‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 56 sur 205 · CHANCRE · texte numérisé non relu

CHANCRE

(2) Quand la piqûre est très-étroite, très-obliquement faite, et surtout qu'elle n'a pas saigné, la pustule initiale du chancre n'en conserve pas de trace.

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contraire, il est copieux, jaunâtre, épais, et se concrète sur place, quand le chancre doit vite avorter, par suite de l'état avancé de la syphilisation du sujet.

8° et dernière Leçon, dimanche 18 janvier 1853.

Messieurs, abordons maintenant l'étude du chancre proprement dit.

L'école de l'hôpital du Midi n'est pas à bout en fait d'hérésies ! C'est elle qui a propagé l'opinion que le chancre n'a pas de caractères matériels auxquels il soit possible de le reconnaître !

Une pareille assertion, si contraire à la réalité, ne doit-elle pas surprendre ceux qui savent que la médecine moderne a signalé les caractères matériels des* désordres les plus profondément cachés dans nos organes? Le chancre, au contraire, n'est-il pas soumis à nos sens? Ne le voyons-nous pas? Ne le touchonsnous pas? Si. Il a donc des caractères objectifs, matériels? Or, de deux choses l'une : ou bien l'ensemble de ces caractères n'appartient qu'à lui seul, ou bien cet ensemble lui est commun avec d'autres altérations morbides, soit naturelles, soit artificielles. Dans le premier cas, ces caractères réunis devront nous faire reconnaître le chancre, et nous demanderons, dans le second cas, quelles sont les altérations qui usurpent ces attributs? J'ai démontré, dans mon premier Mémoire sur la syphilisation, que ce ne sont pas les simples écorchures ni les pertes de substance, pratiquées au moyen de caustiques, comme on l'avait prétendu. Le chancre, ai-je dit dans ce travail, présente une physionomie vive et diaprée, qui lui est propre; il accomplit, en outre, une évolution, c'està-dire qu'il a un commencement, un milieu et une fin, lesquels offrent chacun des caractères particuliers. L'ensemble de ces caractères n'appartient qu'au chancre, qui se trouve ainsi mieux spécifié que ne le sont peut-être la pneumonie et la fièvre typhoïde, l'abcès et l'anévrysme ! On s'est pourtant évertué à ne pas vouloir diagnostiquer les chancres, autrement que par l'inoculation, dont on avait besoin pour l'étude ; on s'est en quelque soi'te complu dans l'ignorance et l'erreur. Quel bon marché ne fait-on pas encore tous les jours de nos chancres avortés, qui deviennent, au gré de capricieuses théories, de vraies ou de fausses pustules? Ah! si je ne fuyais la pente des personnalités, comme je vous égayerais par le récit de curieux incidents, d'anecdotes piquantes ! Les systèmes dans les sciences, Messieurs, sont de perfides, de détestables conseillers!

Le fait est qu'après avoir observé, étudié, les chancres del'homme et des animaux dans leurs diverses périodes, on parvient aisément à savoir distinguer leurs caractères. Le diagnostic d'un chancre ne doit pas rester indécis. Il est vrai qu'il faut quelquefois savoir, en l'absence d'un signe pathognomonique dont je vous parlerai, faire intervenir, à propos, des renseignements anamnestiques dans ses investigalions. En effet, le chancre n'est-il pas un tout, un être dans le temps et l'espace? Ne faut-il pas, pour le connaître, le voir dans tout ce qu'il est et comme il est, c'est-à-dire l'examiner dans ses différentes phases et ses diverses parties? Presquc.toutes les données sont utiles à invoquer dans l'étude des maladies; pourquoi vouloir faire de la vérole une exception pathologique? On peut donc encore constater l'identité d'un chancre, en l'absence de son cachet pathognomonique ; ce cachet prime tous les autres moyens do diagnostic, parmi lesquels, j'en conviens, l'inoculation peut se trouver. Elle s'y place néanmoins quelque peu en intrus et très-loin du premier rang; il lui faut presque passer, pour se faire agréer dans le monde, sous la livrée des syphilisateurs ; car enfin

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ce n'est pas un moyen comme un autre, un moyen exempt d'inconvénients ni môme de danger, sans compter que la pustule d'inoculation a besoin d'être diagnostiquée à son tour. On trouve souvent un sophisme au bout des raisonnements de M. Ricord : ici, c'est l'espèce connue sous le nom de pétition de principe et la variété dite cercle vicieux. Parlez-nous franchement, M. llicord, et apprenez-nous, de grâce, si vous recourez fréquemment en ville à l'inoculation comme moyen de diagnostic? Vous ne l'employez peut-être pas plus que vous ne prescrivez certain llob dont vous ne parlez jamais à Paris, fût-ce en plaisantant. M. Ricord est au fameux Rob ce qu'Épaminondas était au mensonge. Etiamsi ridendo non mentiebatur. Il s'agit du général thébain : chacun sait que M. Ricord ne ment ni ne plaisante jamais.

