ARTICLE DE LA GAZETTE MÉDICALE DE PARIS
G. Nous précisons cette idée, et nous disons, contrairement a M. Auzias, qu'il n'y a point d'hommes privilégiés chez qui l'inoculation, convenablement faite, du pus chancreux, ne produise pas la pustule caractéristique.
B. Si un desx trois chancres précédemment contractés créaient réellement, ainsi que le veut M. Auzias, dos circonstances atténuantes en faveur de cehii qui en prend un quatrième, il serait a la rigueur possible que ce fait fût passé inaperçu des médecins et des malades. Mais la pratique de l'inoculation n'aurait pas tardé à le mettre en relief. Ainsi les centaines (je pourrais dire les milliers) d'individus a qui M. Ricord a inoculé le pus du chancre, présentaient certes, sous ce rapport, les conditions les plus diverses, les uns ayant un chancre pour la première fois, d'autres pour la cinquième ou sixième au moins. Si donc la nouvelle théorie était vraie, on aurait ensuite vu se produire les différences les plus tranchées quant à la rapidité d'apparition, la largeur, la ténacité des chancres d'inoculation. EE bien, il n'en a rien été. Quels, que fussent les états de service syphilitique de ces innombrables sujets, chez tous, sans exception, la pustule a invariablement suivi une marche identique, permettant ainsi à l'illustre expérimentateur d'en décrire la marche uniforme et constante avec une précision que jamais aucune exception depuis n'est venue démentir.
E. Tous les médecins spécialistes ont observé, et il est de science vulgaire parmi les malades, qu'une seconde blennorrhagie est moins douloureuse, moins aiguë, moins inflammatoire que la première; la troisième moins que la seconde, et ainsi de suite. Comment le fait qu'ils ont su signaler pour l'une des deux formes vénériennes leur aurait-il échappé pour l'aiitre, s'il était exact?
F. Enfin Y adoucissement progressif du chancre étant supposé réel, pourquoi verrait-on chaque jour tant d'infractions à cette prétendue loi? L'atténuation pourrait être faible, insignifiante, contestable; mais au moins elle ne devrait jamais faire place à une influence en sens contraire. Un quatrième chancre, plus grand, plus enflammé, plus prolongé que le premier, devrait être un fait inouï, monstrueux. Or ce fait se rencontre à tout instant. Il n'est pas de salle d'hôpital, il n'est pas de souvenir d'obscur praticien qui n'en fournît sur le champ quelques exemples. Nous soignons, en ce moment même, un monsieur âgé de 30 ans, maintenant affecté de chancres qui occupent une moitié du gland et la plus grande partie de l'extérieur du prépuce. Us existent depuis deux mois, et malgré tous nos soins, ont pris un caractère phagédénique. Eh bien ! ce même malade avait eu déjà des chancres en 1843, puis d'autres en 184?, et la maladie, surtout la première fois, s'était bornée à des ulcérations de durée et de largeur comparativement trèsmodérées. Bien entendu le même traitement avait été, â ces trois époques, prescrit par le même médecin.
G. En vain M. Auzias dirait-il que si les chancres nouveaux durent" quelquefois plus ou autant que les anciens, cela tient à l'influence d'une thérapeutique vicieuse. D'abord il faudrait, pour appuyer cette manière de voir, supposer que tous les premiers chancres sont bien traités, et tous les nouveaux mal, ce qui est évidemment le contraire de la vérité ; car ce n'est souvent qu'averti par la mauvaise issue d'un premier accident que le malade se décide à consulter pour celui qui lui arrive plus tard. En second lieu, l'insoucieuse population ouvrière ne donne que de trop fréquentes occasions au médecin d'observer la marche comparative des infections successives, telle qu'elle a lieu naturellement et hors de l'influence de tout traitement.
Nous résumant donc sur ce second point, nous nous croyons en droit d'affirmer que l'action locale, directe, du virus syphilitique sur l'homme ne suit point, dans ses transmissions successives, la progression décroissante que M. Auzias a cru pouvoir présenter comme étant un de ses caractères.
3» La conséquence à tirer de la loi énoncée par M. Auzias a déjà été saisie par les moins clairvoyants : ce serait la possibilité, pour l'individu ainsi saturé, d'échapper désormais à toute infection syphilitique. Mais ici encore il faut distinguer entre le principe et l'exécution.
En principe, il est reçu aujourd'hui, et je pense à l'abri de toute contestation, qu'une diathèse, un état général de l'organisme, ne peut être modifié, combattu, prévenu, détruit, que par une action qui porte également son effet sur toute l'économie. Or de deux choses l'une : ou la syphilisation (1), due à plusieurs chancres successifs, tient à une modification générale, constitutionnelle, et alors je ne vois vraiment pas de différence entre la syphilisalion et la syphilis, ou bien les chancres qui l'ont produite sont restés i une affection locale. Dans ce second cas, le danger, je l'avoue, est moindre; mais aussi I les garanties contre une infection ultérieure me paraissent beaucoup plus incertaines.
(1) M. Auzias désigne par cette expression l'état clans lequel se trouve un sujet qui, à la suite de plusieurs chancres successifs, ne peut plus en contracter aucun.
