle, n importe ou ses bout sans rien anc a »inalemenl. dépérissement progressif; affaiunnes et ses matières, etc. - ?in^eme™' *L0M terminales, affectant le blissement des membres inférieurs. - Convulsion ; te m ^ cûlé droit du corps d'une façon prédominante. - Moi t a dix huit ans.

L'autopsie démontra les lésions suivantes : épaississement

(!J Mémoire cité (B.u.n, A Journal of nnurology, avril 1883, p. 51).

o0G SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE,

général et uniforme de la voûte crânienne; — à la base du crâne, exoslose conique, de huit lignes de longueur ; — adhérences méningées ; — épaississement de l'arachnoïde, — et surtout dilatation considérable des ventricules, surtout du ventricule latéral gauche, dont les cornes postérieure et inférieure présentaient deux cavités où se serait facilement logée une noix; — enfin, comme conséquence de celte dilatation, aplatissement des ganglions cérébraux, et véritable atrophie dé l'extrémité postérieure de l'hémisphère gauche (1).

J'arrive maintenant au point capital de la question, à savoir, le diagnostic différentiel.

Au total, tout l'intérêt pratique du sujet que nous discutons se résume en ceci : suspecter et reconnaître la spécificité de nature des accidents morbides, pour leur opposer en temps utile le seul traitement capable d'en conjurer les redoutables conséquences ; c'est-à-dire, en autres termes, diagnostiquer, dépister la syphilis sous le masque des accidents cérébraux qui lui servent d'expressions symplomatologiques.

Or, il faut bien l'avouer, cette syphilis héréditaire du cerveau est très ordinairement méconnue. A preuve tant et tant de faits que j'aurais à citer.

Et pourquoi est-elle méconnue de la sorte en pratique? C'est que, scientifiquement, nosologïquemenl, elle n'est pas connue, elle n'est pas dénommée. Où figure- t-elle dans nos classiques ? Quel est le livre actuel de pathologie médicale où elle se trouve décrite, où elle occupe un chapitre particulier? Si vous fouillez les archives de la science, vous découvrez bien çà et là quelques observations relatives au sujel; mais ces observations si précieuses, si dignes d'intérêt, ne sont pas sorties des recueils spéciaux où elles restent oubliées. Si bien que la syphilis céré-

(1) Ueber kereditare syph. in ihrer Einwitkung auf Entwirkelung von Geistés Kranhhcdcn (Arch. fur Psychiatrie, 18(58-09).

brale héréditaire n'a pas encore reçu droit de cité dans la science officielle et qu'elle est, on peut le dire, presque généralement

ignorée

noree.

Mais il y a plus. Ceux-là mêmes, parmi nos confrères, qui connaissent la syphilis cérébrale héréditaire par les quelques faits publiés jusqu'à ce jour, la tiennent en forte suspicion et n'y croient guère, ou, disons mieux, n'y croient pas. Que d oppositions n'ai-je pas rencontrées toutes les fois qu il m est arrivé de plaider sa cause et de revendiquer à son actif tels ou tels accidents survenus chez de jeunes sujets issus de parents syphilitiques! Que de fois ne m'a-t-on pas accusé, en pareilles circonstances, « de voir la syphilis partout » ou bien encore « de vouloir annexer toute la pathologie àla syphilis » ! « Sans doute, me disait-on, votre syphilis cérébrale héréditaire n'a rien d impossible ou d'illogique en soi ; mais est-elle démontrée? D abord elle n'a rien de spécial. Puis nombre d'autres causes peuvent servir d'origine aux accidents qu'il vous plaît de rapporter à la syphilis, etc., etc. ». Somme toute, on se défie de cette encephalopathie hérédo-syphilitique comme d'une « nouveauté >», comme d'une conception purement hypothétique.

Eh bien, cette « nouveauté », cette « hypothèse », je vous ai montré qu'elle constitue actuellement un fait scientifique d'une authenticité indéniable. Donnez à ce fait le temps de se vulgariser, de vieillir, et vous verrez les cas d'encéphalopathie hérédo-syphilitique devenir de plus en plus nombreux, car ils ne sont pas rares, bien malheureusement ; et vous verrez ces cas être reconnus, diagnostiqués d'une façon courante, car le diagnostic n'en offre vraiment pas de difficultés particulières.

