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CONSULTATION MÉDICO-LÉGALE, PAR M. AUZIAS-TURENNE

lro PARTIE. Examen des pièces suivantes :

1° Déposition du Docteur X. 2° Déposition de la sage-femme Y. 3° Déposition du Docteur Z. 4° Conclusion de l'appelant V.

I. Déposition du Docteur X. — Cette déposition n'a rien de précis. Des motifs honorables de discrétion professionnelle ont sans doute guidé mon confrère. Il est regrettable qu'il n'ait pas fait un examen médical circonstancié de madame V. et des deux nourrices.

Tout ce qu'il nous apprend, c'est qu'un eufant bien portant aurait été confié à la nourrice U. et serait devenu malade entre ses mains. (Il avait des excoriations qu'on a traitées par l'usage externe du mercure sous forme de sublimé.)

II. Déposition de la sage-femme Y. — En général, les sages-femmes n'étudient pas beaucoup la syphilis : c'est pourquoi le récit de madame Y. ne vaut pas le témoignage d'un

(1) Voir ci-dessus : de la contagion des accidents secondaires de la syphilis, Discussion sur la syphilis cl la Société médicale du Panthéon, 13 février 1S56, p. 361.

Docteur en médecine. Cotte dame n'a pas songé il voir les seins ni à constater l'état de santé de madame U.

Il est pourtant difficile de rattacher à autre chose qu'à la syphilis ce qu'elle dit de l'enfant V., de la veuve T. et du dernier enfant de celle-ci.

Quant a madame V., l'état syphilitique de son enfant n'impliquerait pas absolument qu'elle dut être elle-même atteinte de syphilis, ni surtout qu'elle dût présenter des symptômes de syphilis à un moment donné. (Voir les Propositions 2, 5 et 6 du résumé qui termine la présente consultation.)

III. Déposition du Docteur Z. — C'est le langage d'un homme instruit. Nul doute, d'après sa description, qu'il ne s'agisse ici d'une syphilis secondaire ou constitutionnelle, transmise de l'enfant V. il sa nourrice, et de celle-ci à son propre enfant.

Le Dr Z. a d'abord constaté une syphilis constitutionnelle bien caractérisée chez l'enfant V. (plaques muqueuses, papules, ozëne, etc.) à une époque où la maladie commençait à se manifester chez la nourrice par des rougeurs autour du sein, lequel fut bientôt également le siège, ainsi que le pharynx, de plaques muqueuses. La femme T. a donc été atteinte d'une syphilicle populeuse, vraisemblablement accompagnée àHritis. Le Dr Z. dit qu'elle a failli perdre un œil. (Proposition 7 du résumé.)

Tout cela cadre parfaitement avec l'idée d'une communication de syphilis secondaire, faite à la femme T. par l'enfant V.

Plus tard, l'enfant même de la veuve T. est atteint à son tour. Le Dr Z. explique, en homme qui connaît la matière et qui a bien vu ce qu'il dit, la filiation et la succession des différents symptômes.

Il s'agit donc, je le répète, d'une syphilis secondaire, transmise directement de l'enfant V. à la veuve T., et de celle-ci à son propre enfant.

Les choses ne se seraient point passées de même, s'il se fût agi de la transmission d'une syphilis dite primitive. Celle-ci, notamment, ne se caractérise ni ne débute par des papules, tandis que c'est souvent ainsi que se montre d'abord la syphilis secondaire, quand elle est directement transmise. (Proposition 7 du résumé.)

Je crois même que cette transmission secondaire pourrait mieux rendre compte de la gravité de la maladie de madame T. que l'opinion émise par le Dr Z., à savoir que : La syphilis serait plus grave quand elle est transmise par une autre voie que par le congrès sexuel.

IV. Conclusions de l'appelant V. — Ces conclusions, rédigées par une personne étrangère aux connaissances médicales, sont une espèce de contre-vérité scientifique.

Je me borne aux réflexions suivantes :

La syphilis secondaire est transmissible, et spécialement du nourrisson à la nourrice et vice versa. (Proposition 1 du résumé.)

Il n'y a pas le moins du monde prescription quant à l'apparition des symptômes de syphilis héréditaire, lors même que plusieurs mois se sont écoulés depuis la naissance de l'eDfant. (Proposition 9 du résumé.)

