‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 189 sur 205 · BÉRANGER · texte numérisé non relu

BÉRANGER

Iwmm 1783. — L'Académie royale de chirurgie décerne une médaille d'or à Percy, en récompense d'un travail sur l'inoculation de la blennorrhagie.

Percy se proposait de remédier à l'engorgement du testicule (aujourd'hui épididymite blennorrhagique) par une forte révulsion déterminée sur le canal de l'urèthre. Il pratiquait cette opération en introduisant dans le canal une sonde enduite du virus d'une blennorrhagie aiguë. L'inoculation réussissait à merveille et remplissait le but.

Laurent, neveu et biographe de Percy, dit à ce propos: « Nous regrettons beaucoup que nous n'ayons pu rien retrouver de cet intéressant travail. »

Tous les écrits de Percy, relatifs à l'inoculation des maladies vénériennes, sont enfouis dans les oubliettes académiques.

L'inoculation de la blennorrhagie a été souvent mise en pratique par des élèves ou par des amis de Percy, et notamment par Larrey.

— 5 mai 1766. — Astruc meurt à Paris. Astruc a beaucoup lu et beaucoup écrit, quoique une affection des voies urinaires l'ait tourmenté pendant la plus grande partie de sa vie.

On a dit de son traité De morbis venereis que c'était V Iliade de la vérole. C'est, en tout cas, un modèle de livre fait avec des livres.

Astruc fut trop partisan du mercure, et porta quelques jugements passionnés et injustes, surtout à l'égard des chirurgiens.

Il a commis un mauvais livre contre l'inoculation de la petite vérole.

Il a calomnié le traité des maladies des os de J.-L. Petit en ces vilains termes: Quod opus, prima editione malum, et altéra pejus,tertia pessimum evasit et putidœ vanitatis plénum.

Les hommes de livres qui concentrent trop leurs regards sur le passé finissent par s'y ensevelir; et en cela ce qui les étend les borne-.

— 7 mai 1771. — « Le sieur Guibert de Préval, médecin de la Faculté de Paris, homme à système, a prétendu avoir perfectionné un système venant d'Écosse, spécifique sûr, à ce qu'il dit, avec lequel on peut, sans rien craindre, se livrer aux embrassements amoureux avec quelque personne que ce soit. En conséquence, il y a quelque temps, qu'en présence de M. le duc de Chartres et de M. le prince de Condé, il s'est fait présenter une fille publique, la plus hideusement affectée du mal immonde, et s'étant, comme les anciens lutteurs, frotté de son huile miraculeuse, il s'est livré à plusieurs reprises aux actes les plus voluptueux et les plus lascifs que la passion puisse suggérer. Il est sorti sain et sauf de ce combat valeureux, et a prétendu n'en avoir éprouvé depuis aucune suite funeste. M. le lieutenant-général de police, qui regardait cette découverte pour tr'es-utile à son Administration, a ordonné aussi des essais qui ont réussi. Mais ce n'est qu'avec beaucoup de temps qu'on peut prononcer sur un antidote qu'il serait peut-être à souhaiter, pour l'honnêteté des mœurs, qu'on ne connût jamais. » (Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des lettres,

en France, depuis 1762 jusqu'à nos jours Tome cinquième. Londres, 1784,

page '260. )

Nous aurions laissé croupir ces lignes infectes dans les bas-fonds de l'histoire, si elles ne portaient avec elles un enseignement et si nous n'écrivions pas exclusivement pour des médecins. Elles montrent au moins toute l'importance qu'à d'autres époques on a donné aux questions de prophylaxie vénérienne. Des princes du sang et de hauts magistrats n'ont pas jugé indigne d'eux de s'en occuper.

Tout en réprouvant les débordements de la luxure, le philanthrope, le vrai médecin ne craint pas d'envisager les plaies qui en naissent. Il cheif he à les cicatriser, mieux encore, à les prévenir.

Le problème légué par les siècles précédents n'a rien perdu de son importance, et roste encore aujourd'hui tout entier à résoudre, quoique dans ces dernières années la science ait accompli de grands progrès à ce point de vue, ceux qui ont pour mission de les constater ou d'en tirer parti semblent se complaire dans le maintien d'un statu quo non moins déplorable pour ce qu'on appelle les mœurs qu'affligeant pour la santé publique.

Les personnages du siècle dernier qui n'ont pas détourné les regards des épaves immondes de Guilbert (et non Guibert) de Préval auraient certainement voulu, à notre époque, couvrir de leur faveur les discrètes manœuvres de la syphilisation, si conformes à celles de la vaccine.

Mille fois posé et toujours indécis depuis Fallope, le problème de la prophylaxie vénérienne vient de s'imposer à l'ordre du jour du Congrès médical universel. Voudra-t-on ouvrir enfin les yeux, ou bien persistera-t-on à ne pas sortir du cercle tant de fois et infructueusement parcouru des mesures d'administration, des visites préventives et des ablutions prophylactiques?

Il faut prendre, dit-on, le taureau par les cornes. N'est-ce pas aussi par les cornes qu'il faut aborder le sujet qui nous occupe? Personne n'a mieux indiqué le buta atteindre que notre grand poète national :

Pour ce poison de Paris, Que n'est-il une vaccine?

Qu'en dites- vous, mon voisin?

— Qu'en dites-vous, ma voisine?

Quant à Guilbert de Préval, qu'on abandonne au lecteur volontiers, il était docteur-régent de la F acuité de médecine en V Université de Paris, conseiller, médecin consultant et correspondant de S. M. le roi de Danemark et de Norvège, etc., et fut, de par ses collègues, dit Le Fébure de Saint-Ildefond, « rayé du tableau des médecins pour cette même liqueur anti-vénérienne préservative. »

Les Académies suivent les Facultés et leur ressemblent. Elles héritent de leur intolérance sans bénéfice d'inventaire.

— 13 mai 1847. — Lisfranc meurt à Paris. — Plus exercé qu'habile, plus de bon sens que de génie, plus praticien que savant, plus vaniteux qu'altier ou fier, encore plus vantard que vanté, plus criard qu'énergique ou méchant; tour à tour fin et grossier, doux et brusque, petit et grand: plus grand au physique qu'au moral, plus de justesse dans l'esprit que de droiture dans le cœur, autant de savoir que de savoir-faire. En résumé, chirurgien consommé d'après les autres, le plus grand de tous d'après lui-même. Bon enfant et même bon homme au fond.

Il présida l'Académie de médecine, fut chirurgien en chef de la Pitié, et l'un •des coryphées de l'enseignement libre. Ses cours de médecine opératoire et sa clinique chirurgicale ont obtenu un succès légitime et durable.

ÈPHÉMÉRIDES. 855

Ses livres, quoique pleins de bonnes choses, sont en général mal faits. Que de chirurgiens pourraient se vanter, après lui, et mieux que lui, de ne pas savoir écrire!

Il a braqué son spéculum sur des utérus par milliers, et en a décollé des centaines. Il a eu l'adresse ou la prétention de remplacer l'adresse par des règles fixes en médecine opératoire.

Il débita vingt ans, contre ses collègues, des lazzis moins spirituels que grossiers, et toujours les mômes : son répertoire n'était pas varié et ne sentait que trop le corps de garde.

Chargé d'un Rapport de candidature à l'Académie, il avait placé en tête de sa liste deux candidats ex equo. On lui fit observer en séance publique qu'il aurait dû dire ex œquo. Mais, comme il n'avait jamais tort, il n'en voulut pas démordre, et il décocha à ses collègues la phrase suivante, une des moins mauvaise de sa collection : C'est mon opinion qui en vaut bien une autre.

Le nom de Lisfranc restera, mais ne grandira pas dans l'avenir. Malgré sa valeur réelle, Lisfranc n'a pu obtenir une chaire au concours. Cet échec lui fut poignant. Le même déboire a été réservé à Broc, à Beau, à Gibert, à Claude Bernard, à Dubois (d'Amiens), à Chassaignac, à Gazenave, à Gendrin, à Louis Fleury, à Maisonneuve, à Ricord, etc.

Ah ! si l'on était mauvaise langue, et qu'on voulût seulement rappeler les noms de certains autres qui ont réussi ! Et la liste des hommes de talent qui n'ont même jamais voulu s'exposer à l'opprobre de ces fourches caudines!

Le concours serait la meilleure institution du monde :

Si les juges étaient sans préjugés, sans faiblesses, sans passions, sans rivalités cupides ; — s'ils n'appartenaient pas à des coteries ; — s'ils n'avaient pas des amis, ni des ennemis; — s'ils n'avaient jamais eu ou ne devaient jamais avoir à redouter un rival dans le compétiteur d'une chaire'; — s'il n'avaient à craindre aucune sorte de concurrence; — s'ils n'avaient rien ou que fort peu de chose à attendre de personne ; — si leur ambition et leur amour-propre étaient repus ; — s'ils n'étaient pas désignés d'avance par leur titre de Professeur; — s'ils discutaient leurs jugements en public et qu'ils les fissent précéder de considérants ; — si ces jugements n'étaient pas sans appel ; — si l'opinion publique les ratifiait en dernier ressort; — si tout le monde, en un mot, devenait l'arbitre de quelques-uns; — si, si, si

Ah! comme on serait édifié par le chapitre des anecdotes!