Si nous interrogeons les observations en vue de rechercher quelles erreurs ont été surtout commises en l'espèce et quelles Leurs mnséquemment nous avons surtout à, redouter pour notre propre compte, noms recueillons de cette enquête 1 enseignement que voici : , ,

D.une façon presque exclusive, la syphilis cérébrale héréditaire a été prise tantôt pour une mmingke tuberculeuse;

'm SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE.

tantôt pou.' Me tumeur de fmcéphale; tantôt enfin pour une

épilepsie essentielle.

Le cadre dn diagnostic différentiel h instituer ici se trouve donc par cela seul nettement circonscrit, aussi bien que catégoriquement déterminées sont les espèces morbides appelées à v prendre place. ,?

Parlons d'abord de la méningite tuberculeuse,

I. - Que la syphilis cérébrale héréditaire en ait imposé pour une méningite tuberculeuse, cela se conçoit de reste. De nombreuses raisons rendent possible et facile une méprise de ce genre (1). C'est d'abord que les deux maladies en question

Je ne résiste pas cependant au désir de relater comme exemple un de ces

cinct de ïffiTi m°n. aU,i k D- Barthéle^ ™ci le sommaire ïrèS S c et de ce fait, qui est un beau spécimen d'une méningite hérédo-suphilitioue

P ZZVJ?aTrrle tUberClUeuse et Par Viodle de potLZZ 7

Entant de constitution moyenne. - A l'âge de trois ans et demi invasion bru.

phoMe VïïSË ï TÏT ' ™Mét™*> constipation, «JÏÏTpït phobie singulière, agitation, insomnie, puis accès éclamptiques nombreux -

sance SCaT^U- ~ ^n^t intelle«- ~ Perte LXTconn'aisrïnZ\r ^ntract"rc^ - Opisthotonos. - Yeux convulsés et rétractés supérieurement « a.i point qu'on n'apercevait plus du tout la cornée ». - ConvulSons

S "^n Su ^PHreilC- PhaUqUeS- - DéCUbitUS SPécia1' -^-à-dire ictite m" olu ï I surnelIe;même, recroquevillée ,< en chien de fusil ... Coma ab-

dans n ^ " QUt Z 88m™M après rinvasi0° de la maladie, l'enfant était tSîZ^?ST-itÊfas^ qUC ,CS d6UX médecins traita"ts annoncèrent nrév Ar iw- t d^'no8tic de tuberculeuse et lui tirent

Lrlsten, Z Z Pr0Chair d Un dénouement fatal. Toutefois, ne voulant pas SSulmfl « P ? man:Jerent uu ^mème médecin, qui porta le môme diano°as ium ,C°nfrurcfs e - « Par «cquit de conscience », prescrivit l'iodure de médÏÏZi.1 La(lmf!mst^tlou,'le ^ remède fut le signal d'un amendement im- Bref îlZ . sUuatl0.n:, Tousles symptômes furent modifiés en quelques jours.

^■iu i ^]0UV^ll°:luv'1 futPre8crit.^e amélioration surprenante, qu'on P t a u, ,. „, quahger d me8pépée) s.attegta par ,c rctoiu, de la commisSilinc

TrSa i S c?nl,'",;"ir,'s' l'atténuation des autres troubles morbides, etc. au delà » SOmtlinesp 11,8 ti,rii> 1;l convalescence était établie. - Guerison complète

Darlmi'10,',!0'.0" r'';8Un,<5' unc nffection cérébrale des plus graves qui fut prise utr Z, T r u"° mcnin8te tuberculeuse et qui fut guérie, contre ôr n ' P'ir ^mmistration du traitement antisvphililique. ment d 2?' ?pé,?ificî,té <lc Cctte aiïtirlion cérébrale ne ressort pas seulean I s !■ '""Y""» lal d0 Ia •médication spécifique. ÉUe a son témoignage t ' ' s,"'cedèrci.t et dans l'enquête qui fut ultérieurement , Il f !Ur l?8 ascendants, comme on va I,. voir.