Un père ou une mère peut avoir des symptômes de syphilis au moment de l'acte de la génération, lesquels peuvent avoir disparu spontanément lors de la naissance de l'enfant. (Proposition 6 du résumé.)

Un père peut avoir la syphilis sans symptômes et néanmoins transmettre la maladie par la génération. Les symptômes ne sont pas la maladie; ils n'en sont que la manifestation. La maladie demeure souvent latente pendant très-longtemps. (Propositions 4 et 9 du résumé.)

[Les Propositions qui terminent cette consultation ont été inséi'ées dans la Discussion sur la syphilis, ci-dessus, p. 361.]

A M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)

Paris, le 27 octobre 1858.

Très-cher et très-honoré Confrère, 4

Le Dr Gamberini m'a fait l'honneur de traduire en italien, dans le numéro de juillet dernier du Bulletin de la Société médico-chirurgicale de Bologne, en y ajoutant quelques

réflexions, la lettre que je vous ai écrite pour vous prouver l'essence syphilitique, — ou pour mieux dire la syphilicité de certaines blennorrhagies. Les réflexions de ce savant confrère ont une double importance à cause de leur valeur réelle et du nom qui les a signées.

Voici les quelques paroles dont M. Gamberini fait précéder sa traduction : « Bien que les faits parlent jusqu'il l'évidence, et qu'on rencontre tous les jours des malades atteints de syphilis constitutionnelle à la suite de simples blennorrhajries , il existe plusieurs médecins qui refusent de reconnaître à la syphilis constitutionnelle cette origine. C'est il eux que s'adresse le travail de M. Auzias-Turenne, car il renferme des arguments et des faits destinés à démontrer une vérité scientifique que l'esprit de parti ou une idée préconçue pouvaient seuls faire nier. »

L'expression de M. Gamberini me paraît trop forte. Je connais des médecins honorables et instruits, notamment ceux dont j'ai combattu l'opinion dans le sein de la Société médicale du Panthéon, qui ne croient pas à la possibilité d'une vérole à la suite d'une blennorrhagie simple. Je m'explique parfaitement leur erreur, dont le principal motif est dans la croyance où ils sont que quel qu'ait été l'accident primitif, l'organisme a dû subir ■la même empreinte, et que, par conséquent, les phénomènes constitutionnels doivent apparaître avec la même physionomie et dans des limites de temps identiques. Cette opinion est bien loin d'être la mienne ; je prétends, au contraire, sans être carmichaéliste, qu'outre les différences qui tiennent à des circonstances indépendantes du virus (constitution, tempérament,' idiosyncrasie, hygiène, climat, saisons), la vérole peut en présenter d'autres dans son évolution et dans sa forme et qui tiennent il la forme elle-même de l'accident qui a été la cause de l'infection (chancre et ses variétés, accident constitutionnel, etc.).

Après avoir reproduit mon petit Mémoire, M. Gamberini conclut par les considérations suivantes :

« Dès 1848, j'ai soutenu la thèse développée par M. Auzias-Turenne, et dont la vérité m'est, tous les jours, confirmée par les faits cliniques. J'ai insisté là-dessus dans mon traité DES MALADIES vénériennes, où j'ai fait voir que lescas de syphilis constitutionnelle consécutive à des blennorrhagies portaient à admettre : 1° que la douleur ostéoeope représente le type de la syphilis constitutionnelle développée à la suite de la blennorrhagie ; 2° que cette syphilis tarde à se montrer (tome Ier, p. 112). J'ai ajouté ailleurs que la blennorrhagie peut être le symptôme d'une syphilis confirmée, de telle façon que je l'ai vue faire place à d'autres symptômes de syphilis constitutionnelle qu'elle remplaçait ensuite. J'ai observé le fait plusieurs fois. Il est l'analogue de celui où l'éruption syphilitique générale fait quelquefois disparaître momentanément les ulcérations des organes génitaux, tandis que ces ulcérations font disparaître à leur tour l'éruption générale ; la disparition des symptômes constitutionnels, dans les deux cas, sous l'influence du mercure, prouve qu'il s'agit de la même maladie (naturam morborum curationes ostendunt); mais je ne pense pas que toutes les blennorrhagies seraient virulentes ou syphilitiques.

