EMPLOI DE L'AIL DANS L'AFFECTION PHYMIQUE
L'ail arrête la toux et s'élimine surtout par les aisselles et un peu par la vessie. Il n'est vraiment pas sûr qu'il n'ait rien de spécifique. Voici, dans toute sa simplicité, une de mes ordonnances : 1° Comme premier déjeuner. 100 grammes d'huile de foie de morue brune, non épurée, arrivée récemment de Norwége. On l'avalera d'un trait en se bouchant le nez. — Si cette dose n'était pas supportée par les organes digestifs, on l'augmenterait graduellement jusqu'à 200 grammes, et même au delà. L'essentiel est que la tolérance s'établisse. On se livrera, au besoin, à des tâtonnements, pour parvenir à incorporer une quantité considérable de cette substance bienfaisante.
Cette huile étant un aliment bien plus qu'un médicament, il vaudrait mieux ne pas en boire que d'en prendre des doses insignifiantes ou de mauvaise qualité.
Des pastilles de menthe anglaise, une verrée de vin ou une cuillerée de bonne liqueur, etc., pourront en faciliter la digestion.
2° Tous les soirs, en se couchant, manger six gousses d'ail, cuites à l'eau ou sous la cendre, ou bien au goût et à la convenance du malade, et d'après les effets produits, diviser la même quantité en deux ou trois doses, à prendre à différentes heures du jour. On peut manger en même temps du pain et boire de bonne bière.
Des pastilles de cachou, des fragments de vanille mâchée, des onctions à l'eau de Cologne dans les aisselles masqueront la mauvaise odeur.
3° Du bœuf rôti, saisi au feu et saignant, du gigot de mouton rôti et saignant seront la base de l'alimentation. Les viandes réchauffées et les viandes blanches, les poissons et le gibier, sans être proscrits, ne sez'ont jamais préférés* Il en est de même de la chair de porc. Cependant le jambon de bonne qualité peut être mangé avec avantage.
4° Le pain ne doit pas être sorti récemment du four, mais il doit être frais, cuit à point, depuis six heures environ, et jamais depuis plus de douze. Il doit ("Ire bien cuit sans être brûlé. Trop frais ou rassis, le païn est moins digestif, moins nourrissant.
5° Aliments bons : chocolat, lentilles, châtaignes, pommes de terre, laitue, cresson, dattes, figues, raisins.
6° Boire de bon vin aux repas. Suivant sa qualité, sa force, et d'après la constitution et les habitudes du malade, ce vin sera pris pur ou plus ou moins coupé d'eau. On reconnaît qu'on a bu la quantité de vin nécessaire,. parce qu'il produit du bien-être et de la gaieté. Il ne doit jamais stupéfier, ni surtout griser.
7° Pas de liqueurs (si ce n'est après l'huile de foie de morue), mais on peut faire usage de quelques vins liquoreux.
UN CAS D'EMPOISONNEMENT PAR LA BELLADONE
8° On peut user de café et de thé après les repas, comme moyen de faciliter la digestion et l'assimilation, mais non pas s'ils produisent de l'agitation ou empêchent le sommeil. Se conduire à cet égard d'après les effets obtenus et les habitudes.
9° Fruits doux et mûrs, autant que possible, comme nourrissants et rafraîchissants. Ils valent mieux au naturel que les confitures et les compotes.
10° Le miel est bon sous toutes les formes, comme pectoral et adoucissant, s'il plaît au malade; il est toujours préférable au sucre, qui irrite et fatigue les voies respiratoires.
11° Quelque temps qu'il fasse, le malade fera matin et soir une promenade régulière d'une demi-heure à une heure. Cela est essentiel pour favoriser les fonctions des reins et de la peau, et même celles des poumons. Il sera bien couvert, le cou garanti et au besoin le nez et la bouche voilés. Il ne devra pas s'arrêter, parler, humer l'air et prendre froid. Il rentrera dans un appartement chaud, et se mettra de suite, en hiver, près d'un bon feu.
12° Le sommeil de la nuit ne doit pas durer plus de huit heures, ni le séjour au lit plus de dix, — à moins d'indisposition intercurrente. L'excès est presque aussi nuisible que la privation de sommeil. Le sommeil dujsoir est plus efficace, plus calmant, plus réparateur que celui du matin.
13° Sieste d'un quart d'heure dans un fauteuil, et s'il fait froid, auprès du feu, après le principal repas du jour. Plus longue, et prise dans d'autres conditions, la sieste pourrait être fatigante, au lieu de tempérer les humeurs et de réparer les forces. ».