Quant à l'application, il convient de laisser entièrement à l'auteur le soin d'en tracer les règles; mais nous ne quitterons néanmoins pas ce sujet sans rappeler à. nos lecteurs ce que M. Auzias sait tout, aussi bien que nous :
Que chancre simple et chancre induré peuvent tous les deux donner lieu, quoique moins souvent le premier, à la vérole constitutionnelle ;
Que le pus d'un chancre qui ne donnera pas la vérole à celui qui en est porteur peut parfaitement transmettre à un autre individu un chancre qui donnera la vérole à celui-ci ;
Que la cautérisation abortive, sur laquelle M. Auzias compte peut-être afin d'ôter (oui, danger aux chancres qu'il se propose d'inoculer pour produire la syphilisation, tout en leur laissant leur effet censé heureusement modificateur de la constitution, que la cautérisation abortive, dis-je, rend, il est vrai, les chances d'infection générale moindres, et d'autant moindres qu'elle est faite de meilleure heure, mais qu'elle ne les neutralise jamais entièrement;
Que par conséquent les hommes exposés à avoir la syphilis préféreront sans doute courir les hasards de la contracter par la voie qui du moins offre quelques compensations, au lieu de se soumettre coup sur coup à. cinq, six, sept, huit chancres, inoculés ou spontanés, cautérisés ou non, qui pourront fort bien leur donner, chemin faisant, la vérole..., le tout clans l'espoir d'être préservés contre la chance d'en contracter un neuvième...
(Gazette médicale du 30 novembre 1850).
Lettre de M. Auzias-Turenne
A M. DtDAY, EX-CHIRURGIEN EN CHEF DE L'HOPITAL DE L'ANTIQUAILLE. A LYON.
Monsieur,
En lisant l'article qui a paru dans la Gazette médicale de Paris du 30 novembre dernier sur la syphilisation, j'ai sans peine deviné que vous en êtes l'auteur. Aimant franchement la science, vous êtes indulgent envers ceux qui la cultivent. C'est ce qui me donne la confiance de vous écrire pour vous exprimer combien vos conseils me seront utiles, et pour chercher à éclaircir vos doutes.
Vous avez nettement défini, dans les termes suivants, les trois chefs importants de la syphilisation. Il faut, avez-vous dit, examiner dans les faits annoncés par M. Auzias: 1° les particularités de l'évolution syphilitique qu'il a constatée chez les animaux ; 2° l'analogie qu'il peut y avoir lieu d'établir sous ce rapport entre les animaux et l'homme ; 3° enfin les conséquences pathogéniques et prophylactiques auxquelles ce fait une fois admis pourrait conduire. Permettez-moi de vous suivre dans ces trois points.
1° J'ai vu la syphilisation se produire invariablement chez tous les animaux que j'ai, pour ainsi dire, saturés de chancres. Ce serait pour moi une bonne fortune que de trouver une exception à cette règle; caries faits exceptionnels sont plus instructifs que les autres. En attendant j'ai pu déduire d'un grand nombre d'expériences, et consigner dans mon Mémoire entre autres lois, les suivantes :
A. La syphilisation et le syphilis me (je désigne par ce dernier mot l'aptitude à être syphilisé) sont en raison inverse du volume de l'animal.
B. La syphilisation est en raison directe du nombre des chancres simultanés.
C. La syphilisation est en raison inverse de l'étendue des chancres.
B. La syphilisation est en raison directe des chancres successifs qu'on donne à un. animal.
E. Il faut beaucoup plus de chancres simultanés que de chancres successifs pour syphiliser un animal.
F. Il faut moins de temps pour syphiliser un animal par des chancres simultanés que par des chancres successifs.
G. Le temps nécessaire à la syphilisation est en raison directe du yolume de I animai] el eu raison inverse de l'activité de ses fonctions.
Ces lois peuvent paraître obscures en l'absence des expériences qui les confirment et les expliquent; mais je tiens surtout a ce qu'on n'établisse aucune confusion entre la sypJiŒ lisation et la syphilis constitutionnelle ou la diathc'se syphilitique. Je n'aurais pas imaginé un mot s'il en eût existé pour rendre ma pensée. La syphilis constitutionnels est compatible avec uni: nouvelle infection primitive et se traduit, en général par des symptômes, tandis que les syphilisës se montrent réfractaires au chancre, et sont, pendant un certain temps, peut-être même pour toujours, à l'abri de manifestations symptomatiquH spéciales.
Il n'y a rien de plus merveilleux dans cette découverte, dont vous êtes un des précurseurs par vos travaux, que dans toute autre découverte, l'inoculation de la petite vérole ou la vaccine, par exemple. D'ailleurs, pour bien juger de là réalité d'un fait, il faut le vérifier au Heu de le contester d'après une impossibilité apparente. «Nous tenons pour certain, dit M. Risueno d'Amador, que rejeter les innovations sous prétexte d'impossibilité, c'est juger ce qu'on ne sait pas par ce qu'on sait, quand, au contraire, il faudrait soumettre ce qu'on sait à ce qu'on découvre. » Cela ne saurait s'adresser à vous, Monsieur, c'est une pierre jetée dans le jardin d'autrui par-dessus les murailles du vôtre.
2o Le point important est de prouver la syphilisation dans l'espèce humaine. On peut invoquer en preuve de son existence l'analogie et les faits eux-mêmes.
L'analogie n'est pas aussi trompeuse que vous croyez, pourvu qu'on ne l'accepte pas sans discernement. Les chancres, je vous l'assure, se comportent chez les singes absolument comme chez les hommes; le virus ne s'y affaiblit pas plus que dans l'espèce humaine. Donc la syphilis de l'espèce singe n'est pas manifestement à la syphilis de Plu un me ce qu'est la rage de l'espèce bovine h la rage du chien. La rage, d'ailleurs, naît tous les jours spontanément chez le chien, et une création nouvelle du virus peut être confondue chez cet animal avec sa simple propagation. Je ne sache pas, au contraire, qu'il soit démontré que la syphilis s'engendre aujourd'hui chez l'homme sans une inoculation ou une contamination. Ainsi la rage naît spontanément dans l'espèce canine, et peut-être (cette opinion a des partisans) s'y éteint-elle, comme dans l'espèce bovine, après un nombre très-limité de générations; tandis que la syphilis ne naît probablement pas spontanément dans l'espèce humaine, et ne s'y affaiblit pas en passant d'une personne à une autre. On pourrait signaler entre les deux maladies d'autres différences importantes qui s'ajouteraient au* précédentes, pour mettre en garde contre certaines analogies qu'on essayerait d'établir entre la syphilis et la rage. Or ne serait-ce pas s'égarer dans les ténèbres que de suivre un fil conducteur si souvent rompu?
