‹ La Syphilis sans ChancreChapitre 24 sur 29 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

(due à MM. Constantinescu et Vatamanu).

« Une femme de 42 ans, mariée, se présenta au Df Constantinescu couverte d’une éruption de syphitides papuleuses, accompagnée de syphilides papulo-érosives, vulvaires et amygdaliennes, datant de six semaines environ.

L'examen le plus minutieux ne permettait de retrouver la trace du chancre, et on ne trouvait pas non plus de ganglions hypertrophiés dénotant l'existence antérieure de ce chancre. Par contre, cette femme avait subi dans un service hospitalier de Bucarest une transfusion sanguine de

M, Mansour 4

150 grammes, pour une anémie suite d’une métrorragie abondante.

Or, tandis que cette femme assurait n'avoir jamais eu de rapports sexuels depuis sa transfusion, que, d'autre part, son mari âgé de 51 ans ne présentait aucune trace de syphilis, et avait des réactions sérologiques négatives, le donneur de sang, âgé de 20 ans, présentait au moment de la transfusion, un chancre de la verge en voie de guérison, que les événements ultérieurs vinrent montrer syphilitique. À l’époque de l’examen des D: Constantinescu et Vatamanu, en effet, le sujet donneur de sang était couvert de syphilides érosives péniennes et amygdaliennes et présentait un Wassermann fortement positif en même temps qu'on trouvait de nombreux tréponèmes sur ses lésions syphilitiques. Le patient ignorait la nature de sa maladie, lorsque sollicité par le fils de la patiente, son ami, il consentit à donner son sang pour sauver la malade. Il est certain que dans un cas

pareil l’inoculation a dû être massive. »

Période secondo-tertiaire :

OBSERVATION XIII (due au Dr V. Feldmann).

La veuve Tch..., âgée de 33 ans, a été admise le 22 mars 1927, dans le service de syphiligraphie de l’Institut. Elle se plaignait de maux de tête et des articulations, surtout violents pendant la nuit, et d’éruption sur tout le tronc,

Dans les antécédents héréditaires, rien de particulier. Dans les antécédents personnels de Mme Tch..., nous trou-

vons qu’elle est née deux mois avant terme. Pendant son

enfance, elle a eu la rougeole, la scarlatine, une néphrite, une pneumonie, un typhus exanthématique et un paratyphus. Elle a été réglée à 15 ans, mais les règles viennent toujours irrégulièrement et se prolongent assez longtemps. Ces trois dernières années, elle souffre de métrorragies profuses:

En 1924, elle se marie, mais dans la première année de son mariage, très nerveuse et ayant toujours peur, elle n’a pas eu de rapports avec son mari ; ensuite, elle a eu quelques rapports ; mais, souffrant de vaginisme, elle s’abstenait de tout acte sexuel.

Son mari, après une année de maladie, est mort de tuberculose pulmonaire, en 1926. C’est alors que se développe chez notre malade des symptômes graves d’épuisement, de faiblesse générale très grande, et en même temps s'aggrave la métrorragie, contre laquelle tout traitement reste inefficace. On fit deux fois le curettage ; mais, après deux mois de repos, la métrorragie recommença avec la même abondance.

On a tenté, alors, dans un des hôpitaux de Moscou, la transfusion du sang. Le 25 novembre 1926, à 7 heures du soir, on a injecté dans la veine cubitale droite de notre malade 645 cmc. du sang de donneur, Mme A... (III: groupe). La malade a très bien supporté l'opération.

Etant donné que la métrorragie a diminué beaucoup après la transfusion, on en a fait une autre le 3 février 1927. Cette fois on a pris du sang chez le donneur M. I... L’opération a été de nouveau très bien supportée par notre malade, et le 4 février 1927, elle a quitté l’hôpital en assez bon état

de santé.

