‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 42 sur 205 · ARTICLE DE LA GAZETTE MÉDICALE DE PARIS · texte numérisé non relu

ARTICLE DE LA GAZETTE MÉDICALE DE PARIS

exposions au reproche de paraître indifférents envers cette découverte. Nous ne voulons point ici la juger : preuves et explications manquent encore, et de plus, elles sont promises par l'auteur, Mais ce motif, bien suffisant pour nous faire réserver notre opinion définitive, ne saurait l'ètie assez pour imposer silence aux réflexions que tout fait inattendu, voisin du merveilleux, arrache instinctivement aux esprits les plus amis de la temporisation et du doute. Si nos observations sont démenties par les résultats déjà acquis à M. Auzias, il excusera sans peine une impatience que le litre seul de sa lettre justifie. Si, au contraire, elles peuvent lui indiquer de nouvelles recherches, rectifier qielnues-uns de ses aperçus, lui ouvrir une meilleure voie de démonstration, certes alors notre critique, bien que prématurée, n'aura été fans fruit ni pour lui ni pour la science.

Il convient de distinguer dans les faits annoncés par M . Auzias, trois choses : 1° les particularités de l'évolution syphilitique qu'il a constatée sur les animaux ; 2° l'analogie qu'il peut y avoir lieu d'établir sous ce rapport entre les animaux et l'homme ; 3» les conséquences pathogéniques et prophylactiques auxquelles ce fait, une fois admis, pourrait conduire.

1° Pour ce qui regarde l'inoculation chez les animaux, personne assurément ne voudra contester à M. Auzias qu'il ait vu et bien vu ce qu'il décrit. Son nom seul rappelle à un si louable degré toutes les qualités de l'observateur patient, attentif, consciencieux; il est tellement lié à l'histoire de cette partie de la syphilographie, que mettre en doute la réalité de ce qu'il avance avoir cent fois vérifié, serait, pour le critique, donner de sa propre loyauté une triste opinion. Il faut donc reconnaître avec lui que, sur les animaux mis en expérience, les chancres qu'il a inoculés se sont montrés d'autant plus actifs (1) qu'ils étaient ou les premiers ou les plus anciens en date. C'est là la partie matérielle, indéniable du phénomène. On peut différer d'avis avec l'auteur sur l'explication de sa cause, et nous proposerons peut-être nous-mêmes plus tard notre version à ce sujet; mais il n'y a pas de dissidence possible sur l'exactitude de l'observation. Elle serait d'ailleurs d'autant moins excusable que. à ce moment, pas un médecin en Europe ne pourrait invoquer contre ces expériences des expériences contraires en nombre suffisant pour en détruire, pour en ébranler le moins du monde la valeur.

2° Cette loi, qu'on peut nommer de saturation syphilitique, régit-elle également l'espèce humaine? C'est là le point important, mais aussi le plus difficile à établir. Disons tout d'abord que l'analogie ne serait ici qu'une voie bien incertaine de démonstration. L'aptitude à subir telle ou telle contagion varie à un haut degré dans les diverses classes zoologiques. Ainsi, les affections charbonneuses qui se transmettent si facilement entre les ruminants, dès qu'elles passent, à l'homme, y perdent une grande partie de leur force de propagation. La rage inoculée aux individus de l'espèce ovine épuise, au bout de quelques passages chez eux, son pouvoir contagieux, tandis que de chien à chien, les transmissions successives possibles sont véritablement indéfinies.

Privés de l'induction, du moins comme argument décisif, il faut recourir à l'observation. Or déjà M. Auzias affirme qu'elle plaide en sa faveur : « Des observations entreprises sur l'homme, dit-il, sont venues confirmer le fait que j'annonce. » Nous demandons bien pardon a notre honorable confrère de venir démentir une assertion qu'il se propose de prouver plus tard; mais si nous osons nous inscrire dès aujourd'hui contre ses expériences, c'est au nom d'une expérience bien autrement ancienne, celle de tous les sy philographes, celle aussi de tous les syphilitiques.

Ainsi :

A. S'il est positif qu'un homme qui a eu la vérole constitutionnelle est désormais suide ne pas en prendre une nouvelle, il n'est pas moins certain qu'un, deux, trois, vingt chancres primitifs, suivis ou non de vérole constitutionnelle, n'empêchent en aucune façon leur malheureuse victime d'en reprendre dés demain un vingt et unième, s'il s'est mfs dans les conditions voulues et vulgairement connues pour cela.

B. 11 existe en effet des individus qui se croient, qui passent dans le cercle de leurs amis pour réfractaires à la syphilis. Mais loin d'être des hommes saturés de chancres, ce sont toujours au contraire des jeunes gens, peu avancés encore dans la carrière, et qu'une bonne qualité d'épiderme, un gland habituellement découvert, la ténuité de leur organe qui adoucit le frottement, leur susceptibilité génésique qui l'abrège, empêchent pendant quelques années de contracter des chancres là où d'autres en prennent. Mais laissez passer encore deux ou trois ans, soumettez-les à l'inoculation artificielle, et ils payeront tout aussi complet que qui que ce soit leur tribut arriéré.

(1) Ce mot nous parait résumer assez bien les propriétés de rapidité d'apparition, d'étendue, de fécondité pyoténique, d'inflammation et de durée, que M. Auzias regarde comme plus prononcées dans le premier chancre inoculé que dans le second, et ainsi de suite.

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