Je vais étaler devant vous l'argument de M. Ricord. 11 consiste à nous assurer que le chancre n'est pas dans sa base, ni dans l'aspect pultacé de son fond, ni dans ses bords taillés à pic, frangés, renversés, etc. (avec toutes les variantes possibles de cette phrase). On ajoute, comme corollaire, que le chancre est tout entier dans le pus qu'il sécrète; l'inoculation est donc la pierre de louche du chancre. Hors de l'inoculation, point de salut diagnostique. Tel est l'article de foi : c'est M. Ricord qui vient de vous prêcher par ma bouche.

M. Ricord a mille fois raison : le chancre n'est exclusivement ni dans sa base, ni dans son fond, ni dans ses bords, etc. ; il est vrai qu'on s'en était bien quelque peu douté avant M. Ricord. Mais le chancre, M. Iticord, est dans tout cela réuni. Qu'avez-vous à répondre? Rien.

Vous connaissez, Messieurs, mon goût prononcé pour les analogies. Je veux m'en donner à l'aise et vous faire quelque raisonnement de la famille de celui de M. Ricord. Je vais animer le discours en simulant un dialogue entre un savant et un gourmand :

Le gourmand. — Quelle est cette poire? Est-elle bonne? J'ai bien envie d'en goùler.

Le savant. — Attendez ; cela est délicat, non pas la poire, mais la question. En effet, cette poire ne consiste ni dans sa forme, ni dans son volume, ni dans son prolongement pédonculaire

Le gourmand. — Je sais bien que la poire ne consiste dans aucune' de ces choses prises isolément, mais elle consiste dans toutes ces choses réunies

Le savant. — Ne m'interrompez pas. On ne peut la reconnaître ni à son épicarpe, ni à son sarcocarpe, ni à son endocarpe, etc. Elle est tout entière dans son pépin.

Le gourmand. — Pardon : c'est le pépin qui est dans la poire.

Le savant. — Ne plaisantez pas, car le sujet est sérieux.

Le gourmand. — Port bien. Dis-moi^ poire, quel est ton pépins ce qu'il devient^ et je te dirai qui tu es.

Le savant. — C'est cela ; toute la difficulté ne consiste plus qu'à reconnaître le pépin.

Le gourmand. — N'est-ce pas la reculer sans la résoudre? j'ai peur qu'il ne soit moins facile de reconnaître le pépin que la poire.

Le savant. — C'est vrai; mais le pépin mis en terre deviendra un arbre; celui-ci portera des poires semblables à celle qui aura fourni le pépin.

Le gourmand. — Sans doute, mais cela ne m'apprendra pas si ma poire est Un Messire-Jean ou un Boii-Chréticû, puisqu'il faudra toujours reconnaître là poire elle-même, sans compter qu'elle est mûre et que je neveux pas lui laisser le temps de pourrir. Si j'allais consulter le jardinier Bontemps?

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Le savant. — Si votre poire était pourrie, aucun jardinier no pourrait la reconnaître, pas plus Bontcmps qu'un autre.

Le gourmand. — Alors, jo comprendrais à la rigueur qu'on en semât les pépins pour obtenir d'autres poires semblables ; mais encore faudrait-il que ces pépins tussent intacts et confiés à un terrain convenable? Je ne parle pas du temps très-long pendant lequel on devrait aLtendre le résultat.

Le savant. — Qu'importe ? si le moyen est bon et qu'on ait du temps devant soi.

Le gourmand. — Quand une poire est entière, on peut la reconnaître sans en semer les pépins, et quand elle a été détruite par la pourriture ou autrement, il est rare que les pépins ne soient pas eux-mêmes endommagés. Ceux-ci, quoique semés dans un bon terrain, ne germeront donc pas toujours. D'où il me paraît suivre que votre moyen est fort souvent incertain et presque constamment inutile. Est-il à peine quelques cas exceptionnels qui puissent en réclamer l'emploi ? Quant à ma poire, je vais décidément consulter Bontemps: S'il n'est pas le roi des poires, au moins les a-t-il beaucoup cultivées et pourrat-il me donner un avis utile? Permettez-moi de vous laisser un conseil en vous quittant : faites plus attention aux poires, et occupez-voiLs moins des pépins.

