PARAPLÉGIE
Soumise au traitement spécifique, la malade guérit en l'espace de deux mois (1).
Une intéressante observation de Bartels est relative à une femme hérédo-syphilitique qui; après avoir présenté de très nombreux accidents d'ordre incontestablement spécifique, fut affectée d'une paraplégie des quatre membres. — Guérie par le traitement spécifique, elle fut reprise des mêmes accidents quelque temps après, mais cette fois avec paralysie des sphincters et avec eschares siégeant à la fois au sacrum et aux omoplates. Le même traitement eut encore raison de cette récidive. — D'autres manifestations ayant emporté la malade l'année suivante, on trouva à l'autopsie la raison de ces phénomènes paraplégiques sous forme d'un résidu de tumeur gommeuse placée au devant des deux vertèbres supérieures, de façon à comprimer la moelle. La moitié gauche de la moelle allongée présentait encore des traces de l'aplatissement transversal quelle avait subi (2).
(1) Archiv fur Dermatologie und Syphilis, 1878.
2 Voici le résumé très abrégé de ce cas curieux dont on trouvera la relation complète dans le livre de Bartels (Les maladies des reins, trad. par le Dr Edel-
mFemmede) vingt-deux ans, hérédo-syphilitique, affectée depuis plusieurs annéesTsyphilidel serpigineuses sur le cou et la face. - De 1802 a 1872, ré icidxves multiples de ces syphilides, sous la même forme. - En outre, accidents syphil tiques nombreux! fistule lacrymale, lésions osseuses du nez, eboulement du nez dactylites, gommes, etc. - En 70, invasion de phénomènes paraplégiques. ! 'se produisit peu à peu une paralysie qui affecta d'abord les extrémités inférieures puis les extrémités supérieures; de sorte que la malade fut forcée de rester couchée sans faire aucun mouvement, et que pendant longtemps on dut lui donner ses aliments qu'elle n'aurait pas été capable de prendre ». - Traitement spécifique. — Guérison complète en mars 71. ;
Quelque temps après, récidive des symptômes paralytiques qui envahissent d'abord le bras" gauche, puis la jambe gauche puis le bras droit, et enfin la. ïambe droite. - Sensibilité restant intacte dans les membres paralysés. - Paraysie des sphincters de la vessie et de l'anus. - Eschares au sacrum et aux omoplates. - Albuminurie légère. - Traitement par frictions mercur.elles et mdure ue potassium. - Amélioration lente. - Guérison complète en juin 12.
Quelques mois plus tard, récidive d'accidents spécifiques (syphilides, gommes, etc.). - En outre, détérioration de l'état général ; affaiblissement amaigris ement. - Hémoptysies, toux, diarrhée. - Réapparition de 1 albumine dans l'urine. - OEdème des malléoles, puis anasarque. - Emaciation, marasme et
■"indépendamment de nombreuses lésions que je passe sous silence, l'autopsie en ce qui concerne la moelle, révéla ceci : Au devant de 1 articulation de 1 allas avec la base du crâne, entre l'atlas et l'axis, existence d une tumeur qui, a la coupe, fut reconnue pour un foyer caséeux ramolli (gomme). - La moi tic gauche de la moelle allongée était aplatie et élargie. - « Evidemment, ajoute 1 auteur,
J'aurais encore à vous citer quelques observations analogues deux notamment qui sont duos à Zambaco (1) et II. Jackson (2)' Mais je préfère rappeler vos souvenirs sur un fait dont vous avez été témoins ici-même, il y a quelques mois.
