AUZIAS-TURENNE
PROGBS-YERBAL ï) AUTOPSIE
AUTOPSIE DU DOCTEUR AUZIAS-TURENNE, faite en son domicile, 22, rue Racine, à cinq heures du soir, le 28 mai 1870.
Aujourd'hui, 28 mai 1870, en présence de Messieurs les docteurs Broca, membre de l'Académie de médecine, professeur de clinique chirurgicale à la Pitié, demeurant rue des Saints-Pères, 1; — Verneuil, membre de l'Académie de médecine, professeur de pathologie externe à l'École de médecine, chirurgien des hôpitaux, demeurant boulevard Sébastopol, 100 ; — Ferdut, professeur libre d'anatomie à l'École pratique, demeurant boulevard Saint-Michel, 6S; — de Monsieur Pascal, rédacteur en chef du journal le Mouvement médical, rue Garancière, 5 ; — Leclerc, étudiant en médecine, demeurant avenue Wagram, 53; — Mathieu, père, vétérinaire à Sèvres; — Montarlot, vétérinaire, rue de Moussy, 6, à Paris; — Mathieu (Édouard), étudiant en médecine, 71, boulevard Saint-Michel; — Butât, typographe;
Il a été procédé à l'autopsie de M. Auzias-Turenne, trente heures après la mort, par Monsieur Laskowski, professeur libre d'anatomie, rue de Tournon, 12 :
Aspect extérieur du cadavre. — Rigidité cadavérique, le corps est absolument froid. Le cadavre est pourvu d'un embonpoint assez considérable. Les membres sont bien charnus. Le ventre ballonné et fortement tendu donne à la percussion une résonnance tympanique.
La peau est blanche, surtout sur les membres. Sur la partie postérieure des épaules, ainsi que sur la partie postérieure du tronc et des fesses, la peau est marbrée, bleuâtre, et présenté des vergetures le long des veines sous-cutanées. Les veines superflcielles de l'abdomen, malgré le ballonnement, ne sont pas gonflées.
Sur la partie antérieure de la poitrine, qui est garnie de poils, on observe des eschares, couleur brun noirâtret de forme à peu près circulaire, indiquant probablement l'emploi d'une pommade au tartre stibié. ' La face est froide, peu œdématiée, et présente quelques suffusions bleuâtres. Le front et le sinciput sont presque dépourvus de cheveux. De la bouche et des narines s'échappe une grande quantité de liquide séro-sanguinolent. L'expression de la face est absolument tranquille et sereine. La tête et le cou ne présentent pas de marques particulières.
Sur la partie antérieure du thorax, on trouve des cicatrices très-nombreuses qui ressemblent à des cicatrices d'ulcères, avec perte de substance, et qui n'affectent pas toujours une forme déterminée'. Ces cicatrices sont disséminées surtout à six centimètres en dedans et en haut des mamelons. Elles sont disposées uniformément des deux côtés du sternum. On les aperçoit plus visiblement quand on plisse la peau. La surface de ces cicatrices offre un aspect légèrement gauffré, très-semblable à celui que nous avons constaté simultanément sur des cicatrices que nous ont présentées deux sujets manifestement syphilisés(l). Cette surface est blanche et s'accentue malgré la blancheur de la peau.
(1) Une des personnes assistant à l'autopsie a demandé que ces mots « manifestement syphilist-s » fussent remplacés par ceux-ci : « l'un manifestement syphilisé, l'autre n'ayant vu apparaître aucun accident secondaire à la suite de nombreuses inoculations faites avec du virus chancreui. »