Ne serait-il pas préférable, à tout prendre, de plier l'échiné une fois pour toutes, en face d'un Ministre du Gouvernement, sans prétention comme sans exigence en fait de doctrine médicale, que de s'avilir à tout propos devant un aréopage de mandarins irresponsables, auxquels on doit nécessairement débiter, sous peine de leur déplaire, leurs propres opinions, souvent disparates entre elles'/ L'un d'eux parla un jour delà sorte à un candidat : Je lisais tout à l'heure un chapitre de mon livre; c'est encore ce qu'il y a de mieux. L'aspirant se le tint pour dit.

Pour réussir à la Cour, disait un vieux.gentilhomme à son fils, gardez-vous bien davoir autant d'esprit que le Roi. Tout beau ! faites votre profit de cette maxime,. aspirants que le succès allèche, apprenez à faire votre cour; soyez bénins, doux, modestes; soyez humbles, soyez souples, soyez ductiles, soyez soumis; aucune honte, aucune considération ne doit vous retenir: qui veut la fin, veut les moyens; courbez-vous, jetez-vous à plat ventre; vous vous redresserez après, comme Sixte-Quint, si tant est que votre échine en ait le nerf et le ressort.

856 ÉPHËMÉRIDES.

14 mai 1815. — Laënnec fait le premier essai public du stéthoscope.

Quiconquo a profondément médité 1' Auscultation médiate sera d'avis que l'auteur a entendu des bruits par l'oreille de l'esprit avant de lesavoir constatés au moyen du cylindre. Il les a conçus, puis perçus. Les révélations du sens intime ont précédé certaines données de l'observation.

Un foyer intérieur, inconnu du vulgaire, féconde le génie.

Il tira de son instrument des sons que l'oreille seule ne peut entendre. Mais on aima mieux se passer du stéthoscope que d'apprendre à s'en servir.

Laënnec n'était pas seulement un observateur, c'était un penseur judicieux, profond, c'était une forte trempe. Malheureusement, quelque élevée que fût sa tête, il touchait à la terre par les pieds.

— 15 mai 17-27. — Rœderer naît à Strasbourg. Accoucheur d'un grand mérite et d'un grand nom, comblé de titres, il fut honoré par Haller.

Écrits variés, nombreux, estimés. Voici le sujet d'une de ses dissertations : Utrum naturalibus prœstent variolœ artificielles. Gœttingue, 1757, in-4. Production non moins remarquable que délaissée. Exposition impartiale d'arguments pour et contre l'infection variolique; analogies déduites de la considération de plusieurs maladies virulentes, historique tracé de main de maître, bibliographie étendue.

Rœderer s'enrôle franchement sous la bannière du progrès: il se prononce pour l'inoculation de la petite vérole, qui avait déjà gagné le suffrage de Haller.

— 16 mai 1827. — Auban, médecin français établi à Péra, vaccine dans le sérail trois enfants, — un fils et deux filles, — du Sultan Mahmud II, et trois femmes odalisques.

Il y avait alors vingt-sept ans que la vaccine avait pénétré, non chez les Turcs, mais en Turquie. Le comte d'Elgin, Ambassadeur de Sa Majesté britannique près de la Sublime Porte, avait fait vacciner, en 1800, lord Bruce, son fils aîné avec du vaccin envoyé de Vienne par De Carro. Lord Elgin payait ainsi la dette de l'Occident envers l'Orient, d'où lady Montagute avait, presque un siècle auparavant, rapporté en Angleterre l'inoculation de la petite vérole.

Depuis cette première vaccination orientale, le docteur Auban s'était fort activement occupé de la vaccine à Conslantinople. Il prétendit même avoir trouvé dans cette pratique un antidote de la peste. Mais il n'avait jamais opéré que sur des Francs, des Grecs, des Juifs et des Arméniens. Sa lancette préservatrice n'avait eu aucun accès auprès des Musulmans, voués au culte aveugle du fatalisme.

La vaccination d'un sultan et de deux sultanes, pratiquée par un étranger, produisit une sensation d'autant plus vive en Turquie, que jusqu'alors aucun chrétien n'avait pu même toucher un prince impérial. Cet événement étonna l'Europe et excita en particulier l'admiration de Schelling, ce héros de la pensée, suivant l'expression de ses compatriotes.

Mahmud II était seul capable d'opérer un changement si profond. Après avoir organisé ses troupes, — c'est-à-dire ses moyens de destruction, — à l'européenne, il avait songé à introduire dans ses États un moyen de conserver la vie de ses sujets.

Le 14 mai 1827, un médecin du sérail communiquait au docteur un message de VEchim-Dachi, par lequel le médecin français était prévenu que le Grand Seigneur lui-même l'avait désigné pour vacciner son propre fils, son héritier.

Auban devait cette distinction à son expérience, à son mérite personnel et à sa qualité de Français.

Le 16, il reçut l'ordre de se rendre au palais avec un médecin interprète. A neuf heures du matin, ils entrèrent dans la chambre désignée par YEchim-Bachi, qui ne tarda pas à arriver. Celui-ci fit aussitôt prévenir Kislar Aga (chef des eunuques noirs), par lequel ils furent tous trois introduits.

Dans la première pièce, ils trouvèrent le jeune sultan, âgé de huit mois. Auban le vaccina de suite. Quelques minutes après parurent deux jeunes princesses qui furent également vaccinées sans cérémonie. Les trois dames ou odalisques subirent l'opération dans d'autres appartements.

La vérification des résultats eut lieu le 23. Tous les vaccinés se portaient bien et présentaient la plus belle vaccine.

Le 28, Auban retourna au palais pour la dernière fois. Les croûtes étaient régulièrement formées.

Alors Kislar Aga remit à notre compatriote un présent de la part du Grand Seigneur.

— 17 mai 1749. — E. Jenner naît à Berkeley, dans le Gloucester. •Ier juin 1795. — Mort de Desault à Paris.

— 1er juin 1824. — L'Académie, récemment investie des attributions du Comité central, adopte son premier Rapport sur la vaccine. On y remarque cette phrase de triste augure: « La découverte de la vaccine compte à peine un quart de siècle, et déjà tout est connu sur cette maladie. »

Tout est connu ! quel décourageant optimisme pour les travailleurs !

Tout est connu ! C'est elle qui tient ce langage! Elle, dont la mission était de provoquer, de rechercher, de constater, de récompenser, de développer les découvertes.

Tout est connu! On a pu proférer ce blasphème sans ébranler les voûtes du temple !

Tout est connu! L'Académie ne fera donc rien et ne permettra qu'on fasse rien.

Tout est connu ! Nihil superest agendum. Malheureuse Académie ! Malheureuse science !

Puisque tout est connu, qu'il n'y a plus rien à trouver, arrière les esprits chercheurs !

Il ne reste qu'à combattre les préventions qui existent contre la vaccine, et en particulier la visionde la syphilis ex vaccina. Le Rapportest, en effet, sans merci pour « ceux qui se persuadent que le virus vaccin est susceptible de se combiner avec d'autres principes morbifiques, et d'introduire conséquemment dans l'économie des maladies quelquefois plus funestes que celle dont on cherche à la préserver. »

Cette idée reparaît plusieurs fois comme un cauchemar dans le Rapport. « De toutes les préventions élevées contre la vaccine, c'est peut-être la plus spécieuse quoiqu'elle ne soit pas mieux fondée que les autres. «

« Il en est de même de tous les virus, et la question était résolue par l'analogie, longtemps avant qu'elle ne le fût par l'expérience. Chaque virus transmet la maladie d'où il provient et rien de plus, quel que soit d'ailleurs Vétatdu malade. Le virus syphilitique transmet la syphilis, le varioleux la variole, et ainsi de tous les autres. Mais on ne les a jamais vus se confondre ou se combiner, et donner lieu à des effets combinés. »

Il ressort de ces citations que des documents, qu'on pourrait peut-être retrouver, avaient déjà été envoyés à l'Académie. Mais on s'est bien gardé, par la suite, de lui communiquer des renseignements semblables à ceux qu'elle

avait si vertement qualifiés de préjugés. C'est donc elle qui a empêché que la lumière se fit.

Le Rapport de M. Depaul, qui reconnaîtenfin la communication de la syphilis par la vaccine, est de 1864. Une vérité de fait a donc été soumise aux portes de l'Académie, à une quarantaine de quarante ans. Qu'on dise encore, après cela, que les Académies ne servent pas à quelque chose!

2 juin 1800. — Les premières expériences de vaccine sont pratiquées en France ; trente enfants sont vaccinés à Vaugirard parles soins du Comité central, sous la protection de Lucien Bonaparte, Ministre de l'Intérieur.

Le zèle pour la science était dans le sang des Lucien. Nous avons vu Charles Bonaparte, quelques jours avant sa mort, dont lui-même sentait l'approche, être encore plein d'ardeur dans ses travaux d'histoire naturelle.