Ne nous fions donc pas à cette analogie perfide. Il est une autre analogie plus frappante et plus sûre : c'est celle qui existe entre la syphilis et la petite vérole. On trouve pour unique différence qu'une simple inoculation positive de la petite vérole met à l'abri des effets d'une seconde, tandis qu'il faut des inoculations successives de pus chancreux pour rendre le sujet réfractaire à cette inoculation elle-même. Mais en définitive, le résultat est identique dans les deux cas, et se traduit par le mot : immunité.
Les faits sont aussi favorables à mon opinion que l'analogie. On en trouve parmi les personnes des deux sexes qui ont successivement et sans interruption contracté des chancres dans les premiers temps de leurs dérèglements. Il leur a suffi, pour arriver à la syphilisation, d'une ou deux années de chancres successifs et .sans traitement. Nous aurons ultérieurement là-dessus des données plus précises. Les personnes dont je parle se portent bien, et par conséquent ne recherchent point les médecins. C'est à celui qui veut les observer à les découvrir lui-même. Quserite et invenietis. Cherchez donc, et n'oubliez pas que l'homme est un gros animal, et que la syphilisation doit être en raison inverse du volume de cet énorme singe.
Les faits que vous m'objectez sont relatifs à des chancres, entre lesquels un long intervalle a existé et s'est fait un traitement. Il ne s'agit donc pas de chancres contractés par des personnes antérieurement bien portantes, et chez lesquelles la contamination aurait été produite successivement jusqu'à saturation complète.
C'est pourtant là une condition de syphilisation. La syphilisation et la vérole constitutionnelle d'une part, et de l'autre la syphilisation et la mercurialisation (passezmoi le mot), semblent s'exclure. Il faudrait donc manœuvrer, pour ainsi ilire, sans interruption pour obtenir la syphilisation avant q*ie se manifeste la syphilis constitutionnelle. Il est bien plus important encore d'écarter l'intervention du mercure. Nous saurons plus tard s'il est possible de convertir la diathése syphilitique en syphilisation, et quelle est l'action précise du mercure sur la syphilisation elle-même. Le problème est posé. Les inconnues sont encore nombreuses, je cherche à les dégager. Soutenez mon ardeur à la recherche de la vérité, en me communiquant une partie de ce feu sacré qui vous anime. Mais, de grâce, ne me parlez pas du phagédénisme, si ce n'est pour en accuser la vérole constitutionnelle, le mercure et tout ce que vous voudrez, excepté la syphilisation. La syphilisation et le phagédénisme sont incompatibles.
Les inoculations ne sont pas plus contre mon opinion que les faits. Il faut de deux choses l'une : ou bien que les sujets des expériences se soient trouvés, quand elles ont été commencées, envoie de syphilisation, o*u bien qu'ils ne s'y soient pas trouvés. Dans le dernier cas, on ne pourrait m'objecter ces expériences que si l'on avait pratiqué successivement des inoculations nombreuses. Or je me plais à croire que cela n'a pas été fait. Dans le premier cas, voici ce qui est arrivé sans doute: il s'est produit sur les malades ce que. j'appelle des pustules avortées, et ce qu'on désigne dans le peuple pur les mots île i hanrrcs
volants. On a pensé dès lors que le pus avait cessé d'être inoculable, tandis que c'était le malade lui-même qui avait perdu son inoculabilité. L'inoculation du meilleur pus aurait échoué de même. Je cite dans mon Mémoire un de ces chancres de l'espèce humaine qui a donné a un singe bien portant un ulcère de vingt-trois jours de durée.
On n'a donc pas pu jusqu'ici étudier la syphilisation sur l'homme après l'avoir produite à dessein, et on l'a méconnue ou ignorée quand elle s'y est montrée accidentellement.
3° Il résulte de tout ce que je viens de vous dire que la syphilisation est un état constitutionnel bien distinct de la vérole constitutionnelle, sur laquelle il offre le double avantage d'une immunité contre le chancre, et probablement aussi d'une garantie d'assez longue durée contre tout autre symptôme syphilitique. Mais si la syphilisation devenait jamais applicable à la prophylaxie et à la thérapeutique, il faudrait bien se garder d'en entraver la production par la cautérisation des chancres. Il est important de laisser marcher ceux-ci pour qu'ils produisent complètement leur effet syphilisant.
Je crois me trouver sur la voie de la découverte d'une maladie des brutes qui serait la vaccine de la syphilis, sans en avoir les dangers. Mais en attendant, quel parti pratique pourrait-on tirer de la syphilisation ? La question est complexe et se décompose ainsi : 1" Y aurait-il avantage à sy phi User les individus, et dans quel cas? 2° Serait-il dans l'intérêt général de syphiliser toutes les filles publiques? 3° Devrait-on chercher à éteindre la vérole dans une syphilisation universelle ? Triple problème, bien digne de vos méditations, car c'est vous, Monsieur, qui avez tenté d'inaugurer, par vos savantes recherches, la médecine légale de la syphilis.
Voulez-vous un exemple dans lequel la syphilisation serait applicable à un malade? Je suppose celui-ci atteint d'un chancre qui commence à s'indurer. Qu'on se hâte de le syphiliser pour conjurer la vérole constitutionnelle. Autre cas Mais je veux m'en tenir
â ce qui est rigoureusement démontré.
En résumé, Vinoculation de la syphilis aux animaux et la syphilisation sont deux faits certains. Puissé-je en annoncer bientôt un troisième!
