‹ La syphilis héréditaire tardive [electronic resource]Chapitre 85 sur 113 · AFFECTIONS DES NERFS · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DES NERFS

Comme annexe aux troubles morbides que peut éveiller l'hérédo-syphilis tardive vers le système nerveux, il me reste a signaler quelques affections intéressant les nerfs individuellement.

Celles-ci sont rares. Une courte mention leur suffira. .)'ai vu deux fois, sur des enfants hérédo-syphili tiques, se produire des paralysies isolées des paires motrices oculaires, in-

334 syphilis iniitÉniTAinE tardive.

dépendammenl ,1c tout autre trouble cérébral, do tout symptôme permettant de supposer une affection de l'encéphale; Traitées par la médication spécifique', ces paralysies se sont amendées rapidement et dissipées sans retour, il est donc plus que vraisemblable qu'elles avaient leur origine, leur raison d'être, dans une lésion intéressant exclusivement les nerfs. Celle lésion dérivaiL-elle dîme altération primitive et essentielle du tronc nerveux ; ou bien n'élait-elle qu'une conséquence, un résultat d'une compression exercée sur le nerf par une tumeur de voisinage ? Cela, je ne saurais le dire; mais, en tout cas. les seuls troubles qui se manifestèrent furent ceux de simples paralysies oculaires.

Un cas plus complexe a été observé et décrit par le Dr Nettlesbip. Sur une jeune fille de quatorze ans, néed'unpère syphilitique et ayant déjà présenté divers accidents de syphilis héréditaire, il se produisit tout un ensemble de symptômes paralytiques se rattachant à des lésions de plusieurs paires crâniennes, à savoir : le nerf moteur oculaire commun, le nerf moteur oculaire externe et le trijumeau du côté droit. D'une part, les mouvements de l'élévateur de la paupière, du droit supérieur, du droit inférieur, du droit interne et du droit externe, étaient soit diminués, soit absolument abolis. Et, d'autre part, on constatait une notable diminution de la sensibilité sur k moitié correspondante de la face, au niveau du front, de la paupière, de la joue et du nez. Les muqueuses oculaires étaient également le siège d'une anesthésic semblable, voire plus marquée que sur les téguments du visage.

Voici le résumé de ce cas curieux :

Ons. (Sommaire). — « Enfant âgée de quatorze ans, p;\le, très peu développée. — Père déclarant avoir eu la syphilis sept à huit ans avant la naissance de cette enf'anl. — Mère morte en couches. Pas de renseignements sur celle femme.

La jeune malade offre des antécédents et des signes non douteux de syphilis héréditaire, à savoir : Vers l'âge de six ans, kéralite interstitielle douhle, ayant laissé une laie opaque sur l'œil droil ; — surdité légère, de début non précisé ;— hosses frontales proôminenles ; — malformations dentaires; — nez effondré ; — large perforation sur la cloison osseuse des fosses nasales; — carie d'un os au fond des cavités nasales, etc.

AFFECTIONS DES NERFS. 535 Début, il y a quatre ans, d'une anesthésie faciale qui persiste encore

aujourd'hui. .

Etat actuel : Anesthésie occupant le segment supérieur de la moitié (troue du visage, c'est-à-dire le front, la joue, les paupières, le versant droit du nez, la conjonctive et la cornée. Cette anesthésie toutefois n'est pas absolue.' Au niveau de toutes ces parties, la malade sent encore le contact, mais d une façon obscure, bien moins distincte que du côté opposé. — L'anes- Ibésieest surtout, marquée sur le globe oculaire. - En outre, du même côte paralysie complète du droit externe et du droit supérieur ; parésie du droit inférieur, du droit interne et de l'élévateur de la paupière; le petit oblique est probablement aussi paralysé; etc., etc.. (1). »

Signalons encore une observation curieuse du Dr Ormerod, relative à une lésion du nerf médian développée sur une jeune femme hérédo-syphili tique. Cette lésion consistait en une intumescence fusiforme du tronc nerveux, qui présentait sur une longue étendue de son parcours un volume égal ou supérieur à celui d'un « gros tuyau de plume ». Elle avait pour conséquence des troubles fonctionnels divers dans le membre correspondant, à savoir, phénomènes d'anesthésic cutanée au niveau de la main, et état parétique ou paralytique de plusieurs muscles, qui avaient perdu leur contractilité faradique et subi de plus un certain degré d'atrophie (2).

