I. Syphilides
' Généralisées ou précoces, jj
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Localisées. . . \ . . .
11 y a deux choses dans l'œuvre de M. Dubuc, comme d'ailleurs dans tout ouvrage de science, le fond et la forme. L'un lui appartenant en moindre partie, l'autre est presque tout entière de son cru.
Le fond n'a pas besoin d'être loué. Il suffit que M. Dubuc nous y fasse voir clair par la forme.
Il a complètement réussi. C'est de la bonne littérature scientifique.
M. Dubuc n'est pas le moins brillant de cette pléiade d'internes, composée des Pouquet, des Fournier, des Sergent, des Guérard, des Baudot, qui ont réfléchi, en y joignant leur propre éclat, les lumières de M. Bazin. Ce ne sera pas non plus un des moindres titres de gloire de M. Bazin que d'avoir groupé et formé autour de lui, sans autre attrait que celui de la science, tant d'hommes distingués! On ne saurait parler des disciples de M. Bazin sans faire une mention spéciale du savant et diligent M. Deffis.
Je ne donnerai pas l'analyse du livre de M. Dubuc dans la crainte de priver mes lecteurs du plaisir de le lire et de l'avantage d'en profiter.
On n'encourage pas assez les publications de ce genre. On court trop après les livres complets qui ne renferment rien. J'excepte de cette proscription les traités vraiment élémentaires, qui sont utiles aux commençants.
Le libraire de M. Dubuc mérite des éloges pour s'être fait l'éditeur de nombreuses productions analogues aux syphilides malignes précoces.
Je Lui souhaite de couronner son ouvrage en publiant le couronnement des œuvres de M. Bazin, c'est-à-dire un traité complet des maladies de la peau enrichi de magnifiques dessins que M. Bazin laisse trop longtemps, au gré du public, séjourner dans ses cartons.
Mais « Quittons les longs espoirs et les vastes pensées » et contentons-nous de nous réjouir de l'annonce qui est faite par M. Dubuc de la publication prochaine de Lavantdernier cours clinique de M. Bazin.
{Courrier médical du 2 juillet 1864.)
t)E LA. BLENNORRHAGIE DANS SES RAPPORTS AVEC LES DIATHÈSES PAR MICHEL PETER.
' Résolutives.
IL Syphilides.
Ulcéreuses.
Les personnes qui se livrent au traitement des maladies vénériennes n'ignorent pas combien sont importantes les questions ayant trait à la blennorrhagie. Parmi ces questions, celle qui est l'objet du travail de M. Peter est des plus intéressantes.
La blennorrhagie se complique assez souvent d'arthrites, qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de différencier des arthrites, soil goutteuses, soit rhumatismales.
Tous les observateurs sont d'accord sur l'existence de ces arthrites, mais ils différent au point de vue de l'interprétation du phénomène.
M. Peter fait aisément justice des explications qu'on a proposées, et il démontre qu'il s'agit simplement d'un rhumatisme ordinaire, dont la blennorrhagie n'est que la cause occasionnelle. Cette opinion, que M. Peter a rajeunie, avait été émise, d'après d'autres auteurs, par Graves (de Dublin), dont Trousseau, le regrettable maître et ami de M. Peter, admirait ie grand sens clinique.
SUR LA MANIÈRE D'ÉTUDIER LA SYPHILIS
Le traitement de la blennorrhagie constituant une fatigue ou une épreuve pour les voies urinaires et en particulier pour les reins, nous pensons que ce traitement n'est pas toujours étranger à la manifestation de la diathèse arthritique.
Dès qu'une personne atteinte de blennorrhagie se présente à la consultation d'un médecin, celui-ci doit s'enquérir avec soin des antécédents de ce malade.
Ce dernier éprouve-t-il de temps en temps des douleurs vagues des reins, des uretères, ou de la vessie, sa miction est-elle incomplète, le praticien doit être sur ses gardes et ne prescrire l'usage des balsamiques et la pratique des injections caustiques ou simplement astringentes qu'avec beaucoup de circonspection.
A plus forte raison, s'il existe une affection évidente des reins ou d'une autre partie des voies urinaires; ce n'est plus alors une complication, c'est une maladie contre laquelle il faut d'abord diriger une médication.