{Gazette médicale de Paris du 25 janvier 1851.)
Lettre de M. Auzias-Turenne
AU rédacteur EN chef DE L'Union médicale.
Monsieur le Rédacteur,
Il en est des idées justes comme des bonnes gens. Elles gagnent à être connues. Or M. Ricord a prêté à la syphilisation, bien involontairement, sans aucun doute, un mauvais entourage et un faux air dans vos colonnes du 12 août dernier. Permettez-moi donc de la faire simplement connaître à vos lecteurs.
La syphilisatioti n'est pas un virus ni une maladie, à l'exemple du vaccin ou de la variole. C'est un état analogue à celui dans lequel nous met une atteinte de variole. En effet, après avoir eu la variole, nous en sommes préservés; de même, après avoir subi la succession d'un nombre suffisant de chancres, nous sommes syphilisés, .c'est-à-dire assurés contre toutes les formes de la syphilis. Le syphilisme, de son côté, c'est l'aptitude à être syphilisé. Sans doute que nous en jouissons tous à des degrés divers. C'est donc une qualité naturelle, tandis que la syphilisation est une propriété acquise en vertu de cette qualité. Enfin, nous acceptons sans peine le qualificatif syphilisateur né sous la plume de M. Diday. Aussi bien, on disait autrefois les circulateurs, les inoculateurs. Cette analogie ne nous déplaît pas.
Mais arriére les mots de saturation, d'imprégnation et d'infiltration, si on veut les prendre a la lettre ! Nous ne voulons pas plus être saturés, imprégnés ou infiltrés du virus de la syphilis, que de celui de la petite vérole ; nous ne voulons pas, en un mot, être des foyers d'infection et la pourriture elle-même! Ce que nous prétendons, c est d'avoir, quand nous sommes syphilisés, subi en peu de temps l'évolution de la syphilis, et d'en être quittes, comme nous sommes quittes de la petite vérole quand nous ne lavons plus. Nous accepterions toute autre explication rationnelle de la syphilisation, mais nous repoussons énergiquement une théorie qui serait aux yeux de tous une source de prévention. ,
Pour faire comprendre la syphilisation, je suppose un voyageur parcourant les deux flancs d'une montagne, d'abord de la base au sommet, puis du sommet a la base. Il représente la personne qu'on syphilisc. Les chancres correspondent aux différentes portions
de sa route; ainsi le chancre induré, indice de la syphilis constitutionnelle, répond à la crête de la montagne, et la syphilisation au terme du voyage. Ce voyageur se rapproche par ses premiers chancres de la syphilis constitutionnelle. Celle-ci atteinte, il la dépasse par d'autres chancres qui le mènentà la syphilisation. Il doit donc, pour se soustraire à la syphilis constitutionnelle, ne pas s'arrêter au milieu de sa route. Tout le monde avant d'avoir été syphilisé se trouve apte à contracter la syphilis constitutionnelle, mais elle est évitée par la plupart de ceux qui ont des chancres, soit parce qu'ils n'arrivent pas jusqu'à elle, soit parce qu'ils la dépassent. Nul cloute qu'on ne puisse donner artificiellement la .syphilis constitutionnelle à quiconque ne l'aurait pas eue, comme on peut en préserver tout le monde.
On comprend bien, par ce que je viens de dire, qu'il n'est pas possible d'arriver à la syphilisation sans traverser l'état de syphilis constitutionnelle. L'essentiel est de le traverser assez rapidement, par des inoculations en quelque sorte précipitées, pour qu'il n'ait pas le temps d'endommager nos organes. Le chancre induré n'est donc autre chose que l'indice d'un arrêt dans cette période réellement inévitable, mais qu'on peut rendre aussi courte qu'on le désire. Disons par conséquent, n'en déplaise à Dubois et à M. Ricord : « Qui veut avoir, peut avoir la vérole. » Mais ajoutons : Non bis in idem. Il y a peut-être une exception pour ceux dont les parents avaient la vérole, et qui, à cause de cela, peuvent y être héréditairement réfractaires. Un certain degré de syphilisation chez les parents serait, à plus forte raison, une source d'immunité pour les enfants.
Aussi suis-je porté, parles faits et le raisonnement, à admettre qu'il n'y a qu'un seul virus, lequel produit, suivant son état particulier, ou suivant l'état clans lequel se trouve l'organisme, tantôt le chancre simple, tantôt le chancre induré. Si M. Ricord, comme il le fait pressentir, cessait de tenir haut et ferme le drapeau que Hunter a remis entre ses mains, et sur lequel est écrit: imité du virus, j'en saisirais hardiment la hampe, tant je suis convaincu que dans ses plis se trouve la vérité. Oui, il n'y a qu'un virus syphilitique, et cet unique virus n'est pourtant pas un Protée. Mais il réagit différemment, suivant que l'organisme représente à son égard tel ou tel réactif, ou que peut-être ce virus est luimême à un degré différent de concentration. Je crains qu'on ne le méconnaisse, comme les anciens chimistes faisaient d'un corps simple, dans ses combinaisons variées !
Ne soyez plus étonné que M. Ricord ait vu des chancres simples précéder et suivre des chancres indurés sur la même personne; mais étonnez-vous qu'il soupçonne, pour expliquer ces différences, qu'il existe plus d'une cause virulente. Un seul virus à formes graduées et un organisme diversement modifié par lui, donnent aisément la clef de ces contradictions apparentes.