semant, qui éta.t absolument rétablie, lut prise, vers l'âge de dix ans, d'une

AFFECTIONS CÉRÉBRALES. — DIAGNOSTIC. 309 affectent des sujets de même âge. C'est ensuite et surtout qu'elles ont quantité de traits communs, à savoir, par exemple : comnu- prodromes, modifications du caractère et de l'humeur; inaptitude au travail ; asthénie intellectuelle ; céphalalgie, etc. ; — connu.' symptômes d une période plus avancée, affaissement physique, agitation, insomnie, convulsions partielles et générales, paralysies localisées, notamment paralysies oculaires et, plus spécialement encore, paralysies dissociées de la troisième paire (ptosis, strabisme, mydriase), monoplégies, hemiplegfie etc

Donc," une analogie réelle, disons mieux, une véritable identité de manifestations peut ici donner le change.

Mais il y a plus. En certaines conditions, le diagnostic ditlerentiel de la syphilis cérébrale et de la méningite tuberculeuse estnonpas difficile, mais impossible même, impossible, entendez bien le mot, Messieurs. D'abord il est impossible, manifestement, dans la période de début. De plus il est non moins impossible quelquefois dans une phase plus avancée, alors que

nnhthalmie rebelle affectant l'œil droit. Appelé* à traiter cette ophthalmie MM its D» Barthélémy et Parinaud y reconnurent un type de l'aflect.on dite

.„ p "S, ^.4ïï qPu-« Je,,, .ne ; elle a'«, d. plu», commence a marcher „„ a

Xte .« turant'l^lant est «.lé. « pc» P* 8»,,rde dupe oreille p£d^d.»> M. luJoWhpi eU. eonser,. un certain degré de copho.e de celte

précoces, etc. dermatose tuberculeuse, qui pa-

5° Développement récent, sur une joue, u uue u.DA

rai t. I.i^n être de nature spécifique. wsriuite à l'aveu par l'évi-

En»., I» „,ere d. ['«.tant. pre5; é. de , q 0 -« •• £ . a I»,

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"■^ESfi SSRS, â"4ue »n..rvan.n eon„n. garante dtoolu.

authenticité.

le médecin ne dispose encore que d'un petit nombre de symp tûmes équivoques, susceptibles d*.ètae rattacbés tout aussi bien à Tune qu'à l'autre maladie. De cela j'ai eu la preuve ces derniers temps, à propos d'un cas où cependant j'étais assisté de deux éminents collègues, tous deux médecins d'enfants et cliniciens consommés.

Pendant dix jours il nous fut impossible, dans ce cas, en dépit de I examen le plus minutieux des symptômes, d'aboutir à un diagnostic précis et de déterminer ce à quoi nous avions affaire Jugez-en au surplus.

Il s'agissait d'une fillette de quatre ans, née d'un père syphi litique et d'une mère qui, sans être tuberculeuse de fail pré sentait le faciès et l'allure de la tuberculose. Bien portante usqu alors, cette enfant, nous disait-on, était tombée malade demis quelques semaines, et malade d'une façon vague, mal définie singulière. Elle s'était alanguie, affaissée, et surtout absolument modifiée comme caractère et comme humeur. Habituelle ment vive, gaie, rieuse, elle était devenue maussade, ennuyée apathique, triste, irritable. Elle ne jouait plus, même avec ses poupées que d'ordinal elle habillait et déshabillait du matin au soir. Ne voulant rester ni levée ni couchée, elle passait toutes ses journées, à demi-somnolente, dans les bras de son ancienne nourrice. Elle avait perdu l'appétit et beaucoup maigri. Ces derniers temps, elle s'était plainte de la tête et avait paru en souffrir vivement. Enfin, depuis quelques jours, elle s était prise à loucher d'une façon constante, et l'une de ses paupières s'était légèrement abaissée. C'est à propos de ces derniers symptômes que, justement effrayée, la famille avail provoqué la consultation à laquelle mes deux collègues et moi nous nous trouvions conviés.