Enfin une autre manifestation de syphilis héréditaire tardive consiste en la production de paralysies symptomatiques de compressions, elàe compressions exercées sur les troncs nerveux par des tumeurs de voisinage, telles que gommes, exostoses, périostoses, etc. Je ne saurais en citer un meilleur exemple que le suivant, emprunté h mon savant confrère et ami le

Dr Galezowski (3).

Un enfant de douze ans commence par être pris de violents maux de tète, concentrés vers la tempe et le globe oculaire du côté gauche. Puis il se met à voir double, et son œil gauche devient saillant.

On l'amène, le 9 avril, à la consultation de M. le Dr Gale-

(1) V. Transactions of Ihe patnohfjieal Social,, of ^ndon\L 2 V. Transactions of Ihe palhological SoarU/ of London, XXXII 1881. (3) V. Recueil d'ophthalmologic, publié par Galezowski et buignet, 3° série, 1879, p. 454.

SYPUILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE.

zowski, qui constate l'état suivant : D'une part, cxophlhalmie très prononcée de l'œil gauche ; — d'autre part, signes multiples Ae paralysies oculaires intéressant le même œil, à savoir: ptosis; strabisme externe avec diplopie ; paralysie absolue de tous les muscles de l'œil, au point que le globe oculaire est à peine mobile. — Pas de douleurs à la pression exercée sur l'œil. — Du reste, pas de tumeur appréciable ; mais l'œil ne se laisse pas refouler dans l'orbite, ce qui démontre surabondamment l'existence d'une tumeur occupant le fond de l'orbite, tumeur qui empêche la restitution du globe oculaire clans, sa situation normale.

Quelle pouvait être cette tumeur? Lui supposant une origine syphilitique possible, M. Galczowski ouvre une enquête sur les antécédents. Il interroge le père, qui avoue la syphilis; il le trouve même affecté actuellement de deux ulcérations dont la nature syphilitique ne saurait rester douteuse. D'après ces données, il institue pour l'enfant un traitement spécifique. Résultat immédiat des plus satisfaisants. Dès le 26 mai, la diplopie disparaît; puis l'exophthalmie diminue rapidement; tous les autres symptômes s'atténuent et s'effacent. Bref, le 2 juin, la guérison est absolue.

AFFECTIONS PULMONAIRES

Que l'influence hérédo-syphilitique soit susceptible de créer des lésions pulmonaires, c'est là un fait qui, en ce qui concerne les enfants du premier âge, n'est plus à démontrer aujourd'hui. Mais, que cette même influence puisse se proroger dans un âge ultérieur, pour donner lieu, au cours de la seconde enfance, de la jeunesse et de l'âge mûr, à des pneumopalhics d'ordre spécifique, voilà un autre fait dont la notoriété, à coup sûr, est bien moins établie, ou même, disons mieux, dont on ne s'est guère préoccupé jusqu'à ce jour.