Vous n'avez pas oublié sans doute ces deux enfants hérédosvpluliliques qui, l'année dernière et les premiers mois de cette année, nous étaient régulièrement amenés par leur mère à chacune do nos consultations du mercredi. Issus d'un père syphilitique (que vous avez vu également) et d'une mère saine ou sur laquelle du moins nous n'avons jamais observé quoique ce soi! de suspect, tous deux ont présenté dans le jeune Age divers aeculenls d'hérédo-syphilis. Le plus jeune, le seul qui nous intéresse pour l'instant, a été couvert de svphilides dans ses premières semaines. Plus tard, il est devenu sujet à des écoulements d'oreilles et à des écoulements chroniques du nez. Il n'a commencé à parler que très tard. Il est fréquemment affecté de crises convulsives dont nous n'avons jamais pu apprécier la nature de visu, mais qui, d'après le récit qu'en fait la mère, sont très probablement d'ordre épilcptique. Son front est déformé par deux bosselures latérales, etc., etc. Eh bien, cet enfant, vers l'âge de trois ans et demi, a commencé, sans souffrances et sans aucun symptôme appréciable, à devenir « faible sur ses jambes ». Bientôt il n'a plus marché que péniblement, difficilement; puis il n'a plus marché du tout, et, quand on nous l'a amené ou plutôt apporté il y a quelques mois, ses membres étaient incapables de le soutenir, bien que capables encore de quelques mouvements limités. Bref, vous l'avez vu affecté d'une paraplégie, paraplégie n'affectant du reste que la inutilité et respectant soit la sensibilité, soit les fonctions des sphincters. Suivant toute vraisemblance, vous disais-jc à celle époque, cette paraplégie a son origine dans une affection spécifique de la moelle ou de ses enveloppes. L'événemenl m'a
les phénomènes paralytiques avaient été produits par une gomme placée au devant des vertèbres supérieures et comprimant la moelle; ils disparurent après qu une partie de la gomme eut été résorbée et qu'elle eut ainsi diminué de volume ».
(1) Dr* affections nerveuses syphilitiques, Paris, 1862, p. 20".
(2) Chnical Lectures and reports of the London hospital, 18G4, t. I.
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donné raison depuis lors; car, à brève échéance, la médication aiiLisyphililiquc a fait justice de cette paraplégie.
Bien que peu nombreux encore, les faits qui précèdent n'ont pas moins une signification incontestable. Ils établissent d'une façon authentique que certaines paraplégies de l'enfance ou même de l'âge adulte peuvent reconnaître pour origine une influence hérédo-syphilitique.
Inutile de faire ressortir l'importance et les applications pratiques d'une notion de ce genre.
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TABES 11ÉRÉDO-SYF1IIL1T1QUE.
Une seconde question s'impose à notre examen.
De même que la paraplégie, le tabès peut-il être une conséquence de l'infection hérédo-syphilitique?
Pourquoi non? répondrai-jè à priori. S'il est certain — eteela n'est plus discutable aujourd'hui — que la syphilis acquise est la cause non pas exclusive, mais majeure, la cause par excellence du tabès, je me demande ce qu'il y aurait d'extraordinaire ou d'impossible à ce que la syphilis héréditaire lui servit également d'origine.
Et, en effet, plus nous avançons dans notre étude, plus nous recueillons de témoignages en faveur de ce fait désormais incontestable, à savoir que la syphilis héréditaire est susceptible de réaliser, à des échéances d'ailleurs très variables, la plupart des manifestations morbides qui assortissent à la syphilis acquise.
Mais les questions cliniques ne se jugent pas par des à priori. Elles se jugent par des observations. Or, voyons ce que la clinique nous apprend à cet égard :
Pour le dire sans plus larder, je ne sache pas qu'il existe aujourd'hui dans la science une seule observation — j'entends une observation complète et irréfutable — relative à un cas de tabès
d'origine hérédo-syphilitiquc. En d'autres termes, nous ne possédons pas encore un seul cas bien authentique de tabès développé sur un sujet indubitablement hérédo-syphilitique, de tabès sûrement et rigoureusement imputable à l'hérédo-syphilis Toutefois il semble peu douteux dès à présent que la syphilis héréditaire puisse servir d'origine au labes tout comme la syphilis acquise. Telle est du moins, pour moi, la conviction à laquelle m ont conduit -bien qu'incomplets, comme vous allez le voir — les trois faits suivants qui se sont présentés à mon observation ces dernières années.
L'un d'eux est relatif à un malade de nos salles, bien connu de vous, dont je vous ai parlé longuement dans une conférence récente (1) et que rappellera immédiatement à vos souvenirs la particularité curieuse d'une fracture spontanée survenue tout à fait au début de la période prœataxique et peut-être même constituant en l'espèce la première manifestation du tabès. Vous savez si nous avons soigneusement recherché sur ce malade la cause de son tabès. Nous n'avons rien trouvé tout d'abord, pas même la syphilis, qui cependant se rencontre si habituellement dans les antécédents des tabétiques. Puis un examen plus minutieux nous a conduits à découvrir plusieurs signes de l'ordre de ceux qui témoignent le plus communément d'une infection spécifique héréditaire, à savoir : 1° une taie cornéenne; — 2° des antécédents d'ophlhalmies chroniques, qui auraient affecté le malade pendant toute son enfance ; — 3° des malformations dentaires, sous forme de sillons transverses très accentués, d'érosions, de lésions atrophiques affectant le sommet de plusieurs dents. — A coup sûr ces divers signes, les seuls d'ailleurs qu'il nous ait été possible de relever sur notre malade, ne nous permettent pas d'affirmer chez lui une infection hérédo-syphilitiquc, mais ils nous autorisent pour le moins à la soupçonner.