1 i' tel ensemble dénotait clairement une affection cérébrale Mais «le quoi s'agissail-il? Était-ce une méningite tuberculeuse <|u. débutait de la sorte? Était-ce une syphilis cérébrale qui «'"trait en scène? Après mûr examen, il nous fut impossible de décider la question. Les dix jours suivants, les choses restèrent en 1 état sans modifications sensibles, et pendant tout ce temps Ja môme incertitude ne cessa de planer sur le diagnostic, jus-

AFFILIIONS (JBRÊBKÀEES. - DIAGNOSTIC. 51 1

qu'à ce qu'enfin l'invasion de nouveaux symptômes vint donner la solution du problème. C'était bien malheureusement une tuberculose méningée qui se trouvait en cause, comme le démontra l'évolution ultérieure de la maladie.

Mais, en dehors des conditions particulières que nous venons de signaler, le diagnostic différentiel de la syphilis cérébrale et de la méningite tuberculeuse peut généralement être institué. Il repose sur les considérations suivantes :

i. — Dans la syphilis cérébrale, absence constante de fièvre, sauf en certains cas assurément rares, qu'on peut même dire exceptionnels. — Tout au contraire, dans la méningite, état fébrile, débutant avec la période d'excitation initiale et subissant plus tard des oscillations singulières bien connues, presque caractéristiques.

n. Divers symptômes, qui sont d'observation habituelle dans la méningite tuberculeuse, ne se rencontrent pas dans la syphilis cérébrale. Citons comme tels : 1° les alternatives subites de rougeur et de pâleur du visage; 2° la rétraction des parois abdominales, imprimant au ventre une forme spéciale connue sous le nom de ventre en bateau; 3° les variabilités du pouls, d'abord accéléré, puis ralenti, puis accéléré de nouveau ; le caractère irrégulier, intermittent, inégal, des pulsations artérielles, etc.

C'est seulement aussi dans la méningite tuberculeuse que l'on observe le symptôme curieux connu sous le nom de «fièvre dissociée », qui consiste exclusivement dans l'élévation de la température, avec un pouls normal ou même ralenti.

m. — D'autres symptômes, qui peuvent figurer dans les deux maladies, sont infiniment plus communs et beaucoup plus accentués dans la méningite tuberculeuse que clans les encéphalopathies de la syphilis, à savoir : cris hydrencéphaliques (que je déclare, pour ma part, n'avoir jamais entendus sur mes malades); — constipation intense du début ; — vomissements « en fusée »; — délire ; — photophobie ; — contractures; — grincements de dénis, mâchonnement; — opisthotonos, etc. De série qu'on peut dire ceci, d'une façon générale : le type,

la physionomie méningitique appartient bien plutôt à la tuberculose méningée qu'à la syphilis cérébrale. Certes, il est des cas où cette dernière revêt l'allure, l'aspect d'une méningite, surtout dans ses périodes initiales; mais ce n'est là pour elle qu'une forme accidentelle et peu fréquente.

iv. — L'habitus des malades est très différent de part et d'autre. Inutile de vous dépeindre ici le portrait bien connu des enfants affectés de méningite tuberculeuse, qui sont pelotonnés dans leur lit, parfois même recroquevillés sur eux-mêmes « en chien de fusil », la tête tournée contre la muraille ou cachée sous leurs couvertures. Quand on cherche à les sortir de l'espèce de torpeur somnolente qui semble les accabler, ils ouvrent des yeux étonnés, vous regardent un instant d'un air ennuyé, « presque hostile et haineux », repoussent la main de l'observateur, essayent de se soustraire à l'examen, puis se rendorment tout aussitôt. — Cet aspect, ce décubitus, cette physionomie générale du malade, sont tous symptômes qu'on ne rencontre pas dans la syphilis cérébrale.

v. — Ajoutons enfin que la méningite tuberculeuse s'accompagne souvent d'un changement notable dans l'état de la santé générale. Dès son début apparent, elle transforme parfois les petits malades, en les amaigrissant, en les étiolant d'une façon presque soudaine. Cela encore ne s'observe dans la syphilis cérébrale ni à ce degré ni sous cette forme singulièrement rapide.

Grâce à ces divers symptômes, et grâce aussi aux renseignements tirés tant de l'état de santé préalable que des antécédents de famille, on aboutit généralement à déterminer le diagnostic d'une façon précise.