Le savant. — Merci ! Mais pour avoir des poires, il faut semer des pépins, entendez-vous ?

Le gourmand. — Ah! J'entends; l'intérêt

Le savant. — Oui ! L'intérêt de la science et de l'humanité

Le gourmand. — Bien entendu! Semez des pépins. Adieu !

Le chancre avec son auréole, c'est une poire avec son prolongement. 11 a une forme et un volume comme la poire. Celle-ci a un épicarpe, un sarcocarpe et un endocarpe, etc.; le chancre a de même des bords, un fond et une base, etc. Il a aussi des pépins qu'on sème, c'est-à-dire un produit virulent qu'on peut

inoculer. Il vient également des fruits pourvu que le terrain soit bon, la

graine bien conservée et qu'on attende !

Convenez-en, Messieurs les gourmands ; M. Ricord est un des plus grands savants de l'Europe. Il règne sur les fruits de la syphilis. Croyez-en le Bontemps de la vérole.

Dans cette fiction, je le sais, l'analogie prête la main à l'hyperbole. Mais j'attaque l'excès et non pas la chose. Tout en vous faisant rire de l'abus, je ne veux pas condamner l'usage. Castigo ridendo mores. Non-seulement, en effet, on a donné le pas à l'inoculation sur tous les autres moyens de diagnostic, mais encore on est allé jusqu'à les exclure. Je prétends, à mon tour, dénoncer l'usurpation et réintégrer les proscrits dans leurs droits. Je n'ai donc aucunement la pensée de nier la valeur de l'inoculation comme moyen de diagnostic, pas plus que je n'ai contesté l'utilité du mercure ni l'excellence des médicaments iodiques. J'ai uniquement pour but de vous montrer qu'ici, comme en toutes choses, le mieux est l'ennemi du bien. J'entends des ricanements qui m'objectent qu'en fait d'inoculations l'abus à l'extrême est dans notre camp. Erreur grossière ou mensonge! car l'abus, c'est l'usage pernicieux. Combien de fois ne s'est-il pas glissé dans vos inoculations diagnostiques V Au contraire, cet abus n'est bien certainement pas dans nos syphilisations prudentes. Feignez, tant qu'il vous plaira, l'indignation ou l'incrédulité ; mais cette inoculation que vous n'avez employée qu'en tremblant et au risque de vous blesser (ou plutôt de blesser les autres), est une arme aujourd'hui puissante et dépourvue de dangers. Apprenez donc à la manier. Le poison porte en lui son

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remède et son préservatif. L'égalité n'est plus en ce moment, entre vous et nous, devant le chancre. Nous sommes des privilégiés et c'est par votre faule. Voilà, grâce à votre obstination, une des merveilles de la syphilisation.

Ne nous croyez pas injustes et dénigrants à l'endroit de l'inoculation diagnostique. Nous savons plus exactement sa valeur précise, son utilité réelle que ceux qui l'ont inventée. Notre foi, j'ose le dire, est plus clairvoyante que la leur. Nous savons, à n'en pas douter, que le pus est plus longtemps et plus souvent inoculable qu'ils ne le pensent eux-mêmes. Par conséquent le chancre devait être, plus à nos yeux qu'aux leurs, dans son propre pus. C'est presque toujours quand le cachet pathognomonique du chancre a disparu, qu'ils lui refusent d'une manière absolue la propriété de donner un pus inoculable. Au contraire, nous attribuons encore- au pus du chancre l'inoculabilité pendant un certain temps; nous prétendons seulement que ce pus est moins fort, et nous reconnaissons qu'il n'est plus inoculable à celui qui le fournit. Quand ils contestent d'une manière absolue l'inoculabilité d'un pus, nous nous bornons à constater son inoculabilité relative. Nous avons donc des données qu'ils n'ont pas sur la virulence; nous savons mieux qu'eux quand, où et comment le pus est inoculable. Nous sommes théoriciens et praticiens; ils sont à peine routiniers. Pourquoi aurais-je la pudeur de vous le taire?

J'ai donc le droit de les interpeller en ces termes :

Vous admettez que quand un pus finit d'être inoculable au malade qui le sécrète, il cesse également de l'être à des personnes saines, tandis que nous croyons que quand l'heure de votre prétendue période de réparation (1) a sonné, le pus du chancre peut être encore inoculé à une personne saine, ou bien qui est seulement moins avancée en syphilisation que votre malade. Mais nous n'allons pas jusqu'à prétendre que la transformation du chancre en ulcère simple et blafard n'ait jamais lieu; nous expliquons même les circonstances dans lesquelles cela se produit.