— 2 juin 1816. — M. Coze, Doyen de la Faculté de médecine de Strasbourg, envoie à la Société d'agriculture de Boulogne-sur-Mer un Mémoire qui se termine par cette conclusion : « L'usage des viandes provenant de bœufs attaqués du typhus, communément appelé épizootie, n'est nullement nuisible à la santé des personnes qui s'en nourrissent. »

— 2 juin 1861. — Giraudeau, dit de Saint-Gervais, meurt dans sa terre de BoufTemont, près Montmorency, à l'âge de 59 ans. On a dit de lui quec'étaitun homme de Rob (robe). On lui attribue les paroles suivantes : « S'il ne me restait que quatre francs dans la poche, j'en dépenserais deux pour dîner et deux pour faire des annonces. » — Il a écrit contre les charlatans !

— 3 juin 1657. — Mort de -'Guillaume Harvey (l).

Socrate se promenait dans les rues d'Athènes avec ses disciples, leur enseignant la sagesse. Aspasie parut sur sa porte et fut bientôt entourée de la plupart d'entre eux. « A quoi sert la philosophie? dit malicieusement la courtisane à Socrate, ils f abandonnent pour me suivre! — C'est, répond le philosophe, parce que tu les mènes en bas, et que moi je les conduis en haut. » Et, en effet, toute vertu suppose des sacrifices pour la pratiquer, et toute vérité des efforts pour l'atteindre. Ceux qui ont trouvé la boussole, l'imprimerie, l'Amérique, la

circulation du sang ceux-là' n'étaient-ils pas de vrais disciples de Socrate,

des disciples restés fidèles?

Guillaume Harvey naquit à Folkstone, le 1er avril 1578. Il étudia la médecine dans sa patrie et voyagea ensuite beaucoup pour augmenter son instruction. Il fit un long séjour à Padoue où florissait l'enseignemeni de Fabrice d'Aquapendente, et il y prit le bonnet de docteur, le 25 avril 1602. De retour dans son pays, il s'établit à Londres. En 1604, il entra dans le collège de médecine et fut nommé régent en 1613. Il livra à la presse en 1628 sa doctrine de la circulation du sang et mourut comblé de gloire et d'honneurs, âgé d'environ 80 ans.

Le nom de Harvey a été tour à tour bafoué et exalté à cause de la découverte delà circulation du sang.

On contesta d'abord la réalité de cette circulation ; on contesta ensuite à Harvey la gloire de l'avoir trouvée et démontrée.

La circulation du sang fut donc niée; elle le fut avec acharnement et, ce qui est peut-être pis, elle fut poursuivie parle ridicule; son immortel auteur et ses partisans furent outragés par l'ignorance et anathématisés par le pédantisme. Longtemps après avoir été démontré, ce grand fait, orgueil de la physiologie moderne, était encore traité avec mépris dans les synagogues de la science.

(1) Quelques-uns fixent le 30 juin et d'autres l'année 1658.

En France, Jacques Primerose, Denyan et Riolan (anatomicorum sui sœculi princeps:); en Allemagne, Gaspard Hoffmann; en Italie, Parisanus; en Danemark, Bartholin, et on Hollande Vander-Linden, tentèrent tout pour étouffer la vérité naissante. Ces deux derniers, cependant, se résignèrent à l'admettre pourvu qu'elle ne provînt pas de Harvey. Dans le but d'écarter, sans doute, toute prétention contemporaine, Vander-Linden la faisait prudemment remonter à Hipnocrale.

Quant à Denyan, il déclara, après avoir beaucoup déraisonné au nom de la Faculté, que Harvey n'était qu'un ridicule inventeur de système. Le ti tre decirculateur était alors avilissant. Harvey passait lui-môme pour un méprisable dissecteur d'insectes et de grenouilles. Il se plaint, dans une lettre qu'on a conservée, de ce que sa clientèle a beaucoup diminué depuis la publication de sa découverte. On dit même que, vers la fin de ses jours, il éprouvait une grande répugnance à laisser paraître son Traité de la génération, dégoûté des tracasseries que lui avait suscitées la découverte de la circulation du sang.

Mais Willis, Rolfinc et Descartes s'étaient prononcés en faveur de Harvey, et Fagon, qui devint plus tard médecin de Louis XIV, osa, dit Fontenelle, soutenir la circulation. Les vieux docteurs trouvaient qu'il défendait avec esprit cet étrange paradoxe. Les faveurs des grands arrivèrent à Harvey. Deux rois le nommèrent leur médecin, dont l'un, Charles Ier, mit à sa disposition un grand nombre de biches pleines pour faciliter ses recherches sur la génération. Le bruit des opposants s'affaiblit enfin et ne fut plus qu'un écho, transmis seulement par l'histoire.

Vers la fin de sa carrière, Harvey publia son Traité de la génération dans lequel il s'égale lui-même et devance d'un siècle son époque, en posant les fondements de l'embryologie moderne. Chant du cygne du grand physiologiste !

— 3 juin 1800. — Jenner écrit de Chattenham au professeur Odier (de Genève) une lettre sur la vaccine, qui se termine en ces termes : « Nous aurons besoin d'inventer un nouveau nom pour cette maladie. Car, à présent, il ne me reste aucun doute sur la vérité de ma première conjecture, que la vaccine vient originairement du cheval. C'est ce que je viens de démontrer complètement. »

Cette source équine du vaccin n'est pas même encore aujourd'hui généralement admise! Des gens qui se piquent fort de rigueur scientifique auraient voulu que Jenner fût plus explicite. Nous croyons, nous, que l'inventeur de la vaccine avait des expériences positives, qu'il avait transmis le grease pustuleux directementdu cheval à l'homme. Mais il n'aura pas voulu s'exprimer plus formellement, dans la crainte de compromettre sa découverte. On l'accusait, en effet, de communiquer à l'homme une maladie puante des chevaux.

Le b mai 1867, un médecin et un vétérinaire, familiers tous les deux avec l'observation du cow-pox et du grease pustuleux, visitaient ensemble l'Exposition de Billancourt. Ils remarquèrent un taureau qui présentait sur le corps, et surtout sur les membres, des vésico-puslules de cow-pox parvenues à une période trop avancée pour qu'il fût possible d'en inoculer la matière, mais dont les caractères n'ont laissé dans l'esprit de chacun d'eux aucun doute sur la nature de la maladie. La partie externe des membres, et non l'interne, était le siège de vésico-pustules. Or, une enquête a établi que cette partie externe avait été frottée, à l'exclusion de l'interne, avec une étrille qui servait à des chevaux.

Si l'on n'avait point fait d'enquête, on aurait pu croire facilement à l'existence d'un cow-pox spontané.

— 5 juin 1816. — Un Arrêté du Préfet du Pas-de-Calais prescrit des mesures sévères pour arrêter la propagation du typhus contagieux des bêtes à cornes.

— 7 juin 1816. — Nouvel Arrêté de ce préfet dans le même but.

— 8 juin 1755. — Michel Cullerier, fondateur do la dynastie de ce nom, naît à Angers.

— 8 juin 1763. — Arrêt du Parlement de Paris qui interdit la pratique de l'inoculation dans les villes et faubourgs.

— 8 juin 1832. — Le choléra éclate à Québec.

— 9 juin 1828. — Chaussier meurt à Paris, âgé de 82 ans. Illustration de la Bourgogne, de la France, et de la médecine. Professeur et médecin de l'École polytechnique, membre de l'Institut, de l'Académie de médecine et d'une foule de Sociétés savantes nationales et étrangères, professeur à la Faculté de médecine. Frappé, à moins de vingt-quatre heures d'intervalle, de destitution (1) et d'apoplexie.

Il fut professeur, savant, et praticien habile.

Travailleur infatigable, il en était venu à boire de l'éther pour surexciter son activité cérébrale.

Il est auteur de peu de livres, mais de beaucoup d'opuscules et de Mémoires. Son précis sur la pustule maligne, à la composition duquel Énaux a pris part, est un petit chef-d'œuvre.

Partisan éclairé et même un pou passionné de la vaccine, il aimait à en parler dans les discours qu'il prononçait aux séances publiques de la Maternité. Il interrogea souvent les élèves sur ce sujet, et notamment dans les examens des jurys médicaux. Il a publié une notice sur la vaccine, 1808.

— 10 juin 1496. — Christophe Colomb, accusé de crimes imaginaires et chargé de chaînes, revient d'Amérique et débarque à Cadix. Le navire où il était prisonnier transporte avec lui deux cents soldats attaqués de la peste américaine. Neuf mois après le Parlement de Paris publiait une Ordonnance relative a.ux malades de la grosse vérole.

— 10 juin 1823. — Le choléra est à Laodicée.

— 10 juin 1832. — Le choléra est à Montréal.

— 11 juin 1804. — Laënnec obtient le grade de docteur en médecine. Titre de sa thèse : propositions sur la doctrine d'hippocrate. Le jeune candidat n'est pas moins versé dans la connaissance de la langue grecque que nourri de la lecture des ouvrages du père de la médecine.

— -1 1 juin -1867. — L'Académie de médecine écoute et applaudit un Rapport sur cette question de géographie médico-syphilitique : Que devient la syphilis suivant les lieux et les climats?