II. — Plus souvent encore la syphilis cérébrale héréditaire a été confondue avec des tumeurs de l'encéphale, notamment avec la plus commune de ces tumeurs, le tubercule. L'erreur est en l'espèce naturelle et facile, d'autant que la syphilis détermine parfois des tumeurs de l'encéphale el en affecte par conséquent la symplomatologie.

A ue parler que du tubercule cérébral, il faut convenir qu'il

AFFECTIONS CÉRÉBRALES. — DIAGNOSTIC. bi3

offre un ensemble clinique singulièrement analogue à celui des cncépnalopathies spécifiques. Il en aies symptômes principaux (céphalalgie, troubles congés tifs, accès épilepliformos, paralysies partielles, etc.); il en a également l'allure apyrétique, la marche insidieuse et lente, etc. Aussi bien n'en peut-il être distingué que d'une façon indirecte, par des considérations tirées de l'état général du malade, de ses antécédents personnels, de ses prédispositions héréditaires. L'examen du malade apprendra si l'on a affaire ou non à un sujet tuberculeux, soit tuberculeux de fait, de par quelque localisation phymique déjà accomplie, soit tuberculeux de tendance, en raison d'un lymphatisme avéré, d'une constitution affaiblie, etc. L'analyse des antécédents révélera ou pourra révéler dans le passé des manifestations de syphilis ou de tuberculose. Mais c'est tout, et nul autre élément ne viendra éclairer le diagnostic d'une façon plus précise.

III. — La forme de syphilis cérébrale à début épileptiquc n'est pas moins faite pour donner le change. Maintes fois elle a été confondue avec Yépilepsie, l'épilepsie essentielle, névrosique. D'abord, lorsqu'elle se restreint pour un temps plus ou moins long à des manifestations d'ordre comitial, elle en impose facilement, je dirai presque fatalement, pour une épilepsie pure et simple, ainsi que j'ai eu l'occasion de vous en citer quelques exemples précédemment. Déplus, alors même qu'elle s'écarte de ce type exclusif, elle n'en reste pas moins sujette à méprise, parce que les symptômes comitiaux en constituent pour une certaine période l'expression principale, prédominante, qui prime tout, qui relègue dans l'ombre tous les autres troubles concomitants. !-]t, dans ce cas encore, que d'erreurs n'aurais-je pas à ciLer!

Comment se tenir en garde contre de telles erreurs, éminemment graves et regrettables parles conséquences qu'elles comportent? De deux façons, que voici :

1° En s'inspirant, en se pénétrant de celle idée, malheureusement trop peu répandue encore parmi nous, que la syphilis serl d'origine en maintes occasions h des symptômes d'ordre épileptiquc, et en recherchant la syphilis avec attention, avec FoutwiEn. 33

persévérance, dans tous les cas où se présente à résoudre le diagnostic de tels symptômes. Je tiens pour certain que nombre d'épilepsies de provenance ignorée sont imputables à la sypliilis et seraient dûment rapportées à la syphilis, si l'on prenait plus de soin d'interroger à fond les antécédents des malades et de leurs familles. A preuve les observations précitées d'Althaus et de Jackson, comme tant d'autres que je pourrais produire.

2° En instituant, à propos de chaque cas particulier, un diagnostic différentiel minutieux et sévère, où prendront place surtout les diverses considérations suivantes, que j'ai déjà longuement développées devant vous à propos de la syphilis cérébrale de l'adulte (1) et qu'il me suffira en conséquence de vous rappeler sommairement.

i. — L'épilepsie qui dérive d'une syphilis cérébrale a les caractères d'une épilepsie symptomatique. C'est dire en conséquence qu'elle s'adjoint de bonne heure, voire quelquefois dès la première heure, un cortège d'autres symptômes cérébraux, issus avec elle d'une origine commune. C'est dire que, dans une époque plus ou moins voisine de son début, elle coïncide avec d'autres manifestations de même ordre, telles que céphalée, accidents congestifs, troubles sensoriels, troubles de l'intelligence, parésies ou paralysies, etc., tous symptômes que ne comporte pas l'épilepsie vraie, l'épilepsie névrose, du moins à une période tout à fait initiale.