M, pres Le 6 ou 7 février, donè deux à trois jours après la sortie de l'hôpital, notre malade a remarqué sur son corps l'érup: tion rosée, qui s’accompagnait (?), d'après elle, d’un faible prurit. | Le ar février, Mme Tch..., s’est adressée au même hôpital; mais, ici, le caractère de l’éruption n'était pas reconnu (il n’y avait pas dans cet hôpital de médecin compétent en dermatologie).

Le 18 mars, la malade appelle un médecin dermatologiste qui porte le diagnostic de roséole syphilitique, fait une piqûre mercurielle, et ensuite, dans 4 jours 2 injections

intraveineuses de néosalvarsan (en tout o gr. 22).

Le 22 mars, la malade, comme nous l'avons dit, a été admise daus notre service, où j'ai pu constater une roséole lenticulaire très abondante et une adénite épitrochléenne bilatérale ; chaque ganglion avait le volume d’un œuf de pigeon ; les autres ganglions n'étaient pas augmentés de volume.

Je n’ai pu constater ni chancre, ni trace de chancre. Rien du côté dela vulve et de l'anus ; l’entrée du vagin et le vagin lui-même sont très étroits ; le col de l’utérus est conique ; l'utérus, petit, est en antéversion et en antéflexion ; on ne peut rien noter sur la muqueuse du vagin, ni sur celle

du col.

Système nerveux : humeur toujours triste, nervosité extrème ; réflexes tendineux très vifs ; réflexes patholo-

giques n'existent pas. Poids : 53 kilos. Urine normale.

Sang: hémoglobine 49 %. Globules rouges 5.200.000.

Leucocytes, 8.000. Formule sanguine : lymphocyies, 29 % ;

AN IL leucocytes polynucléaires, 57 % ; monocyies 4 %; éosinophiles 6 % ; basophiles 3 % : cellules de Turk 1 me

B.-W. et réaction de Sachs-Georgi : très positives.

. Quand le diagnostic de la syphilis a été posé, nous ayons cherché la source de la contagion.

La malade affirme, d’une façon catégorique, qu'elle n’a pas eu de rapports sexuels depuis la mort de son mari; chaque fois qu’elle pensait à cela, elle était saisie d'horreur. En outre, jusqu’au 4 février 1927 ellese trouvait très malade à l'hôpital, où la possibilité d’un coït était exclue. D’après les dires catégoriques de sa sœur, chez laquelle notre malade avait habité tout le temps, elle n’a eu aucun rapport sexuel après la mort de son mari.

Toutes les recherches faites pour retrouver le chancre ou bien ses traces, aussi bien à l’hôpital où a été effectuée la transfusion du sang, que dans notre service, sont restées vaines. Sur le col de l’utérus on ne pouvait noter rien de particulier. Les ganglions n'étaient pas du tout augmentés, sauf les ganglions épitrochléens des deux côtés.

Dans ces circonstances, il fallait absolument exclure une infection génitale de la syphilis. Notre attention s’est alors portée sur les donneurs.

Le deuxième donneur, M. I... n’a soulevé aucun doute ; son B.-W. a donné plusieurs fois un résultat négatif; d’une constitution pléthorique, il a donné gratuitement son sang et non pour la première fois ; en outre son sang a été transfusé le 3 février, et la roséole est apparue le 7 février, c’està-dire après quatre jours.

Le premier donneur, Mme A..., infirmière sans travail, a

donné son sang pour la première fois. Son B.- W. qui a été

RAM fait à l'hôpital même, dix-neuf jours avant la transfusion, a donné un résultat négatif aussi bien que l'examen clinique effectué le même jour par un médecin de l’hôpital. Immédiatement avant la transfusion, on ne répéta ni l'examen sérologique, ni l'examen clinique.

Jusqu'au 16 mars 1927, elle ne revint pas à l’hôpital. L'examen clinique pratiqué alors à l'hôpital, fut de nouveau négatif ; mais les réactions de B.-W., de Sachs-Georgi et de Meinicke ont donné cette fois-ci, un résultat (++); répétées quatre jours après la réaction de B.-W. est restée positive (++), la réaction de Sachs-Georgi est négative.