Aucune conclusion scientifique, aucune conclusion pratique. — Il n'en pouvait être autrement.

Et, en effet, que peut-on inférer d'observations faites en différents temps, en différents lieux, par des personnes différentes, sur un sujet obscurci par des dissidences doctrinales, des réticences préméditées, des intérêts, des passions, . des froissements d'amour-propre, des partis pris.

(1) Quand l'Ecole de médecine a été désorganisée, en 1822, Chaussier s'est trouvé du nombre de ceux que la proscription atteignit.

ÉPIIÉMÉRIDES.

Le rapporteur a laissé à l'écart tous les renseignements que la syphilisation et l'histoire mettaient à sa disposition.

Par exemple, il ne tient nul compte 'de ce double fait: 4° qu'un vérolé peut inopinément sécréter la matière du chancre mou, sans que ce chancre lui ait jamais été transmis; 2° qu'un vérolô, en l'absence de toute inoculation préalable, peut fournir cette matière par suite de sollicitations artificielles, et pour ainsi dire, au gré de l'observateur (Expériences de Bidenkap). — Le rapporteur est donc dualiste.

Mais le chancre mou s'éteindrait dans le monde si chaque vérolé n'en était un réservoir et comme l'atelier. Le coït étant douloureux pour les porteurs de ce chancre, et par suite rarement pratiqué par eux, il faut bien que cette ulcération puisse être communiquée par certains sujets qui ne l'ont qu'en puissance.

D'autres hérésies de fait et de doctrine déparent le Rapport. Ce n'est ni le lieu ni le moment de les relever. Que de contradictions ! — Principes faux, faits illusoires, conclusion nulle, diction correcte, élégante, euphémisme, népotisme, maintien académique, amour constant de la vérité, rencontre souvent inévitable de l'erreur ou du néant; — c'est là notre appréciation à vol d'oiseau.

Nous y joindrons volontiers nos applaudissements pour le rapporteur : nous ne voudrions pour rien au monde troubler,par une note discordante, un concert de suffrages si harmoniques, si attendrissant, si légitime!

Quelques observations de détail présentées par des membres de l'Académie ont effleuré le Rapport et enguirlandé l'auteur du Mémoire et le rapporteur 1

— 12 juin 1806. — La Société centrale, établie pour l'extinction de la petite vérole en France par la propagation de la vaccine, tient une séance générale.

Après une courte allocution de Guillotin (l), président du Comité, Husson (2), secrétaire de la Société et du Comité, présente le Rapport des vaccinations de l'année 1805.

Recherches nombreuses, exposition détaillée, méthodique des faits, vigoureuse impulsion donnée aux travaux sur la vaccine ; tel est le résumé du Rapport.

Le Comité a fait des recherches multipliées sur l'inoculation du vaccin aux vaches. 11 est un modèle dont l'Académie n'est aujourd'hui que la copie.

Après avoir vacciné et clavelisé beaucoup de moutons, il conclut de ses expériences que la clavelisation préserve seule du claveau, lequel est distinct de la variole, laquelle est distincte de la vaccine, laquelle est distincte aussi du claveau.

L'Académie se prépare beaucoup de besogne, si elle se met en tête de répéter toutes ces épreuves. Nous lui conseillons de sonder d'abord les reins pour savoir quid valeant humeri, quid ferre récusent.

L'influence delà vaccine sur la variole, les modifications réciproques de la vaccine et des affections de la peau, l'action de la vaccine sur les diverses maladies; les conséquences de la vaccine pour la santé publique, la mortalité, la population, la longévité, etc.; les différents procédés de conservation du vaccin, les méthodes de vaccination, tout est étudié avec soin, avec suite, avec zèle.

(1) Guillotin était un homme de bien et de progrès. C'est par quiproquo que son nom a été donné à un instrument de supplice.

;2) Homme de bien, de progrès, de passion. Il fut l'âme du Comité central et vaccina le Roi de Rome.

Mais surtout pas trop de zèle, disait Talleyrand. Pas trop de zèle ! Malheureusement le Comité en a mis partout.

L'Évêque de Nancy qualifie d'erreurs antireligieuses, antisociales, les résistances qu'opposent à la vaccine les habitants des campagnes, ces pauvres d'esprit de l'Évangile qui sont sur la route du ciel. Le Secrétaire du Comité d'Aurillac annonce que « plusieurs ecclésiastiques ont fait du refus delà vaccination un cas de conscience à leurs paroissiens. »

Le Comité n'a que des bénédictions pour cette intolérance vaccinale.

Le Préfet du déparlement de l'Oise défend aux administrateurs des établissements de bienfaisance de distribuer des aumônes et des secours aux pères et mères assez opiniâtres pour soustraire leurs enfants à la nouvelle inoculation.

Le Comité approuve ce genre de propagande ; la faim lui paraît une bonne conseillère.

L'esprit de l'homme est jeté dans un moule. Il est le même partout, toujours. L'idée proscrite la veille devient intolérante le lendemain. Le ebristianisme se fait inquisition. La vaccine, persécutée, persécute.

Voici le ridicule qui se joint à l'odieux : M. Troussel, curé de Chambray, « a observé que la vaccine avait favorisé la dentition !! » Il obtient une médaille : son nom figure sur la liste des vaccinateurs récompensés, à côté des noms considérables des Barrey, des Bretonneau, des Odier, des Rigal, des Voisin.

Qui voyons-nous encore parmi les médaillés? Le Sénateur Chaptal ! L'Archevêque de Besançon. — Décidément ce Comité remue ciel et terre!

— 13 juin 1845. — Le vétérinaire Pételard observe à Tours et décrit le orease pustuleux, sous le nom de variole spontanée chez le cheval.

M. Mathieu est chargé d'un rapport sur son Mémoire, qu'on a retrouvé récemment dans les casiers de la Société impériale de médecine vétérinaire.

— 14 juin 1818. — Gordon (d'Édimbourg) est enlevé à la fleur de l'âge (32 ans) par une courte maladie. Habile et célèbre anatomiste; célèbre et habile professeur.

— 15 juin 1862. — Auzias-Turenne publie dans la Revue médicale une note sur Jenner et la vaccine.

Il montre, à l'aide d'aperçus historiques, la réalité des idées fondamentales suivantes, qui, depuis, sont entrées la plupart dans le courant de la science par la porte de l'Académie :

1° Le cow-pox ou vaccine vient d'une maladie du cheval. — 2° Cette maladie (cow-pox elle-même ou horse-pox)^ ne se produit, c'est-à-dire ne se reproduit, qu'étant à l'état aigu. — 3° Elle est unité pathologique en ce sens qu'il n'y a pas d'autre maladie du cheval qui puisse engendrer la vaccine. Tout au plus cette maladie vaccinogène pourrait-elle admettre plusieurs formes. — 4° Elle est indépendante delà variole, c'est-à-dire qu'elle n'en vient pas et qu'elle ne la fait jamais naître. — 5° Elle est également indépendante de la clavelée, elle-même aussi indépendante de la variole et de la vaccine. — 6° La syphilis peut être transmise par la vaccination.

Tandis que ces propositions pénétraient dans le domaine public, l'article d'Auzias-Turenne, qui les y poussait, restait dans l'ombre.

— 16 juin 1658. — Fondation de la clinique de Lcyde, surtout célèbre par l'enseignement de Boerhaave.

— 18 juin 1774. — Louis XVI, age de moins de 20 ans, Roi de France depuis un mois et quelques jours seulement, est inoculé à Marly, à huit heures

du matin, après avoir été bien préparé. Une piqûre esl faite à l'empreinte deltoïdienne de chaque bras (méthode de Sutton).

La matière variolique avait été prise d'un enfant de 2 ans dont la petite vérole était discrète et de la meilleure espèce.

La santé de cet enfant, ainsi que celle du père et de la mère, avait été constatée, avec le plus grand soin, par l'examen des médecins et les informations les plus exactes du magistrat. Il en avait été dressé un procès-verbal.

On n'ignorait pas, dès cette époque, que les deux sœurs virulentes (variole et vérole) pouvaient être communiquées du môme coup 40 lancette.

Il n'y avait pas sans doute dans les écrits d'observations circonstanciées qui le prouvassent, mais ceux qui avaient observé dos malheurs n'avaient-ils pas reculé devant les conséquences d'une publicité catégorique?

Guiot s'exprime, à ce sujet, dans des termes significatifs : « On nous avait dit que par des expériences faites en Angleterre, on avait observé que la matière de la petite vérole, prise d'un sujet qui avait quelque autre maladie, ne communiquait que la petite vérole à celui à qui on l'insérait; mais j'ai une expérience si décisive du contraire, que je suis convaincu que le choix de la matière purulente est très-important, et que j'ai résolu d'être fort scrupuleux sur cet article. » (Mémoire historique sur l'inoculation de la petite vérole, pratiquée à Genève depuis le mois d'octobre 1750 jusqu'au mois de novembre 1752 inclusivement. — Dans le tome II des Mémoires in-4° de l'Académie royale de chirurgie.)