Pour vous, le pus du chancre n'est inoculable que depuis l'origine de ce chancre, jusqu'au moment où il commence à se cicatriser. Nous croyons autre chose; le voici : Quand le chancre est en marche de cicatrisation, il fournit un pus qui est encore inoculable, je ne dis pas au malade, mais à une per-

(1) Si par les mots de période de réparation on voulait désigner simplement une période de cicatrisation, je n'aurais pas d'objection à faire, car je conteste seulement qu'il y ait une période commençant en général avec le rétrécissement du chancre, et pendant laquelle le pus de cet ulcère ne serait plus inoculable d'une manière absolue. Mais voici ce qu'on pourrait me dire : Si le pus était inoculable, la circonférence du chancre en subirait l'influence, et celui-ci ne marcherait jias vers la cicatrisation. Je répondrais précisément, faut-il le répéter sans cesse? que le pus n'est plus inoculable au sujet qui le fournit et qu'il peut l'être encore à un autre sujet. Je demande pardon au lecteur de tant insister là-dessus. Il s'agit d'un point sur lequel j'ai été assailli par une grêle d'objections, même dans mon propre camp, et je cherche, pour me bien faire comprendre, â varier l'expression de ma pensée.

Mes expériences démontrent que le pus du chancre est bien certainement inoculable à une personne saine, tant qu'il produit sur le malade ce que M. Ricord nomme une fausse pustule. Or, ce chirurgien a toujours pratiqué ses inoculations aux malades qui lui fournissaient le pus, et n'a pas tenu compte de cette circonstance dans l'interprétation des résultats qu'il a obtenus. Plusieurs de ses conclusions sont donc nécessairement viciées à leur source et entachées d'illusions. Et pourtant c'est la leur moindre défaut.

Ce n'est pas que je fasse un crime a M. Ricord de sa prudence. Bien au contraire, je l'en féliciterais volontiers, s'il voulait suivre les progrés de la science et revenir A résipiscence à la lueur du flambeau de la syphilisation.

Il est bien plus beau d'avouer ses erreurs et de s'amender que de découvir de grandes vérités, parce que l'élévation de l'âme est au-dessus de lu supériorité de l'esprit.

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sonne ou à un animal qui a moins de syphilisme que lui ; et il fournit ce pus inoculable pendant un temps qui peut quelquefois aller jusqu'à sa complète cicatrisation. »

Il n'est pas possible d'évaluer cela d'une manière rigoureuse, sans entrer dans des détails cliniques, et se livrer à l'examen de faits particuliers. J'en supposerai cinq. Ils suffiront pour donner une idée do tous ceux qui pourraient se présenter. Avec un peu d'habitude de la syphilisalion, on reconnaîtra qu'ils ne sont pas trop en dehors de la réalité. Afin de rester dans une généralité dogmatique qui soit facile à comprendre, je ne tiendrai pas compte, ici, de deux circonstances dont l'influence sur la marche des chancres est pourtant considérable; je veux parler de différences individuelles dans le syphilisme et de l'existence de la syphilis constitutionnelle chez les individus auxquels on pratique des inoculations. Celui qui est atteint de la vérole a, toutes choses égales d'ailleurs, vous le savez, plus de syphilisme qu'un autre.

Premier fait. — 1° Exposition. — Un pus convenable est inoculé par plusieurs piqûres en une seule fois, à une personne qui est à l'abri de toute cause d'inflammation et de toute autre cause qui pourrait, en dehors de son syphilisme et du degré de virulence du pus, occasionner l'agrandissement et augmenter la durée des chancres (par exemple, l'abus des liqueurs alcooliques, et chez la femme, l'aménorrhée ou la congestion de l'utérus).

2° Marche des chancres. — Les chancres qui résulteront de ces inoculations ne deviendront pas, en général, très-étendus, et commenceront, au bout d'un temps médiocrement long, à se rétrécir pour se cicatriser assez rapidement (1) ; (leur étendue et leur durée seront, toutes choses égales d'ailleurs, en raison inverse de leur nombre). Us auront donc chacun deux périodes de longueur inégale et très- variable, une de progrès ou période positive, et une de déclin ou période négative. La première s'étendra depuis le commencement des chancres jusqu'au moment de leur rétrécissement; et la seconde mesurera l'intervalle qui séparera ce moment de celui où la cicatrisation sera complète. Il est bien entendu que, comme ces chancres n'auront pas tous la même étendue ni la môme durée, les périodes, soit positives, soit négatives des uns, ne seront pas nécessairement de la même longueur que celles des autres.

