‹ La syphilis; ses formes, son unitéChapitre 5 sur 57 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

• OTf ie n'escripls point aux doctes : car ils n* ont que faire de moy, ne de mon instruction: moins parle-ie aux ignares mesdisans et enuieux : car tels ne trouvent rien bon, s'il ne par de leur officine. le me communique à voui ieunes gens de bon vouloir, afin de vous stimuler à charitablement poursuiure le secours que vous deuez aux affligez de ce mal suiuant méthode et raison... » Thierby pe Uért.

La contagion syphilitique est la lèpre des sociétés modernes.

Si ses ravages se sont adoucis, peu de temps après son origine, par son acclimatement au milieu de nous, il n'est pas moins vrai que, depuis trois siècles, le mal n'a perdu aucunement de ses rigueurs. On peut en attester les tableaux de Fernel et de Fallope, qui semblent retracés de nos jours.

C'est donc une illusion de rêver la future extinction de la plus considérable des maladies vénériennes par une sorte d'épuisement graduel du principe morbifique dans ses générations successives.

Détrompée par une suffisante expérience, la science n'a plus à se bercer de décevantes chimères et à s'endor-

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mir dans une périlleuse sécurité. Elle veille sans relâche

au salut commun. Et certes, la médecine, — toujours au niveau de sa mission sociale, — n'a jamais travaillé avec plus d'ardeur que de nos jours à démasquer l'impur fléau et à révéler ses sources perfides pour préserver, s'il se peut, de la contamination la meilleure part de la société envahie.

Malheureusement, le remède le plus efficace contre l'extension du mal n'est point tout entier dans les mains de la science. On le demanderait encore vainement à la vigilance éprouvée des magistrats. Et si l'on considère l'état actuel de notre civilisation facile, accoutumée au spectacle, pour ne pas dire à la tolérance du vice, il est logique de présumer, en voyant pulluler chaque jour davantage, au sein de la société contemporaine, le monde interlope et parasite, — pourvoyeur ordinaire et clandestin de toutes les contagions, — il est logique de présumer, disons-nous, que cette pernicieuse promiscuité, qui se dérobe au contrôle des dispensaires et à la marque de la police, alimentera, longtemps et sûrement encore, les registres jumeaux de la bâtardise et de la syphilis.

Seule entre tous les maux contagieux, cette dernière maladie a le funeste privilège de l'hérédité. Elle atteint à la fois le présent et l'avenir. Nulle influence morbide ne joue un rôle plus délétère dans la dégénérescence si marquée des races, et ne menace plus directement la fécondité, la fortune et la vie des futures populations. Aucune donc, selon les expressions de Parent-Duchâ-

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telet (1)^ n'est plus désastreuse et ne porte à la société un plus grand préjudice. On peut affirmer que toute

méprise à cet égard est un danger public.

De là, Tintérét puissant que cette contagion excite toujours. De là, ces labeurs multipliés, ces controveres retentissantes (2), tous ces écrits sans nombre qui font de la syphilographie Tune des études les plus ardues, les plus compliquées, et en même temps l'un des départements les plus étendus des sciences médicales.

Quel que soit le nombre de ses documents, le grave dossier de la contagion syphilitique n'est point fermé. L'Académie de médecine, dans la discussion de 1851 et 1852, n'a prononcé que sur une partie du litige. Seuls en cause, les symptômes congéniaux et secondaires ne constituaient alors qu'un incident au procès. Il y a d'autres points à décider. En ce moment, il reste à préciser les divers degrés de cette même contagion.

Les tenants de la discussion disent, — les uns, que la diversité des effets morbides produits par la syphilis tient à la différence du terrain^ c'est-à-dire de l'idiosyncrasie ; — les autres, qu'il faut les rapporter surtout à la différence de la graine ou du principe morbifique. Pendant que les premiers soutiennent avec un peu de

(1) De la Prostitution dans la ville de Paris ^ 3* édition. Paris,

(2) De la Syphilisation et de la Contagion des accidents secondaires de la syphilis, communications à l'Académie de médecine, par MM. Ricord, Bégin, Malgaigne, Velpeau, Depaul, Gibert, Lagneau, Larrey, Michel Lévy, Gerdy, Roux, avec les communications de MM. Auzias- Turenne et Sperino à l'Académie des Sciences de Paris et à l'Académie de médecine de Turin. Paris, 1853.

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confusion l'unité assez vague de la maladie, les seconds la divisent arbitrairement, et, sans autre forme de procès, en plusieurs entités distinctes. Dans cette querelle, on paraît davantage se préoccuper, des deux côtés, du pouvoir occulte du virus que des caractères sensibles de la maladie.

Ces deux opinions opposées, systématiquement débattues, sont également impuissantes à rendre raison de l'ensemble des faits.

Il est certain que la syphilis comprend, dans son essence, des types variés et définis, se transmettant habituellement chacun dans sa forme. C'est là un fait général, qui n'est point assez reconnu des unitéistes.

Il n'est pas moins certain, d'un antre côté, que ces types peuvent se fondre par quelques-uns de leurs caractères objectifs et s'échanger parfois dans leur transmission réciproque. Et c'est encore là une éventualité positive, vainement dissimulée à leur tour par les dualistes.

De telles dénégations sont regrettables. Elles tendent à entretenir, — dans la science, des erreurs manifestes, — dans la pratique, des préjudices certains.

La détermination méthodique des formes naturelles de la maladie réunit heureusement les deux hémisphères de la vérité, en apparence inconciliables. Elle met un terme à des disputes condamnées d'avance à rester sans issue. Solution d'ailleurs conforme à l'esprit de la tradition, elle légitime, — au delà de toutes les espérances, — les découvertes trop contestées de notre temps.

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Et là où les hypothèses confondaient leurs ombres, elle projette enfin, dans tout son éclat, la lumière de Tobservation.

Par cette formule, un pas de plus sera fait, il est permis de l'espérer, dans la voie du progrès si largement ouverte, depuis l'ère expérimentale, à la syphilographie. L'étude nouvelle et pratique des formes de la grande maladie vénérienne nous révélera la diversité des sources, des modes et des degrés de la contagion, — comme la diversité de ses indications curatives, — sans nous exposer à méconnaître Yunité originale et essentielle qui les relie.

Tel est l'objet de ce livre. Il répond donc directement et nettement à la situation actuelle de la^cience^ aux nécessités du temps. Cependant il ne date pas d'aujourd'hui.

11 y a déjà plus de vingt ans, à l'aurore de sa carrière, un jeune interne de Lourcine, devançant les préoccupations qui se font jour en ce moment, adressait au jury médical des hôpitaux un mémoire sur cette même question. Esquisse encore incomplète et rudimentaire, sans doute, mais où se trouvait, sinon le germe, au moins le pressentiment des prochaines conquêtes de la science. Aussi rien ne justifie davantage ces lointaines prémisses que les progrès qui en furent bientôt le couronnement.

Le temps a marché ; l'œuvre est mûre, l'heure propice est venue... Et maintenant, au fond de sa retraite prématurée où viennent expirer le murmure des intérêts et le flot des passions, portant plus que jamais — en pleine lioerté — ses regards vers la science, Tauteur voit le mo-

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