TRAITEMENT EXPÉDITIP DE LA GALE
La sagacité de Delpcch lui avait indiqué, il y a quarante ans, le meilleur traitement de la gale. Le célèbre professeur de Montpellier y consacre le premier article du premier numéro (janvier 1829) du Mémorial des hôpitaux du Midi.
Ce traitement, réduit à sa plus simple expression, consistait en une friction générale au savon noir interposée entre deux bains d'une demi-heure chacun et suivie dans la journée de trois onctions à l'huile d'olive.
Les malades de l'hôpital Saint-Éloy se baignaient deux à deux, et chacun prenait le soin de savonner et d'oindre son compagnon. Grâce à cette réciprocité, aucune partie du corps n'était soustraite au bénéfice delà médication.
Delpech n'oublie pas d'instruire le procès du dogme, traditionnel alors, suranné aujourd'hui, de la répercussion.
Dans le Mémorial de janvier 1830, il reprend ce sujet, et résume son opinion en une phrase aussi élégante que juste : « Des lotions alcalines, dit-il, peuvent être employées à détruire les points saillants de l'épiderme, éventer les terriers dans lesquels les insectes se logent, et une huile commune suffit pour consommer la ruine de ces hôtes incommodes. »
Que manquait-il à une formule si exacte et si nette pour fixer la science et la pratique? Une seule chose, mais elle est importante, un diagnostic assuré.
Delpech, en effet, ne s'appuie que sur la contagion et une démangeaison formicante pour instituer le traitement; c'est le succès de ce dernier qui lui dénonce la présence du parasite. Le diagnostic n'était ainsi que rétrospectif.
Le chirurgien de Saint-Éloy n'aurait rien laissé à faire après lui s'il avait su dénicher le sarcopte et exclure a priori toutes les affections qu'on a longtemps confondues avec la gale. Le grand nom de Delpech doit avoir sa place marquée dans une histoire impartiale de cette maladie.
C'est à M. Bazin que revient l'honneur d'en avoir établi le traitement définitif à l'hôpital Saint-Louis. Celui-ci consiste uniquement, comme l'avait pressenti et déclaré Delpcch, à exterminer un imperceptible animal.
Rien ne paraît plus simple et plus aisé. Aussi voyons-nous aujourd'hui autant de guérisseurs que de sarcoptos. Ceux-là ne sont ni les moins incommodes, ni les plus faciles à détruire.
(Gazette des hôpitaux du 3 décembre 18G4.)
ËPIIÉMÉI{I])ES(1)
7 janvier 1834. — Le Gouvernement de Bohême expédie dans tous les Cercles du pays une circulaire pour inviter les médecins à bien observer le javartdont pourraient être atteints les chevaux de leur district. On recommande aux hommes de l'art de soumettre la matièro de cette éruption à des expériences d'inoculation, avec l'injonction formelle d'apporter dans ces essais autant de circonspection que de tact, afin de ne pas exciter une méfiance nuisible aux progrès de la vaccine.
C'était donner une consécration officielle à l'idée favorite de Jenner, et ouvrir une voie nouvelle; car jusqu'alors les Gouvernements et les Académies n'avaient encouragé que la recherche du cow-pox.
Aujourd'hui la demande du Gouvernement de Bohême serait plus que satisfaite : le grease pustuleux, qu'on l'appelle horse-pox ou javart, est parfaitement connu. La France peut revendiquer la part la plus grande dans les travaux récents dont il a été l'objet.
Mais pourquoi la vérité est-elle lettre morte? la lumière sous le boisseau? Quand obtiendra-t-on les résultats pratiques des découvertes nouvelles ? Qu'at-on fait de la matière du grease pustuleux si souvent perdu et définitivement retrouvé? Pourquoi nes'efforce-t-on pas de remonter sans cesse à la source primitive ou chevaline du vaccin? Qu'est devenu le feu sacré du Comité central? le zèle ardent de la Commission de vaccine ? Est-ce dans le passé que nous retrouverons la flamme de l'avenir? Enfin, assistons-nous au sommeil du néant ou sommes-nous à la veille d'une résurrection? Silence dans l'Académie, silence au dehors! Doute et tiédeur partout!