Pas n'est besoin davantage d'admettre un virus particulier pour expliquer le phagédénisme. Il suffit, en effet, pour rendre raison d'une diminution notable de syphilisme, diminution sous l'influence de laquelle il se trouve, de faire intervenir soit les vices scorbutique, herpétique ou cancéreux, soit l'abus des liqueurs alcooliques ou du mercure, soit enfin une inflammation ou telle autre cause plus ou moins bien appréciée. La théorie est ici d'accord avec la pratique pour indiquer les moyens de combattre ces tendances antisyphilisatrices, ou pour apprendre à les laisser se dissiper par le temps. Qu'on ne s'y méprenne pourtant pas, car, malgré l'étonnement de M. Ricord, on n'a pas à craindre le phagédénisme, quand on syphilisé avec intention, et qu'on sait manier le virus.
On conçoit de reste, maintenant, que la syphilisation n'ignore pas et qu'elle explique ces chancres qu'on lui objecte et qui dépassent en vigueur ceux qui les ont précédés. Chacun ne peut-il pas reconnaître là l'influence des modifications qu'a subies l'organisme dans l'intervalle de ces chancres, ou l'intervention d'un virus moins atténué dans sa force que celui qui avait précédemment agi?
Est-il possible de préciser le nombre de chancres nécessaires à la syphilisation? Non. Parce qu'il faudrait tenir compte de trop de données pour la solution de ce problème. Ce nombre de chancres doit sans doute varier d'après leur siège, leur largeur, leur duré* et surtout leur mode de succession; d'après l'état d'intégrité ou de contamination syphilitique antérieure des individus; d'après l'idiosyncrasie ou mieux le syphilisme absolu de ceux-ci; d'après l'intervention du mercure, des liqueurs alcooliques, d'excitants organiques variés, etc. Ainsi par exemple :
1° Des chancres successifs syphilisent plus, à nombre égal, que des chancres simultanés. Mais la syphilisation complète serait trop longue à obtenir exclusivement par des chancres successifs. C'est pourquoi je conseille de rapprocher et de multiplier vers la fin les inoculations, parce qu'alors il n'y a plus à courir de chances d'inflammation. Car on peut dire en parodiant un adage : Il n'y a que les premiers chancres qui coûtent.
2° Quand un individu a la syphilis constitutionnelle, il faut moins de chancres pour le typhilisefr, toutes choses étant égales d'ailleurs, que pour syphUiser un autre individu. Mais qu'on se garde bien d'oublier que la syphilis constitutionnelle est une cause de déla-
brement îles organes, ou en d'autres ternies que la diathése syphilitique peut engendrer une cachexie syphilitique ! Or, cette cachexie peut être, à son tour, une source rie phagédénisme, c'est-à-dire de diminution extrême du syphilhme, surtout lorsqu'il y a eu dans un traitement intervention prolongée ou récente du mercure.
3» Le mercure favorise les progrés du chancre. Il est donc à désirer que les personnes qu'on syphi/ise soient soustraites a l'influence de cet agent. Mais comme son action est passagère, tandis que la syphilisaiion, môme incomplète, est persistante, on peut reprendre des inoculations après une interruption qu'avait motivée la présence du mercure dans l'économie.
4o Les liqueurs alcooliques, les fatigues et les excès de tout genre, les inflammations internes, les vices, et l'appauvrissement du sang, etc., sont des coups de fouet pour le pliagédénisme ou pour l'engorgement ganglionnaire. Est-il besoin d'insister sur l'importance d'éloigner ou rie laisser se passer ces influences?
Au milieu de tant rie causes qui peuvent agir ensemble ou séparément, il nous est bien moins possible rie fixer le nombre de chancres nécessaires à la syphilisaiion que de dire par exemple d'une manière absolue ce qu'il faut d'opium pour endormir et de vin pour griser.
Mais on peut, sans craindre de se tromper, diminuer au moins des trois quarts les nombres trop libéralement mis en avant par M. Ricorri, et dont il n'est pas explicitement question dans le mémoire de M. Sperino. Et puis pourquoi laisser dans l'ombre des phrases de ce mémoire, telles que celles-ci : Cïiez les femmes qui avaient des ulcères anciens et larges, les premières ulcérations artificielles furent petites, et il ne fut plus possible d'en produire de nouvelles après peu d'inoculations. Le maximum rie M. Sperino pourrait d'ailleurs être singulièrement réduit en faisant, comme je l'ai dit plus haut, les inoculations une a une, excepté vers la fin, où cette discrétion ne serait plus nécessaire.
Dispensez-moi aussi de vous dire combien d'années précisément devra durer l'immunité. Combien de temps la vaccine ou la petite vérole elle-même nous préserve-t-elle de la petite vérole? Nous ne le savons pas relativement à l'un ou àl'autre de ces deux préservatifs que nous étudions pourtant depuis si longtemps! Comment pourrions-nous être mieux renseignés à l'égard de la syphilis? Mais je suis sûr d'être au-dessous de la véririté en évaluant le temps de cette préservation à tout celui de la jeunesse. Je puise cette conviction à différentes sources, dont les principales sont des expériences déjà anciennes et ries observations que je possède. Qui empêcherait d'ailleurs des revaccinations syphilitiques, en supposant qu'elles pussent devenir nécessaires? Ces revaccinations se rériuiraient à bien peu d'inoculations puisqu'elles n'auraient d'autre but que celui de prolonger une immunité antérieurement acquise, et qui ne devrait pas être entièrement épuisée !
Je ne propose d'ailleurs pas rie syphiliser, s'ils existent, ceux qui sont à jamais à l'abri de la contagion. Ce serait folie, je le sais, que de vouloir faire assurer contre l'incendie un bâtiment qui ne serait pas susceptible de prendre feu. Qu'on applique, au contraire, le moyen à ceux qui sont très-exposés à la syphilis, et surtout à ceux qui en sont atteints à. des degrés divers. La maladie elle-même est le commencement de la préservation et de la guérison. Notre vaccination a cela de précieux et, le dirai-je, de merveilleux, qu'elle pro- . duit ses bienfaits avant, pendant et après.