Si pendant l'administration des balsamiques le malade ressent de la douleur dans les reins et les uretères, si les urines ne sont pas normales, si surtout les arômes du copahu et du cubèbe ne s'engagent pas dans la filière des voies urinaires, il est à craindre, à moins qu'on ne s'arrête dans l'emploi de ces médicaments, qu'il ne se manifeste â sa suite des accidents plus redoutables que la maladie qu'on cherche à faire disparaître.
Nous recommandons ces considérations à M. Peter, dont la sagacité et le talent d'analyse se font remarquer dans l'opuscule dont nous rendons compte. Cet opuscule reproduit, d'ailleurs, exclusivement des opinions émises par l'auteur dans une discussion récente de la Société médicale des hôpitaux.
Enfin, M. Peter a fait preuve de bon goût et de bon cœur en saisissant l'occasion de rendre justice aux travaux de M. Bazin, cet ingénieux paysan du Danube de la dermatologie.
(Courrier médical du 17 août 1867.)
Sur la manière d'étudier la syphilis.
Lettre de m. auzias-turenne, a m. miranda, étudiant en médecine (1).
Avant de me demander des conseils sur la manière dont vous devez étudier la syphilis, y avez-vous mûrement réfléchi? Savez-vous bien de quelles difficultés mes précédents et mes croyances vont hérisser la tâche que vous m'imposez ? Je ne puis vous satisfaire, mon ami, sans laisser voir les plis agités de mon drapeau. Assez d'autres feront des efforts pour amortir le feu dont j'ai réveillé la première étincelle!
La syphilis ne se présente pas à nous tout d'une pièce sur un malade ou dans un service d'hôpital. Il faut en chercher ça et là les membres protéiques et dispersés. Pelletan eut un jour la conversation suivante avec une sœur de l'Hôtel-Dieu : Madame, faites placera la porte de chaque salle un bénitier. — Pourquoi, Monsieur? — Vous le remplirez de liquide de Van Swieten, afin que je puisse en asperger tous mes malades. Les paroles du grand chirurgien recèlent un sens profond. En effet, il n'est pas de refuge nosocomial dont la syphilis ne soit le génie occulte et malfaisant.
Vous allez donc aborder un travail difficile. Voyons les sources d'instruction qui vous sont ouvertes, et dont vous pourrez profiter, grâce à vos études antérieures et au temps dont vous disposez.
Votre instruction en anatomie et en physiologie, dirigée par d'habiles maîtres, ne laisse rien à désirer. La connaissance de la structure et des fonctions de la peau vous est surtout familière. Vous avez lu avec soin quelques écrits de pathologie générale. Je vous engage à ce propos à réfléchir particulièrement sur tout ce qui concerne les diathèses. Enfin, vous avez suivi pendant longtemps, ce dont je ne puis que vous féliciter beaucoup, la clinique de M. Nélaton. Vous y avez appris, entre autres excellentes choses, comment la douceur envers les malades et l'urbanité pour tout le monde peuvent se concilier avec la pratique hospitalière et les exigences du professorat. Les malades, mon ami, sont d'autant plus touchés des égards qu'on leur marque qu'ils en ont moins l'habitude et que leur cœur bat presque à découvert sous les haillons. Vous avez pu vous convaincre également, en écoutant ce professeur distingué, que la modération dans le langage peut s'allier fort bien avec l'esprit de progrès et d'indépendance.
Vous avez eu en outre l'occasion d'observer dans les salles de M. Nélaton plusieurs
(1) Cette Lettre a paru dans la Revue étrangère médico-chirurgicale du 1er juin 185S uvec la date du 25 mai 1858. Elle est la troisième de celles que M. Auzias-Turenne a réunies en brochure sous le titre de correspondance syphii.iographique, Paris, 1860.
SUR LA MANIÈRE D'ÉTUDIER LA SYPHILIS
cas d'affections syphilitiques qui ont d'autant mieux fait ressortir l'habileté du clinicien, que leur diagnostic était difficile.