Elle a été alors envoyée de l’hôpital à l’Institut Vénéréologique d'Etat, mais ne s’y est présentée que le 10 mai 1927. Elle nous fournit les renseignements suivants : elle est veuve, âgée de vingt-sept ans ; son père et sa mère sont bien portants: elle se maria, pour la première fois, à l’âge de seize ans, et divorça trente mois plus tard ; de ce mariage, elle a un garçon de dix ans, qui, à son dire, est bien portant (il habite loin de Moscou). Deux ans après le divorce, elle se remarie de nouveau et vit avec son mari pendant deux ans (il fut tué à ce moment). De ce mari elle ne fut pas enceinte, Dix-huit mois après la mort de son second mari, elle devient la maîtresse d’un homme marié, qui d’après elle, est bien portant, aussi bien que sa famille.

Elle ignorait complètement sa maladie et sa syphilis n'avait jamais été soignée. Elle donne très sincèrement tous les renseignements qu’on lui demande et se soumet très volontiers à tous les examens. C’est avec le plus grand soin que j’ai cherché chez elle les traces du chancre induré ou

bien les manifestations de la syphilis secondaire, car nous

— 55 — supposions d’abord qu'elle s'était infectée immédiatement avant l'opération de la transfusion. Le premier résultat négatif du contrôle sérologique (dix-neuf jours avant la transfusion) aurait alors exprimé la période négative de la syphilis primaire. A l'appui de cette hypothèse, nous avons les arguments suivants :

19 Le sang, comme on le sait, est surtout contagieux pendant les périodes primaire et secondaire de la syphilis ;

29 Le donneur, Mme A..., était à cette époque sans travail, menait une vie misérable, n'avait pas même de logement à elle. Elle donna son sang pour gagner de l'argent. Dans l'hôpital où la transfusion du sang fut effectuée, on soupçonnait qu'elle gagnaïit sa vie en se prostituant.

Mais, malgré tous mes efforts, je n’ai réussi à trouver ni chancre, ni manifestations de syphilis récente, ni polyadénite marquée.

Je fus donc très surpris de trouver, dans la région du grand trochanter gauche et dans la région lombaire, quelques papules très peu infiltrées, groupées en amas, en arcs de cercle et en fer à cheval, de couleur rose foncée, recouvertes de croûtelles jaune cire. Quelques papules du même genre étaient dispersées sur la poitrine et sur les épaules. La malade prétend avoir remarqué cette éruption seulement trois ou quatre semaines avant mon examen. Lors. de la transfusion, elle n’avait pas d'éléments éruptifs, La vulve, le vagin, le col de l'utérus, ni les muqueuses de la bouche, ni le système osseux ne présentaient des signes pathologiques. On sentait les ganglions lymphatiques sousmaxillaires et inguinaux, mais ils étaient vraiment trop

petits. Aux poumons, aux viscères abdominaux et au sys-

Br: Are tème nerveux, rien de particulier. Les réactions de B.-W. et de S. G. donnaient un résultat fortement positif. Le liquide céphalo-rachidien : albumine 0,06 % ; la réaction Nonne (phase I) et la réaction Weichbrodt, positives ; la réaction Pandy, négative ; le nombre des lymphocytes, 20 par mmc. ; B.-W. avec 0,2, 0,5, 1,0, négatifs.

L'une des papules, situées près du grand trochanter gauche, fut biopsiée, et le résultat de l'examen histologique fut le suivant :

Epiderme très bien marqué ; par places, on voit même de l’acanthose ; la couche n'est pas trop large ; les couches granuleuse, épineuse et basale ne présentent rien de particulier ; la couche superficielle de la peau proprement dite est infiltrée et cette infiltration se propage dans la profondeur, en suivant les vaisseaux et les follicules pileux ; l'infiltration est constituée par une grande quantité de cellules plasmatiques et des lymphocytes, des cellules épithélioïdes et des fibroblastes. Le tableau histologique rappelle beaucoup celui du syphilome (Mile M. Iliina, assistante du service anatomo-pathologique de l’Institut).