Réduisez donc le nombre ries chancres donnés par M. Sperino, en commençant par ne faire qu'une inoculation chaque fois, à huit à dix jours d'intervalle. Mais vers la fin, quand vous ne produirez plus que des chancres sans vigueur, faites plusieurs inoculations tous les deux à trois jours, etmême plus souvent. L'essentiel alors c'est d'aller vite. Puis cessez de vous étonner de ne point voir d'induration ; elle n'a pas le temps de se produire, parce que vous glissez en 'quelque sorte sur la syphilis constitutionnelle dont l'induration n'est que l'indice, et, on pourrait dire, la première étiquette.
Pour les syphilisateurs, l'induration n'est pas la cause, elle n'est que l'effet, et dussiez-vous emporter la pièce, détruire par le fer ou le feu ce témoin rie la contamination générale, que vous ne changeriez rien à celle-ci. Quand on syjihiliïe très-vite une personne, on ne voit pas de chancre induré bien qu'on la fasse certainement, passer par la sy- j phi Lis constitutionnelle.
J'irai plus loin; vous avez bien pu, dans quelques cas, détruire des chancres avant que l'induration ne s'y soit montrée, et quand pourtant la syphilis constitutionnelle existait déjà, et peut-être des cas rie ce genre ont-ils été objectés à votre théorie d'ailleurs précieuse du chancre induré"?
Ainsi, la syphi/isation se charge elle-même d'expliquer des faits qui battaient en brèche vos doctrines.
Quelques mots maintenant des syphillsisàè M. Puche. Leur direction ne m'appartient
ARTICLE DE M. HIFFELSHEIM,
pas, quoique je les voie à peu près tous les jours. Aussi n'en eussé-je point parlé si M. Ricord ne les avait pas évoqués le premier. C'est une initiative dont je lui sais gré, parce qu'elle me Fournit l'occasion de mettre en lumière deux laits entièrement confirmatifs île me^ assertions. En effet, chez l'un de ces syphilisés, la syphilisation a marché sans obstacle, et chez l'autre les choses se seraient vraisemblablement passées de même, s'il n'eût pas été soumis, concurremment avec les inoculations, à un traitement mercuriel. El pour preuve, je dirai que la suspension de ce traitement a coupé court aux entraves que rencontrait la syphilisation.
Nos inoculations ne sont pas seulement préventives; elles sont aussi, et par-dessus tout; curatives. Cela résulte de ce l'ait, qu'on n'arrive pas à la syphilisation sans passer plus ou moins rapidement par la syphilis constitutionnelle. Or, à la condition que l'organisme n'aura pas eu trop, ni surtout trop longtemps, à souffrir de l'action du virus, on se trouve encore à temps de l'aire jouir cet organisme des bienfaits de la syphilisation.
Je craindrais. Monsieur le rédacteur, d'abuser de votre patience, en insistant sur les conditions de siège des chancres inoculés, mais vous comprendrez de reste combien des chancres placés sur les bras ou l'abdomen, par exemple, doivent occasionner moins de douleur et présager moins d'inconvénients que des chancres placés sur la verge.
M. Ricord demande instamment un syphilisé en champ clos. Ses vœux seront plus que comblés, car le syphilisé que je veux lui opposer sera en outre syphilisateur : que M. Ricord se mette donc en garde. Il verra s'il a affaire à des convictions qui faiblissent !
Et qu'il le sache bien; il n'est pas simplement question, comme il le croit, d'une révision de la constitution syphilitique, mais bien d'une révolution radicale 1
(Union médicale du 23 septembre 1851).
Syphilisation. — État de la question.
article DE M. hiffelsheim dans LA Gazette médicale de Paris DU 29 novembre 1851.
D'après les expériences de Hunter, MM. Cullerier, Ricord et d'autres éminents syphilographes, on admettait que la syphilis n'était pas transmissible de l'homme aux animaux. M. Auzias-Turenne, guidé par l'analogie, inspiré par les beaux travaux de M. Rayer, qui avait montré, contrairement à l'opinion reçue, que la morve pouvait se transmettre du cheval à l'homme, eut l'idée d'expérimenter l'inoculation de la syphilis aux animaux les plus rapprochés de l'homme, et particulièrement au singe. Après de nombreux essais, favorisés par la libéralité éclairée de l'administration de la ménagerie du Muséum, M. Auzias crut être parvenu A donner des chancres syphilitiques aux singes. Il fit à cet égard une communication à l'Académie des sciences (novembre 1844), et montra à l'Académie de médecine et à d'autres corps savants des singes ayant des pustules, des ulcérations aux oreilles, aux paupières, au nez. Le fait parut accepté d'abord dans le sens que lui donnait M; Auzias. Bientôt il se manifesta contre cette opinion une vive réaction. M. Cullerier, rejetant la nature syphilitique de ces accidents, dans un travail lu à la Société de chirurgie, entraîna l'opinion de tous les savants. Ce qui dut donner gain de cause à M. Cullerier contre M. Auzias, c'est que ce dernier, mis en demeure de donner des chancres à des animaux par lui choisis, dût renoncer publiquement à son opinion. 11 persista à soutenir qu'il avait maintes fois réussi.
Se fondant sur des résultats positifs, il chercha en silence à se tendre compte de ces alternatives de succès et de revers. Tenant un compte rigoureux de toutes ses observations, il crut surprendre un fait d'une haute portée s'il se confirmait.
