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RAPPORT DE M. GIBERT A L'ACADÉMIE DE MEDECINE

Votre collègue, M. Bazin, doat vous connaissez la sévérité d'observation et la rectitude de jugement, auquel j'ai montré le mari et la femme, n'a pas rejeté mon interprétation Mais ne sommes-nous pas convenus que les observations proprement dites ne sont rien, ou qu'elles doivent au moins céder le pas à l'expérimentation pure ? Sans cela je vous dirais : Ab uno disce omnes.

C'est dans sa séance du 24 mai 1859 que M. Gibert, au nom de la Commission composée de MM. Velpeau, Ricord, Devergie, Depaul et Gibert, présenta le Rapport suivant :

« Par une lettre en date du 25 octobre 1858, M. le Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, consultait l'Académie pour obtenir la solution des deux questions suivantes, dans l'intérêt de la pratique médicale et de la médecine légale:

« 1° Les accidents syphilitiques constitutionnels sont-ils contagieux?

« 2° Au point de vue de Ja contagion, le produit de ces accidents a-t-il, chez les enfants à la mamelle, des propriétés différentes que chez l'adulte?

« Dans la lettre de M. le D1' Auzias-Turenne qui avait été l'occasion de la missive ministérielle, et qui y était'jointe, on lit cette phrase plus explicite : Il s'agit de la contagion possible des accidents secondaires, autrement dits constitutionnels, de la syphilis.

« Ces questions depuis longtemps résolues pour le praticien, dans le sens de l'affirmative, avaient été obscurcies par les expériences et les dénégations de Hunter, dans le siècle dernier, et plus encore à notre époque, par un système expérimental nouveau, qui tendait à réformer les doctrines généralement reçues sur la syphilis, d'après les résultats obtenus de l'inoculation artificielle.

« La contagion des accidents secondaires avait fini par être révoquée en doute ou même complètement niée par plusieurs médecins de cette nouvelle école, bien que les partisans des anciennes doctrines, s'appuyant, à la vérité, presque exclusivement sur l'observation clinique, continuassent de chercher à faire prévaloir l'autorité des faits cliniques sur les lois posées par la doctrine nouvelle.

« Moi-même, dans mon Manuel des maladies vénériennes, publié en 1838, j'avais réuni un certain nombre d'observations prouvant la transmissibilité des accidents consécutifs de la syphilis, d'un sujet infecté à un sujet sain, de l'enfant à la nourrice, et réciproquement. Depuis cette époque, de nouveaux faits se sont produits dans la science et sont venus surabondamment démontrer que [non-seulement les accidents secondaires ou consécutifs de la syphilis sont contagieux, du moins dans certaines conditions, mais encore, contrairement à une des lois nouvellement établies, que l'inoculation artificielle, soit par la lancette, soit au moyen du vésicatoire, soit par d'autres procédés encore, peut reproduire ces accidents, non-seulement sur une région saine du sujet déjà, infecté, mais encore sur un sujet tout à fait sain.

« Ainsi, les papules muqueuses ou tubercules plats, l'ecthyma syphilitique, l'ulcère du gosier lui-même, ont pu être inoculés par des expérimentateurs dont il n'est possible de contester ni les lumières ni la bonne foi, et dans des circonstances qui ne pouvaient laisser matière à aucun doute. Le détail de ces nouvelles expériences nous entraînerait trop loin : on en trouvera d'ailleurs le résumé dans les lettres publiées par M. le Dr Auzias- Turenne, dans les numéros du 16 décembre 1858 et 1er janvier 1859 de la Revue étrangère médico-chirurgicale (1).

« Ces expériences, dues à des médecins français et étrangers, parmi lesquels il me suffira de citer les noms bien connus de Wallace, Waller, Rinecker, Velpeau, Vidal (de Cassis), Bouley, etc., devaient-elles être répétées par nous, ou bien devions-nous nous contenter de relater les faits déjà acquis à la science?

« Quelle que fût notre répugnance profonde pour toute tentative d'inoculation (répugnance tellement accrue par le succès de plusieurs de nos expériences, que nous nous refuserions aujourd'hui formellement à toute nouvelle tentative de ce genre), quelque confusion qu'ait apportée, à notre sens et à celui de bien d'autres, dans les faits et dans leur légitime interprétation, cette prétendue base donnée comme fondement nouveau et nécessaire à la doctrine de la syphilis..., nous avons cru, en présence des dénégations obstinées que l'on opposait aux observations cliniques les plus probantes, devoir constater, par l'inoculation opérée sous nos yeux, la transmissibilité des accidents secondaires de la syphilis.

« Disons tout d'abord que nous sommes arrivés, comme il était facile de le prévoir, à

(1) V. Lettre a M. Gibert, Sur la contagion des accidents secondaires, p. 374 et s.

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