3° Inoculabilité du pus. — Pendant la première période, le pus de ces chancres sera inoculable au sujet, et, à peu d'exceptions près, à tous les sujels (ces exceptions porteront, notamment et à des degrés divers, sur les personnes avancées en syphilisalion et sur les animaux qui ont beaucoup de syphilisme). Pendant la seconde période, ce pus ne sera pas inoculable (2) au sujet et ne le sera qu'aux personnes et aux animaux qui, notamment, auront moins de syphilisme que lui, à l'époque del'inoculation. Peut-être existera-t-il un temps très- Ci) Tontes choses égales d'ailleurs, le temps que met un chancre à se cicatriser complètement depuis le moment où il a commencé -X se rétrécir, est en raison directe de son étendue.

(2) Tant que le pus d'un chancre est inoculable k quelqu'un (pendant la période négative, par exemple), ce chancre syphilise encore le sujet qui le porte, quelque faible que soit son action syphilisnnte. Les fausses pustules de M. Ricord, qui sont nos chancres avortés, syphilisent ;\ ce titre. N'y a-t-il pas en effet production de virus aux dépens de l'organisme? Or, cela suffit.

Enfin, je n'oserais pas affirmer que le virus des chancres de plusieurs personnes qui sont a. un même degré de syphilisation, bien que ce degré soit très-avancé et même la syphilisation extrêmement près d'être complète, ne pût se régénérer par des pérégrinations successives a traversées personnes. J'incline même à admettre la possibilité de cette régénération.

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court vers la fin de cette seconde période, pendant lequel le pus ne sera pas inoculable d'une manière absolue.

4° Théorie. — Tant que le pus est inoculable au sujet, il inocule la circonférence des chancres qui le fournissent. Ceux-ci s'agrandissent donc, el dès que celte inoculabililé n'existe plus, ils tendent et commencent à se rétrécir. Leur pus serait encore inoculable alors à une personne ou à un animal qui aurait moins de syphilisme que le sujet à l'époque de l'inoculation, pendant un temps inversement proportionnel, toutes choses égales d'ailleurs, au syphilisme de cette personno ou do cet animal.

11 ne serait pas contradictoire à cette théorie, qui est, elle-même, l'expression des faits, d'admettre un consensus cicatriciel organique, qui hâterait le moment où commence la seconde période.

Deuxième fait. — 1° Exposition. — Un pus convenable est inoculé par plusieurs piqûres, en une seule fois, à une personne qui est soumise à l'action d'une.ou plusieurs causes d'inflammation, ou de toute autre cause qui pourrait, en dehors de son syphilisme et du degré de virulence du pus, occasionner l'agrandissement et augmenter la durée des ebancres.

1° Marche des chancres. — La plupart des chancres qui résulteront de ces inoculations deviendront étendus, et commenceront, au bout d'un temps variable (eu égard aux causes précitées), à se rétrécir. Ils auront donc chacun deux périodes, etc.

3° Inoculabilité du pus. — Pendant la première périodé, le pus de ces chancres sera inoculable au sujet, et, à peu d'exceptions près, à tous les sujets (les exceptions porteront, notamment et à des degrés divers, sur les personnes avancées en syphilisation et sur les animaux qui ont beaucoup de syphilisme). Dans la première partie de la seconde période, ce pus ne sera pas inoculable au sujet, et no le sera qu'aux personnes ou aux animaux qui auront moins de sypbilisme que lui à l'époque de l'inoculation. Mais dans la seconde partie de cette période (I), le pus ne sera inoculable à personne.

4° Théorie. — Tant que le pus est inoculable au sujet, il inocule la circonférence des chancres ; ceux-ci s'agrandissent donc, el, dès que cette inoculabilité n'existe plus, ils tendent et commencent à se rétrécir. Leur pus serait encore inoculable alors à une personne ou à un animal qui aurait moins de syphilisme que le sujet à l'époque de l'inoculation, pendant un temps inversement proportionnel, toutes choses égales d'ailleurs, au syphilisme de cette personne ou de cet animal. En outre, la cause inflammatoire ou congestive s'etant jointe à la cause virulente pour augmenter l'étendue des chancres et en rclarder la cicatrisation, la virulence de ces chancres aura pu être épuisée par l'augmentation du syphilisme, avant qu'ils ne se soient complètement cicatrisés. C'est donc la cessation absolue de la virulence qui sépare en deux parties la seconde période. Je vous ai donné à entendre qu'une séparation semblable n'est pas certaine dans le premier fait.