Guiot ne pouvait faire allusion, dans ce passage, à d'autre maladie que la syphilis, et il n'est guère présumable qu'un praticien aussi expérimenté ait pu se tromper à cet égard. Quant à la bonne foi de Guiot, on ne saurait la suspecter, car lors môme qu'elle ne serait pas garantie par son caractère, on ne voit pas bien par quel motif d'intérêt il se serait vanté d'un cas niable.

Monsieur, frère du Roi, qui devint Louis XVIII, âgé de 18 ans, Monseigneur le Comte d'Artois, qui fut Charles X, âgé de 16 ans, et Madame la Comtesse d'Artois (Marie-Thérèse de Savoie), moins âgée sans doute que son mari, sont inoculés en même temps et de la même manière que le Roi.

A dater de ce jour jusqu'à la fin du mois, des bulletins furent quotidiennement rédigés à neuf heures du matin. Ces bulletins instruisent beaucoup; on y reconnaît des observations bien faites. Ils ont pour signataires : Lieutaud, Lassone, de la Bordère, Busson, Richard, Jauberthou, Portai. On ne dit pas qui avait tenu les lancettes.

Il estutile de résumer ces observations :

•19 juin (I jour révolu après l'inoculation). — Rien d'apparent aux piqûres, et santé parfaite des quatre inoculés.

20 juin (2 jours révolus). — Les inoculés sont dans le meilleur état, et « les apparences pour la réussite sont très-belles. »

21 juin (3 jours). — Les inoculés sont dans le meilleur état, et « les progrès de l'inoculation tels qu'on avait lieu de s'y attendre. » Un purgatif est prescrit à chacun pour le lendemain matin.

22 juin (4 jours). — La quadruple médecine a été administrée. Rien de nouveau, sinon que « les apparences du succès sont plus m'arquées. »

23 juin (5 jours). — . Le Roi a été purgé hier très-efficacement. Ses piqûres « annoncent indubitablement les succès de l'insertion. » Sa Majesté a senti hier au soir un peu de froid. Elle éprouve ce matin quelque douleur aux aisselles et du malaise, accompagnés d'un léger mouvement fébrile.

Monsieur et le Comte d'Artois ont été purgés hier très-efficacement. Leurs

864 ËPHÉMÉRIDES.

piqûres annoncent, comme celles du Roi, le succès de l'insertion. Chez l'un et L'autre, douleur aux aisselles avec un peu d'émotion au pouls.

Rien encore d'apparent chez la Comtesse d'Artois. Le bulletin, par pudeur ou par galanterie, ne mentionne pas l'effet delà purgalion.

24 juin (G jours). — Le Roi a passé une bonne nuit. «Sa fièvre qui annonce la prochaine éruption se soutient etest modérée. » Lcsautres symptômes, tels que le mal de tête, le malaise universel et la douleur des aisselles, n'ont point augmenté. « La petite vérole locale est plus marquée. »

L'état de Monsieur est semblable à celui du Roi mais un peu moins avancé.

Le Comte d'Artois est à peu près comme Monsieur, quoique hier la fièvre et les autres accidents aient été plus marqués pendant tout le jour.

Madame la Comtesse d'Artois a passé une bonne nuit. La petite vérole locale est plus marquée, mais nul autre symptôme n'annonce encore la prochaine invasion.

26 juin (7 jours). —Le Roi a eu hier un peu plus defièvre, avec quelques frissonnements, accompagnés de quelques légersmaux de cœur sans vomissements. La nuit a été bonne. La fièvre subsiste à peu près au même degré que le mal de tète. « Tout annonce une éruption prochaine. »

Monsieur a ressenti hier pareillement, et éprouve encore aujourd'hui un peu plus de fièvre. Le sommeil de la nuit a été légèrement interrompu. Ce matin, les maux de cœur ont été plus marqués, mais sans vomissements. Monsieur a eu aussi « les autres symptômes qui précèdent l'éruption. »

L'état de Monseigneur est à peu près le même que celui de Monsieur.

Madame la Comtesse d'Artois a ressenti, hier au soir, un léger mal de tête, et un très-léger mouvement de fièvre, qui subsiste ce matin.

« Le Roi, le prince et la princesse continuent à sortir et à se promener à pied dans les jardins. »

26 juin (8 jours). — La fièvre et les autres symptômes précurseurs de l'éruption ont persisté hier chez le Roi avec une rémission marquée vers le soir. La nuit a été bonne, et pendant le sommeil il s'est fait une éruption de plusieurs boutons. La petite vérole locale est en pleine suppuration.

Chez Monsieur, la fièvre, qui s'est soutenue hier tout le jour, a augmenté ce matin. La tête est plus douloureuse. Il ne paraît pas encore de boutons sur la surface du corps. La petite vérole locale a fait beaucoup de progrès. La nuit a été assez calme.

Bulletin de Monseigneur : Il y a aujourd'hui plus defièvre, et il commence à paraître quelques boutons. Le sommeil de la nuit a été légèrement interrompu.

Madame la Comtesse d'Artois a éprouvé, hier au soir, un peu de fièvre et a passé une bonne nuit. Elle a, ce matin, quelques nausées. Il ne parait encore aucun bouton. La petite vérole locale a fait beaucoup de progrès.

27 juin (9 jours). — Le Roi a passé une très-bonne nuit, sans avoir éprouvé ni fièvre ni aucun autre symptôme. L'éruption générale est au second jo.ur. Elle consiste en boutons très-peu nombreux, mais très-bien caractérisés.

La nuit de Monsieur a été excellente. La fièvre est considérablement diminuée et l'éruption commence.

Monseigneur le Comte d'Artois s'est aussi trouvé très-bien pendant la nuit. Il n'y a presque plus de fièvre. L'éruption générale continue à se faire. Il ne paraît jusqu'à présent que fort peu de boutons.

La fièvre de Madame la Comtesse d'Artois est diminuée. La nuit a été trèsbonne. L'éruption commence aussi à se faire.

28 juin (10 jours).— L'éruption, bien caractérisée, du Roi, suppure. Sa Ma-

jesté est dans son état ordinaire de sanlé. Les boutons de la petite vérole locale se der-sèchent.

Monsieur et Monseigneur sont à peu près dans le même état que le Roi, mais la suppuration des boutons est moins avancée.

Il n'y a plus de fièvre chez Madame la Comtesse d'Artois. Il n'a paru que quelques boutons aux jambes. La petite vérole locale est en pleine suppuration.

29 juin (H jours). — La suppuration des boutons du Roi est complète. Quelques-uns commencent à se dessécher.

Chez Monsieur et chez Monseigneur la suppuration des boutons est bien établie. Ceux de la petite vérole locale se dessèchent.

Chez Madame la Comtesse, les boutons de la petite vérole se dessèchent. Tout est pour le mieux.

30 juin (12 jours). — Le dessèchement de l'éruption continue chez le Roi, chez Monsieur et chez Monseigneur. Santé parfaite de tous les trois. On prescrit à chacun une purgation pour le lendemain. On ne dit pas quel en fut le résultat, car il n'y a plus eu de bulletin à partir de ce jour.

Chez Madame la Comtesse, il n'a paru de boutons varioleux qu'aux environs de la petile vérole locale et quelques-uns aux jambes.

— 18 juin 1867. — M. Depaul annonce à l'Académie qu'il a inoculé quelques enfants de la matière du grease pustuleux, dit spontané. C'est un progrès pour la science et une satisfaction qui nous est donnée. Voici effectivement d'après le trépied vital delà vaccine, le trépied vaccinal : 1° Le cow-pox, la vaccine provient du grease pustuleux, dit spontané du cheval. — 2° Le grease pustuleux est une source première à laquelle on doit puiser directement pour vacciner chaque fois qu'elle vient à jaillir. — 3° La meilleure manière de régénérer la vaccine c'est de l'inoculer au cheval.

Il ne reste qu'un pas à faire à l'Académie pour être au niveau du progrès, c'est d'instituer la régénération du vaccin sur le cheval.

Toutefois, si M. Depaul, que nous honorons infiniment, tient à cœur de demeurer dans de bons ternies scientifiques avec nous, il ne doit plus laisser entendre qu'il considère le virus du grease pustuleux comme identique avec celui de la variole humaine. Nous reconnaissons volontiers qu'il a mitigé son opinion sur ce point, et qu'il ne dirait plus aujourd'hui comme autrefois : Le vaccin n'existe pas. Mais un aveu tacite ne saurait nous suffire ; et puisque l'Académie tout entière emboîte le pas de M. Depaul en fait de vaccine, nous voudrions voir le vaccinateur officiel plus explicite, et l'entendre déclarer formellement avec nous que : le vaccin existe.

— 19 juin 1844. — Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire, âgé de 72 ans et 2 mois, meurt au Muséum d'histoire naturelle.

Feu Isidore Geoffroy, son fils, héritier de ses talents et de ses vertus, a élevé à sa mémoire un monument pieux; c'est un livre qui a pour titre: vie, travaux ET DOCTRINE SCIENTIFIQUE D'ÉTIENNE GEOFFROY-SAINT-HILAIRE.

Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire était né à Élampes, et ses concitoyens lui ont érigé une statue.

