‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 55 sur 205 · COURS DE SYPHILIS ASION · texte numérisé non relu

COURS DE SYPHILIS ASION

quels paraît un papillon : celui-ci pond ses œufs; plusieurs autres jours se passent, et il naît des chenilles. Appellerez-vous lemps d'incubation celui qui s'écoule pendant la transformation de la chrysalide en papillon, ou bien celui qui précède immédiatement, soit la ponte des œufs, soit la naissance de chenilles, etc.? Si les choses étaient moins apparentes,, quel sujet ne serait-ce pas do doute et de controverse !

Supposez qu'on ne connaisse (et encore qu'imparfaitement) qu'une parlie de cette génèse par succession. Comme l'ignorance deviendrait superbe et tranchante, soit en proclamant une incubation unique, certaine, soit en soumettant ex cathedra, suivant les us et coutumes, et secunclum artem, les amis de la science et les partisans de l'incubation à une bordée compromettante de lazzis et de calembours!

Pourquoi les produits des accidents secondaires ne seraient-ils pas des œufs, de la graine? S'il arrive que cette graine déposée dans un organisme y germe, ce n'est qu'après un temps incontestable d'incubation.

S'agit-il au contraire de l'insertion de pus d'accident primitif? On a l'image de la chrysalide (1). Celle-ci devient papillon, soit tout de suite, soit après un certain temps; cela dépend de ses conditions propres, de son âge et de l'endroit où elle est déposée ; rien d'étonnant qu'il y ait dissidence touchant l'incubation du virus chancreux. Mais pour peu que ce papillon chancreux pût naître, se développer et déposer sa graine, l'éclosion de celle-ci équivaudrait à l'explosion delà vérole. Eclosion incertaine, vérole non fatale.

Je vous donne cette comparaison vague comme une vue de l'esprit, c'est-àdire pour ce qu'elle vaut. C'est une analogie éloignée, équivoque, douteuse, fausse peut-être de tous points; mais peut-être aussi soulève-t-elle assez le coin du voile qui nous dérobe la vérité pour nous laisser entrevoir que cette vérité n'est pas impénétrable, et qu'il faut la chercher sans relâche. Cette analogie, dira-t-on, est un symbole et un aveu d'ignorance. Je le veux bien; mais au moins cette ignorance se connaît elle-même. N'est-ce pas la réalisation du po6i aca'JTov des anciens ? Ce serait donc un pas de fait. Si cette ignorance (qui sait?) était chrysalide et venait à se transformer en science!

En définitive qu'ai-je voulu dire? Le voici : Il y a des faits, des modifications, des transformations qui nous échappent et dont nous ne tenons par conséquent aucun compte dans nos raisonnements défectueux. Doutes sur le moment, le mode, le mécanisme de l'incubation ; certitude sur la réalité du fait. Voilà tout. Maintenant qu'il y ait ou non chrysalide, papillon, graines et chenilles ; qu'il se passe phénomènes biologiques (2), ou purement physico-chimi-

(1) Il m'a semblé que les accidents secondaires arrivaient plus tût et plus sûrement après l'inoculation, quand elle réussit, bien entendu, du produit d'accidents secondaires, qu'après l'inoculation du pus de chancre, tandis qu'au contraire la manifestation chancreuse locale qui suit cette dernière inoculation serait plus précoce et plus sûre que la manifestation locale qui succède à l'inoculation du produit des accidents secondaires.

Mais comme il y a là dedans un quid ignotum, il pourrait bien se faire que le il m'a semblé ne fût qu'une étape sur le chemin de la vérité. C'est pourquoi j'ajourne l'exposition de détails qui ne laissent pas que d'être fort curieux.

(2) L'hypothèse de germes syphilitiques rendrait compte de cas de chancres ou d'autres accidents, réputés syphilitiques, qui ne sont pas suivis de symptômes généraux. Il suffirait d'admettre que les germes ont été anéantis ou n'ont pas pu subir une évolution complète dans l'organisme. Mais qu'on ne me fasse pas endosser 'la responsabilité d'hypothèses, par cela seul que je les admets à se produire et à faire valoir leurs titres.

