A M. LE DOCTEUR COURT1LLIER, A. AMIENS (SOMME
Paris, le G septembre 1865.
Très-cher et très-honoré Confrère,
Lorsque votre lettre infiniment trop aimable est venue me surprendre samedi dernier, je n'avais rien oublié de nos anciennes relations. Vous êtes de ceux dont on garde le souvenir, parce que chez vous les charmes de l'esprit s'allient aux qualités du cœur. Je me rappelle, comme si tout cela se passait hier, nos vives conversations dont vous faisiez tous les frais; vos beaux dessins sur le cerveau et la manière aussi attique que gauloise dont vous avez soutenu votre Thèse, sans prétention, y compris votre répartie piquante à M.Velpeau, votre juge. Je me l'appelle surtout avec un sentiment encore vif de reconnaissance que vous m'aviez offert de me transporter et de m'héberger à Amiens pendant les vacances. Je vois encore dans la rue des Boucheries-Saint-Germain, qui n'existe plus de nom, votre hote rogue et bavard, type disparu, qui prenait des grossièretés pour de l'esprit, et qui, de cette manière, en dépensait comme quatre. Il prétendait que vous ne pouviez lui tenir tète, et il avait, ma foi, bien raison.
Depuis ce temps reculé d'un quart de siècle, j'ai suivi avec intérêt vos travaux au moyen de quelques brochures sur la vaccine, que grâce à votre ouvrage, j'aurai désormais dans ma collection.
Je lis dans ce moment cet ouvrage; il me paraît trop court à cause de la science qu'il renferme et de la bonne littérature qui la relève, dont je me garderai de vous faire un reproche à l'exemple de M. Velpeau.
Je rassemblerai quelques-uns de mes opuscules pour avoir le plaisir de vous les offrir, si tant est qu'une idée proscrite puisse avoir quelque attrait pour vous, fylais cela doit être, puisque vous êtes un homme de cœur.
Recevez, etc.