Vous avez suivi les visites de l'hôpital du Midi. Vous avez fréquenté la clinique particulière du Dr Edmond Langlebert, auteur d'articles piquants de verve et de sel attique, publiés récemment dans le Moniteur des hôpitaux , et qui, partis de là, ont porté le dernier coup à l'une et à l'autre doctrine, je veux dire aux deux doctrines successives de M. Ricord. Vous avez aussi quelque lecture en syphilisation. Les écrits des Sperino, des Bœck, des Hagen, des Guérault, etc., sont loin de vous être étrangers. Enfin, grâce à la connaissance que vous possédez de la langue anglaise, vous avez pu lire dans les journaux d'outre-Manche des dissertations remarquables sur la syphilisation, lesquelles ont été reproduites de l'autre côté de l'Atlantique, et dont s'est fait l'écho l'excellente Revue thérapeutique du Midi, par la plume distinguée du docteur Gordon.
Jusqu'à présent tout s'est donc passé à souhait. Profitez do la belle saison et fréquentez désormais les cliniques dermatologiques de l'hôpital Saint-Louis.
Les plus remarquables manifestations de la syphilis s'expriment à la peau. Elles sont comme l'étiquette d'un vase, ou mieux encore comme la signature de la vérole tracée en gros caractères. Apprenez à bien distinguer ces caractères.
Mais comment bien juger des choses, si ce n'est par comparaison ? Celui qui, par exemple, aurait employé beaucoup de temps à étudier une seule plante sans la comparer à d'autres, ne la connaîtrait pas même complètement. Ainsi, un médecin qui se serait borné à étudier les syphilides, c'est-à-dire les manifestations de la syphilis à la peau, sans avoir fait l'étude des dermatoses non-syphilitiques, ne connaîtrait point parfaitement les syphilides ; car, pour les bien connaître, il faut avoir des termes de comparaison ; il faut, dis-je, posséder la connaissance des maladies de la peau dans leur ensemble.
Les syphilides ne forment elles-mêmes qu'un coin du tableau de la syphilis. Elles ne sont, si je puis ainsi dire, qu'une fraction d'unité. Or, il n'est pas plus possible de connaître la partie sans le tout, que le tout sans la partie. Cela vous fait sentir la nécessité d'acquérir la science générale de la syphilis. C'est ainsi, mon ami, que nos connaissances s'enchaînent réciproquement et se prêtent un mutuel et indispensable concours.
Pour bien apprendre la syphilis, il faut, comme je vous le donnais à entendre tout à l'heure, aller la découvrir partout où elle a la prétention de ne pas être, et surtout clans les hôpitaux qui ne lui sont pas spécialement, consacrés. Quels sont, en effet, les malades de l'hôpital du Midi, par exemple ? Des victimes de la Venus vxdgivaga qui ont la moins équivoque des véroles, et quelques intrus qui sont là par tolérance ou par faveur. Mais ceux qui ont la syphilis sans le savoir vont peupler, avec les vérolés honteux, tous les autres asiles hospitaliers. Il n'est pas question ici des syphilis latentes et méconnues par les médecins. Dieu sait pourtant combien tous les hôpitaux en renferment !
La syphilis se montre donc, ou plutôt elle se cache en réalité dans tous les lieux, dans tous les organes, sous toutes les formes. Il n'est pour elle aucune distinction, aucun privilège d"àge, de sexe, de profession, de patrie. Quinteuse, rémittente, continue, exacerbante, tantôt elle torture sans relâche ses victimes, tantôt elle leur laisse des instants, des heures, des jours, des mois et même plusieurs années de répit. Elle attaque tour à tour les téguments, les os, les muscles, le tissu cellulaire, les viscères, les nerfs, etc. Ici elle est douleur, là tumeur, ailleurs contracture, etc., etc. Elle se fixe ou se déplace, elle est latente ou patente; soit héréditaire, soit acquise, elle se trouve libre ou mariée à d'autres maux, etc., etc. En un mot, c'est le Protée des Protées, ceux qui nient ses transfigurations ne la connaissent pas.