Les ulcérations qu'il donnait au singe diminuaient graduellement de largeur et d'activité à mesure qu'il les multipliait successivement sur le même individu, et il arrivait mi moment où il ne pouvait plus produire que des pustules qui avortaient ; qu 'enfin, en multipliant ses essais, il ne pouvait plus rien produire sur eux . Il dit en outre que les singes auxquels il n'avait donné que quelques chancres dépérissaient bientôt, tandis que ceux qu'il avait, suivant certaines régies, inoculés jusqu'à épuisement de leur réceptivité syphilitique, jouissaient de la santé la plus parfaite, malgré les mauvaises conditions climatériques.
Swediaur seul, en admettant la diminution d'intensité dans la vérole par sa propagation, parut à M. Auzias un point, d'appui, quoique vague. Voilà pour la bibliographie. Tous les cliniciens qu'il consulta nièrent le fait, les uns absolument, les autres au moins pour ce qui touche l'homme.
Cependant M. Auzias annoliça avoir découvert des personnes chez lesquelles la récep-
ARTICLE DE M. IIIFFELSIIEIM.
tivité syphilitique était sinon épuisée du moins toile qu'il ne put leur donner que de petites pustules. De là il conclut hardiment â l'anologie des laits observés sur Je.? singes avec ceux offert par l'homme. Sous le titre de Syph.ilisa.tio.\, il fit part de 6a découverte â l'Académie des sciences (août 1850).
M. Auzias institua un enseignement de syphilis expérimentale, dans lequel les démonstrations paraîtraient avoir été assez rigoureuses pour que des étudiants et des médecins se soient spontanément soumis aux inoculations successives.
Sur ces entrefaites, des personnes atteintes d'accidents syphilitiques graves, et réfractaires aux traitements ordinaires, se sont présentées a M. Auzias qui les a traitées et prétend les avoir guéries par des inoculations successives. Des jeunes gens se sont montrés, affirmant qu'ils étaient rélïactaires à la syphilis par suite de syphilisation.
La découverte de M. Auzias fut consciencieusement et savamment examinée par M. Diday et bien favorablement accueillie en Italie, plus particulièrement à Turin. Nos lecteurs connaissent les recherches importantes du Dr Sperino, dont le savoir n'est contesté par personne. Ses observations n'ont été publiées que très-succinctement, parce qu'elles sont soumises à l'examen d'une commission de l'Académie de Turin, dont le rapport sera bientôt prêt et promet d'être favorable.
De nombreuses objections ont été adressées aux assertions de M. Auzias ; la plus sérieuse paraît être l'objection vivante de M.L , médecin instruit, qui s'est fait inoculer le
virus. Le Dr L a été présenté à l'Académie de médecine, à la séance du 18 novembre
dernier; il porte sur les bras une série d'ulcérations toutes également étendues et virulentes. M. L est en outre atteint d'accidenls constitutionnels que les inoculations n'ont
pas fait disparaître. M. Auzias répond à ce cas que la syphilisation n'a pas été convenablement dirigée ; que les chancres ont été inoculés à des jours trop rapprochés. Or tout le monde sait qu'un malade que l'on voudrait guérir par un altérant quelconque, on ne le traiterait pas d'un seul coup, avec la somme de doses qu'il devrait prendre en fractions.
En second lieu, M. Auzias répond que les piqûres ont été trop rapprochées les unes des autres, mais surtout qu'elles ont été faites avec toute espèce de pus.
Dans la séance du 25 novembre de l'Académie de médecine, des communications importantes ont été envoyées a ce corps savant, et M. Laval, ancien élève du Val-de-Grâce, a écrit lui-même qu'il était syphilisé et qu'il se soumettrait à toutes les expériences que la commission voudrait bien entreprendre. M. Auzias prétend, malgré l'assertion contraire de M. Ricord, que l'éminent syphilographe a fait sur M. Laval sept inoculations publiques sans pouvoir produire des traces de pus inoculable. Ce fait est du reste facile à vérifier, puisque M. Laval se met a la disposition des commissaires. M. Auzias prétend encore qu'on ne peut pas donner de blennorrhagie à. M. Laval. Cette maladie est, comme on le voit, pour M. Auzias, de nature syphilitique.
Les éléments du problème sont posés; il faut les étudier tous pour pouvoir résoudre la question.
La Société de chirurgie, en décidant la question dans un sens, comme par une sorte dentraînement, n'a pas rendu une décision sans appel.
En effet, ses membres ont unanimement protesté et ont accepté sans examen, et sur l'affirmation de M. Cullerier, qu'on ne pouvait pas même donner de chancres aux animaux, alors qu'il est de notoriété scientifique que M. Auzias a répété publiquement, pendant tout l'été dernier, ses expériences ; que M. Robert de Welz les a montrées publiquement en Allemagne ; que M. Sigmund, médecin du grand hôpital de Vienne, les a reproduites sur des lapins et des chevaux; enfin, que notre savant collaborateur, M. Diday, a luimême confirmé les résidtats trouvés par M. Auzias sur la transmissibilité aux animaux.
Contrairement aux conclusions de la Société de chirurgie, cette dernière question paraît résolue.
La question de la syphilisation est a résoudre, mais non à rejeter à l'avance.
Les pièces du procès se rassemblent, et nous croyons du devoir de tout esprit sage de se garder, en si grave matière, de toute prévention pour ou contre, et de se rappeler que les grandes découvertes se présentent souvent avec les allures du paradoxe.
[Gazette médicale de Paris, 29 novembre 1851 .)
LOIS DE SYPHILISATION
LECTURE FAITE A L'ACADÉMIE DES SCIENCES Séance du 17 novembre 1851.
1. Le virus syphilitique est un, c'est-à-dire qu'il procède toujours de la môme source; mais son activité est variable. Ou peut donc considérer le pus syphilitique comme présentant des formes graduées. L'adage : Unité dans la variété lui est parfaitement applicable.
2. Le pus ayant des formes graduées, tout individu réfractaire à l'action d'une forme inférieure ne l'est pas pour cela à l'action d'une forme supérieure.