Puisse l'esprit de libre recherche et un souffle abondant d'initiative individuelle ramener au plus tôt la vie dans ce désert !
— 26 janvier 1823.— Edouard Jenner meurt à Cheltenham. Il était né à Berkeley, le 17 mai 1749. Il nous a rachetés de la variole. C'est en 1798 qu'il a donné au monde la vaccine.
Trente années plus tôt, c'est-à-dire en 1768, un anonyme publie dans Allgemeine unterhaltungen, journal paraissant à Gœttingue, un article sur le kuhpocken (cow-pox), où il décrit avec beaucoup d'exactitude cette-maladie et parle de l'opinion qu'ont les laitiers de sa propriété antivariolique. Il rapporte les recherches exactes qu'il a entreprises pour mettre hors de doute l'existence de cette propriété.
A la même date, Fewster et le célèbre Sutton préconisent et pratiquent l'inoculation du cow-pox.
En 1774, Benjamin Jesty, bravant les préjugés et les injures des habitants de sa contrée, inocule le cow-pox à tous les membres de sa famille.-
Quelques années plus tard, Nash, mort en 1781, émet les propositions sui-
(1) Sous !e titre d'ÉPHKMÉRiDES, et avec la signature Almanach du vaccinateur, M. Auzias-Turenne a publié dans divers journaux de médecine, et notamment dans le Courrier médical de 1867, des notices historiques, biographiques et critiques, auxquelles d'autres devaient venir se joindre successivement, et dont l'ensemble eût formé une véritable histoire des sciences médicales. Ces morceaux détachés, déjà imprimés ou manuscrits, sont réunis aujourd'hui sous cette môme rubrique : éphémérides.
vantes : — Le cow-pox n'est pas contagieux; — il n'est pas accompagné d'éruptions; — il est un préservatif assuré de la variole; — les personnes qui ne peuvent être infectées de la variole ne peuvent gagner le cow-pox ; — le cow-pox diffère de la variole en ce qu'il attaque les animaux; — les vaches ne peuvent avoir le cow-pox qu'une seule fois, etc.
L'anonyme allemand, Fewster et Sutton, Jesly, Nash ne sont pas les seuls précurseurs de Jenner.
Pourquoi Jenner est-il exclusivement réputé l'inventeur de la vaccine ? Estce justice, ou bien n'est-ce qu'un quiproquo de la gloire?
Quelle est la vraie marque de la priorité scientifique?
Écoutons un grand maître : « La gloire, comme dit Newton, dans sa dispute avec Leibnilz, n'est due qu'à l'inventeur : ceux qui viennent après ne sont que des disciples. » (Voltaire.) •
Voici l'avis d'un autre maître : « En matière philosophique, pour qu'il y ait appréhension, et partant propriété, il faut que I'idée, non le mot seul, ait été appréhendée, c'est-à-dire comprise ; sans cela elle reste dans l'indivision (l). La division du travail existait apparemment quand Adam Smith l'observa chez un fabricant d'épingles : ce qui n'empêche pas qu'on ne fasse honneur à Adam Smith de la priorité de l'observation. » (Proudhon.)
Après ces deux sentences, il n'y a plus qu'à poser la question en termes exprès :
Sans Jenner connaîtrions-nous la vaccine, même aujourd'hui ? Non, assurément.
Quand on songe à quel concours d'hommes et de choses, de temps et de lieu l'humanité est redevable de cette conquête, on est saisi de la crainte d'en perdre les fruits, comme on tremble encore après le danger.
Faites naître Jenner dans un pays et à une époque où l'initiative individuelle porte la chaîne d'institutions qui enlacent tous les progrès sans en jamais affranchir aucun, ce prédestiné de la gloire ne sera plus qu'un rêveur crédule, dont la voix s'éteindra dans l'ombre et sans écho. Encore supposons-nous qu'un esprit éminemment positif ait pu se condamner lui-même à poursuivie, pendant un demi-siècle, ce qui n'aurait plus semblé être alors qu'une chimère.
