OBSERVATION VI
En 1922, cas de Félix Weller :
«Un malade, ayant un seul rapport sexuel aprèsune intérruption de plusieurs mois, remarque, immédiatement après le coït, une petite fissure sur son pénis. Il la cautérisa immédiatement avecune solution concentrée de permanganate de potasse. Lé troisième jour, il s’adressa à Weller qui constata chez lui une petite escarre avec phénomènes inflammatoires périphériques ét un seul ganglion inguinal douloureux à la pression.
Sous l'influence d'un traitement indifférent, l’escarre se détache et dans l'érosion mise à nu, on ne peut trouver de tréponèmes, malgré des recherches répétées.
Au bout de quelques jours, l'érosion se cicatrisa et Je ganglion redevint normal.
Pendant ce temps, le malade apprit par le médecin soig nant sa maîtresse qu'au moment du coït, elle avait des papules muqueuses des organes génitaux. Tous les jours le professeur Weller l’examina minutieusement, mais il ne put trouver nulle part ni chancre, ni rien qui ait pu soulever de soupçon La muqueuse de lurèêtre se révéla normale
(endoscopies répétées). La huitième semaine après le coït, le
B.-W. était négatif. Weller congédia le malade, tout en se proposant de répéter plus tard l'examen du sang. Le onzième semaine après, soixante-dix à soixante-dix-sept jours post coïtum, le malade revint chez le professeur Weller se plaignant de maux de tête et de fatigue. Sur La poitrineet sur l'abdomen, on put constater la roséole et, cette
fois-ci, le B.-W. fut positive. »
En examinant ces six cas on remarque que dans trois d’entre eux, les deux de Julien et celui de Bettmann,les accidents secondaires apparaissent dans des délais très courts : trente, trente-trois et dix-neuf jours après la supposée inoculation, et comme nous le verrons plus tard ces délais sont trop courts.
Le cas de M. Gaucher bien qu’apparaissant un peu tôt ne peut pas soulever de doute, et d’un autre côté le malade a toujours été sous la surveillance du médecin.
Les cas de Walsch et de Weller apparaissant l’un soixante l’autre soixante-dix à soixante-dix-sept jours post-coïtum, donc dans les délais trouvés par l’expérimentation, semblent être indiseutables.
c) Cas purs dans lesquels on ne trouve pas la porte d'entrée :
OBSERVATION VII Due à l’obligeance du P* Gougerot.
Roséole sans chancre avec adénite inguinale classique.
« Le 16 janvier 1919, P... René, 25 ans, se présente à la
consultation du soir à l'hôpital Saint-Louis, pour une érup
M. Mansour ; 3
A7 2 tion généralisée du thorax et de l'abdomen, apparue brusquement il y a quinze jours.
A l'examen, on constate sur tout le tronc et sur les membres supérieurs une éruption de roséole, formée d'assez larges éléments confluents. Les uns sont de la taille d'une pièce de vingt à cinquante centimes, les autres atteignent le diamètre d’une pièce de un à deux francs, dans la région scapulaire et sur les épaules. La couleur des éléments est d'un rose vif et ils ont tendance à être un peu ortiés, œdémateux. L’éruption est monomorphe ; nulle part on ne trouve de lésions vraiment papuleuses disséminées au milieu des macules. L’éruption est intense, presque confluente en certaines régions. Elle atteint le thorax et l'abdomeu surtout, mais elle envahit également les bras et les avant-bras où les éléments sont nummulaires. Dans le dos, la disposition des éléments se fait suivant les lignes de la peau. À aucun endroit on ne constate de desquamation.
Les muqueuses sont indemnes.
Le malade nous dit que cette éruption est apparue il y a une quinzaine de jours, qu’elle a débuté sur l'abdomen et ne s’est, à aucun moment, accompagnée de prurit. Il a eu au début quelques symptômes digestifs : pesanteur d’estomac, état nauséeux, si bien qu'il avait attribué l’ensemble de ces symptômes à l’ingestion de crevettes ; mais la persistance de l’éruption l'avait amené à consulter.
En présence d’une telle éruption, on pense aussitôt à une roséole syphilitique et l’on recherche le chancre. Or, l’examen minutieux des muqueuses génitales et anales, la palpation de l’urètre ne révèlent aucune érosion, aucune cica-
trise visible, aucune induration suspecte.
Par contre, l'exploration des aires ganglionnaires montre dans l’aine gauche un volumineux ganglion de la taille d’un gros œuf de pigeon, dur, mobile, indolore, accompagné d’un autre ganglion plus petit, du type classique du ganglion syphilitique et l’on découvre deux ganglions épitrochléens, un à droite, un à gauche et un petit ganglion sous-maxillaire droit.
Le reste de l'examen somatique est entièrement négatif ; il ne se plaint ni de céphalée, ni de douleurs quelconques osseuses ou autres, il n’a pas d’alopécie. Il nie formellement l’existence antérieure de toute lésion muqueuse ou cutanée.
Cette roséole si intense, sans chancre, sans plaques muqueuses, sans céphalée, semble si contraire au dogme classique que certains, autour de nous, doutent du diagnostic de syphilis ; le B.-W. se montre positif total et les injections de 914: 0,15, 0,30, 0,45 guérissent en douze jours cette
roséole.