3. Toutes choses étant égales d'ailleurs, le pus virulent d'un individu appartient à une forme d'autant plus inférieure que cet individu est plus avancé en syphilisation et qu'il en sécrète par une plus large surface ou en plus grande quantité.
4. Mais quand ce pus a cessé d'agir sur celui qui le fournit, il agit encore sur une personne moins avancée que lui en syphilisation, et surtout sur une personne complètement indemne de l'action du virus.
5. Inocule-t-on, par exemple, à un individu, indemne jusque-là de l'action du virus, un pus dé forme supérieure? son premier chancre sera très-actif. Les suivants diminueront graduellement d'activité, surtout si l'on inocule à cet individu son propre pus, et fourniront par conséquent un pus de forme de plus en plus inférieure. Le syphilisme, ou l'aptitude à être syphilisé, de cet individu augmente donc au fur et à mesure qu'on lui communique des chancres successifs.
6. Non-seulement le pus d'une personne très-avancée en syphilisation est do moins en moins actif sur elle-même, mais encore il l'est de moins en moins, quoique d'une manière qui n'est pas autant marquée, sur une personne indemne jusque-là de l'action du virus.
7. Mais ce virus de forme inférieure se régénère bientôt par des inoculations successives, faites à une personne saine au point de vue de la syphilis, et produit sur elle le chancre le plus actif, ou le chancre induré-à la deuxième ou à la troisième génération.
8. Il y a deux causes de diminution dans l'activité d'un pus syphilitique : 1° la dégénérescence de la graine semée souvent dans le même terrain ; °2° la détérioration du terrain par cette uniformité de culture. Ces deux causes agissent de concert jusqu'à ce qu'un individu soit enfin réfractaire à l'inoculation de son propre pus.
9. Ceux qui ont cru reconnaître au chancre une période de réparation, c'està-dire une période pendant laquelle son pus ne serait plus inoculable, auraient évité l'erreur s'ils avaient su apprécier l'action de cette double cause, et ne pas dénaturer les chancres par des applications caustiques ou simplement topiques. Ce qu'ils auraient eu seulement le droit de dire, c'est que la virulence du pus chancreux a une période de décroissance.
10. Pendant cette période, h' pus do tous les chancres d'un mémo individu, quelle que soit leur date d'origine, pourvu qu'ils soient engendrés les ùns par les autres, est de même forme, c'est-à-dire inoculable au même degré, ni plus ni moins.
' ' LOIS DE SYPHILISATION.
11. Au point do vue de la syphilisation, tous ces chancres ont la même tendance vers la cicatrisation, et se cicatriseraient en même temps si quelque cause particulière ne' venait pas combattre les effets de cette uniformité de tendance.
12. C'est ainsi que les chancres les plus larges, qui sont en général les plus anciens, ont une plus grande surface à combler pour se cicatriser à dater du moment où se manifeste coite tendance.
13. C'est encore ainsi que des circonstances de siège peuvent augmenter l'étendue et relarder la cicatrisation de certains chancres.
14. Des chancres de même date, mais d'origine différente sur un individu, peuvent présenter, surtout dans le commencement, une activité différente et en rapport avec la forme de leur pus générateur.
15. Deux chancres de même origine et de môme date peuvent présenter une activité différente chez deux individus, et qui est en raison inverse de leur syphilisme.
•16. Des chancres peuvent être plus actifs chez une personne que les chancres qui les ont précédés, par cela seul que le pus qui les a produits appartient à une forme supérieure.
17. Le pus le moins actif agit toujours sur celui qui n'a jamais eu d'affection syphilitique;
•18. Quand un individu n'est plus inoculable par son propre pus, c'est-à-dire par un pus de forme inférieure, il est encore inoculable par un pus de forme supérieure.
19. Le sujet peut devenir alors inoculable à quelques générations successives de ce nouveau pus.
30. En inoculant à quelqu'un un pus d'une forme supérieure à celle du pus que sécrètent ses chancres, on n'élève pas beaucoup la forme du pus que sécréteront de nouveaux chancres ainsi produits.
H. Quand on renouvelle de la sorte plusieurs fois la source du pus d'une personne, celle-ci finit par être tout à fait syphilisée, c'est-à-dire à l'abri de tout accident syphilitique.
22. La syphilisation, à ses degrés divers, rend donc plus facilement compte de la cicatrisation des chancres que toute espèce de théorie, inconciliable avec elle.
23. On syphilise mieux et plus vile, mais plus douloureusement, une personne en lui inoculant à la fois, ou même successivement, plusieurs chancres d'un pus très-actif, et surtout constamment régénéré, pourvu qu'on sache éviter le phagédénisme.
24. La meilleure formule de syphilisation pour un individu qui n'a jamais eu d'accident syphilitique consiste : 1° à lui inoculer par une seule piqûre un pus de forme inférieure, et à le conduire (par des inoculations successives de son pus isolées et à huit à dix jours d'intervalle, puis par des inoculations également de son pus, rapprochées et multipliées) jusqu'au moment où celui-ci ne lui sera plus inoculable; 2° à multiplier et à rapprocher ensuite les inoculations d'un pus de forme de plus en plus supérieure.
25. Quand un individu a des accidents primitifs, on peut commencer par lui inoculer son propre pus et continuer comme précédemment.
26. Quand un individu a des accidents constitutionnels, on se comporte comme dans le cas d'un individu qui n'a jamais eu de syphilis, sauf à élever rapidement les formes de pus au fur et à mesure qu'on les reconnaît insuffisantes.
27. Mais, dans tous les cas, la piqfûre doit être le plus étroite et le plus superficielle qu'il est possible, afin de ne pas provoquer inutilement l'agrandissement des chancres. En effet, la pustule iniliaje du chancre circonscrit ton-