« Voici, au contraire, les espèces que j'admets :

« 1° Blennorrhagie simple, non virulente ; 2° blennorrhagie virulente sans ulcère uréthral (larvé de Ricord) ; 3° blennorrhagie virulente avec ulcère uréthral ; 4° phénomènes blennorrhagiques par suite d'ulcère uréthral; 5° blennorrhée syphilitique constitutionnelle ; 6° blennorrhée par granulation, ou blennorrhée granuleuse uréthrale.

« Les blennorrhagies des 2e, 3e et 4e espèces suffisent à engendrer la syphilis constitutionnelle ; les blennorrhagies de la 5e espèce, qui sont aussi susceptibles de produire le même effet, peuvent n'être qu'une dérivation des trois précédentes. La première est l'effet d'une cause excitante qui réagit sur l'état général. La 6e enfin est une entité pathologique spécifique qui se rapproche par sa nature de l'ophthalmie granuleuse et ne s'unit qu'accidentellement, ou par complication, avec la syphilis. »

Vous me donnerez un jour votre avis là-dessus.

Mais que vous parlé-je de blennorrhagie syphilitique ! 11 s'agit bien de cela, vraiment! Savez-vous qu'elle est la question importante, celle qui préoccupe le plus les syphilistes aujourd'hui ? La syphilisation ? Non, quoiqu'une excellente thèse subie récemment à Montpellier par M. Collin nous fasse connaître les Expériences intéressantes de M. Sirus-Pirondi (de Marseille). — La question des deux chancres? On ne s'en occupe qu'indirectement.—La retraite d'un syphiliste qui appelle on ses adversaires? Non. — Ses efforts pour être nommé à l'École ? Non. Personne ne croit cela possible. — La biographie de M. Ricord dans le Gaulois? On est blasé là-dessus.

La publication du cours de M. Bazin sur les syphilides? On y songe à Saint-Louis, mais on ne s'en préoccupe pas en ville. — La confusion qui règne, et la guerre civile q-ji

éclate dans le camp de l'hôpital rtu Midi ;— les articles virulents d'un ancien adepte contre le chef de doctrine ? Non, non, non.

L'apparition d'une 3° édition du traité de la. maladie vénérienne, de Hunter, traduit par M. Richelot, annoté par M. Ricord, et sous-annoté par le traducteur lui-même? Non. Quoiqu'il ait paru singulier que M. Ricord se soit placé lui-même dans la catégorie des trépassés, en ne changeant rien à son œuvre personnelle et en y faisant ajouter des notes par autrui. — Mais de quoi s'agit-il, enfin?

Eh bien ! la question syphilologique dont on s'occupe presque exclusivement dans la presse, dans les Sociétés savantes, dans les Cercles, partout enfin, c'est la question qui, partie du Ministère de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, s'est abattue sur l'Académie de médecine, pour y trouver une solution, et qui, ainsi pourvue, retournera au même Ministère, pour de là se répandre dans les différentes administrations et faire son chemin dans le monde ; — c'est la fameuse question de savoir si les accidents secondaires de la syphilis sont contagieux.

Il m'arrive de tous les côtés des avis qui sont favorables à l'idée de la contagion, quoique pourtant je ne fasse rien pour en provoquer l'expression, et que je sois prêt à publier moi-même toute opinion sérieuse et sincère. Ma plume ne se dégradera jamais jusqu'au point de repousser la controverse et de rendre difficile aux autres l'accès d'un journal où elle a toute franchise.

Oui, je hais ces forbans de la plume, qui s'abritent à chaque instant dans les bas-fonds de notre littérature médicale, et dont l'industrie consiste à dérober et à travestir les idées d'autrui sans articuler les noms propres. Ainsi parviennent-ils à déguiser leurs plagiats, ou tout au moins à se garantir des réclamations. Je crois que cette manière d'agir, trop à la mode aujourd'hui, n'est pas assez flétrie. Tel se pique de délicatesse pour les choses ordinaires qui ne se fait nul scrupule, soit comme auteur de méfait, soit comme recéleur et complice, de nier, de dérober ou de travestir une idée qui fait souvent toute la fortune et la gloire de celui qui l'a trouvée. Mais dès qu'un pauvre baudet médical commet la moindre peccadille, s'il tond, par exemple, la largeur de sa langue du pré de la publicité, c'est presque toujours des colonnes inhospitalières dont je parle que part le haro sur le baudet !