Vous verrez à l'hôpital Saint-Louis des malades affligés de diverses diathèses, soit isolées, soit combinées ou plutôt mélangées, lesquelles marquent généralement leur présence par des symptômes cutanés. Ces diathèses, plus ou moins nettement individualisées, sont la scrofule, la dartre, la syphilis, l'arthritis et le cancer lui-même. J'ai observé, l'année dernière, un cancer généralisé de la peau, sous forme de petites papules hémisphériques, tres-rouges, uniformes et hien distinctes par leur aspect des papules syphilitiques. J'ai dans mes notes l'observation de ce fait. Vous trouverez aussi à Saint-Louis, lieu du monde où l'on se gratte le plus, toutes sortes de poux et d'acares, avec accompagnement obligé de vésicules, de pustules, etc.
N'oubliez pas à ce propos, dès le début de votre étude, de bien vous fixer sur la signification et de vous familiariser avec l'usage de ces différents termes, papules, pustules, etc., que vous rencontrerez sans cesse dans la terminologie des dermatoses.
Vous observerez enfin dans les salles du même hôpital,' et spécialement dans celles do M. Bazin, tous les parasites végétaux et surtout les maladies, les affections et les lésions qu'ils déterminent. — Soyez aussi bien fixé sur le sens de ces différents termes.
La science du diagnostic est poussée bien loin dans ces parages d'outre-Seine. Les choses y sont visibles, et la vue bien guidée acquiert par l'exercice une grande sagacité.
SUR LA MANIÈRE D'ÉTUDIER LA SYPHILIS
Cinq médecins do mérite se partagent les services dermatologiques de Saint-Louis.
Je place d'abord M. Devergie, à la figure austère. M. Devergie a écrit un beau livre sur les maladies de la peau, après avoir toutefois marqué sa place au premier rang des médecins légistes.
Après M. Devergie, M. Gibert. C'est M. Biett lui-même, plus quelque progrès avec beaucoup d'atticisme. M. Gibert fait le lundi une visite où il dit quelque chose. Ce qu'on jragne à l'entendre fait regretter son laconisme et la rapidité de son parcours. Cela s'appelle à Saint-Louis le train express. M. Gibert soumet en outre à un examen par le spéculum les femmes qui sont affectées de syphilides. Il donne ainsi l'idée de l'instruction qu'on pourrait acquérir à Lourcine, où M. Huguier faisait autrefois une très-bonne clinique et a exécuté ses remarquables travaux sur la glande vulvo-vaginale. Mais, depuis le temps de ce chirurgien distingué, une administration jnhosjntaliére (je ne dis pas ans excuse) a interdit l'entrée de cet hôpital aux étudiants et même aux docteurs en médecine, malgré les justes et incessantes réclamations de M. Ricord.
M. Cazenave est sans doute le dermatologiste qui a le plus et le mieux écrit sur \ix maladie vénérienne. Il a soutenu des luttes contre M. Ricord avec une incontestable supériorité de talent. M. Cazenave a un bon coup d'œil et se distingue, outre son talent, par sa courtoisie et sa bonté pour tout le monde. 11 fait le mercredi une très-excellente clinique. Allez-y. Des pancartes bien disposées auprès de chaque lit indiquent le diagnostic. Le samedi, examen des femmes au spéculum. Mêmes réflexions que ci-dessus, à propos de M. Gibert.
M. Hardy est, le moins anciennement arrivé a Saint-Louis. C'est peut-être en revanche le plus actif. Homme essentiellement honnête et instruit, esprit très-droit, M. Hardy fait un cours complet de pathologie cutanée, dans lequel il prodigue sa peine et l'instruction. Aussi a-t-il un grand et bien légitime succès! Ai-je besoin de vous dire après cela ce que vous pourrez gagner à suivre sa clinique? — Vous trouverez un excellent guide dans le résumé de ses leçons de l'année dernière, publié par son ex-interne.
J'arrive enfin à M. Bazin qui nous annonce des leçons cliniques sur les syphilides. Cela nous vient bien à propos. Je serais fort étonné qu'un esprit chercheur de la trempe de celui de M. Bazin restât dans l'ornière de tout le monde. Un savant de bonne souche qui s'entend à merveille au progrés, parce qu'il sait le faire naître et l'aider à se développer, M. I. Geoffroy-Saint-Hilaire, a remarqué que les hommes de progrès, — il est lui-même la meilleure preuve de sa remarque, — le sont rarement dans une seule direction, et qu'en général ils apportent l'esprit d'initiative dans toutes les sphères d'activité qu'ils parcoureût. Cette observation, appliquée à M. Bazin, est d'un excellent augure. Dermatologiste de progrès, s'il en fut, — témoin ses remarquables travaux sur les teignes, — M. Bazin sera, à coup sûr, progressiste en syphilologie.
