OBSERVATION VIII
Due à l’obligeance du Professeur Gougerot.
Syphilis sans chancre à bubon suppuré syphilitique.
« Un étudiant en médecine nous conduit,le 10 février 1913, chez son frère, étudiant en chirurgie dentaire, parce qu'il souffre depuis douze jours d’un bubon subaigu, qui la veille s’est ulcéré. L'aspect est celui d’une adénite chancrelleuse, peau rouge, violacée, ulcération étroite, à bord décollés ; ganglions empatés de péri-adénite douloureuse. Immédiate-
ment, nous demandons la date du chancre mou, porte d’en-
UE ve trée ; le malade et son frère affirment qu'il n’y en a pas eu; nous cherchons et nous ne trouvons aucune trace, aucune cicatrice. Nous ne nous étonnons pas, connaissant les bubons chancrelleux, sans chancre mou, porte d'entrée.
l'ortant provisoirement ce diagnostic, nous cherchons le bacille de Ducrey ; ni sur les frottis du pus, ni après centrifugation de la sérosité obtenue par lavage de la poche, ni en cultures, nous ne trouvons le moindre bacille ; nous proposons au malade une auto-inoculation au bras avec le pus suspect. Cette auto-inoculation reste négative. Que conclure ? Est-ce une chancrello-syphilis déshabitée ? C'est ‘possible, mais peu probable en raison de l’évolution ultérieure vers une syphilis secondaire et de l’eflicacité du traitement anti-syphilitique qui en seize jours guérira cette adénite jusque-là rebelle.
Etonnés, nous cherchons dans une autre voie et nous réclamons l'examen de la partenaire. Elle présente des érosions buccales suspectes et nous avoue être spécifique, soignée à Broca ; sa séro-réaction est positive totale (HO le 26 février) ; nous demandons donc une séro-réaction du malade ; elle est positive Le 127 mars (HO). Le même jour, nous cherchons le tréponème dans le pus, il n’y en a pas (car ils sont lysés par le pus), mais dans la sérosité de grattage du ganglion, nous en trouvons trois indiscutables. Nous aboutissons donc au diagnostic si discuté de « syphilis sans chancre à bubon suppuré syphilitique ».
Mais, pour éliminer une infection secondaire expliquant la suppuration si anormale à la période primaire, nous poursuivons l'étude bactériologique ; le malade s’y prête
d'autant mieux que ni lui, ni son frère, férus de livres clas-
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siques, ne veulent admettre la syphilis et refuse tout traitement anti-syphilitique.
Ce n’est pas une mycose : aucun germe en frottis ou à l’ultra-microscope, cultures à froid et à 37° négatives, séro-diagnostic négatif, traitement ioduré inefficace. Malgré qu'il y ait des mycoses certaines à parasites vus et revus dans les lésions qui restent rebelles aux iodures et aux iodiques, malgré que nous ayons une riche collection de mycoses à parasites incultivables, nous rejetons ce diagnostic.
Ce n’est pas une tuberculose subaiguë ; pas de bacilles sur lames, ou après homogénéisation, inoculation négative au cobaye, polynucléose du pus et bien qu’il y ait des tuberculoses atypiques « déshabitées », nous ne croyons pas à la tuberculose ; le traitement anti-syphilitique ayant guéri complètement la lésion en seize jours.
Ce n’est pas une adénite gonococcique : pas d’urétrite, pas de gonocoques aux examens directs, ni en cultures.
Ce n’est pas une suppuration au cours d'affection génitale : balano-posthite, etc.
Ce n’est pas une suppuration banale due à des pyocoques vulgaires, les cultures faites avec la sérosité de grattage de la coque ganglionnaire restent négatives.
Est-ce une lympho-granulomatose suppurée ? A l’ultra, nous n'avons rien vu de comparable aux amibes décrites ultérieurement par Ravault, éliminant bien entendu les mononucléaires qui les simulent par leurs mouvements. La preuve de l’émétine ou de l’émétique ne fut pas tentée, n'étant pas alors connue.
Est-ce un virus filtrant comparable au virus herpético-
Log encéphalitique de Levaiit et Harvier. Ces faits étant alors inconnus, l'inoculation à la cornée du lapin ne fut pas faite.
Jusqu'à preuve du contraire, et en raison de cette étude bactériologique, je maintins le diagnostic de syphilis sans chancre et à bubon suppuré syphilitique. Les adénites suppurées syphilitiques étant exceptionnelles mais signalées, je réinsiste pour que le traitement soit fait. Le malade ne veut pas l'admettre et disparaît.
Or, il revint au début d'avril, repentant et persuadé ; il présente en effet le tableau complet de l'explosion secondaire : vers le 15 mars, il s’aperçut de la roséole et ne voulant pas y croire,il attendit les plaques muqueuses qui apparurent fin mars. Le traitement est enfin commencé ; son frère lui injecte du 606 et deux piqûres de 0,20 et 0,30 centigrammes suflisent à cicatriser l’adénite en seize jours et à
faire disparaître les accidents secondaires.