N'ai-je pas, après tout, le droit de dire qu'un œuf n'est pas encore un poulet, et qu'on peut faire pousser un arbre, soit par semence, soit par bouture, etc.?

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ques, le champ est également ouvert aux conjectures ; car c'est à peine si nous savons comparer le virus syphilitique aux autres virus. Nous décidons néanmoins les questions les plus graves sans meilleurs guides que d'infirmes théories (1) que nous nous cachons à nous-mêmes à force de les désavouer. Le bon ton d'aujourd'hui consiste à répéter qu'on n'a d'autre critérium que les faits. C'est l'hypocrisie dans la science, ou le défaut de logique : mensonge ou sottise !

Si le virus chancreux inoculé peut provoquer dans l'économie une impression générale qui précède le chancre, il n'en résulte pas sans doute une modification bio-pathologique qui soit le prélude infaillible de la vérole, dans le sens qu'on donne aujourd'hui à ce mot; il ne faut donc pas croire à l'incubation dans une acception trop absolue, pas plus qu'il ne convient de la nier tout à fait. J'admets qu'il se passe un travail chancreux local ; mais je pense que l'organisme tout entier fait les principaux frais de ce travail, en fournissant jusqu'à extinction les matériaux, les éléments du virus. La mèche syphilitique cesse de brûler quand la lampe organique, épuisée, ne lui fournit plus d'aliments. Comment comprendre, en dehors de cette hypothèse, une diminution que personne, à l'exception de M. Ricord et de quelques rares satellites, ne conteste, dans la réceptivité syphilitique?

C'est donc à dater du chancre que commence un travail dont il est le centre, et dont la circonférence est partout l'organisme.

Ainsi, le pus est déposé sous l'épiderme ; il se fait là un travail général ou local, peu importe! et le chancre apparaît. Mais celui-ci a besoin pour s'alimenter de mettre à contribution l'organisme, et il décline quand cet organisme plus ou moins dépouillé refuse de répondre à son appel. Un chancre plus puissant, c'est-à-dire plus virulent, pourrait puiser à une source non complètement tarie, c'est-à-dire encore soutirer pour vivre, et consumer des éléments organiques (2).

L'état général du sujet offre à peine quelques phénomènes appréciables depuis le moment de l'inoculation jusqu'à l'apparition du chancre. Et encore faut-il que ce sujet, d'ailleurs doué d'une vive susceptibilité nerveuse, soit indemne jusque-là de l'action du virus chancreux, ou bien qu'il n'en ait pas subi depuis longtemps l'influence. Il peut alors éprouver du malaise, de la courbature, et quelquefois une fièvre éphémère ; ce sont phénomènes avantcoureurs de la vésico-pustule initiale du chancre (3).

Autre chose se produit quand le chancre est en pleine activité et poursuit son évolution. Alors, que ce chancre soit ou non isolé, l'économie tout entière

(1) Des savants sans théories seraient des astronomes sans lunettes. Il est d'ailleurs étrange que ceux qui ne savent pas avoir de bons instruments, veuillent briser les verres de bonnes lunettes appartenant il autrui.

(2) Le chancre fournit le virus, comme le sein produit le lait et le testicule le sperme. C'estun laboratoire auquel afflue la matière première, plus ou moins dégrossie, de toutes les parties de l'organisme; ou mieux, pour ne, pas quitter ma comparaison, c'est une glande. Dans une syphilisation-modele, le travail de cette glande doit s'accomplir régulièrement; il faut savoir, pour ainsi dire, mesurer et ménager le concours de l'organisme. Tantôt on relèvera le ton des organes, tantôt on le déprimera) au contraire. Un chancre a-t-il de la peine à s'établir, vers la fin de la syphilisalion, par exemple? on se gardera bien de réclamer ailleurs par de nouvelles inoculations le moliinen organique, car ce serait contrarier le travail qui tend à se l'aire dans un endroit.