Eh bien, ce second fait cependant n'est pas moins aulhen-

AFFECTIONS PULMONAIRES. 337 tique que le premier, et nous pouvons donner comme certaine la proposition suivante :

La syphilis héréditaire est capable de réaliser, dans un acje plus ou moins avancé de la vie, des pneumopathies spécifiques, identiques à celles de la syphilis acquise.

k vrai dire, nous ne disposons encore que d'un bien petit nombre d'observations auxquelles serait applicable l'étiquette de phthisie hérédo-syphilitique. Je n'ai pu en réunir que cinq, et cela sur un total de 212 cas relatifs à divers accidents de syphilis héréditaire tardive. C'est bien peu, et, d'après le simple énoncé de ce chiffre, on serait autorisé à croire que les manifestations pulmonaires de l'hérédo-syphilis ne constituent que des exceptions rares dans un âge plus ou moins avancé. Mais j'imagine qu'en réalité ces manifestations sont moins rares qu'elles ne le paraissent, et cela pour les deux raisons que voici : d'abord, parce qu'elles sont souvent assez limitées, assez circonscrites en tant que lésions pour passer inaperçues, en second lieu, parce qu'elles risquent fort d'être méconnues comme nature et que maintes fois sans doute elles ont dù être rapportées indûment à la tuberculose.

Quoi qu'il en soit, voyons l'état actuel de nos connaissances sur la question.

D'abord, à l'autopsie de sujets hérédo-syphilitiques d'âge plus ou moins avancé, on a rencontré plusieurs fois des lésions pulmonaires d'ordre incontestablement spécifique, à savoir :

Soit de véritables gommes, sous forme de nodules jaunâtres et caséeux ; — soit des états d'épaississement fibroïde et scléreux disséminés au sein du parenchyme pulmonaire [fibroïd lungs des auteurs anglais); - soit des cicatrices superficielles ou profondes; — soit enfin des cavernes, des excavations creusées au centre de l'organe et circonscrites par une zone d'induration scléreuse, etc.; — cl tout cela sans la moindre trace de tuberculose.

Exemples :

Un de nos petits malades, âgé de sept ans, hérédo-syphihtique, fut emporté par une affection aiguë intercurrente. A

l'autopsie nous rencontrâmes trois petites gommes pulmonaires qui n'avaient pas donné lieu au moindre trouble morbide.

De même, un jeun,- enfant, fils d'un père syphilitique, était traité par M. Lannelonguc pour des affections osseuses do nature incontestablement spécifique, lorsqu'il fut pris d'une diphthôrie rapidement mortelle. L'examen cadavérique révéla une gomme pulmonaire dont l'existence n'avait pas été soupçonnée.

A l'autopsie d'une femme de quarante et un ans, manifestement hérédo-syphilitique et morte d'une phtbisic syphilitique. M. Lancereaux constata plusieurs cavernes dans les trois lobes du poumon droit. « Ces cavernes, dont les plus vastes auraient contenu un œuf de pigeon, étaient séparées les unes des autres par des cloisons souvent incomplètes ou des brides fibreuses plus ou moins étendues. Elles avaient des parois parfaitement lisses et polies. Elles étaient situées au milieu d'un tissu grisâtre, ferme, résistant à la pression et ne se laissant ni déprimer ni déchirer. Nulle part on ne trouvait la moindre trace de tuberculose ; et d'ailleurs ces cavernes, sculptées dans le tissu pulmonaire induré, indiquaient suffisamment qu'il ne s'agissait pas là de lésions tuberculeuses, etc. (1). »

En second lieu, des faits cliniques non moins probants établissent bien catégoriquement l'authenticité de pneumopathies spécifiques développées sur des sujets de divers âges et dérivant d'une infection héréditaire. Tel est, comme exemple, le cas suivant, que j'emprunterai à MM. Dubousquet-Laborderie et Gaucher, et qu'avec moi vous allez trouver des plus curieux, des plus remarquables et des plus probants.

Une petite fille de huit ans et demi était traitée depuis un certain temps pour une « phtbisie pulmonaire », lorsque le Dr Dubousquet est appelé à lui donner ses soins. Il trouve l'enfant dans l'état le plus propre à confirmer ce diagnostic, à savoir :

D'une part, habitus et faciès de la consomption; émacia-

(I) Traité de la syphilis, W 6dit., p. 331.

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