Vous savez bien comment la question de la contagiosité du produit des accidents secondaires est arrivée devant l'Académie de médecine. La lettre que j'ai écrite au Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, et que vous connaissez, a été envoyée par Son Excellence à cette illustre Compagnie, qui a choisi pour examiner la question et faire un Rapport, une Commission ainsi composée: MM. Velpeau, président; Depaul, Devergie, Ricord, et Gibert, secrétaire-rapporteur.

Il est incontestable que tous les membres de l'Académie qui sont pour la non-contagion de la syphilis secondaire ont été placés dans la commission; or ces membres sont au nombre de UN. Le parti Ricord se compose en effet de M. Ricord tout seul, je n'ose même pas dire de M. Ricord tout entier, tant sont flottantes et insaisissables aujourd'hui les opinions jadis si opiniâtres de ce syphiHste.

M. Velpeau est partisan déclaré de la contagiosité du produit des accidents secondaires ; vous savez avec quelle puissance de talent et quelle supériorité de raison il a déjà terrassé M. Ricord à la suite de la discussion sur la syphilisation.

Voici les remarquables et vigoureuses réflexions que faisait M. Cazenave à ce propos :

« Certes, si quelque chose pouvait porter un coup mortel à cette doctrine qui prétend s'introniser sous le drapeau de l'inoculation et en dépit de l'expérience, c'était l'argumentation pressante, serrée, de M. Velpeau; c'était l'autorité de la pratique parlant par la voix de l'honorable professeur, dans la longue discussion que l'Académie vient de clore. Qui sait ce que l'inoculation habituée à vaincre par la plaisanterie, a dû souffrir dans les étreintes de cette argumentation sarcastique, mais toujours spirituelle, serrée, concluante! Qui sait ce qu'elle regrette aujourd'hui d'espérances ou d'illusions perdues ! Mais si elle a reçu un coup funeste devant l'opinion publique, pourra-t-elle se consoler en pensant que l'Académie a tout fait, du moins, pour en adoucir la portée, par le vote qui vient de clore ces longs débats. Chose étrange ! deux questions étaient pendantes devant l'illustre assemblée ; — l'une, celle de la syphilisation, question toute neuve qui n'était préparée par aucun travail antérieur, que n'élucidait aucun fait positif, qui, pendante devant l'expérience, fait hésiter les consciences les plus honorables ; l'Académie de médecine l'a

résolument tranchée par un vote unanime qui proscrit la syphilisation comme immorale en principe et en pratique; — l'autre, la question de la contagion des accidents secondaires de la syphilis, question sur laquelle quatre siècles d'observations ont pu répandre la lumière; que les meilleurs syphilographes ont agitée ex professa; que chaque médecin peut résoudre par les faits de sa pratique; que la science et la clinique ont enfin suffisamment mûrie ; sur celle-la, l'Académie s'enferme dans une prudente réserve; elle ne se

sent pas assez éclairée pour prononcer un jugement; elle en appelle de quatre cents ans

d'expérience à une Commission d'enquête qui n'a point été nommée. » (Annales des

maladies de la peau et de la syphilis, tome IV, p. 314.)

M. Gibert a depuis longtemps fait ses preuves de vaillance sous la même bannière oup M. Velpeau. 1

comme il l'a

courant de

contagion des accidents secondaires.

M. Devergie est Vimpavidum f crient ruina du poète ; comme médecin légiste , et comme membre du Conseil de salubrité, il a eu plusieurs fois occasion de montrer avec talent sonavis, qui est affirmatif sur la contagiosité du produit des accidents secondaires.

M. Ricord sera donc seul de son avis dans la Commission et probablement aussi dans le sein de l'Académie elle-même.

Bien plus, vous ai-je dit, on doute qu'il soit tout entier de son propre avis. Personne, en effet, ne sait au juste ce qu'il pense, et peut-être qu'il ne le sait pas très-bien luimême.