M. Bazin, comme un vrai savant, est avide de vérité. Il abordera donc carrément toutes les questions, donnant à chacune son réel degré d'importance, sans chercher à les embrouiller pour les éluder. Vous ne le verrez donc pas esquiver des objections par des lazzi ou de graveleux propos, plus déplacés en syphilis que partout ailleurs. Le seul reproche qu'on puisse l'aire à M. Bazin, est de négliger un peu les ornements de la forme dans son enseignement toujours bien plus solide que brillant.'
M. Bazin se gardera bien de morceler la syphilis, ce grand arbre de la pathologie, dont les syphilides ne sont qu'une efflorescence. Il suivra donc cet arbre, depuis ses racines tortueuses et entremêlées, chancres, plaques muqueuses, etc., jusqu'aux branches, jusqu'aux fleurs et aux fruits. A coup sûr, il s'appesantira sur les greffes de la syphilis, sa coexistence avec la dartre, la scrofule, le cancer, etc., et sur les modifications produites par la culture: — ce sont les traitements. Il nous montrera enfin les fruits dispersés, comme les plaques muqueuses et la blennorrhagie, redevenant racines à leur tour, etc.
Que de questions importantes à résoudre pour M. Bazin avant d'aborder ou en abordant l'étude des syphilides ! D'où vient le virus ? Quel est son pays d'origine, son âge? Par où et comment pénètre-t-il dans nos organes? Les accidents dits secondaires ne sont-ils pas souvent contagieux, c'est-à-dire primitifs à leur tour, et par suite, n'y a-t-il pas ici la source d'une détestable logomachie et même d'un peu de galimatias ? Quand et comment ces accidents sont-ils contagieux ? La blennorrhagie est-elle parfois syphilitique ? Et dans ce cas est-elle primitive ou secondaire, ou bien l'une et l'autre chose à la fois? Ny a-tril pas la aussi sujet à quiproquo et par suite à une réforme de nomenclature ? Y a-t-il des pus de différentes forces ? Le pus chancreux est-il un ou multiple ? Y a-t-il, — et dans quel cas, — une incubation syphilitique ? Quelle est sa durée et quelles sont ses distinctions, c'est-à-dire ses espèces? Y a-t-il une fièvre syphilitique, et en quoi consiste-elle? Quelle est l'évolution vraie, physiologique, en quelque sorte, des symptômes de la syphilis ? Quelle est la meilleure classification des syphilides ? Quelles sont les analogies du virus syphilitique avec les autres virus, etc. La syphilisation est-elle une chimère ou une réalité ?...
SUR LA MANIÈRE D'ETUDIER LA SYPHILIS
Oui, mon ami, elle est une réalité féconde aux yeux de ceux qui ne sont pas aveugles ou dont la vue n'est pas couverte d'un voile par la passion. Ayez-donc confiance et laissez-vous diriger par elle ; puis bientôt vous comprendrez comment elle aide à résoudre la plupart des questions de la syphilologie. Vous suivrez, n'est-ce pas, la clinique de M. Bazin ; nous la suivrons ensemble et nous essayerons de décider entre nous et tout lias, a la laveur des lois de la syphilisation, quelques-unes des questions qui seront abordées par réminent médecin de l'hôpital Saint-Louis.
Après ce semestre, ou entre-temps, vous retournerez à l'hôpital du Midi et dans les autres hôpitaux. Vous verrez alors qu'au Midi on est moins avancé qu'à Saint-Louis, où planent encore les ombres des Willan et des Biett, dans l'observation minutieuse, exacte, des manifestations cutanées de la syphilis, mais qu'en revanche on y sait généralement mieux rattacher les syphilides à leur point de départ. A Saint-Louis, en effet, on n'examine pas assez les organes sexuels. Je dois dire que M. Bazin, fort d'une expérience acquise par un séjour triennal à Lourcine, vient de suivre M. Giberfc et M. Cazenave dans l'excellente voie de la spéculisation des femmes. Je ne serais pas étonné que M. Hardy introduisît chez lui la même pratique, car il est homme à ne se laisser déborder pnr aucune espèce de perfectionnement ni de progrès.