Quand Jenner parut, l'inoculation était une pratique commune de l'autre côté de la Manche : la brèche se trouvait donc largement ouverte. Les Anglais qui ont le culte des choses utiles et qui sont jaloux dé leurs gloires, n'ont pas manqué de seconder Jenner de tous leurs efforts.
Bien plus, la vaccine qui n'aurait pas pu être trouvée avant Jenner, n'aurait pu l'être après lui nulle part, même en Angleterre.
Après Jenner, le cow-pox primitif devint extrêmement rare. On n'aurait pas même eu l'idée d'en constater les propriétés antivarioliques.
Jenner est donc venu à point pour résumer une époque et un pays. Heureuse coïncidence de temps et de lieu avec le génie! Si l'Angleterre a produit et compris Jenner, c'est Jenner qui a compris et produit la vaccine. Il en est l'inventeur, puisque nous ne l'aurions pas sans lui. .
— 27 janvier 1832. — Le choléra éclate à Édimbourg.
— 28 janvier 1693. — Poupart décrit comme une découverte, cent ans après Fallope, l'arcade crurale (ligament do Fallope ou de Poupart).
Ce n'est pas qu'il n'y ait aucune différence entre la description de Fallope et
(1) L'écrivain veut dire dans le domaine commun.
celle do Poupart, car la première se trouve plus exacte. Poupart n'a donc pas copié Follope, quoiqu'il fût doue d'une prodigieuse mémoire.
Voici uce preuve singulière du développement qu'avait acquis chez lui cette faculté.
Dans un concours de chirurgie à l'Hôtel-Dieu, il surprit ses juges par l'étendue de ses connaissances. Il les surprit ensuite bien davantage en leur apprenant qu'étranger à toute pratique il ne savait rien que par cœur. Il fallut même lui apprendre à saigner ; mais il devint plus tard praticien habile et même original.
Poupart pratiqua quelques opérations qui marquèrent.
Une femme dont il avait enlevé la moitié du crâne s'en fit une sébile pour demander l'aumône. Elle aurait pu justement faire participer Poupart à la générosité des passants. Poupart en effet vécut pauvre mais honoré.
Son goût le portait à cultiver la science et son cœur à faire le bien. On peut renfermer son éloge en une seule phrase : Il pratiqua la charité par la chirurgie et la chirurgie par charité.
— 29 janvier 1848. — Auzias-Turenne publie dans la Gazette médicale de Paris une lettre où il rend compte de ses premières recherches sur la syphilis.
— 30 janvier 1816. — Le Préfet du Pas-de-Calais tente par un Arrêté de mettre obstacle au progrès du typhus contagieux des bêtes à cornes.
— 31 janvier 1801. — Trappe présente à l'École de médecine sa dissertation sur les excroissances et les pustules vénériennes.
1er février 1674. — Mort de Jean Pecquet, né vers 1622.
Il découvrit sur l'homme le réservoir qui porte son nom, à l'âge de 25 ans et pendant qu'il était encore étudiant en médecine à Montpellier. Il ne lui aurait point été permis plus tard de faire publiquement la démonstration de sa découverte, n'étant point Agrégé. Mais il aurait pu, même de nos jours, préconiser, suivant ses goûts et son opinion, l'usage intus et extra del'alcool contre tous les maux. C'est effectivement cette panacée qui le délivra de tous les maux : conformément à ses principes, Pecquet but tant d'eau-de-vie qu'il en mourut.
Pecquet vif et remuant était devenu membre de l'Académie des sciences.
— 2 février 1823. — Création des Agrégés. Mesure illibérale. Moyen d'interdire l'enseignement aux docteurs en médecine, Broussais en tête. Mais le Valde-Grâce ouvrit ses portes à Broussais et la Révolution de 1830 émancipa complètement ce grand réformateur en le portant au professorat de l'École de médecine.