Ainsi, pour citer un exemple, les premières crises convulsives de la syphilis cérébrale héréditaire sont souvent contemporaines d'un trouble plus ou moins accentué des facultés intellectuelles, affectives et morales, comme je vous en ai relaté un Cas curieux dans ce qui précède.

De même, il n'est pas rare qu'une hémiplégie partielle ou générale, éphémère ou durable, succède aux accès convulsifs de la sypliilis cérébrale, et cela dans une étape jeune encore de l'affection; tandis que rien de semblable ne s'observe dans l'épilepsie vulgaire.

(I V. La Syphilis du cerveau, p. I8S et BUir.

Donc, l'adjonction précoce aux symptômes épileptiques de symptômes cérébraux d'un autre genre constitue en l'espèce une présomption formelle contre l'épilepsie commune, en faveur d'une épilepsie d'ordre symptomatique.

u. — Un second signe d'une réelle valeur peut être fourni parla multiplicité des crises comitiales. Il est des cas où la syphilis cérébrale, même à une époque voisine de son début, s'accuse par des accès épileptiques singulièrement nombreux. Je voyais en ville ces derniers jours, avec mon collègue et ami le professeur Bail, un petit enfant de dix-huit mois qui, très certainement affecté d'une encéphalopathie hérédo-syphilitique, était pris quotidiennement d'accès convulsifs au nombre de cinq, dix, quinze, vingt et trente. Un jour même il en avait eu trente-cinq, très exactement comptés par sa mère. Or, l'épilepsie vulgaire, surtout alors qu'elle vient de naître, ne présente jamais une multiplicité de crises aussi extraordinaire ni même comparable aux moyennes moins élevées qu'atteint assez souvent la syphilis cérébrale.

m. — En dehors de ses crises, un épileptique vulgaire — et surtout un épileptique de fraîche date — est un sujet bien portant, indemne d'accidents cérébraux. Tout au contraire, un sujet qui, de par une syphilis cérébrale, vient à être affecté d'accès épileptiques, est un malade non pas seulement au cours de ses accès, mais clans leurs intervalles. C'est en tout temps un malade touché cérébralement, sur lequel vous découvrirez presque toujours divers symptômes non équivoques d'un état morbide de l'encéphale.

Et, en effet, l'épilepsie symptomatique d'une syphilis cérébrale peut bien, pour un certain temps, simuler l'épilepsie commune par l'absence de troubles morbides dans les stades intermédiaires à ses crises. Mais elle ne tarde guère — sauf exceptions rares précédemment signalées — à en différer par ce fait que divers troubles importants prennent place dans les intervalles de ses crises et constituent un état morbide permanent, sans parler même des cas assez nombreux où des troubles de ce genre accompagnent, sinon devancent, son invasion première

:; i G SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE.

iv. — Enfin, l'épilepsie partielle ou latéraiisèe est une modalité dés accès; convnlsifs qui s'observe assez communément dans la syphilis cérébrale. Ghez Le petit malade dont je vous parlais à l'instant, la plupart dos accès étaient constitués par des spasmes limités à la moitié gauche du corps exclusivement. C'est là une forme convulsive beaucoup plus rare dans l'épilepsie esscnliellc ou vulgaire.

Sinon toujours, au moins en bon nombre de cas, ces diverses considérations suffiront à différencier de l'épilepsie commune l'épilepsie symplomalique d'une syphilis cérébrale. Certes, elles ne feront pas tout le diagnostic qu'il s'agit d'instituer en l'espèce, mais elles en feront une partie et la partie primordialCj fondamentale. Elles ne détermineront en rien assurément si l'épilepsie en question relève ou non d'une origine syphilitique, mais elles démontreront qu'elle n'est pas, qu'elle ne saurait être une épilepsic simple, essentielle. Elles attesteront en conséquence le caractère symptomatique de celle épilepsie. Et le gros œuvre du diagnostic, si je puis ainsi parler, sera posé de la sorte, ipso facto. Car, une fois cela connu, une fois admis que cette épilepsie n'est qu'un symptôme, il ne reste plus — chose relativement facile — qu'à rechercher la raison, le pourquoi de ce symptôme. Et la syphilis alors se présentera tout naturellement dans les coinmémoratifs comme origine possible d'un tel accident.

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