Un second cas, plus complet, que j 'ai recueilli eu ville, concerne une femme de trente ans, déjà profondément alaxique à l'é-
(1) V. Tûbet poriffinê limdosyphiimqûe probable; fracture spontanée, leçon recueillie pac le Dr Rruchct [fronce médicale, 188*).
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poquc où je la vis pour la première fois. Chez cette femme, le tabès avait débuté - chose rare et digne de remarque en 1 espèce vers l'âge de vingt ans. Or, cette malade était indemne de toute contamination syphilitique personnelle; mais elle fournissait une série de renseignements qui laissaient peu douteuse sur elle l'existence d'une infection spécifique héréditaire. Son père, nous disait-elle, était mort « des suites dune syphilis qu'il avait contractée dans sa vie de garçon » Sa mere avait fait de très nombreuses fausses couches, que divers médecins avaient rapportées à la maladie de son mari. Elle-même avait été affectée, vers l'âge de trois à quatre ans, d un « mal d'yeux grave et chronique », qui avait duré quinze a dix-huit mois et qui avait laissé un néphélion sur l'une de ses cornées.
Le troisième fait dont je dispose est relatif à un jeune garçon chez lequel, comme chez la malade précédente, le tabès débuta d'une façon singulièrement prématurée. A dix-huit ans i était déjà ataxique, sans parler de prodromes sur lesquels il s'expliquait mal, mais qui semblaient reporter le début du tabès proprement dit au seuil même de l'adolescence. Or, ce jeune homme était indemne de toute contagion syphilitique, et même n'avait jamais eu de rapports sexuels. En recherchant sur lui la cause, le pourquoi de ce tabès, je découvris trois signes peu douteux d'infection héréditaire, à savoir :
1" De nombreuses cicatrices lombo-fessières, du genre de celles que M. Parrot a si bien étudiées et décrites. Mon regretté collègue, à qui je montrai le malade, me déclara que, pour lui, ces cicatrices étaient « absolument typiques et démonstratives ».
2° Plusieurs érosions dentaires, sous forme de sillons ou d'atrophies cuspidiennes. - En outre, une canine était absolument amorphe, au point de ressembler moins à une dent qu a un caillou jaunâtre. . .
3° Une atrophie scléreuse des deux testicules, qui offraient tout au plus le volume de petites olives, avec une dureté ligneuse. En L'absence de tout antécédent, de tout commémorant capable d'expliquer une telle dégénérescence, d était au moins rationné! d'en chercher l'origine dans ces orchites infantiles de la syphilis héréditaire qu'a signalées un médecin distingue, le
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D'IIutinel, et qui sonl bien plus fréquentes qu'on ne le croit généralement.
Voilà donc Irois cas dans lesquels dos malades affectés de fal.es présentaient divers signes peu douteux d'hérédo-sypl.ilis.
Malheureusement, dans aucun de ces cas ilnem'a été possible de constituer, comme on dit en droit, la preuve du délit, c',estànliiT ,1,. remonter aux ascendants et de constater sur eux, soit de..vùu, soit par un interrogatoire direct, l'existence de l'a syphilis. De sorte qu'il manque à ces trois cas ce qui les aurait rendus indiscutables, à savoir, la démonstration de la syphilis chez les parents de mes malades (4)
Donc, bien loin de moi la prétention d'accorder aux faits précédents une signification et une valeur qu'ils ne comportent pas. Je ne vous dirai pas que, de par eux, le problème a reçu sa soin lion, et que dès à présent l'existence d'un labes hérédosyphili tique se trouve démontrée. Mais je vous dirai ce qui est conforme à la réalité des faits, à savoir :
Que, dans plusieurs cas, on a relevé sur des sujets tabétiques des signes ou des commémoratifs qui laissaient peu de doutes sur l'existence d'une infection spécifique héréditaire; — et qu'il n'a manqué à ces divers cas, pour être complets et démonstra-
(I) A ces trois cas j'en puis njouter actuellement uu quatrième, que je vien* «1 observer tout récemment dans mon service de l'hôpital Saiut-Louis.