Sous l’influenc: du traitement (11 injections de Bijochinol, préparation russe, composée de Bi, d'iode et de quinine, correspondante au Quinby, et 1 gr. 35 de néo-salvarsan), tous ces éléments éruptifs ont disparu. A la fin du traitement (32 gr. de Bijochinol et 4 gr. 35 de néo-salvarsan), B.-W. et S. G. restent positives.

Le diagnostic de la syphilis, chez Mme A...,a donc été posé cliniquement, sérologiquement (sérum et liquide cé-. phalo-rachidien), et histologiquement, et il a été confirmé

par le traitement.

Les éléments éruptifs papuleux, très peu infiltrés, disper- . sés sans aucune symétrie, groupés en amas et arcs de cercle indiquaient catégoriquement une récidive papuleuse tar dive.

Il faut penser qu’au moment de la prise du sang, trois semaines avant la transfusion, le donneur, Mme A..., se trouvait au seuil de cette récidive. Alors s'expliquent les résultats des examens sérologiques (16 novembre 1924, négatif ; 14et 20 mars 1927, positif ; et 10 mai, fortement positif), de mème que ceux des examens cliniques, d’abord négatifs, puis positifs.

Comme il n’ÿ avait, chez notre malade, Mme Tech... (qui a reçu le sang de Mme A...) aucune trace de chancre, ni de Ilymphadénite correspondante ; que le caractère de l’éruption roséolique (extrêmement abondante) ne laissait aucun doute que nous avions devant nous un cas de syphilis récente et non de syphilis tardive, et que la malade était restée toute la période de l’incubation secondaire à l’hôpital, où la possibilité de l'infection génitale est tout à fait exclue, il me semble indubitable que j'ai eu à faire à un cas de syphilis d'emblée. La confrontation a, du reste, confirmé la

syphilis du donneur Mme A...

Dans l’ordre de la syphilis tertiaire, nous trouvons la possibilité de donner la syphilis par transfusion sanguine. Les deux observations suivantes en

font foi.

OBSERVATION XIV (Due à MM. Spillmann et Morel. )

Un médecin aperçoit un beau matin sur sa poitrine et sur son abdomen une éruption érythémateuse constituée par de petites taches de décoloration rose pâle s’effaçant à la pression. L’éruption a été précédée par un état de malaise accompagné d’asthénie et de céphalée. Inquiet de cette éruption à type de roséole qui lui paraît inexplicable, il demande conseil à un confrère qui procède à un examen clinique méthodique et effectue un prélèvement de sang. L'examen clinique ne révèle aucune lésion cutanée ou muqueuse, ancienne ou récente et aucune réaction ganglionnaire ; l’examen sérologique exécuté dans deux laboratoires dirigés par des sérologistes compétents, est nettement positif.

J’ai l'occasion d'examiner ce médecin quelques jours après. L’éruption de roséole est tout à fait caractéristique et la sérologie effectuée au laboratoire de sérologie, annexé à mon service, et dirigé par M. le Professeur Agrégé de Lavergne est positive pour la troisième fois. Malgré l'absence de chancre, je n'hésite pas à confirmer le diagnostic de syphilis secondaire récente et à conseiller le traitement par injections intra-veineuses de novarsénobenzol.

A la 1e injection, la roséole s'accentue ; elle disparaît entre la 28 et 3% en même temps que les phénomènes généraux s’atténuent et disparaissent.

Restait à savoir dans quelles conditions la contamination s'était réalisée. Le mystère netarda pas à nous être dévoilé.

Un mois environ avant l'apparition de la roséole, notre

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