— 3 février 1772. — Naissance d'Esquirol, glorieux chef de file de tous les aliénistes modernes. Il eut pour panégyriste l'inimitable et bienveillant Pariset, le premier Secrétaire perpétuel et le premier des Secrétaires perpétuels de l'Académie de médecine.
— 4 février 1809. — Fondation de la Société médicale d'Amiens. M. Courtillier, Secrétaire de cette Société, s'en est fait l'historien à la fois savant et élégant. L'histoire de la médecine en province serait bien mieux connue si chaque Société avait son Courlillier.
— o février 1790. — Mort de Cullen à Édimbourg.
— 9 février 1812. — Karamsim fait à la Société de Moscou une communication sur les lysses.-
850 ÉPHÉMÈRIDES.
•Ie1' mars 1812. — Naissance d'Auzias-Turenne à Pertuis, Vaucluse.
— 22 mars 1832. — Le choléra éclate à Dublin. 24 mars 1832. — Le choléra éclate à Paris.
— 30 mars 1602. — Un homme enragé étrangle un chien et arrache la queue d'un âne. (in B. G. Sage... p. 59) [sic]
3 avril 1852. — M. Rogier, Ministre de l'Intérieur belge, institue une Commission pour étudier l'inoculation de la péripneumonie.
1 1 avril 1828. — La Commission de vaccine de l'Académie est convoquée
extraordinairemenl pour prendre connaissance d'une communication ministérielle fort grave. Il ne s'agit de rien moins que du projet de retirer à l'Académie le dépôt de vaccine qu'on lui a confié depuis cinq ans et de rétablir le Comité central.
Quels sont donc les, griefs qui pèsent sur l'Académie? Lui reproche-t-on d'avoir abandonné les destins de la vaccine à la volonté, au caprice, à l'entêtement et peut-être aux erreurs d'un seul homme ? Non. — Lui reproche-t-on d'avoir des préférences. parmi les destinataires, de ne donner aux uns, par exemple, que du traître vaccin, tandis qu'elle réserve aux autres le purcow-pox? Non; car l'Académie n'a pas encore un atelier ni de l'engouement pour le cowpox. — Lui reproche-t-on de distribuer du vaccin qui ne prend pas, oubien encore de n'en pas distribuer du tout V Peut-être ; mais ce ne sont-là que des fautes vénielles. — Lui reproche-t-on de calomnier le vaccin, d'en contester les avantages et même l'existence ; de lui donner pour escorte le masque de la syphilis ou le fantôme de la fièvre typhoïde; lui reproche-t-on, enfin, détaxer la vaccine de n'être qu'une variole déguisée?
Non, non ! N'allons pas si vite !
Le reproche qu'on adresse à l'Académie, pour être plus général et plus vague, n'en est pas moins clair. Le lecteur en pénétrera aisément le sens net dans les termes enveloppés de la missive officielle :
« Le Ministre de l'Intérieur a remarqué que depuis que l'encouragement de la vaccine n'est plus confié aux soins d'un Comité spécial, la pratique de cette salutaire inoculation diminue d'année en année... Il craint que l'Académie ne puisse donner à l'encouragement de la vaccine une attention aussi suivie, une impulsion aussi efficace que le faisait l'ancien Comité de vaccine. »
Le Minisire se borne à constater un résultat négatif. Il n'en rend pas l'Aca- ' démie formellement responsable; mais c'est dans son sein qu'il .en recherche la cause, et c'est à elle qu'il s'adresse pour en obtenir le remède. Chacun sent ce que cela voulait dire.
Le lecteur comprendra d'ailleurs sans peine ce dont il s'agissait, en cette circonstance, s'il veut bien jeter un coup d'œil sur le bref historique ci-joint.
Une Ordonnance royale du 20 décembre 1820, contre-signée par le ministre Siméon, institua l'Académie de médecine.