Vastes connaissances, génie hardi, admirables qualités d'esprit et de cœur, droiture, loyauté, générosité, bonté, courage, désintéressement, ainsi se résume la vie de Geoffroy-Saint-Hilaire.

Le sillon qu'il a fécondé par la science est rempli d'actions de dévouement.

Ses travaux, son enseignement, ses écrits, ses actes académiques sont le

fond de sa vie publique, et appartiennent à l'appréciation de tout le monde, mais sa vie privée fit le charme de ses amis.

Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire fut professeur à la Faculté des sciences et au Muséum d'histoire naturelle, créateur de la ménagerie de ce dernier établissement, membre de l'Institut d'Égypte, membre et deux fois Président de l'Académie des sciences, et associé libre de l'Académie de médecine, etc.

Il a trouvé I'unité de composition organique et ramené au type physiologique les anomalies de l'organisation, en établissant les lois du balancement organique, des connexions organiques, de la théorie des analogues, de l'union similaire des organes (attraction de soi pour soi), et des arrêts de développement.

Ces principes sont exposés dans I'anatomie philosophique, son principal ouvrage, et dans un nombre considérable de Communications académiques, de Notes, de Mémoires.

En 17USÎ, il sauva des massacres de septembre, au péril de ses jours, son maître Haliy et treize autres ecclésiastiques. En ■1830, il donna asile à l'Archevêque de Paris, dont le palais venait d'être saccagé et dont la vie se trouvait en danger.

A la capitulation d'Alexandrie, il arracha par son énergie, à la rapacité d'Hamilton, la plupart des collections de l'expédition d'Égypte.

Venons à l'un des traits de sa vie qui marque le plus de désintéressement et de pénétration.

Un jeune précepteur habitant la Normandie lui envoya quelques manuscrits d'histoire naturelle qui produisirent sur son esprit la plus vive impression. 11 appela ce jeune homme à Paris et lui fit partager sa table, son domicile, ses travaux. « Venez, lui avait-il écrit, venez jouer parmi nous le rôle de Linné, d'un autre législateur de l'histoire naturelle. » — Ce jeune naturaliste s'appelait Georges Cuvier.

Pour découvrir un fait, une loi dans la science, il faut de la tête. Pour découvrir un savant, un rival, il fallait de la tête et du cœur. Geoffroy était jeune alors. La vieillesse ne refroidit pas ses sentiments.

Vers la fin de sa carrière, Geoffroy était devenu aveugle et infirme. Un jeune naturaliste dont il avait remarqué les productions et encouragé les premiers essais, luttait contre la nécessité. Geoffroy n'a pas besoin qu'on le lui dise : il le devine.

Un jour qu'il avait touché ses appointements à la Sorbonne, il se rend, appuyé sur le bras de son domestique, à la demeure d'un condisciple du jeune naturaliste et lui donne un sac d'écus qu'il destine à ce dernier.

Geoffroy ne mit qu'une condition à sa générosité, c'est qu'elle serait ignorée de tous. Mais aujourd'hui, celui qui en fut le confident et l'intermédiaire se croit dégagé de sa parole après une prescription d'un quart de siècle.

Que de belles actions ne pourrions-nous pas citer! Geoffroy élait sans cesse avide du bien et du beau ! Il se mettait au service de la vérité, de quelque ordre et en quelque lieu qu'elle fût. Il l'aimait avec passion, et courait partout où il pouvait la défendre.

En voici un exemple qui se rattache à notre sujet : Il y eut une époque où la vaccine était une idole dont les adorateurs ne voulaient point qu'on signalât les imperfections. Ils ne laissaient pas dire notamment que des cas de variole s'étaient montrés sur des sujets vaccinés.

En 1819, la Société de la Faculté de médecine était le temple de cette idolâtrie : Husson, Duméril et Chaussier fonctionnaient en pontifes. Geoffroy, qui ne tenait ni comme médecin ni comme membre à cette Société, se rendit, par

amour de la science, à la séance du 28 janvier (1819) et déclara, avec toute l'autorité de son nom et au risque de ne pas plaire à tout le monde, qu'un de ses neveux, vacciné depuis plusieurs années à l'âge de six mois, venait d'êlre atteint d'une petite vérole des plus franches. Ceci dépeint très-bien un des côtés de l'homme.

Geoffroy-Saint-Hilaire avait pour amis Daubenton, Fourier, Jomard, Savigny, Laplace, Humboldt, Gall, Cuvier, Larrey, Vauquelin, Fourcroy, Gay-Lussac, Dutrochet, Serres, Lisfranc, Pariset, Broussais, Arago, David (d'Angers), Michelet, Quinet, Jean Reynaud, Pierre Leroux, G. Sand, Lamennais, Béranger, Victor Hugo, le général Bonaparte, le général Foy, etc. Il recherchait toutes les gloires.

11 était lui-même passionné pour la gloire, cette ambition des grandes âmes. 1er juillet 1715. — Fondation de la première clinique de Rome par Lancisi.

— 2 juillet 1566. — Michel Nostradamus meurt à Salon, à l'âge de 62 ans, 6 mois et 17 jours. — Diseur de bonne aventure. — Il naquit à Saint-Remy, en Provence. Arrière pelit-fils de médecins, des côtés paternel et maternel, il étudia la médecine à Montpellier. Il se distingua d'abord à Aix et ensuite à Lyon en combattant avec avantage des épidémies.

Il possédait le secret d'une poudre purgative qui paraissait faire merveille. Les médecins le tracassèrent eh conséquence. Il déserta leurs rangs pour se faire astrologue. Alors il devint en fortune. Il obtint la faveur des grands.

Henri II et Catherine de Médicis ont invoqué ses oracles. Emmanuel de Savoie et Marguerite, sa femme, lui ont rendu visite. Charles IX fit plus; il le visita, lui donna 200 écus d'or et une charge de médecin du Roi avec des appointements.

On a comparé ses prophéties, à cause de leur ambiguïté, au soulier de Théramène, qui chaussait bien tous les pieds, et à la mesure lesbienne, qui s'accordait également à toutes les figures.

Étie nne Jodelle, mauvais poète français, mais habile versificateur latin, lui a décoché cette épigramme retournée :

Nostra damus, cum falsa damus, nam fallere nostrum est ; et cum falsa damus, nil nisi nostra damus.

— 3 juillet 1847. — Pariset meurt à Paris. Homme érudit, honnête, consciencieux, loya*l, désintéressé, bienveillant, généreux. Noble cœur, esprit droit.

Étienne Pariset naquit à Grand, bourg de l'ancienne Champagne, compris aujourd'hui dans le département des Vosges; ses parents étaient de pauvres et honnêtes artisans. Ils ne purent lui donner que l'exemple des plus douces affections.

A l'âge de 9 ans, Pariset fut envoyé de Grand à Nantes, chez un oncle qui devait l'élever dans sa profession de parfumeur. On lui fit à la fois suivre les écoles primaires et travailler dans le magasin.

Pariset broyait mal ses parfums, lisait beaucoup et faisait déjà de bons vers. Son goût pour la poésie se développa ensuite. Combien de fois, à l'époque de sa verte vieillesse, n'a-t-il pas charmé des réunions d'amis en récitant des poésies, parfums de son jeune âge !

Son oncle comprit que le petit Pariset n'était pas fait pour vivre dans une buutique. Il l'envoya chez les Oratoriens. Celui qui était incapable de malaxer l'axonge et les essences devint bien vite un excellent rhétoricien, et plus tard le premier des académiciens.

868 ÉPHÉMÉRIDBS.

La réquisition atteignit le jeune oratorien, qui devint soldat. Ensuite il quitta le métier des armes pour notre champ d'honneur et se fit élève en médecine. Au lieu de tuer les hommes, il allait apprendre à les sauver. Son dévouement fut bien vite mis à l'épreuve. A Nantes, le jeune étudiant se trouva en face d'un typhus meurtrier, aux coups duquel il faillit succomber. Plus tard il vola audevant de la fièvre jaune et de la peste en Espagne et en Egypte. Il y brava tous les périls et montra tous les genres de dévouement.

Revenons un peu sur nos pas. Les Écoles de santé avaient été créées récemment et manquaient d'élèves. Pariset gagne aisément la palme au concours et part pour Paris comme élève pensionné par l'État. Mais ayant cédé à l'attrait de diversions littéraires, il ne devint docteur qu'à l'âge de 35 ans. Il rappelait à ce propos qu'Esculape était fils d'Apollon.

En 1808, Pariset était membre du Conseil de salubrité, médecin de Bicêtre, et médecin des épidémies de l'arrondissement de Sceaux. Plus tard il passa de Bicêtre à la Salpôtrière.

Quoiqu'il fût le plus digne, Pariset a été nommé sans intrigues Secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, lors de sa fondation. Après vingt ans, il y est encore vivement regretté de tous, employés et académiciens.

Pariset comptait de nombreux amis. Une dame Pourrat, dont il avait élevé le fils et dont il ne parlait jamais sans une vive effusion de cœur, lui avait légué une rente viagère de quelques milliers de francs. Mehemet-Ali qui l'avait vu en Égypte, soignant les pestiférés, lui payait aussi une rente annuelle... de quelques kilos d'excellent moka. C'était l'Hippocrène où Pariset retrempait son esprit sans cesse jaillissant. Conviait-il quelques amis à son foyer modeste, il présidait lui-même à la préparation du précieux stimulant.