Dans les cliniques générales de médecine et de chirurgie, vous surprendrez, sous la direction de maîtres habiles, la syphilis masquée sous toutes les formes et, pour ainsi dire, cachée dans tous les organes. Pour ne citer qu'un exemple, vous trouverez des gommes pulmonaires, devenues centres de pneumonies et simulant à merveille, — les gommes toutefois n'ont pas de préférence pour le sommet, — des pneumonies pérituberculeuses. C'est ce que les observateurs du siècle passé appellent pulmonies véroliques. M. Rayer qui, dans son ardeur toute juvénile pour la science, nous donne l'exemple merveilleux d'un bien rare anachronisme, vient d'observer une pneumonie qui devait être de ce genre, car elle a cédé promptement à un traitement antisyphilitique.
Si donc la syphilis d'insidieuse allure peut ainsi se larver dans tout l'organisme, — larvam sœpe induit aliorum affectuum, — il n'est pas de diagnostic différentiel que le vrai syphiliste ne doive au besoin aborder. Il y a deux sortes de cas d'affections syphilitiques au point de vue du diagnostic : 1° les cas faciles; 2° les cas difficiles. Dans les cas faciles, le diagnostic est d'une évidence qui saute aux yeux. Mais, en revanche, les cas difficiles le sont à l'extrême, — summa difficultas interdum in niorbo detegentlo. C'est pourquoi on ne devrait pas se livrer à la spécialité des maladies vénériennes, vouée d'ailleurs au charlatanisme de haut et de bas étage, sans cumuler beaucoup de connaissances en médecine et en chirurgie. Cette exigence est rendue bien plus évidente par la thérapeutique. Que d'opérations chirurgicales, par exemple, incombent au spécialiste vénérien, depuis le simple cathétérisme de l'urèthre et l'ouverture d'un bubon jusqu'à la résection dune carie ou à la trépanation d'un crâne frappé de nécrose!
Je vais plus loin, il ne peut pas y avoir de véritable spécialité en syphilistique. Je comprends à la rigueur une spécialité en oculistique ; par exemple. Les malades savent à qui s'adresser parce qu'ils savent où est leur mal et parce que le spécialiste, à son tour, est rarement obligé de sortir de son orbite. Mais si la spécialité en syphilistique était possible, en l'absence de connaissances aussi profondes que variées de la part de celui qui voudrait l'exercer, cela ne pourrait être que pour les cas faciles de syphilis commençante, où le malade connaît l'origine de son mal, et où le praticien, de son côté, n'aurait qu'une besogne très-ordinaire à remplir.
Tous ces détails, mon ami, ne sont pas indifférents pour ceux qui comme vous se trouvent à leur période d'initiation. Je ne parle pas des conflits qui peuvent surgir entre spécialistes de différentes spécialités, et qui prouvent au moins que chaque domaine spécial n'est pas bien nettement, n'est pas scientifiquement circonscrit. J'ai connu un comte polonais qui faillit perdre l'œil entre un oculiste et un syphiliste qui prétendaient mutuellement s'exclure sous prétexte d'incompétence, chacun voulant rattacher une opthalmie à sa propre spécialité.
Plus tard, quand vous retournerez dans votre patrie, vous constaterez sans doute que, sous l'influence de mœurs et d'un climat différents , la syphilis n'a pas absolument la même physionomie et ne suit pas non plus tout à fait la même marche que chez nous. Si alors vous conservez le souvenir de mes conseils, si surtout vous en avez retiré quelque fruit, rendez-moi le prix de ces conseils en m'écrivant le résultat de vos observations. Il serait, d'un grand intérêt pour la science que les hommes éclairés de tous les pays prissent part à ces correspondances syphilo graphiques, qui deviendraient ainsi comme le résumé sur ce point de la science contemporaine.
Si vous avez occasion d'écrire à M. Galvès, remerciez-le de son intéressant Mémoire. Engagez-le à poursuivre ses travaux et à rechercher avec soin l'origine de la lèpre, car