L'article 2 de cette Ordonnance est ainsi conçu : « Cette Académie est spécialement instituée pour répondre aux demandes du Gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique et principalement les épidémies... la propagation de la vaccine... »
Répondre aux demandes du gouvernement sur la propagation de la vaccine. — Rien de plus. L'Académie, dans le principe, se renferma si étroitement dans son rôle qu'elle ne fit même rien du tout.
Le Comité central de vaccine continua à fonctionner et à correspondre avec
le Gouvernement. C'est ce Comité qui présenta au Ministre le Rapport sur les vaccinations de 1821 et 1822.
Mais en 1823, M. de Corbière, interprétant à sa guise l'Ordonnance de 4820, supprima le Comité de vaccine, dont il confia les attributions à l'Académie.
Que fit l'Académie, ou bien que ne fit-elle pas? Toujours est-il que des
plaintes s'élevèrent contre l'Académie et que le Ministre la consulta elle-même pour savoir si elles étaient fondées.
L'Académie répondit qu'elle possédait dans son sein les « hommes les plus honorables et les plus illustres de' la France, » et que, par conséquent, la vaccine ne pouvait être mieux livrée qu'entre ses mains. Voilà ce qui s'appelle, en termes populaires, ne passe moucher du pied. C'est que les Académies n'ont pas besoin d'avoir de bonnes raisons pour avoir raison.
Effectivement, l'opinion de l'Académie de médecine prévalut dans les bureaux, et la vaccine fut définitivement rivée à ses attributions.
C'est pour enfanter cette réponse suffisante, qui reçut le baptême de l'adoption dans la séance générale du 6 mai 1828, que |la Commission de vaccine, dont un accoucheur était l'âme, se réunissait à la date du 11 avril, indiquée au commencement de cet article.
Qu'a-t-elle fait de la vaccine ? Faut-il demander le rétablissement du Comité central ?
— 2i avril 1863. — La Commission instituée à Christiania pour suivre les expériences du professeur W. Bœck, déclare, après six années d'observation, que la syphilisation constitue la meilleure des méthodes de traitement de la syphilis constitutionnelle.
A Paris, l'Académie, autrement avisée, avait condamné la syphilisation sans l'expérimenter ni l'entendre. On doit supposer que cette iniquité lui pèse encore sur le cœur.
Aujourd'hui que la syphilisation a parcouru le monde, elle n'a plus qu'à rentrer dans sa patrie.
— 23 avril 1850. — M. Ricord est nommé membre de l'Académie de médecine. Rien n'était plus juste, assurément; car M. Ricord a remué les questions de syphilistique à la pelle. Qu'il lui soit autant pardonné qu'il a péché.
Voici quelle, était là base de ce qu'on appelait alors sa doctrine : Le chancre (aujourd'hui chancre mou) est le seul point de départ de la syphilis constitutionnelle. Son apparition n'est pas précédée d'incubation. Une cautérisation pratiquée dans le délai de trois jours, à dater du moment de la contamination, en arrête le développement et prévient à coup sûr la syphilis constitutionnelle. 11 n'est suivi de la syphilis constitutionnelle que s'il devient induré; mais alors cette syphilis ne peut être conjurée. L'induration et par suite l'infection générale sont exclusivement subordonnées à l'état du sujet. La qualité du virus, toujours identique à lui-même, n'y est absolument pour rien. Les accidents secondaires ne sont pas contagieux. La syphilis ne saurait pénétrer dans un organisme par la voie de la vaccination.
La syphilisation a passé sur ce système. A sa place elle a laissé des germes féconds et gravé cette inscription tumulaire : « Cet homme célèbre va se trouver debout, vivant, comme Broussais, au milieu des ruines de sa doctrine.»
L'année prochaine (1868), M. Ricord présidera l'Académie de médecine.
