THÉORIE ±)E LA MIGRAINE
Paquet cacheté déposé à l'Académie des sciences par M. le Br Auzias-Turenne (1).
La migraine résulte de la compression du nerf trijumeau et plus particulièrement de sa branche ophthalmique, par du sang accumulé dans les sinus de la base du crâne, et spécialement dans le sinus caverneux.
Cette manière de voir exclut, comme étrangères à la migraine, plusieurs affections qui ont, à tort, été confondues avec elle, et contredit une opinion, consacrée par l'étymologie du mot migraine, à savoir que cette affection ne peut pas exister des deux côtés de la tête à la fois.
On conçoit qu'une semblable théorie puisse et doive se passer de faits cadavériques et qu'il lui suffise pour être confirmée de concilier les phénomènes observés durant la migraine.
1° Des trois branches du nerf trijumeau, l'oplithalmique est le siège principal de la migraine. Cette branche, en effet, est située dans la paroi externe du sinus caverneux.
2° Néanmoins les deux autres branches du nerf trijumeau ne sont point exemptes de la migraine,' et les mouvements spasmodiques de la mâchoire inférieure coïncident quelquefois avec cette affection. C'est parce que la compression s'étend à tout leganglion de Gasser etàla portion motrice du nerf trijumeau.
3° Des nausées et des vomissements compliquent souvent la migraine ; c'est parce qu'alors il y a compression du pneumo-gastrique vers le golfe de la veine jugulaire interne.
4° Des contractions involontaires du sterno- mastoïdien et du trapèze s'observent quelquefois dans la migraine ; c'est parce qu'alors la compression s'étend au spinal.
5° La douleur s'étend quelquefois le long du grand nerf occipital, ou même le long de branches du plexus cervical; cela tient à la dilatation de la veine vertébrale qui communique largement avec les sinus de la base du crâne.
6° En inclinant la tête en avant, on augmente les douleurs de la migraine; on les diminue, ou même on les fait disparaître en l'inclinant en arrière, en même temps qu'on provoque souvent le besoin de vomir. C'est qu'effectivement, dans cette dernière circonstance, le sang des sinus est porté vers le golfe de la veine jugulaire interne, où il peut se dégorger, mais aussi comprimer le nerf pneumo-gastrique.
7° En interceptant la circulation dans la veine jugulaire interne d'un côté, on peut faire naître la migraine de ce côté.
8° Quand la migraine est très-forte d'un côté, l'appareil oculaire est manifestement gonflé, à cause de la difficulté qu'éprouve le sang des veines intraorbitaires à arriver dans les sinus ophthalmique et caverneux, remplis de sang.
9° Les douleurs de la migraine augmentent dans l'expiration ; elles augmen-
(1) Dépôt du 1«' décembre 1845, sous le n° 598. — Retrait du 22 octobre 1877, par les Exécuteurs testamentaires.
tent aussi quand on essaye de retenir sa respiration. Le moment de l'inspiration, au contraire, voit diminuer l'intensité de ces douleurs; c'est que, dans l'expiration ou la respiration suspendue, le sang séjourne dans les sinus de la base du crâne, qu'il abandonne en partie au moment de l'inspiration.
10° Beaucoup do personnes, pendant la migraine, éprouvent des pandieulations et des bâillements. Les unes et les autres favorisent l'entrée de l'air dans la poitrine. Les bâillements, en particulier, chassent le sang du plexus ptérygoïdien qui peut aussitôt être remplacé par du sang venant des sinus.
1 1° Chez quelques personnes, la migraine passe d'un côté à l'autre ou se répand aisément à tout le crâne. Chez ces personnes, en général, la migraine est peu intense et peu tenace; c'est que chez elles les communications sont larges entre les sinus caverneux, ce qui est une garantie contre la compromission durable de la circulation intra-crânienne.
•12° Enfin le peu de gravité de la migraine, les douleurs intenses qui en forment le caractère, sont parfaitement en rapport avec une action de peu de durée exercée par les agents de la circulation sur ce qu'il y a de plus impressionnable en fait d'organes, les organes nerveux sensibles.
Je me borne à ces considérations tracées à la hâte, me proposant de les compléter plus tard et d'y ajouter le traitement rationnel de la migraine.
19 novembre 1845. Dr Auzias-Turenne.