14° Toutes les semaines, un grand bain salé d'une à deux heures (4 livres de sel gris). Éviter le refroidissement pendant et après ce bain.
15° Se soustraire avec soin à toutes les causes débilitantes et apporter une grande régularité en tout. Modération excessive dans les rapports sexuels.
L'usage'du tabac n'est pas plus proscrit que conseillé. S'il a l'inconvénient d'irriter localement et de stupéfier l'organisme, il offre l'avantage de reposer la respiration en la ralentissant et d'activer les fonctions de la peau.
16° La rigueur dans l'exécution de cet ensemble de conseils sera subordonnée à une foule de circonstances qui ne peuvent être indiquées que d'une manière générale. Des habitudes, les saisons, la nécessité, des événement imprévus, etc., peuvent en modifier les termes et la pratique.
La direction d'un bon et honnête praticien plutôt que celle d'un savant affairé doit être recherchée : ce qu'on fait sert plus que ce qu'on sait.
17° Ne pas oublier que l'huile de foie de morue et surtout l'ail sont la base du traitement.
Il ne faudrait pas toutefois compter beaucoup sur leur efficacité, sans le concours d'une nourriture succulente et la ferme et constante soumission aux règles les plus strictes de l'hygiène.
UN CAS D'EMPOISONNEMENT PAR LA BELLADONE
Tout cas malheureux doit éclairer la science; or celui-ci en est un. Pour mon compte il m'a éclairé beaucoup après m'avoir beaucoup alarmé.
Le résultai n'a pas été funeste; La responsabilité eût été grande, mais ma faute no l'était pas.
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M. X..., après six jours de diète exigée par une hernie irréductible, est opéré par M. H... en présence de D... et de moi. La hernie était entéro-épiploïque. L'épiploon ne fut pas réduit, mais l'intestin le fut, et, quoique je n'aie pas bien compris pourquoi, des matières stercorales ont été rendues par la plaie du onzième au treizième jour après l'opération. — Mais il ne s'agit pas aujourd'hui de la hernie sur laquelle on pourra revenir.
Parmi les prescriptions faites à M, X... se trouvait celle d'un lavement de miel de mercuriale. A côté de celle-ci s'en trouvait une autre d'onguent mercuriel belladone.
On comprend qu'une garde-malade se soit trompée et ait ^délayé dans un clyso-pompe l'onguent belladoné sans que moi qui devais donner le lavement à cause des difficultés de la chose, j'aie pu m'en apercevoir. Ah! s'il y avait eu empoisonnement consommé, quel ridicule serait retombé sur le médecin. Empoisonner son malade en remplissant les fonctions de l'apothicaire ! Ni les antécédents, ni le dévouement antérieur prodigué au malade, ni ce qu'il y avait de louable par la modestie dans l'acte d'un médecin qui donne un lavement luimême, ni... rien n'aurait sauvé le médecin; — car, en France, le ridicule tue.
Arrivons au fait. Il est certain que je n'ai su que cinq heures après le fait do la substance toxique donnée en lavement. Il est certain que de l'extrait de belladone a été introduit par le rectum. Mais en quelle quantité ? la substance non dissoute était accumulée au fond de l'appareil dans son-mélange avec l'onguent mercuriel. Elle n'a donc été ni dissoute ni ingérée en très-grande quantité. Autre circonstance : la canule qui a servi était de gomme élastique, avait une lumière fort étroite; elle était brisée et déchirée en un point. Ensuite on l'a trouvée bouchée, et les matelas avaient été transpercés par la matière du lavement.
Maintenant quelle quantité a été absorbée par les intestins?
