‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 125 sur 205 · DES SYPHILIDES MALIGNES PRÉCOCES, PAR M. LE ALFRED DUBUC · texte numérisé non relu

DES SYPHILIDES MALIGNES PRÉCOCES, PAR M. LE ALFRED DUBUC

M. Dubuc s'est fait l'historien de la syphilis maligne précoce. 11 a apporté dans cette étude le continrent de ses propres lumières; mais il a été surtout le reflet de celles de M. Bazin, son illustre maître.

M, Bazin est de la race des novateurs. Il a trouvé le meilleur traitement de la gale (friction générale et insecticides) et celui des teignes (épilation et parasiticides) .

C'est lui qui a trouvé le traitement de la gale, bien qu'un galeux, dit-on, se soit oint de graisse de la tête aux pieds avant que M. Bazin formulât le précepte raisonné de la friction générale.

C'est lui qui a trouvé le traitement des teignes, bien qu'avant lui plus d'un empirique n'ait que trop longtemps épilé et pommadé les teigneux.

Il les a trouvés aussi bien que Newton a trouvé la gravitation, quoique Galilée lui ait donné la pesanteur, Kepler les lois des astres, et Huygens les forces centrales et les forces centrifuges.

Il les a trouvés comme Harvey a trouvé la circulation, quoique Servet ait découvert avant lui la petite circulation, Colombo l'usage des valvules du cœur, Cesalpin le passage du sang des artères dans les veines, et Fabrice (d'Aquapendente) les valvules de ces mêmes veines.

Il les a trouvés enfin, comme Geoffroy-Saint-IIilaire a découvert et démontré l'unité de composition organique ; quoique Aristote ait proclamé Virtoa xat t« aùroc des parties du corps des animaux et que saint Augustin se soit écrié : Natura appétit unitatem ; quoique Belon ait dressé le squelette de l'oiseau à côté de celui de l'homme; quoique Paracelse, Newton, Camper, Buffon et Vicq-d'Azyr aient plus ou moins vaguement pressenti ou nettement exprimé cette grande loi; quoique Herder ait mis en avant son type exemplaire, Gœthe son modèle universel, et Pinel son type primitif '.

Il les a trouvés comme Jenner a trouvé la vaccine, quoique avant Jenner on ait vacciné dans le Holstein, le Jutland, le Gloucester, le Devonshire, etc.; quoique avant lui Jesty ait vacciné sa famille; quoique avant lui Fester et Nash aient écrit chacun un Mémoire sur la vaccine.

Il les a trouvés, parce que c'est lui qui a rassemblé et coordonné des éléments épars dont il a fait un tout, et que c'est précisément en cela que consiste l'invention plutôt qu'en des découvertes dues au hasard et dont on ne tire aucun parti. Le crocheteur qui découvre le premier une comète n'est pas un astronome, mais un crocheteur. L'astronome est celui qui, armé d'une lunette et du calcul, trace la révolution des astres dans le ciel.

C'est si bien lui qui les a trouvés, que c'est lui qui a lutté hier, qui lutte aujourd'hui et qui luttera demain pour les faire accepter dans le domaine de la science, ce qui prouve qu'ils n'y étaient pas avant lui.

Il est piquant que ceux qui lui contestent la priorité de ces découvertes soient précisément les mêmes qui pour la plupart en contestent la réalité.

M. Bazin a proposé une excellente base de classification des syphilides. Les unes sont précoces et généralisées; les autres tardives et localisées. D'où syphilides exanthématiques et syphilides circonscrites. Voilà une division dichotomique fort avantageuse au double point de vue du diagnostic et du traitement.

La pensée en vaut mieux que les termes, le fond en est meilleur que la forme, les mots exanthématiqae et circonscrit ne s'opposant pas aussi bien l'un îî l'autre que les deux idées qu'ils représentent dans l'esprit de M. Bazin. Pourquoi ne pas dire plutôt, par exemple, syphilides généralisées et syphilides localisées, sauf à s'expliquer dans les définitions et dans les descriptions? Les mots d'une classification doivent être des désignations plutôt que des signalements complets. Omnis res, dit Owen, denominunda est a majore parte.

N'est-il pas toujours temps de dire que les syphilides généralisées ont des prodromes, qu'elles 'sont précoces, exanthématiques (soit!), accompagnées d'adénites et de lymphites, qu'elles présentent tels et tels caractères, qu'elles sont tributaires du mercure (si l'on veut!) et sujettes à récidive, etc., tandis que les syphilides localisées sont tardives, exemptes de prodromes, etc., etc.?

M. Bazin a créé une troisième classe, celle des syphilides ulcéreuses Mais comme celles-ci peuvent rentrer dans l'un ou l'autre des groupes précédents, il faudrait que M. Bazin fit le sacrifice de cette classe, qui ne devrait former qu'une subdivision des deux autres, à moins qu'il ne préférât modifier, ce que je ne lui conseille pas de faire, la base même de sa classification. Le sacrifice que je lui propose d'accomplir est d'autant plus indispensable, que le terme ulcéreux ne peut entrer en opposition pas plus avec ceux d'exanthcmatirjue et de généralisé qu'avec ceux de circonscrit et de localisé.

CRITIQUE SYPHILOGRAPHIQUE. 497

En tout cas, que M. Bazin choisisse, et dispose, entre les deux tableaux suivants que je lui propose, mais dont je préfère et lui recommande le premier, parce que les caractères secondaires y sont subordonnés aux plus importants.

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