(3) En rapprochant mes observations de celles de M. Sperino et de celles qui me sont obligeamment transmises par M. I3œck, professeur à la Faculté de médecine de Christiania, il me semble que ces phénomènes généraux sont plus intenses dans le nord que dans le midi de l'Europe.

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se sent ébranlée et comme opprimée par le travail qui se fait. Le sujet éprouve une prostration particulière, accompagnée de malaise général, d'inquiétudes dans les membres et de souffrances aux jointures ; il s'y ajoute souvent de la raideur, un peu dégonflement et de la douleur en haut du col, principalement le long de la partie postérieure des muscles sterno-mastoïdiens ; mais la loi des réactions ne tarde pas à se faire sentir; le bien-être succède à ce désordre passager; l'appétit se prend à augmenter et la puissance d'assimilation semble redoubler d'énergie (1).

Enfin, voici ce qui se passe localement après l'inoculation du pus ch an creux : je suppose la piqûre assez délicatement faite pour ne rien laisser de visible après elle; le sujet éprouve, à l'instant de l'inoculation, une sensation de picotement qui est en raison directe, toutes choses égales, de l'activité du pus qui a été mis sous l'épidémie ou dans le derme. Cette sensation, d'ailleurs légère, dans tous les cas, ne se prolonge guère au-delà d'un quart d'heure; au bout de ce temps, on trouve à l'endroit de la piqûre un peu de rougeur, un peu de congestion ; douze, dix-huit, vingt-quatre heures, et souvent un temps bien plus long, après l'inoculation (cela varie selon les circonstances d'incubation dont je viens de vous entretenir), le picotement reparaît; il s'y joint souvent de la cuisson; une petite papule un peu jaunâtre se montre sur place; elle est moins appréciable à la vue qu'au toucher; avec un peu d'habitude, on la sent bien distinctement en promenant légèrement la pulpe d'un doigt sur la peau. ■

La papule semble infiltrée d'une lymphe virulente qui ne larde pas à sê réunir en un foyer, c'est-à-dire à constituer une petite vésicule; celle-ci est au centre d'une auréole rougeâtre, d'abord peu étendue et peu foncée en couleur; l'aire de cette auréole paraît également infiltrée de lymphe virulente; la lymphe virulente, agissant comme un corps étranger, est presque aussitôt mélangée de pus que produite, ou au moins que rassemblée. L'évolution du chancre est-elle rapide comme, par exemple, chez les sujets auxquels on inocule leur propre pus, surtout si l'on multiplie les inoculations? il n'est plus alors possible de constater l'existence de la vésicule, tant est prompte l'apparition d'une pustule. Souvent même celle-ci se montre comme d'emblée, c'est-à-dire du jour au lendemain, avec une forme hémisphérique et le volume d'une grosse pustule de variole. Le pus est alors jaunâtre, assez concret; il soulève un épidémie épaissi et qui est devenu quelquefois comme gélatineux ; on dirait même parfois que cet épidémie s'est laissé pénétrer et gonfler par la partie la plus ténue de la matière qui distend la pustule. Dans la plupart des cas de ce genre, l'auréole manque presque absolument, et l'évolution chancreuse se fait très-vite. Je ne parle pas des circonstances dans lesquelles il ne se produit que des pustules sèches, éphémères, avortées ; ces pustules sont à peine; elles ne sont pas des chancres !

Mais ordinairement ce n'est que vers le deuxième ou le troisième jour qu'apparaît la pustule chancreuse. Quelquefois même c'est plus tard.

M. Ricord la nomme pustule caractéristique . Celte qualification qu'il lui donne gratuitement est fort étrange; car il ne lui assigne aucun caractère. Voilà donc une puslule qu'il ne sait pas reconnaître et qui lui sert à reconnaître le

(1) Est-il besoin de dire que, quand les chancres sont le siège d'une suppuration abondante et de longue durée, les effets de cette suppuration n'ont rien de particulier? Pourquoi la suppuration qui élimine un produit virulent aurait-elle un autre effet que la suppuration, par exemple, qui délivre l'économie d'une épine? Un exutoire, qu'il soit cautère ou séton, n'est-il pas toujours un exutoire?