Troisième fait. — 1° Exposition. — Un pus convenable est inoculé une seule fois et par une seule piqûre à une personne qui est à l'abri de toute cause d'inflammation et de toute autre cause, etc.

(1) Os deux parties de la seconde période ont une durée, soit absolue, soit relative, extrêmement variable. Quelquefois, en effet, elles ont la même durée. D'autres lois, l'une d'elles, indistinctement, peut durer plus longtemps que l'autre. Leur durée varie, en outre» comparativement à celle de la première période.

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2° Marche du chancre. — Le chancre qui résultera de celte inoculation deviendra étendu et commencera, au bout d'un temps assez long, à se rétrécir, pour se cicatriser d'une façon passablement lente. Il aura donc deux périodes, etc.

3° Inoculabilité du pus. — Pendant la première période, le pus de notre chancre sera inoculable au sujet et, à peu d'exceptions près, à tous les sujets (les exceptions porteront, notamment et à des degrés divers, sur les personnes avancées en syphilisation et sur les animaux qui ont beaucoup de syphilisme). Pendant la seconde période, ce pus ne sera pas inoculable au sujet, et ne le sera qu'aux personnes ou aux animaux qui auront moins de syphilisme que lui à l'époque de l'inoculation. Il existera peut-être un temps très-court vers la fin de cette seconde période, pendant lequel le pus ne sera pas inoculable d'une manière absolue.

4° Théorie. — Tant que le pus est inoculable au sujet, il inocule la circonférence du chancre. Celui-ci s'agrandit donc et, dès que cette inoculabilité n'existe plus, il tend et commence à se rétrécir; mais son pus serait encore inoculable alors à une personne ou à un animal qui aurait moins de syphilisme que le sujet à l'époque de l'inoculation, pendant un temps inversement proportionnel, toutes choses égales d'ailleurs, au syphilisme de cette personne ou de cet animal.

Quatrième fait. — 1° Exposition. — Un pus convenable est inoculé par une piqûre à une personne qui esta l'abri de toute cause d'inflammation ou de toute autre cause, etc.; mais, peu de temps avant le déclin du chancre ainsi produit, le pus de ce chancre est inoculé plusieurs fois à la même personne. (Cela donnera naissance à des chancres surnuméraires, dont nous nous bornerons à constater l'influence sur le premier.)

L2u Marche du chancre. — Le chancre qui résultera de la première inoculation deviendra étendu (presque autant que dans le fait précédent) et commencera, au bout d'un temps assez long (à peu de chose près aussi long que dans le fait précédent), à se rétrécir, pour se cicatriser assez rapidement (plus rapidement que dans le fait précédent). Il aura donc deux périodes, etc.

3° Inoculabilité du pus. — Pendant la première période, le pus de notre chancre sera inoculable au sujet et, à peu d'exceptions près, à tous les sujets (les exceptions porteront, notamment et à des degrés divers, sur les personnes avancées en syphilisation et sur les animaux qui ont beaucoup de syphilisme). Dans la première partie de la seconde période, ce pus ne sera pas inoculable au sujet, et ne le sera qu'aux personnes ou aux animaux qui auront moins de syphilisme que lui à l'époque de l'inoculation; mais, dans la seconde partie de cette période, le pus ne sera pas inoculable d'une manière absolue.

4° Théorie. — Tant que le pus est inoculable au sujet, il inocule la circonférence de notre chancre. Celui-ci s'agrandit donc et, dès que celte inoculabilité n'existe plus, il tend et commence à se rétrécir; mais son pus serait encore inoculable alors à une personne ou à un animal qui aurait moins de syphilisme que le sujet, à l'époque de l'inoculation, pendant un temps inversement proportionnel, toutes choses égales d'ailleurs, au syphilisme de cette personne ou de cet animal.

En outre, les chancres surajoutés augmentant rapidement le syphilisme du Sujet, il en résulte que la virulence se trouvera épuisée par cette augmentation avant que le chancre ne se soit complètement fermé. C'est donc, comme dans le

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deuxième fait, la cessation absolue de la virulence qui divise en deux parties le plus souvent inégales la seconde période.

Cinquième fait. — 1° Exposition. — Un pus convenable est inoculé par une piqûre à une personne qui est soumise à l'action d'une ou plusieurs causes d'inllammation ou de toute autre cause, etc.