Pariset travaillait avec amour aux éloges historiques des membres de l'Académie qu'il avait choisis comme les plus dignes d'un panégyrique. 11 avait l'âme trop généreuse pour s'apercevoir de leurs défauts, ou bien il jetait un voile sur tout ce qui aurait pu déparer leur mérite. Avec quel art au contraire il faisait ressortir leurs qualités! Comme la vérité s'embellissait alors sous sa plume!

Il recherchait avidement l'alliance du bien et du beau. Il était puriste sans affectation. Il n'aurait pas cité un texte sans le vérifier, et ne se serait jamais hasardé à écrire une seule ligne sur un sujet quelconque sans s'être rendu soigneusement compte de la chose dont il devait parler. Vers la fin de sa carrière il ne voulut pas entreprendre l'éloge d'Esquirol sans avoir étudié le cerveau. Retiré avec deux anatomistes, Graliolet et l'auteur de cette notice, qui disséquaient pour lui, il émaillait des saillies de son esprit l'aridité apparente de la matière. Il s'instruisait en instruisant et en captivant les autres.

Pariset a réalisé lui-même les belles paroles qu'il appliquait à David (d'Angers) : // s'est iynmortalisé en immortalisant toutes les gloires. David et Pariset, tous deux grands artistes, tous deux généreux et hommes de bien!

La bonté de Pariset était exquise. Il riy a de bon que la bonté, disait-il avec un charme inimitable. La fille de Larrey, apprenant qu'il était mort d'hémorrhagie, prononça ces touchantes paroles : «Si l'on eût fait une quête de sang et de vie parmi ceux qu'il a servis ou qui l'ont aimé, nous le posséderions encore.»

L'esprit de Pariset était aussi éloigné de la sottise et de l'orgueil que du pédantisme et de la fatuité. Il ne lui est jamais échappé un trait de satire, ni même une intonation blessante ou un geste désobligeant, quand il remplissait ses fonctions à l'Académie. Sa loyauté était au-dessus de tout soupçon. La vie, disait-il, ne vaut pas un mensonge.

Pariset restera comme un modèle.

ÉPHÉMÉRJDES. 869

— 4 juillet 1843. — Hahnemann meurt à Paris à l'âge de 89 ans. Sa doctrine offre deux points de vue: celui de l'hygiène et celui de la thérapeutique.

Au point de vue do l'hygiène, elle a rendu de véritables services, d'abord au moyen de préceptes nettement formulés, ensuite par des observations médicales qu'il était aisé de faire sur un fond organique non tourmenté par une active médication.

Thérapeutiquement parlant, la doctrine hahnemanienne se partage en isopathie et homœopathie.

L'isopathie range notamment sous sa loi l'action prophylactique des virus.

L'homœopathie présente deux faces. Il y a: 1° le principe aimilia similibus curantur. J.-B. Porta avait dit avant Hahnemann, non pas tout à fait dans le même sens : Ubi malum, ibi remedium; 2° la vertu prétendue des doses atténuées ou diluées.

Le principe similia similibus curantur a ceci de vraisemblable, qu'un organe malade ne peut être guéri, ou qu'un symptôme funeste ne peut être écarté, sans une action dirigée sur cet organe et dans le sens apparent du moins de ce symptôme. Gela n'implique pas l'identité d'action ou du symptôme, ni même l'unité de siège dans le sens précis du mot.

Quant à la vertu des médicaments dilués, nous n'avons aucun motif pour y croire. Mais nous ne sommes poin t partisan des proscriptions d'idées en masse. Nous voudrions, au contraire, qu'il fût possible de trouver, pour tous les médecins, un terrain de conciliation.

Les loups, dit-on, ne se mangent point entre eux. Or, ne sait-on point assez que nous no sommes pas des loups!

— 5 juillet 1832. — Le choléra éclate à Boston.

— 6 juillet 1763. — Le comte de Lauraguais lit à l'Académie des sciences un Mémoire où il propose l'inoculation à l'homme du hog-pox (variole de cochon).

On a dit que bien plus tard Jenner avait pratiqué cette inoculation sur l'un de ses propres fils,

— 7 juillet 1811. — Mort de Marc-Antoine Petit, à peine âgé de 45 ans. Chirurgien et poète. Sensible, humain, désintéressé, bienfaisant.

— 30 juillet 1867. — M*** lit à l'Académie de médecine un travail de statistique sur la vaccination animale.

Ce travail, court et bien écrit, n'est pas bien fait. C'est une suite d'additions portant sur des unités disparates. On n'en peut rien conclure. C'est pourquoi M*** en conclut ce qui lui plaît.

M*** parle d'une vaccine douteuse, variété inconnue jusqu'à présent. N'avionsnous pas assez de la fausse, de la bâtarde, etc.?

Nous prions M***, qui n'est pas médecin, et qui nous traite volontiers pardessous jambe, de vouloir bien ne pas faire de dégâts dans nos opinions sur la vaccine: Ne sutor ultra crepidam.

Qu'il respecte notre doctrine de Monroe: La médecine aux médecins.

— 31 juillet 1866. — Gibert meurt, dans la retraite, d'une attaque de choléra, après avoir affronté, comme chef de service, trois épidémies.

Vif, prompt et bref, ponctuel, expéditif et diligent; laconique, serré, précis et concis; quinteux, saccadé et anguleux; vigilant, ferme et hardi; nerveux et vigoureux.

Il réfléchissait peu, mais il concevait et comprenait vite. Il n'était pas long

870 ÉPHÉMÉRTDES.

dans ses discours, mais il mettait de la suite dans ses idées. Enfin, il a eu le courage de ses opinions.

i« août 1811. — Le premier concours est ouvert à la Faculté de médecine de Paris.

Qu'est-ce que le concours? que doit-il être? Cum currere. Parcourir ensemble et au plus vite la même carrière; le concours devrait être la soumission des prétendants à des épreuves propres à mettre en évidence et sur le pavois le plus digne.

Telle est la définition vraie. Rien de plus beau en théorie, rien de plus décevant en pratique.

Comment désigner les juges du concours? Où trouver des hommes impartiaux, c'est-à-dire des hommes sans passions, sans intérêts personnels, sans préjugés, sans erreurs, sans parti pris? A défaut de bons juges le concours a périclité. La justice seule pourrait rendre cette institution immortelle.

Lisfranc, Claude Bernard, Bourgery, Broc, Gendrin, Ricord, Gibert, E. Bazin, Cazenave, Dubois (d'Amiens), Maisonneuve, Chassaignac, Robert.... tous hommes de mérites incontestables et divers n'ont-ils pas été arrêtés par le concours au seuil do l'École? Broussais, Lallemand, Civiale, Leroy (d'Étiolcs), Heurleloup, Siebel, Desmarres, J. Guérin, Louis, Longet, Rayer.... auraientils osé entrer en lice? — Donc le concours, quoique populaire, était à réformer.

Le concours aime la pénombre : la grande clarté, comme l'obscurité profonde, l'offusque. Il exclut au même degré le génie et la sottise. La médiocrité passe aisément sans choquer personne et tient peu de place. Les Malgaigne, les

Bouillaud, les Rostan font exception à la règle.

J'ai assisté à maints concours. Les leçons étaient faites bien moins pour les élèves, qui souriaient ou bâillaient à leur aise, que pour les juges auxquels on démontrait plaisamment et complaisamment leurs idées et la suprématie de leurs talents. Bonnes leçons de professeurs faisaient mauvaises leçons d'élèves.

Dans certaines régions, où brille le concours d'un éclat inaccoutumé, les juges distribuent des points aux candidats à la suite de chaque épreuve. Méthode numérique appliquée au concours. Il en résulte parfois des répartitions singulières: Un juge donne, par exemple, le maximum de points, tandis qu'un autre donne le minimum. Une moyenne vient rétablir, tant bien que mal, l'équilibre. A la fin de toutes ces épreuves, on se remet à compter de plus belle, et la manivelle arithmétique rend aux juges eux-mêmes ébahis le nom des candidats heureux. Prodigieux concert de justice, de précision et d'indépendance!

Il n'est pas de meilleur concours qu'un concours d'élèves. Les élèves sachant suivre qui les instruit, sauraient aussi le nommer. On s'est toutefois passé de leur avis, toujours exprimé bruyamment. Les docteurs eux-mêmes n'ont jamais été consultés. Leur titre vient pourtant de docere, qui veut dire enseigner, et leur droit est de le faire. Tout au plus quelques Académiciens ont-ils été appelés à former une minorité parmi les juges.

Concours ou non, dès qu'il y a des juges, ceux-ci ne nomment-ils pas qui bon leur semble? Ah ! s ils votaient tout haut ! s'il motivaient leur jugement en public! Mais" puisqu'il est question d'arbilraire, mieux vaut l'arbitraire d'un seul homme responsable que celui de dix qui ne le sont pas ! Au moins n'aurai-je pas à flatter dix maîtres ni à porter beaucoup de tempérament dans mes convictions scientifiques. Qu'importe à tout prendre, aux Villemain et aux Cousin, aux Rouland et aux Duruy ce que jo pense de l'opération césarienne et de l'ovariotomie?