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chancre. C'est l'adage : nemo dut quod non habet, bizarrement interverti. Il est pourtant bien vrai que M. Ricord ne sait pas la reconnaître! Combien de fois, en effet, n'avez-vous pas ouï. ce chirurgien baptiser des pustules du nom de' fausses pustules, par cela seul qu'elles s'éteignent au bout de quelques jours d'existence? Le résultat seul apprend donc à M. Ricord si les pustules sont dcspustuZes caractéristiques, des pustules vraies ou de fausses pushdes. M. Ricord dit donc à la pustule: Dis-7noi ce que tu deviens, et jeté dirai qui tu es. Ce diagnostic ou ce pronostic, après coup, est (j'en demande pardon à M. Ricord)

une immense déception.

La pustule disparaît-elle de bonne heure? Les absents ont tort, et on la renie. L'exclusion, cela va sans dire, porte uniquement sur les pustules qui suivent l'inoculation du pus de blennorrhagie, de balano-posthite ou d'accidents secondaires. Les pustules avortées de nos syphilisés sont mieux accueillies que cela. Quelles qu'elles soient, elles sont les bien-venues : ce sont toujours de vrais chancres.

Quant à moi, je reconnais des caractères aux pustules d'inoculation proprement dites et au chancre; je veux vous faire connaître ces caractères : Je vais vous décrire la pustule elle-même et le chancre. Voyons d'abord la pustule.

Il faut distinguer Vauréole de.la pusfuZe proprement dite.

L'aréole ou, comme Chaussier voulait qu'on dît, Vauréole a une couleur rouge plus ou moins foncée et tirant quelquefois sur la teinte lie de vin. Cette teinte indique généralement une grande force dans le pus qui a été inoculé. Pour les cas ordinaires, l'auréole est peu rouge et se trouve fort étroite, ayant tout au plus 1 centimètre de diamètre ; mais, dans certains cas, ce diamètre est beaucoup plus grand. Il est très-important à noter du cinquième au dixième jour dans le commencement de la syphilisation, car, à cette époque, la largeur de l'auréole indique assez bien, sauf accident inflammatoire ou pléthorique, celle du chancre qui va suivre, s'il n'est point modifié par des inoculations ultérieures. Enfui, on pourrait dire que l'auréole a une épaisseur, en ce sens qu'elle correspond à un empâtement.

La pustule elle-même est en hémisphère ; quelquefois pourtant elle est un peu conique. Il est bien rare qu'elle soit légèrement ombiliquée (I) ; tantôt elle conserve, tantôt elle ne conserve pas ("2) la trace de la piqûre. Sa grosseur varie ordinairement depuis celle d'une graine de millet jusqu'à celle d'un chènevis; mais la manière dont on a piqué la peau peut modifier la forme et changer le volume de la pustule. Toutes choses étant égales, la pustule est d'autant plus grande que la piqûre a été plus étendue. Les inoculations faites à des personnes qui ont déjà plusieurs chancres donnent souvent lieu à des pustules trèsgrandes, bien que les chancres dont elles sont le commencement ne soient pas destinés à s'étendre beaucoup. L'évolution précoce des pustules naissantes et le volume que la plupart d'entre elles acquièrent rapidement pourraient induire en erreur sous ce rapport; mais l'étroitesse ou l'absence de l'auréole, la connaissance du syphilisme et de la constitution du sujet, et enfin le nombre des piqûres, prémunissent contre toute illusion.

Le pus de la pustule est fluide, blanchâtre et généralement peu abondant. Au

(1) Les causes de Yombilication (qu'on me passe ce néologisme) de la pustule ne sont pas mystérieuses; je les connais et les ferai connaître ailleurs. (Voir ci-après : SUR I.E

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