2° Marche du chancre. — Le chancre qui résultera de cette inoculation deviendra très-élendu et commencera, au bout d'un temps assez long, mais variable, eu égard aux causes précitées, à se rétrécir pour se cicatriser d'une façon passablement lente. Il aura donc doux périodes, etc.

o° Inoculabilité du pus. — Pendant la première période, le pus de notre chancre sera inoculable au sujet et, à peu d'exceptions près, à tous les sujets (les exceptions porteront, notamment et à des degrés divers, sur les personnes avancées en syphilisalion et sur les animaux qui ont beaucoup de syphilisme). Dans la première partie de la seconde période, ce pus ne sera pas inoculable au sujet, et ne le sera qu'aux personnes ou aux animaux qui auront moins de syphilisme que lui, à l'époque de l'inoculation ; mais, dans la seconde partie de cette période, le pus ne sera pas inoculable d'une manière absolue.

'i" Théorie. — Tant que le pus est inoculable au sujet, il inocule la circonférence du chancre; celui-ci s'agrandit donc et, dès que cette inoculabilité n'existe plus, il tend et commence à se rétrécir. Mais son pus serait encore inoculable à une personne ou à un animal qui aurait moins de syphilisme que le sujet, à l'époque de l'inoculation, pendant un temps inversement proportionnel, toutes choses égales d'ailleurs, au syphilisme de cette personne ou de cet animal.

En outre, la cause inflammatoire ou autre s'étant jointe à la cause virulente, pour augmenter l'étendue du chancre et en retarder la cicatrisation, la virulence de ce chancre aura dû être épuisée par l'augmentation de syphilisme, avant qu'il ne se soit complètement cicatrisé, etc. (t).

Les détails dans lesquels je viens d'entrer n'ont dû laisser aucun doute dans vos esprits sur la possibilité de distinguer et l'importance d'étudier les différentes formes, c'est-à-dire les différents degrés de force et le mode de virulence du pus chancreux. Il faut apprendre à distinguer ces formes les unes des autres, par l'examen des chancres et de leur pus, et savoir, au besoin, faire intervenir quelques signes anamnestiques précieux. C'est ainsi qu'on peut se dispenser de recourir à la ressource de l'inoculation, cette ressource étant souvent infidèle et jamais prompte à fournir des renseignements. Deux points sont essentiels à noter en pareille étude : 1° l'augmentation plus ou moins rapide du syphilisme ou, ce qui revient au même, l'avancement de la syphilisalion ; 2" les causes indépendantes du syphilisme et du degré de syphilisation qui favorisent l'agrandissement et retardent la cicatrisation des ulcères chancreux.

Maintenant, Messieurs, vous avez franchi le pont-aux-ànes de la syphilisation, car vous connaissez cette théorie scabreuse du syphilisme qui a tant causé de tintoin (permettez-moi ce langage familier à la fin d'une leçon) à M. Ricord.

(1) Il peut se faire, par le concours de circonstances complètement étrangères ft la virulence, que l'ulcère (qui alors ne serait plus un chancre), cesse d'être inoculable d'une manière absolue, avant même que d'avoir commencé à décroître. Il n'y a pas que le génie^ syphilitique qui entretienne et agrandisse les ulcérations. J'ai vu, par exemple, des lurondes devenir ulcères. Pourquoi s'étonner qu'un chancre reste ulcère, après avoir perdu toute propriété virulente? J'exposerai ailleurs les causes de l'entretien et de l'agrandis sèment des chancres, abstraction faite de leur virulence.

COURS DE SYPIIILISATIOX.

Dans les cinq types que je viens de vous présenter, je me suis presque toujours servi des mômes ternies, afin do vous laisser clans l'esprit comme uno sorte do tableau synoptique qu'il vous serait facile de réaliser sur le papier (I).

Vous avez donc les éléments qui suffisent à la solution de tous les problèmes ohancreux ou syphilitiques qui peuvent se po.se.r deyaat vous.

Vous savez plus que des faits, car vous connaissez, jusqu'à un certain point, Les causes qui les régissent. C'est à tel point que, s'il était possible d'évaluer par des chiffres toutes les circonstances qui entrent en jeu dans l'évolution des chancres, telles que l'Age, le sexe, l'espèce (homme, singe, chat, etc.) du sujet, son syphilisme naturel ou acquis, la qualité du pus inoculé ou ayant infecté par lo coït, l'époque d'inoculation ou de l'infection, l'existence, la date et le degré d'une vérole ou d'une inflammation, etc., on parviendrait à soumeltre au calcul les divers tableaux que je viens de vous présenter et tous ceux du même genre; mais ce qui ne peut pas se chiffrer se juge fort bien d'une manière approximative dans la pratique, quand cette pratique, s'appuyant sur un jugement solide, est éclairée par le flambeau d'une saine théorie. Il m'arrive, chaque jour, de pronostiquer avec précision l'évolution d'une pustule, la marche d'un chancre. Je puis, au besoin, modifier les allures et changer la durée de celuici par des inoculations, une hygiène appropriée et quelques médicaments convenables.

