‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 107 sur 205 · NOURRICES ET NOURRISSONS · texte numérisé non relu

NOURRICES ET NOURRISSONS

ques remarques. Cette affaire a trait à un enfant atteint dès sa naissance, et par un bien tristo héritage, do la cruelle maladie qui nous est venue du Nouveau-Monde.

Cet enfant paraît avoir transmis son mal à une nourrice qui peut à son tour le transmettre à son mari et à ses propres enfants. Les cas do ce genre ne sont pas rares.

Il existe donc de malheureux enfants qui peuvent rendre malades les femmes qui leur donnent le sein. Dans les classes indigentes, plusieurs d'entre eux succombent par suite de la maladie ou meurent de faim, faute de nourrices. Il reste encore beaucoup à faire aux philanthropes pour porter remède à de semblables infortunes. Grâces au ciel, ce n'est pas le zèle qui manque aux administrations hospitalières!

Dans les classes aiséos les choses se passent autrement, mais non pas toujours pour le mieux. D'abord la mère est souvent aussi mal portante que son enfant, et puis les usages ne sont pas qu'elle devienne nourrice. Il faut donc chercher une nourrice étrangère. Mais où la trouver, puisqu'elle doit être saine et que l'enfant peut la rendre malade ? Ne faudra-t-il pas d'ailleurs administrer à cette malheureuse une grande quantité de mercure, afin que son nourrisson en reçoive quelques molécules avec le lait ? Que la nourrice soit ou non prévenue des dangers qu'elle va courir, qui oserait lui proposer d'échanger sa santé contre une indemnité pécuniaire, de s'exposer à la souillure pour un peu d'or.

Comme vous le voyez, Monsieur, la difficulté paraît bien grande. Elle n'est pourtant pas insoluble, grâce au progrès de la science. En effet, on peut aujourd'hui vacciner contue la maladie dont il est ici question, de même qu'on vaccine contre la petite vérole. 11 y a mieux, c'est qu'il est temps encore de le faire quand la maladie est déjà déclarée. La vaccine dont je parle ne prévient pas seulement le mal, elle le fait disparaître quand il existe, et en garantit pour l'avenir.

Ce n'est pas que je veuille vous entretenir de petits enfants qu'on pourrait soustraire rapidement à la maladie par la vaccination dont je parle. Je ne m'occupe ici que des nourrices, et je veux appeler votre attention ainsi que celle de vos lecteurs sur l'importance qu'il y aurait à créer des bureaux de nourrices vaccinées contre le terrible et insidieux fléau du Nouveau- Mon de.

Remarquez bien, Monsieur le Rédacteur, qu'il ne s'agit aucunement de vacciner les femmes enceintes qui sont bien portantes, mais exclusivement celles qui sont malades, et qui parviendraient ainsi au terme de leur grossesse avec le bénéfice d'une complète guérison, et la possibilité d'offrir sans danger pour personne lo sein à des nourrissons infectés.

Je vous serai reconnaissant, Monsieur le Rédacteur, de vouloir bien donner à ma lettre la publicité de votre estimable journal, qui compte parmi ses lecteurs tant de magistrats intègres et de jurisconsultes éclairés.

Agréez, etc.

En demandant à une feuille judiciaire l'hospitalité qui m'était interdite dans les journaux de médecine, j'ai dû beaucoup tenir à ne pas en abuser. Mais je n'ai pas eu le moins du monde la pensée de me soustraire aux objections et de reculer devant l'examen d'une difficulté qui est bien certainement du domaine exclusif de la médecine. Je veux parler ici de l'influence comparative qui est exercée sur le produit de la conception par le traitement mercuriel et par la médication syphilisante.

D'un côté, un trop petit nombre de femmes enceintes ont été syphilisées

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jusqu'à présent, pour qu'il soit possible de savoir exactement, par l'exp6rionco, si la syphilisation employée pendant la grossesse peut avoir des inconvénients, i|uoiquc tout ce que nous connaissons de la nouvelle méthode ne le fasse pas pressentir.

D'un autre côté, il y a dissidence parmi les praticiens sur l'opportunité d'un traitement mercuricl appliqué aux femmes intéressantes. Trois motifs principaux, sans parler d'une grossièro ignorance, ont créé et entretenu celte sorte 'Ja scission :

1° Le mercure a eu de tout temps ses idolâtres et ses profanateurs. L'incompétence des uns égale celle des autres : Trojanos intra muros peccatur et extra.

2° Les ennemis de la syphilisation se sont rigoureusement abstenus des reproches qu'ils pourraient à bon droit faire au mercure. Leur crainte est sans doute de nuire au culte fragile de ce dieu récrépi, dont le caducée les protège, pensent-ils, contre les envahissements de la syphilisation. Cette singulière classe de gentils fait profession d'une opiniâtre incrédulité. Elle se compose des pires sourds. Ce sont, si je puis ainsi dire, los sourds-muets volontaires de la science.

3° On a condamné ou absous le mercure sans tenir aucunement compte des périodes de la grossesse.

S'il m'était permis de faire intervenir mon simple jugement et d'invoquer mon expérience bien incomplète, je dirais que les inconvénients de l'emploi du mercure se concentrent, et sont par conséquent le plus à craindre aux deux périodes extrêmes, c'est-à-dire au début et vers la fin de la grossesse. L'œuf, semble-t-il, ne commence à résister au poison que du moment où sa formation est complète. L'enfant redevient ensuite d'autant plus et de plus en plus fâcheusement impressionnable au mercure, qu'il acquiert une vie propre, une vie moins ovologique, si je puis dire, et moins dépendante de celle de sa mère. Je note cette analogie: Les œufs des animaux que détruit le mercure résistent à ce métal. Mais il est bien entendu qu'à toutes les périodes de la vie intrautérine, et même qu'après sa naissance, l'enfant, incarnation d'êtres de la création inférieurs à l'homme, n'a pas plus que ces êtres, et a par conséquent moins que l'homme la faculté de résister au délétère mercuriel.

M. Marmisse (de Bordeaux) fait dans la Gazette des hôpitaux du 22 septembre 4863 le récit suivant:

« Vers la fin du mois de mai 1862, un avis de décès était déposé à la mairie de Bordeaux, pour un enfant de deux mois, fils naturel de deux artistes du théâtre, unis passagèrement.

« La mère était connue depuis longtemps dans un certain monde. On avait fait parvenir en même temps le bulletin de naissance de l'enfant avec ce renseignement médical : mort par une maladie d'entrailles. Un des médecins vérificateurs utilise ces renseignements pour écrire au préalable le certificat de décès, sauf à contrôler l'élément médical lors de sa visite au domicile mortuaire. Par une circonstance fortuite étrangère au fait, je dus aller constater ce décès à la place du collègue qui avait transcrit ces renseignements. Muni de la rédaction faite au préalable par lui, j'allai donc au domicile du défunt; j'y trouvai la nourrice et une domestique; je demandai si réellement l'enfant avait succombé à une maladie d'entrailles. Pour toute réponse, la nourrice me fit remarquer des plaques muqueuses au bas-ventre et aux cuisses; puis, faisant retourner le petit corps, je vis que le bord de l'anus et les fesses en étaient littéralement criblés. Tout le reste du corps était parfaitement sain, excepté la bouche, où le médecin rural avait observé les mêmes lésions. Celni-ci avait en outre fortement conseillé à la nourrice d'aller remettre l'enfant a ses parents, ei elle voulait éviter d'être pourrie par lui. C'était avec beaucoup de peine que

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