Il admet, à présent, les propositions suivantes : Le chancre dur (qui est devenu, d'après lui, absolument distinct du chancre mou) est l'unique source de la syphilis constitutionnelle. Il entraîne fatalement à sa suite l'infection, quel que
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soit l'état du sujet. Son développement est précédé d'une incubation qui est souvent de plusieurs semaines. Les accidents secondaires sont contagieux et produisent pour premier symptôme le chancre dur. La syphilis peut s'introduire dans le corps par la voie ouverte à la vaccine, etc.
Quelle transformation radicale, mais encore que de lacunes, que d'erreurs! Ah! que le revirement a été brusque, et encombré de ruines qui rendraient impossible une réédificalion.
Après s'êtro fait l'apôtre, sinon le messie, de l'inoculation syphilitique, qui flattait ses goûts en donnant satisfaction à s'a curiosité et à son amour-propre, M. Ricord a renié cette méthode au moment où elle commençait à produire des fruits utiles, au moment où elle devenait féconde en enseignements physiologiques, en résultats thérapeutiques et sociaux. Il a manqué de coup d'œil et de présence d'esprit en laissant ainsi tomber de ses mains l'occasion de couronner disrnemenl et glorieusement sa carrière.
Investigateur aussi prompt que sagace, observateur vif et judicieux, praticien habile, vulgarisateur aimable, ingénieux, coloré, entraînant; cœur ouvert et généreux, dehors séduisants, commerce agréable et facile, activité tenant du prodige, M. Ricord a été tout cela et même plus que cela. Mais son esprit souple et léger a manqué de suite et de profondeur. Après s'être égaré par défaut de réflexion et par manque de patience, il est devenu injuste par passion. Il aurait certainement laissé après lui un nom des plus considérés, si, doué d'un sens plus rassis et plus droit, et non préoccupé du désir de paraître, moins vain et plus logique, il avait pu résister aux amorces de la flatterie, aux entraînements de la popularité et se soustraire aux fumées de l'ambition.
— 24 avril 1754. — De La Gondamine lit à l'Académie des sciences un Mémoire favorable à l'inoculation de la petite vérole.
— "25 avril 1790. — Premier emploi sur l'homme vivant du couperet à amputation de la tête, qui porte à tort le nom d'un médecin et dont la science réprouve de plus en plus l'usage.
— 26 avril 1698. — Une assemblée, tenue à l'Archevêché de Paris, décide que frère Jacques fera des opérations de taille à l'Hôtel-Dieu.
— 27 avril 1803. — Mort de Benjamin Bush, professeur au collège de médecine de Philadelphie et ami de Franklin. « Il parvint, dit Desgenettes, à adoucir le code pénal de sa patrie et eut la satisfaction de voir le Gouvernement de Pensylvanie ne plus infliger la peine de mort qu'au crime.de meurtre au premier degré. » Qu'est-ce que c'est que le crime de meurtre au premier degré ï
— 28 avril 1799. — L'École de médecine de Paris adopte un Rapport approbatif de l'ouvrage de Désoteux, qui traite de l'inoculation de la petite vérole.
— 30 avril 1513. — Vesale, surnommé le Christophe Colomb de l'anatomie, naît à Bruxelles. Il secoua le joug de Galien et fut persécuté. Jacques Dubois, professeur au collège royal, émule de Riolan dans son horreur pour les découvertes, disait de lui : Vesalium non esse, sed vesanum.
Vesale traité de fou en France, à Paris, au Collège royal!
Et pour comble, accusé d'avoir disséqué un Espagnol vivant! Condamné à mort pour ce crime imaginaire par le tribunal de la sainte Inquisition, il mourut de faim sur une côte inhospitalière, jeté par la tempête à la suite d'un voyage expiatoire et forcé en Palestine
La statue de Vesale se dresse, à Bruxelles, sur la place Godefroy de Bouillon.
Vieux soldats de plomb que nous sommes,
Au cordeau nous alignant tous,
Si des rangs sortent quelques hommes,
Tous nous crions : a bas les Cous!
On les persécute, on les tue ;
Sauf, après un lent examen,
A leur dresser une statue
Pour la gloire du genre humain.