Que cette longue exposition, Messieurs, ne vous fasse pas perdre de vue notre point de départ, à savoir : les difficultés et les éléments de diagnostic du chancre. Je me résume et je dis que la doctrine syphilograpbique de M. Ricord, sous l'empire de laquelle nous avons presque tous vécu, les uns la subissant (comme moi, carje ne l'ai jamais acceptée), d'autres l'acclamant, se restreint à tort, dans les cas difficiles de diagnostic du chancre, à l'invocation d'un seul caractère : V inoculabilité du pus de ce chancre (l'inoculation étant pratiquée au malade lui-même).

C'est une triple hérésie : 1° une contradiction, puisqu'on suppose une pustule caractéristique ou, ce qui revient au même, un chancre caractérisé; 2° une pétition de principe, car celle pustule, ce chancre aurait besoin d'être diagnostiqué à son tour par l'inoculation de son pus, et ainsi de suite indéfiniment; 3° une impuissance ou une insuffisance de moyens de diagnoslic, attendu que celte inoculation, surtout quand elle est faite au malade lui-même, ne saurait servir à rien dans une foule de cas (2).

C'est donc une sorte de système de Linnée, appliqué au diagnostic du chancre, et qui ne choisit pas même le meilleur caractère! Nul doute qu'il ne faille

(1) Voir le Tableau synoptique, p. 167.

(2) Voici trois de ces cas : 1° Une inflammation gangreneuse a détruit la spécificité de l'ulcère (je dirai ailleurs comment); 2" la virulence du chancre s'est épuisée avant sa cicatrisation complète, comme dans les exemples que j'ai cite's dans le cours de cette leçon; 3° le pus du chancre n'est plus inoculable au sujet qui le fournit, bien qu'il le soit à d'autres sujets.

Mais, me sera-t-il dit, vous avez établi vous-même qu'on peut aujourd'hui faire sans danger l'inoculation du pus à une autre personne que celle qui le fournit. Ne pourraiton pas, dés lors, utiliser celte latitude pour éclairer le diagnostic, si le pus du sujet ne lui était plus inoculable a lui-même? Oui, sans doute, répondrai-je, on le pourrait, au besoin, pourvu qu'on choisit bien les personnes auxquelles on ferait subir les inoculations, car il ne faudrait pas, notamment, s'adresser a celles qui seraient au moins aussi avancées en syphili'ation que le sujet dont on voudrait diagnostiquer la maladie ou l'af- Eection. .

COURS DE SYPHILISATION.

lui préférer une méthode de Jussieu, une méthode naturelle syphilographique. Renoncez donc, en tant que général, à un système qui ne vous tirera pas toujours d'embarras. Je ne vous conseille pas en définitive d'abandonner l'inoculation diagnostique elle-même, mais je vous engage à ne l'estimer qu'à sa logique mal assurée et à sa valeur restreinte. A des avantages qu'on exagère, je me borne à opposer l'impuissance dans certains cas et des inconvénients réels dans d'autres. Inoculez donc plutôt pour guérir le mal que pour le reconnaître. Syphilisez, syphilisez, syphilisez; il en restera toujours quelque chose. C'est ainsi qu'il faut répondre au : calomniez, calomniez, calomniez, de nos adversaires.

Je vous décrirai dans un cours prochain, qui formera le complément de celuici, les caractères du chancre (1). Je ne vous les présenterai pas comme infaillibles et invariables; au contraire, je sais parfaitement bien que d'aucuns parmi eux sont subordonnés à des circonstances dont il appartient à la clinique seule de tenir compte. Je citerai, parmi elles, le nombre, le siège, la durée et le mode de succession des chancres, la qualité du pus qui les a engendrés, enfin la constitution, l'hygiène des sujets, et l'intervention de certains médicaments. Ce n'est pas aux syphilisateurs qu'il faut seriner tout cela.

Messieurs, ici se terminent mes démonstrations de celte année scolaire. La faveur dont vous m'avez honoré, et dont je vous remercie bien vivement, sera mon égide contre les dénis de justice, contre les persécutions qui m'attendent!

(1} Voir ci-après : Sur le chancre, Fragments de Leçons.

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