11 s'agit dans ce cas d'un homme de trente-six aus, profondément atavique Chez lequel aucune cause ne rend compte de cette ataxie, si ce n'est peut-être celle dont nous parlons actuellement. Cet homme notammenl chose rare pour :1" tabétique n'apoinl contracte la syphilis. .Mais une infection hér'édo-syphilitique es1 rendue plus .pic probable chez lui pardivers accidents ou commémoratifs du genre de ceux qui se trouvent signalés dans les observations précédentes. En Outre; il affirme (et il est absolument catégorique sur ce point) que son père -< a été atrecté de la syphilis et traité pour la svphilis i>n 1810 (c'est-à-dire un an avant la naissauce de notre malade), à l'hôpital du Midi ». Il lient cela, assure-t-il de source certaine, et plusieurs fois on lui a dit dans sa famille qu'il « était né d'un mauvais sang, etc. »
Malheureusement, le père de notre malade étant mort, il nous a été impossible encore, dans ce cas tfomàië dans les précédents, d'établir par un examen direct la preuve de ces assertions.
Ce fait reste donc entaché du même point de doute que les trois autres précités.
H sera publié prochainement avec détails et. s'il est possible, avec documents l'ius certains sur les commémoratifs, par mon chef de clinique et ami le l)r Hrucliet.
TABES HÉRÉDO-SYPIIILITIQUE.
tifs, que le critérium de l'enquête instituée sur les ascendants;
Qu'en conséquence il existe de légitimes présomptions pour supposer que le tabès peut avoir son origine dans l'infection hérédo-syphilitiquc aussi bien que dans l'infection syphilitique acquise.
Certes, je le répète, la questionn'esL pas jugée, et elle ne le sera pas de si tôt peut-être ; mais dès à présent elle se pose , elle s'impose même, dirai-je. Jusqu'à ce jour, on ne s'était guère préoccupé, que je sache, de la syphilis héréditaire dans la recherche des antécédents du tabès. Eh bien, c'est là un élément nouveau dont il faudra tenir compte actuellement. Il faudra, pour toute enquête complète sur l'étiologie du tabès, interroger les antécédents héréditaires des malades au point de vue de la syphilis, tout comme aujourd'hui chacun de nous interroge au même point de vue leurs antécédents personnels. Et ceci sera de toute rigueur, car :
D'une part, il est absolument rationnel et légitime théoriquement que le tabès puisse dériver d'une syphilis héréditaire, puisqu'il dérive si fréquemment, si habituellement, de la syphilis acquise; — et, d'autre part, cette donnée rationnelle a déjà reçu une ébauche de démonstration des faits que je viens de signaler (1).
(1) J'ai laissé subsister dans sa teneur cette leçon, telle qu'elle a été professée il y a bientôt deux ans. Si j'avais à la refaire aujourd'hui, certes je serais plus affirinatif sur la connexion pathogénique qui relie le tabès à l'hérédo-syphilis. Et ce qui m'en donnerait le droit, c'est un certain nombre d'observations qui ont été publiées depuis lors, et dont quelques-unes me semblent nettement démonstrative- en faveur de la thèse que je viens de soutenir.
Comme telles, je citerai les deux suivantes, empruntées à un intéressant travail du Dr B. Remak {Berlin klin. Wochensch., 1885, n° 7).
Obs. I (Sommaire). — Marie D..., âgée de douze ans. — Née d'un père qui a contracté la syphilis en 18fi6 et d'une mère également syphilitique, encore affectée actuellement d'une pôriostose frontale. — Cette femme a eu onze grossesses, dont quatre se sont terminées par des fausses couches, et dont trois autres ont donné naissance à des enfants qui sont morts au cours de leur première année. — Trois enfants survivants, dont Marie D... est l'aînée.
Bonne constitution. — Comme antécédents morbides, rougeole, scarlatine, varicelle et diphthérie. — En outre, à neuf ans, chute sur l'occiput, sans accidents consécutifs.
Peu de temps après, invasion des symptômes de l'affection labétique actuelle, sous forme de troubles urinaircs (incontinence d'urine, nocturne et diurne; miction difficile et lente). — Puis, incontinence des matières fécales, symptôme qui a disparu depuis neuf mois. — Plus tard, pertes de connaissance; — céphalée occipitale; — ptosis ; — diplopic; — abaissement progressif de l'acuité visuelle.
Fouumkh. 3 4