ÉPHÉMERIDES. 871

— 2 août 1802. — Le premier Consul décide que le nom de Bichat aura une place d'honneur à l'Hôtel-Dieu, à côté do celui de Desault.

— 4 août 1369. — Jean Roberti naît à Saint-Hubert, en Ardennes. Il se croyait jésuite.

Il combattit le médecin Rodolphe Goclenius, sectateur de Paracelse et grand partisan d'amulettes. Goclenius prétendait guérir toutes les maladies au moyen de l'aimant. Amator adamantis !

Il existe encore des Goclenius. Leur aimant a changé de nom. Il s'appelle

Devinez, ami ieetcur.

Les Roberti d'aujourd'hui, eux, ne se croient pas jésuites! mais...

— 5 août 1770. — Naissance de Pariset. Qui ne voudrait avoir l'occasion de parler sans cesse de cet homme aimant, aimable et aimé!

— 6 août 1830. — Quatre décorations sont données aux élèves de la Faculté de Paris, comme récompenses nationales, après la Révolution de Juillet.

— 7 août 1797. — Fondation de l'École pratique.

Là était le culte ardent et pur de la science. S'instruire en instruisant les autres. Concours perpétuel et suffrage universel.

Si j'étais Ministre, j'aiderais de tout mon pouvoir l'enseignement libre; je ferais de l'École pratique une pépinière, une école normale du professorat. — Qu'est-ce que l'École pratique?

C'est Broc, Blandin, Michon, Huguier, Denonvilliers, Gosselin, Jarjavay, Ch. Robin; c'est Longet, Béclard, Auzias-Turenne, Dupré, Batailhé, Thivet, Dumay, Martin-Magron, Brown-Séquard; c'est Lisfranc, Sanson, Ricord, Malgaigne, Maisonneuve, Ghassaignac, Depaul, Pajot, Jobert, Robert, Nélaton ; c'est Laurent, Arthault, Leroy (d'Étiolles), Philips ; c'est Trousseau, Barth, Monneret, N. Guillot, Bouchut, Hardy, Empis; c'est Broca, Verneuil, Follin, Foucher, Rambaud, Trélat

Explication. — Paris a longtemps été renommé pour son enseignement de l'anatomie. Cet enseignement florissait sans l'éclipser à côté de l'École, qui, au contraire, en avait le lustre. Ceux qui pénétraient dans le corps officiel avaient déjà brillé par lui et pour lui. Ils obéissaient à une sorte d'attraction.

On professait l'anatomie dans des locaux particuliers. La décence et la propreté n'y régnaient pas absolument.

Cela devait changer. On ferma les amphithéâtres particuliers, et l'on promit en échange aux professeurs libres beaucoup de choses. Pavillons spacieux, bien aérés, bien éclairés, proprement tenus, chauffés en hiver et ouverts, pour le moins, depuis huit heures du matin jusqu'à quatre heures du soir. — Le grand livre de la nature ne devait jamais être fermé. — Tout s'annonçait à l'avenant. Que sont devenues ces promesses?... Les anatomistes ont subi l'implacable loi de Malthus. En 1835, on comptait 31 professeurs libres d'anatomie ou de médecine opératoire. Aujourd'hui, il y en a 3 (1).

Puisse, en raison de ces résultats, l'esprit de quelque Ministre ou d'un Doyen se piquer un jour de l'ambition d'être le restaurateur de l'enseignement libre !

— 8 août 1837. — Robert (de Marseille), informe l'Académie que la peste règne au lazaret de cette ville; il manifeste ironiquement la crainte que les anticontagionistes ne laissent échapper l'occasion de revêtir les chemises des pestiférés.

(1) "Voir : LETTRE A MM. LES PROFESSEURS SUR L'ENSEIGNEMENT DE L'ANATOMIE,

ci-après, p. 883.

872 KPHÉMÉRIDES.

Le Dr Bailleul (do Bolbec) écrit à l'Académie qu'il obtient lecow-pox à volonté en vaccinant des vaches.

Depuis que la vaccine est vaccine, on ne lit guère que cela en toutes langues, dans les livres, les journaux, les brochures, les Rapports des Comités, des Académies, des Sociétés, etc. On le sait partout, excepté à l'Académie.

Nous donnons à M. Bouvier la mission, que lui seul peut remplir bien, de retremper la mémoire de l'Académie. M. Bouvier a quinze jours au moins devant lui pour s'acquitter de cette tâche. Nous lui recommandons instamment de rechercher avec soin pourquoi il n'a pas été donné suite à ces réussites antérieures, intermittentes, pourquoi il n'en a pas été tiré, un meilleur parti. Ce renseignement nous mettra en mesure de présager le sort de la tentative actuelle. Ab omnibus disce unum. — Après quoi, nous déclarerons que M. Bouvier a bien mérité de la science et peut descendre de la tribune.

— Barrey (de Besançon) fait savoir à l'Académie que la vaccine réussit différemment, suivant les saisons.

Encore un point de vue dont MM. Depaul et Husson n'ont tenu aucun compte dans leurs statistiques. — Le calcul appliqué aux choses incalculables est un excellent moyen d'entraver la réflexion et de multiplier l'erreur.

— 9 août 1721. — L'inoculation est pratiquée à Londres sur sept condamnés à mort qu'on a graciés ensuite. Il y avait dans le nombre une jeune fille de 18 ans que Mead soumit à la méthode chinoise (introduction de la matière varioleuse dans les narines), et qui fut plus malade que les autres (1).

— 13 août 18v26. — René-Théophile-Hyacinthe Laënnec termine sa carrière à Kerlouarnec, près Douarnenez, dans le Finistère, à l'âge de 45 ans, emporté par une maladie dont il avait éclairé l'histoire, la phthisie pulmonaire.

Est-ce qu'une loi fatale condamne les. grands médecins au genre de mort dont leurs études ont eu pour but de préserver l'humanité?

Laënnec était né à Quimper, le 17 février 1781. C'était un petit homme maigre, sec et vif. Le 1er mai 1815, Laënnec fit sa première communication sur l'auscultation, et le 14, le premier essai public du stéthoscope.

Le trait distinctif du génie-de Laënnec était un esprit profond d'induction, éclairé par le flambeau d'une saine érudition et réglé par un jugement très-solide. Son intelligence inventive devançait souvent l'observation des faits, qu'il vérifiait ensuite avec soin. Il jouissait d'une étonnante disposition à se tracer des voies jusqu'alors inconnues (Bayle). Il suffit de méditer le traité de I'auscultation pour se convaincre que Laënnec était en possession d'un stéthoscope intellectuel, dont les révélations étaient presque aussi sûres et beaucoup plus pénétrantes que les données fournies parle cylindre de bois.

Deux facultés admirables, l'imagination et le raisonnement, ont été, l'une le llambeau, et l'autre le fil d'Ariane de l'inventeur de l'auscultation.

Les grands observateurs du jour les trouvent trop vertes et bonnes pour des goujats... de la trempe de Laënnec. Ils ne savent qu'aligner des chiffres, et quels chiffres ! Il n'est plus besoin que de 'plumitifs ; M. Husson marche en tête, toute l'Académie emboîte le pas!

L'invention de Laënnec fut d'abord méconnue. Ensuite on contesta à l'inventeur son initiative. L'injustice et l'audace ne reculèrent pas devant la fabrica-

(1) Statim a recepto naribus veneno, acutissimis capitis doloribus, cum febre ad pustularum usque eruptionem nunquara intermittente, misère discruciata. (Mead. DE va- RIOLIS incisione, cap. V.)

tion d'une pièce qui tendait à dépouiller Laënnec do sa glorieuse priorité. C'est là une partie stéréotypée de toutes les grandes découvertes de l'esprit humain.

Les traits de l'envie et de l'ignorance furent émoussés.

Cet homme supérieur mourut environné de toute sa gloire, dont un reflet brillant se répandit après lui sur la médecine française contemporaine.

Laënnec mourant phthisique, Villemin inoculant le tubercule, sont deux idées qu'on rapproche involontairement; on sait que Laënnec s'est piqué plusieurs fois en faisant l'autopsie des phlhisiques.

Citons un passage des procès-verbaux du Cercle médical (12 avril 1814). « M. le Dl"Petitot rapporte que M. le Dr Serein s'élant blessé le doigt en ouvrant un cadavre, l'inflammation s'est emparée successivement de l'avanl-bras, du bras et des muscles pectoraux, et que le malade crache aujourd'hui du pus et paraît décidément phthisique. »

On se demande, non sans inquiétude, si les esprits mal faits, qui mettent certains cas de phthisie sur le compte de la vaccine ont toujours tort!

Les vaches sont aussi sujettes à la phthisie, écueil auquel la vaccination animale ne s'attendait pas!

Nous avons ensuite rassemblé des faits de communication de la fièvre typhoïde, de la rougeole et surtout de la variole par la vaccination.

Où est le fanal de tant d'écueils, le préservatif de tous ces dangers? Dans le

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