Autant il était autrefois inflexible dans ses affirmations, autant il est aujourd'hui insaisissable et mobile. Il semble toujours flotter d'une opinion à une autre. Ici c'est l'idée du lendemain qui contredit celle de la veille ; là c'est l'opinion du jour qui se trouve en contradiction avec elle-même. Les plus fervents disciples ont peine à suivre M. Ricord à travers tant de méandres. Quelques-uns semblent stupéfaits, attoniti, de voir ainsi pâlir son étoile et son nom. On se trouve généralement dans une sorte de perplexité relativement à la contenance qu'il prendra et à l'opinion qu'il soutiendra dans le sein de la Commission et de l'Académie de médecine. Les journaux dont il improvise du jour au lendemain l'opinion n'ont' pas encore dit grand'chose, et semblent attendre de quel côté soufflera le vent.

Bref, les Sociétés médicales s'agitent et traitent à l'envi la question. La Société de médecine pratique, la Société médicale de Bonn (Prusse), la Société des médecins américains-espagnols de Paris, se distinguent dans ce steeple-chase de la pensée. Les écrivains taillent leur pluma où la font déjà courir sur le papier. Je crois que la question se juge à peu près partout dans le sens de la contagiosité secondaire.

C'est aussi là, je crois, l'opinion Scandinave, d'après ce que vous m'avez écrit dans le temps.

L'Académie abordera sans doute la question peu de temps après la discussion dans laquelle elle se trouve engagée et qui est relative au tubage du larynx. A ce propos, une idée nouvelle, — dont je ne préjuge pas la valeur, — allait être prématurément étouffée. La cause, en d'autres termes, allait être jugée sans être entendue, lorsqu'un défenseur, bien inspiré, et d'ailleurs coutumier du fait, s'est généreusement levé de son banc et a opposé la barrière de son éloquence au torrent iréfléchi du préjugé. Il ne disait pas : Le tubage du larynx est une bonne opération ; — ' mais il semblait dire à l'Académie : Frappe; mais écoute ! Eh bien ! qui le croirait ! C'est contre cette voix libérale que s'est élevée une partie de la presse médicale de Paris. Il y a plus, c'est que maints journaux ont trouvé un argument contre M. Malgaigne dans le fait glorieux pour lui d'avoir défendu la syphilisation. Quoi! N'est-ce pas comme si on lui reprochait d'avoir noblement risqué sa popularité pour empêcher l'étouffement systématique d'une idée? N'est-ce pas lui reprocher d'avoir été généreux et votre clairvoyant précurseur? Car, j'en suis sûr, la parole éloquente et loyale de M. Malgaigne a été pour vous le phare qui vous dirigeait dans vos premiers essais de navigation syphilisatrice.

Les journaux qui ont jeté à la face de M. Malgaigne un pareil argument et un pareil reproche sont précisément ceux qui n'ont pas voulu tenir leurs lecteurs au courant des progrès de la science et qui ignorent la plupart de vos beaux travaux.

En attendant, la syphilisation gagne constamment du terrain !

Agréez, etc.

A M. BARDINET, DIRECTEUR DE L'ÉCOLE SECONDAIRE DE MÉDECINE, A LIMOGES (HAUTE-VIENNE).

Paris, le 27 octobre 1858.

Cher Confrère et ancien condisciple, Sur ma provocation, la question de la contagion des accidents secondaires de la syphilis vient d'être remise à l'ordre du jour des travaux de l'Académie. Une Commission, dont M. Gibert est le Rapporteur, vient d'être nommée.

Cette Commission doit connaître tous les travaux sur la matière, et je crains que votre Mémoire ne lui arrive pas. M. Velpeau ne l'a pas, M. Depaul ne l'a pas. Il est peut-être entre les mains d'une personne qui no tient pas a. le produire.

Si cette voie vous paraît bonne, envoyez-moi sous forme de lettre, ne dépassant pas en longueur les quatorze colonnes du feuilleton de la Revue étrangère, le résumé de votre opinion et de votre Mémoire. La vérité sera ainsi mise sous les yeux de chacun des membres de La Commission et entra les mains du Rapporteur. M. Gihert désire réunir tous les matériaux pour faire son Rapport promptement. L'essentiel est donc d'aller vite.

Votre dévoué confrère.

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