Voici la chronologie des faits et des symptômes : Six jours de diète, lorsque l'opération fut faite le 20 novembre 1868, à 8 heures 1/2 du soir, sur un jeune homme de 21 ans, environ. — C'est le 21 novembre, samedi, à 10 heures du matin, que le maudit lavement fut administré. — A dater de 2 heures et jusqu'àminuit, j'ai prodigué des soins au malade. Il avait du délire, des hallucinations, dilatation des pupilles. Pouls alternativement vif, élevé, rapide, déprimé, faible, variant de 110 à 140. — Dans la nuit du 21 au 22, samedi à dimanche, je n'y étais pas. Il paraît que le délire a été fort, ayant duré de 2 à 6 heures du matin. Il y eut plusieurs personnes destinées à maintenir le malade. — Le dimanche 22, les pupilles étaient fort dilatées ; le pouls élevé, puis faible ; il y avait des hallucinations dont on ne pouvait distraire le malade qu'en détournant vivement son attention; des sputations continuelles: impossibilité d'avaler les liquides; facilité, au contraire, d'avaler des confitures. J'ai parfaitement remarqué et fait remarquer cela. — La nuit du 22 au 23, dimanche à lundi, n'a pas été mauvaise. — Le lundi 23 s'est aussi passé assez bien. — La nuit du 23 au 24, lundi à mardi, a été terrible; le délire a été furieux; le malade s'est agité, a crié, s'est déplacé ; les Sergents de ville, attirés par le bruit, sont venus voir ce qui se passait. Je n'y étais pas; mais M- D..., qui s'y trouvait, fut tellement effrayé qu'il acheta une camisole do force destinée aux autres nuits. De l'opium avait été donné comme traitement. Je crois qu'en vertu du duobus doloribus, l'opium n'avait fait qu'ajourner des accidents dont son action avait pris la place, comme le mercure fait à la vérole.
La journée du mardi 24 s'est trouvée passable. — Dans la soirée du 24, fort
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tard, et dans la nuit du 24 au 23, l'affaissement était si grand, le pouls si filiforme que j'ai cru la mort prochaine.
Le 25, à 10 heures du matin, mercredi, il n'est plus question de rien (quatre jours révolus).
Revenons sur les symptômes signalés et marquons-en d'autres:
•1° Ventre ballonné: Au milieu de tous les accidents, le ventre a été fort ballonné ; le malade en souffrait peu et rendait peu de vents.
Pour quelle part la hernie, pour quelle part la belladone ont-elles été dans cet accident ? la hernie en a-t-elle bénéficié ?
2° Dilatation de la pupille :La pupille a été constamment et fort dilatée, même en face de la plus vive lumière. Cette dilatation a été le dernier symptôme ; lui disparu, on a pu être tranquille relativement aux autres.
3° Dilatation du rectum: Le rectum était] aussi fort dilaté; mais il ne m'a pasété possible d'étudier on détail ce symptôme.
Je pense qu'on pourrait utiliser la belladone pour les opérations et spécialement pour les opérations exploratrices à faire dans le fondement, contre la fissure à l'anus, contre les fistules, les hémorrhoïdes, etc. La belladone pararalyse les fibres circulaires et spécialement les sphincters. Le ballonnement du ventre peut tenir à cela.
4° Ensemble de symptômes rabiques qui expliquent l'emploi de la belladone contre la rage. Passons-les en revue : a. Hallucinations, b. Délire furieux, c. Sputation, probablement parce que la salive, qui est liquide, ne peut être avalée ; c'est une affaire de déglutition des boissons, d. Hydrophobie, mêmes réflexions, e. Solides avalés. Dans le délire de la rage les chiens et les loups avalent des choses incroyables (i).
Le pouls si variable indique des alternances dans l'action de la belladone. Je crois qu'ici il y a eu alternance de l'action de l'opium avec celle de la belladone.
Quel a été le traitement de cet empoisonnement? presque nul, incertain. Je n'étais pas le maître, les autres ignoraient. Quelques vomitifs, quelques purgatifs. L'opium était le meilleur remède, mais il n'a été employé qu'en bien petite quantité.
Quelle a été l'action de cet empoisonnement sur la hernie qui venait d'être opérée? 1° Le ballonnement du ventre a-t-il été favorable ou nuisible? Quelle a été, dans sa production, la part respective de la belladone et de la hernie? 2° Dilatation des intestins. N'a-t-elle pas été un bien? 3° Mouvements extrêmes. Ils auraient pu faire beaucoup de mal, mais l'événement ne Ta pas prouvé. 4° Arrêt des phénomènes inflammatoires et locaux. Ceci est très-remarquable. Il est clair que la plaie est demeurée sèche tant qu'ont persisté les phénomènes de l'empoisonnement. Cela a-t-il été un bien plutôt qu'un mal ? Ne serait-il pas possible d'utiliser la belladone pour réprimer, retarder des inflammations traumatiques?
Il ne paraît pas que l'extrait ait autant d'action que les fruits, mais l'intermittence des phénomènes qui se retrouve dans la rage et l'alternance d'action avec l'opium sont fort remarquables.
Il y aurait des expériences curieuses à faire sur le chien. On observerait sans doute une grande dilatation du rectum et une pseudo-rage.
(1) Voir ci-dessus l'histoire du loup enragé de la Corrèze, p. ~57.